|
|
|
|
|
|
Situation paradoxale. Notre société prête une oreille de plus en plus distraite à la poésie. Mais les adolescents continuent à trouver là un terrain d'élection pour exprimer leurs émotions, éprouver leur identité, crier leurs révoltes. Voilà qui explique sans doute l'écho favorable que rencontre le Printemps des poètes dans les établissements scolaires. Voilà qui incite aussi à dire, à lire mais aussi à écrire la poésie avec les élèves et, ce dès l'école. Un dossier conçu comme une invitation à entrer dans la danse des mots. À enrichir de vos remarques et suggestions.
|
Adolescents et poésie : un terrain d'élection
« Jamais sans doute la poésie n'a été plus seule, jamais elle n'a été à ce point délaissée dans l'enseignement .» Cette affirmation pessimiste qui introduit un article de l'« Encyclopédia Universalis » intitulé « L'espace poétique contemporain » peut susciter des réactions contrastées. Si la poésie est bien seule en effet dans la culture de masse dominée par l'avalanche des publications romanesques narcissiques, autobiographiques et médiatiques en quête de publicité, c'est encore au collège et au lycée qu'elle trouve son terrain d'élection. Elle y rencontre la ferveur des adolescents qui y reconnaissent d'emblée le langage de la liberté, le désir mystique de « changer la vie », la question aride et passionnée du rapport de l'être au monde. Les lycéens entrent de plain-pied dans l'émotion poétique, et ce n'est pas le moindre mystère de la poésie que celui d'être comprise immédiatement par les adolescents. Toute lecture d'un poème de Baudelaire produit un effet magique sur une classe que la classe ennuie... Ils s'identifient à Rimbaud, « L'homme aux semelles de vent », dont le génie se révéla en pleine adolescence. Ils trouvent chez René Char, chez Philippe Jaccottet, chez Guillevic, l'émerveillement devant la beauté originelle du monde. Ils perçoivent sans détour la voix exigeante de Pierre Reverdy, d'Henri Michaux, de Francis Ponge, et la générosité humble et solitaire de tous les poètes contemporains, nécessairement voués à l'anonymat dans la course frénétique au succès qui s'est emparée de l'homme moderne. Puissent les lycéens ne pas oublier le vœu de René Char : « Le poète recommande : Penchez-vous, penchez-vous davantage. Il ne sort pas toujours indemne de sa page, mais comme le pauvre, il sait tirer parti de l'éternité d'une olive ». (Seuls demeurent, 1948, Gallimard).
Claire Caillaud
Professeur de lettres au lycée Jacques-Decour, Paris.
|
|

|
|
|