Le Parfum de la dame en noir

Sommaire
 
Des images pour le dire
 
Les comédiens parlent de leurs personnages
 
Avant-premières et ressources pour la classe
 
Des images pour le dire
Un château barricadé, un mort qui réapparaît et un autre cadavre qui disparaît : après Le Mystère de la chambre jaune, Bruno Podalydès adapte Le Parfum de la dame en noir, second volet de l’¢uvre de Gaston Leroux. Rouletabille se lance une nouvelle fois à corps perdu dans une enquête liée à sa propre quête d’identité.
Récit à suspense, drame psychologique, voire tragédie ¢dipienne, ces nouvelles aventures de Rouletabille nous emmènent à Port-Cros, dans un château hanté par le fantôme de Larsan. Le film est aussi une comédie loufoque, macabre et grand-guignol, dans laquelle la poésie et le fantastique séduiront jeunes et moins jeunes spectateurs.

Variations sur l’étrange, le drame et l'humour
Une atmosphère chargée d'inquiétude, de mystère, mais aussi d'humour
© Anne-Françoise Brillot
Dès ses premières séquences, le film parvient à imposer une atmosphère où l’inquiétude, la cruauté, le mystère, la poésie et l’humour se mêlent sans difficulté. Après Le Mystère de la chambre jaune, Le Parfum de la dame en noir creuse donc à nouveau le mélange des genres et construit un univers délicieusement suranné qui n’hésite pas à se nourrir de bande dessinée, de littérature, de théâtre, de grand-guignol et de spectacle de marionnettes. En Monsieur Loyal débonnaire, le professeur Stangerson annonce d’ailleurs lui-même le mélange des genres, s’amusant de la tendance au drame ou au suspense des différentes péripéties.

Comme Larsan, le film a donc un aspect protéiforme et évolue au gré de ses diverses figures, sans solution de continuité. Il suffit d’ailleurs d’un rien pour que le film change d’aspect et glisse vers les bordures de la réalité afin de mieux nous amuser, nous séduire ou nous inquiéter : ici les contrastes poussés de la couleur qui accentuent le rouge d’une voiture ou le violet d’un ciel ; là un objet qui se dresse comme un périscope. Car dans Le Parfum de la dame en noir, les périscopes s’agitent comme des marionnettes, les flûtes deviennent des armes meurtrières, les mérous des objets licencieux et les lunettes de soleil des masques inquiétants.
L’humour – corrosif, cruel, loufoque ou décalé – est un point d’appui essentiel dans ces variations, permettant à la fois de relier les ambiances les plus diverses et de désamorcer le drame lorsqu’il s’installe. Parcouru par les réparties d’Édith Rance, les maladresses de Sainclair ou les gags loufoques, le drame éclate ainsi sous le pic de l’humour. À cet égard, le gag du canon et du boulet, au moment le plus dramatique de l’histoire, s’avère aussi imprévisible qu’ironique.
Fermer les yeux pour voir
On ne peut plus croire ce que l'on voit...
© Anne-Françoise Brillot
Si rien n’est sûr en ce bas monde, le château où s’enferment les personnages devient le haut lieu d’une suspicion généralisée. Comme Sainclair, le spectateur croit voir Larsan partout. On ne peut plus croire ce que l’on voit, pas même la réalité indubitable du corps qui s’offre au regard. Dès la première séquence, le corps humain est en effet tronqué, présenté comme une accumulation de parties séparables et, par la suite, il ne cesse d’être soumis au doute et au questionnement : Le Parfum de la dame en noir crée un monde de faux-semblants hanté par un illusionniste, un monde de déguisements dans lequel même les morts (Larsan, mais aussi Rouletabille enfant) réapparaissent, et dans lequel le mystère du corps en moins (la disparition du cadavre) s’ajoute bientôt à celui du corps en trop (dans la chambre).

Baigné par la lumière du Midi, surplombant les environs, le château est paradoxalement un lieu où la visibilité est mauvaise, soit que le visible se dérobe (la toile du professeur Stangerson reste longtemps obstinément blanche), soit que les miroitements des apparences s’avèrent autant de déguisements et de leurres (contrairement à ce que pense Édith, le prince Galitch s’avance vers elle non en dansant mais en agonisant).
Autre paradoxe d’ailleurs : c’est le personnage le plus aveuglé – par son histoire personnelle – qui résoudra l’énigme. Rouletabille s’enferre en effet dans l’opposition au père et s’implique ainsi avec excès dans l’intrigue, faisant barricader et surveiller le château de manière aussi dérisoire qu’insensée. Mais fermant les yeux pour mieux voir, il sera finalement celui par qui tout s’éclaire, au cours d’une scène de révélations d’ailleurs rocambolesque, pleine de surprises et presque parodique.
Œdipe à Port-Cros
L'histoire d'un amour excessif et ambigu d'un fils pour sa mère
© Anne-Françoise Brillot
La dimension œdipienne du personnage de Rouletabille est largement développée dans le film. Outre le thème de l’aveuglement, déjà évoqué, on peut en effet remarquer que le héros s’enferme dans le château pour se protéger de Larsan comme on ferme les portes de Thèbes. Comme Œdipe, Rouletabille est rongé par la culpabilité (le vol de l’orange), et doit résoudre une énigme (le corps en trop) qui le ramène à sa propre histoire, celle d’un amour excessif et ambigu pour sa mère, et d’un rapport au père fondamentalement conflictuel. La relation de Mathilde et de Rouletabille, notamment dans leurs baisers, frôle en effet toujours l’excès de l’inceste et Rouletabille n’a de cesse de vouloir séparer sa mère de son père, au point de provoquer la mort de celui-ci.

Par ailleurs, l’ambivalence de la relation au père se lit dans l’inquiétante étrangeté de ce personnage, à la fois présent et absent, désiré et rejeté : Larsan est en en effet une figure du mal que l’on tente de repousser mais qui est toujours déjà là. Rouletabille n’est pas maître en sa propre maison, car Larsan est à l’intérieur du château quand il croit le contenir à l’extérieur. De la même façon, Rouletabille ressemble d’autant plus à son père qu’il le sent en lui et tente de s’en défaire. Il est notamment saisissant de remarquer cette caractéristique commune au père et au fils : Larsan se fait passer pour mort avant de réapparaître tout comme Rouletabille, enfant, avait fait croire à sa mort après l’épisode du vol de l’orange.
Mécanique du désastre
Qui Mathilde a-t-elle épousé, Darzac ou Larsan ?
© Anne-Françoise Brillot
Le Parfum de la dame en noir inscrit les aventures de Rouletabille à l’intérieur d’une double ligne temporelle, celle de la filiation d’une part et celle du suspense de l’autre. L’histoire est en effet à la fois tendue vers le passé, à travers la révélation des liens de parenté de Rouletabille avec Larsan et Mathilde, et vers l’avenir, à travers le mystère de la présence de Larsan dans le château et son explicitation.

Le film se construit sur la liaison de ces deux lignes temporelles, en faisant progresser conjointement le suspense et les révélations sur les origines de Rouletabille. Ce dernier ne peut en effet mettre au jour les tenants et aboutissants du mystère du corps en trop qu’en affirmant de plus en plus ouvertement, quoique de façon conflictuelle, sa filiation. Le mouvement vers le passé (du héros) rejoint ainsi paradoxalement la tension vers l’avenir (la résolution du suspense).
Ce faisant, le film tisse une nécessité ambiguë, ironique, qui prend la figure d’une mécanique comique du désastre annoncé : les retrouvailles de Rouletabille et de ses parents semblent marquées du sceau d’une fatalité aussi tragique que comique, d’ailleurs remarquablement symbolisée dans la séquence où Sainclair, coincé sous le tas de bois qu’il veut maintenir en équilibre, provoque une réaction en chaîne catastrophique et hilarante.

Benjamin Delmotte
« Cinédoc » supplément à Textes et Documents pour la classe, n° 900, 15 septembre 2005.

Le Parfum de la dame en noir
Réalisation et scénario : Bruno Podalydès
d’après l’¢uvre de Gaston Leroux
Photographie : Christophe Beaucarne
Musique : Philippe Sarde
Avec :
Denis Podalydès (Rouletabille), Sabine Azéma (Mathilde Stangerson), Pierre Arditi (Larsan), Olivier Gourmet (Robert Darzac), Zabou Breitman (Édith Rance), Michael Lonsdale (le professeur Stangerson), Jean-Noël Brouté (Sainclair), Julos Beaucarne (le père Jacques)
Durée : 1h55
Sortie en salle : 14 septembre 2005
En savoir plus sur le site du film www.leparfumdeladameennoir-lefilm.com/
Lire notre dossier sur Le Mystère de la chambre jaune, le précédent film de Bruno Podalydès d'après l'¢uvre de Gaston Leroux.


Les enseignants désireux d’organiser une projection avec leurs classes peuvent contacter l’exploitant de leur salle de cinéma locale.
Les comédiens parlent de leurs personnages
Mathilde Stangerson vue par Sabine Azéma
Cette femme, partagée entre deux hommes...
© Anne-Françoise Brillot
« Mathilde se marie… mais qui épouse-t-elle ? Darzac ou Larsan ? Est-ce un mariage d’amour ou un mariage de raison ? Est-ce pour le meilleur ou pour le pire ? Cette femme, partagée entre deux hommes – à l’ardeur de ses baisers, on devine que sa passion pour Larsan est toujours aussi torride – est entourée d’un profond mystère lié à son passé. Mathilde est une femme avec un secret. Tout le monde est un peu amoureux de Mathilde. Elle est toutes les femmes. Pour son fils, elle est la mère mais aussi l’idéal féminin. Elle fait peur aux hommes aussi, elle les met dans des états fous. Mathilde enivre… c’est l’amour qui passe, comme l’effluve d’un parfum. »

Rouletabille vu par Denis Podalydès
À force de traquer Larsan, Rouletabille le voit partout.
© Anne-Françoise Brillot
« Rouletabille sait mieux mettre à jour les autres qu’il ne sait se regarder lui-même. Pour Rouletabille, ce mystérieux parfum de la dame en noir, c’est un peu sa madeleine, ou sa brioche en l’occurrence ! Et quand il est avec la dame en noir, on ne sait jamais trop s’il est avec sa mère ou avec une sorte de maîtresse trop aimée. D’ailleurs, il recherche le meurtrier autant en reporter qu’en amoureux jaloux. À force de traquer Larsan, il le voit partout, et il le voit en lui. Il sait en être le fils, alors pourquoi ne pas être Larsan lui-même, pourquoi ne pas prendre la relève ? D'ailleurs il peut avoir une attitude très dure, on sent qu'il pourrait tuer. Pour produire cette énergie permanente du personnage, j’ai travaillé sur le rythme, la vitesse, l’impatience, être déjà dans la scène suivante. Ne pas sourire... »

Robert Darzac vu par Olivier Gourmet
Ah ma barbe ! Tout est là ! Elle est énorme cette barbe !
© Anne-Françoise Brillot
« On peut avancer très schématiquement que Le Mystère de la chambre jaune était la tête, le cerveau (le bon bout de la raison, la machine de Fabien comme circuit de la pensée, le pommeau de la canne...) centré sur la figure du père tandis que Le Parfum de la dame en noir, c'est le ventre (de la mère, de la mer), le tonneau du sous-marin, le rond du puits, le cercle de Rouletabille, le mérou invaginé, c'est-à-dire, au-delà de cette gynécée comique, le retour du corps et donc de l'animalité !

Même si les symboles phalliques abondent eux aussi, des canons aux massues en passant par les périscopes et autres longues-vues, le plus fort d'entre eux reste ma barbe. Ah ma barbe ! [....] Tout est là ! Elle est énorme cette barbe ! Elle est presque charnelle ! Je me demande si ce n'est pas cette barbe qui finalement bouleverse tout le film. Je suis l'animal, je suis le mâle. De Landru à Barbe Bleue en passant par les hommes en roux de Conan Doyle, le barbu incarne le monstre masculin. Mais cette barbe est-elle postiche ?... »
Larsan vu par Pierre Arditi
L'ombre maléfique de Larsan se glisse partout.
© Anne-Françoise Brillot
« Larsan, c’est l’homme aux mille visages. Ballmeyer, Naja Bey l’immortel, le fakir, le magicien, l’illusionniste, le simulateur, " l’escroc du grand monde "… Il a cette faculté de devenir homme ou femme à volonté. Dans Le Parfum de la dame en noir, il y a un peu de Larsan dans tous les personnages. Son ombre maléfique se glisse partout. Il a en lui une noirceur romantique. C’est un amoureux blessé, un homme jaloux, possessif. Quand il jette son dévolu sur quelqu’un, ça devient sa chose. Mais là, sa créature, cette dame en noir au parfum enivrant lui échappe, et pire encore, son propre fils qu’il n’a jamais connu devient son ennemi en voulant venger sa mère.

Cet homme est une énigme, il navigue dans des marécages. La fascination qu'il exerce sur les autres les entraîne dans des méandres sans fin... »
Le professeur Stangerson vu par Michael Lonsdale
Le professeur, ce doux rêveur ...
© Anne-Françoise Brillot
« À présent que sa fille Mathilde est mariée, le professeur n’estime plus devoir veiller sur elle, il a abandonné ses recherches et ses fabrications d’objets bizarres pour s’adonner à son autre passion, la peinture. Sans doute est-il un peu triste d'avoir perdu sa fidèle assistante, mais il se console en croyant sa fille heureuse grâce à ce mariage qui la libère des griffes du terrible Larsan. Le professeur, ce doux rêveur, semble étranger à l’agitation qui l’entoure. Le climat de panique et de suspense qui règne dans ce château ne l’atteint pas, il est ailleurs.

Je trouvais amusante cette idée de Bruno Podalydès d'installer un personnage calme et placide en contrepoint à toute cette bande d'agités se précipitant à la recherche du terrifiant Larsan... »
Sainclair vu par Jean-Noël Brouté
Sainclair tombe amoureux, ce n’est pas rien !
© Anne-Françoise Brillot
« J'aime bien le côté candide de Sainclair, son humilité d'adjoint, son humanité, son côté un peu effacé. Ses capacités sont assez modestes, mais il s'en satisfait. Il fait ce qu’il peut avec ses petits moyens. Quoique là, il prend un peu le devant de la scène. Sainclair, étant lui aussi très intuitif, sert de jambes à Rouletabille qui est intimement embringué et chamboulé dans son histoire avec la dame en noir. Et puis, dans cette nouvelle aventure, Sainclair tombe amoureux, ce n’est pas rien ! Sa relation avec la charmante Édith Rance est à peine suggérée, mais on sent qu’il s’intéresse beaucoup à cette jeune femme, tout en essayant de le cacher avec maladresse. Ce n'est que quand il est seul avec son bilboquet sur les remparts qu'il s'autorise une sorte d'aveu. Il bénéficiera finalement d'un petit baiser furtif, mais j'ai l'impression que la belle Édith le mène en bateau... »

Édith Rance vue par Zabou Breitman
Cette femme est un papillon en robe de mousseline.
© Anne-Françoise Brillot
« Spécialiste de la « crêpe purée », elle ne pense qu’à régaler ses hôtes. Elle adore l'insolite, la surprise, l'extraordinaire et s'exalte de toutes ces histoires de crimes ou d'enlèvement qui mettent du piment dans sa vie. Follement amoureuse de son mari, elle ne déteste pas non plus être courtisée. Elle virevolte, elle s’égaye, elle aime chanter des odes à la vie, cette femme est un papillon en robe de mousseline… En fait, je pense que c’est quelqu’un de profondément triste et malheureux, au fond de son regard, on découvre une détresse sans nom. C’est louche d’être aussi joyeuse en permanence, non ? On ne saura jamais quelle est sa vérité... »

Arthur Rance vu par Bruno Podalydès
Un personnage entre Gainsbourg et Guitry
© Anne-Françoise Brillot
« Un personnage entre Gainsbourg et Guitry. Il aime la vie, les femmes, son épouse, les cigares, le vin, la mer... mais on peut sentir chez lui une éternelle mélancolie, à l'image de son blues nocturne un soir de garde : " Sometimes I feel like a motherless child ". Ses calembours, ses citations, ses tours de passe-passe : il sait que tout cela est un peu dérisoire, mais il se lance tout de même, comme on dit " pour le geste ". »


Avant-premières et ressources pour la classe
Avant-premières
Des séances spéciales réservées aux enseignants et documentalistes sont organisées par le producteur le dimanche 11 septembre à 10 h dans plusieurs villes. Réserver avant le 7 septembre.
Pour tout renseignement et inscription, voir le site du film.
http://leparfumdeladameennoir-lefilm.com/
Contact : Élise Herszkowicz 
Mélparfum_resa@yahoo.fr
Tél. 01 48 24 24 50

Les enseignants désireux d’organiser une projection avec leurs classes peuvent contacter l’exploitant de leur salle de cinéma locale.
Ressources pour la classe
Un cédérom + un livre

Pour mener une enquête policière multimédia en classes de CM1, CM2, 6e, 5e, sections spécialisées (SEGPA, RASED), le CRDP de Paris et les éditions Flammarion éditent un pack « Le Parfum de la dame en noir ».
Il comprend :
- un cédérom d’activités pédagogiques pour travailler la maîtrise des langages et les compétences du B2i (2 à 4 heures d’activités hebdomadaires sur 6 semaines) ;
- le livre de Gaston Leroux dans la collection « Étonnants Classiques » avec une présentation et un dossier-jeu (niveau collège), une interview du réalisateur Bruno Podalydès, des extraits du scénario et des photos
du film.
Prix : 34 EUR
En vente à la librairie du CRDP de Paris, 37 rue Jacob, 75006 Paris (01 44 55 62 34) et dans toutes les librairies du réseau SCÉRÉN.
Le pack « Le Parfum de la dame en noir »
- sur le site du CRDP de Paris (rubrique « productions du CRDP ») http://crdp.ac-paris.fr/
- sur le site des éditions Flammarionwww.editions.flammarion.com/


Et aussi
Une séquence pour étudier en classe de 5e ou 4e Le Parfum de la dame en noir est téléchargeable sur le site des éditions Flammarion (espace Enseignants) www.editions.flammarion.com/.
Elle est extraite du Guide de l'enseignant 2005-2006 (collèges).

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