Le Mystère de la chambre jaune
Un film de Bruno Podalydès
  Des images pour le dire 
 

 

Des images pour le dire

Entretien avec le réalisateur
 
Une adaptation malicieuse du roman de Gaston Leroux


Un crime digne des pires faits divers, une énigme pleine de rebondissements, un jeune reporter détective dont l'enquête obstinée se confond avec la quête de son identité... Le Mystère de la chambre jaune, classique populaire du début du XXe siècle, annonce les murder parties anglo-saxonnes, mais tient encore du mélodrame et du feuilleton rocambolesque.
Bruno Podalydès a relu le roman de Gaston Leroux avec les yeux d'un enfant qui aurait beaucoup fréquenté Tintin et le cinéma de jadis. Servi par des acteurs prestigieux et capables d'un humour très malicieux, son film conserve tout le suspense des récits fondés sur le merveilleux logique tout en s’amusant de cette époque où le bon public se nourrissait de Grand Guignol et de spectacles d'illusionnistes.



La règle du jeu
Denis Podalydès : Rouletabille.
Le Mystère de la chambre jaune fait partie de ces « récits de chambres closes », comme Double Assassinat dans la rue Morgue d’Edgar Poe, Le Ruban moucheté de Conan Doyle ou Les Dents du tigre de Maurice Leblanc. Dans le roman de Gaston Leroux, l'extraordinaire réside dans le fait que personne n'a vu l'agresseur de Melle Stangerson sortir de la chambre jaune. Même chose lors de la deuxième tentative d'assassinat à l’encontre de la jeune femme où l'assassin se volatilise encore dans une galerie pourtant surveillée aux deux extrémités. Troisième fait incroyable : l'assassin tue le garde-chasse que tout le monde pensait coupable et disparaît ensuite, sans laisser de trace, de la petite cour carrée qui fut le théâtre de son forfait.

On notera qu'à chaque fois les drames ont pour lieux des huis-clos d'où personne ne peut s'échapper. De plus, ils se déroulent en présence d'un nombre restreint et précis de personnages qui se connaissent. Dans le film, le cercle de personnage est ainsi composé : le professeur Stangerson et sa fille, les concierges et le garde-chasse, mais aussi le débonnaire juge d’instruction de Marquet, le policier Frédéric Larsan, l’humble père Jacques et Robert Darzac, le fiancé inquiet. Puis Rouletabille et Sainclair, duo de journalistes dont le premier, avec toujours quelques coudées d’avance, agit, tandis que l’autre, relais candide du spectateur, observe en bon photographe qu’il est devenu dans l’adaptation cinématographique. Cette configuration du cercle d'intimes est celle qu'adopteront les murder parties quelques décennies plus tard.
Pierre Arditi : l'inspecteur Larsan.
Autre élément traditionnel : un lieu imposant, clos et isolé. Ici, c'est le château du Glandier. Tout s’y déroule, crimes, relevé des indices, concertations, jusqu'à la révélation finale qui, dans le roman, avait lieu au tribunal.

Le film de Bruno Podalydès resserre ces éléments essentiels du récit à énigme en concentrant en une nuit des événements qui se déroulent sur plusieurs jours dans le roman ou en condensant parfois plusieurs personnages en un seul.

Éloge de la raison pure
Sabine Azema : Mathilde Stangerson.
Dans ce contexte, les outils du détective sont essentiellement ceux de la logique. C'est en effet avec « le bon bout de la raison » que Joseph Rouletabille démasque finalement l'assassin. Les éléments de sa philosophie relèvent de la mathématique pure : observation des indices (trajectoire de la balle, aspect de la blessure, inspection de la chambre et découverte d'un cheveu ensanglanté sur un meuble...), interrogation des fausses pistes, obstination à envisager l'inenvisageable.

Cette méthode constitue le moteur de l'action, comme une sorte de « merveilleux logique ». Le récit de ce processus de la raison qui mène à la reconstitution du crime est l'occasion, dans le roman, de longs développements explicatifs. Afin de les restituer à l’écran, le film utilise des flash-backs, « remises en scène » plus dynamiques que de longs discours, lors desquelles les changements de point de vue révèlent les stratagèmes et reconstruisent les faits.

Un parfum de poésie
Claude Rich : le juge de Marquet.
Mais aussi implacable que soit le raisonnement de Rouletabille, son exercice méthodique de la raison ne saurait dissiper le parfum d’irréalité qui enveloppe cette curieuse affaire. C’est là tout le charme un peu suranné des drames feuilletonesques d’il y a un siècle, avec leur cortège d’excès comiques, d’outrances mélodramatiques, d’angoisse fantastique. Dans le film, malgré le brio avec lequel le perspicace Rouletabille résout les énigmes les plus obscures, une part d’invraisemblance et de poésie surréaliste subsiste, tenace et nécessaire. Le romantisme des amours de Mathilde Stangerson et de Ballmeyer, l’imaginaire noir et sanglant des crimes proches du Grand Guignol, les secrets savamment sauvegardés pour des développements ultérieurs sont ici restitués comme dans les feuilletons de jadis.

À bien y regarder, le personnage de Rouletabille, agaçant dans sa façon de construire sa philosophie de la raison, recèle lui aussi sa part de poésie. « C’est le mythe d’un pur homme d’action, qui n’est que vitesse, mouvement, dit de lui Denis Podalydès qui endosse le rôle avec bonheur, il ne laisse pas de trace et disparaît, enfant de personne, il n’est qu’un songe. C’est la fuite incarnée. » Rouletabille est à mille lieues du froid Sherlock Holmes. Le reporter, qui n'est pas policier, laissera d’ailleurs sentimentalement filer l’assassin au double visage, qui sait se travestir en quelques secondes, comme le faisaient les illusionnistes et prestidigitateurs de l'époque.

Un monde enfantin
Olivier Gourmet : Robert Darzac.
Se délectant de ce monde d'apparences trompeuses, de mélodrame et d'horreur, le réalisateur Bruno Podalydès laisse la part belle à son imaginaire d’enfant.

Les ellipses du film sont comme des songes d’enfant : dans le générique, des billes chutent en d'étranges mécanismes et un petit train traverse un pré, figurant l'arrivée des personnages au château du Glandier ; plus tard, dans l’évocation du voyage de Rouletabille en Amérique, l’idée du train en marche portant une bille est reprise, puis le spectateur cède à la fascination d’une Amérique évoquée par des images colorées, des mobiles, des scintillements et des airs de musicals, comme un rêve lointain où tout peut advenir. Comme ces pays étrangers traversés par les héros d'aventures pour enfants.
Mais ce qui rapproche le plus le film du monde de l'enfance, ce sont les personnages eux-mêmes, servis par des acteurs dont le jeu évoque la bande dessinée et qui se transforment en types de théâtre populaire. Dans cette joyeuse colonie de vacances, le professeur est farfelu, le juge d’instruction fantasque et poète, la jeune femme victime amoureuse jusqu’à l’excès. « On joue comme les enfants d’une certaine manière, souligne Pierre Arditi, on joue au méchant, on joue à faire peur et à se faire peur. Larsan est un ange du mal. Et c’est merveilleux de se transformer en ange du mal ! »
Michael Lonsdale : le professeur Stangerson.
L’univers de la bande dessinée et plus particulièrement le monde de Tintin fait référence : le professeur Stangerson est une sorte de Tournesol perdu dans des inventions loufoques, sa fille prend des poses de Castafiore, les policiers ont des airs de Dupont. Quant à Rouletabille, le réalisateur lui a résolument donné l'allure du petit reporter d'Hergé, tout en gestes aériens et en bondissements soudains.

Tout au long du film se manifestent d'autres signes de ce parti pris d'humour et de légèreté : le garde-chasse, « l'homme vert » du roman, est ici un Indien, un véritable « apache », terme désignant à l'époque les voyous ; le concierge-aubergiste fait faire la cuisine à ses clients ; et l’inquiétante « bête du Bon Dieu » qui terrorise les lecteurs du roman revêt d’une façon inattendue le plumage d’un drôle de volatile...
Suspense, humour, légèreté, autant d'entrées que propose le film pour revenir sur les origines du roman policier et mettre en valeur la dimension ludique qui s'attache à ce genre très populaire.

Anne Henriot
« Cinédoc », supplément à TDC, n° 856, du 15 mai 2003.

Le Mystère de la chambre jaune.
Réalisation et scénario : Bruno Podalydès
d’après l’œuvre de Gaston Leroux
Photographie : Christophe Beaucarne
Musique : Philippe Sarde
avec :
Denis Podalydès (Rouletabille), Pierre Arditi (Larsan), Sabine Azéma (Mathilde Stangerson), Claude Rich (De Marquet), Olivier Gourmet (Robert Darzac), Michael Lonsdale (le professeur Stangerson), Jean-Noël Brouté (Sainclair), Julos Beaucarne (le père Jacques)
Durée : 1 h 58
Sortie en salle : 11 juin 2003
En savoir plus sur le site du producteur www.whynotproductions.fr/
Pour connaître les villes et salles prévues pour la sortie du film et suivre l’actualité autour du film.
Autour du film
- Le CRDP de Paris organise un concours national en ligne, « Enquête policière sur Internet », un support pédagogique pour un travail sur les langages et le B2i.
En savoir plus http://chambre-jaune.scola.ac-paris.fr/
- Flammarion réédite le roman dans sa collection « Étonnants classiques » et réalise un tiré à part (sur le roman et le film) pour les enseignants.
- Une version du roman sort également aux éditions « J’ai lu », agrémentée d’une préface du réalisateur.
- Dans son numéro de juin, Okapi met en valeur le film dans son « Spécial Roman Noir ».
- La revue Je bouquine consacre son numéro de juin au livre et au film, avec un dossier littéraire composé d’une BD inspirée du film, et un portrait croisé des deux auteurs, Gaston Leroux et Bruno Podalydès.


Si, vous désirez organiser une sortie avec vos classes, vous pouvez vous mettre en relation avec votre cinéma habituel qui contactera UFD pour programmer le film.


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