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Le Printemps des poètes
Les élèves sont des poètes
Adolescents et poésie : un terrain d'élection « Jamais sans doute la poésie n'a été plus seule, jamais elle n'a été à ce point délaissée dans l'enseignement .» Cette affirmation pessimiste qui introduit un article de l'« Encyclopédia Universalis » intitulé « L'espace poétique contemporain » peut susciter des réactions contrastées. Si la poésie est bien seule en effet dans la culture de masse dominée par l'avalanche des publications romanesques narcissiques, autobiographiques et médiatiques en quête de publicité, c'est encore au collège et au lycée qu'elle trouve son terrain d'élection. Elle y rencontre la ferveur des adolescents qui y reconnaissent d'emblée le langage de la liberté, le désir mystique de « changer la vie », la question aride et passionnée du rapport de l'être au monde. Les lycéens entrent de plain-pied dans l'émotion poétique, et ce n'est pas le moindre mystère de la poésie que celui d'être comprise immédiatement par les adolescents. Toute lecture d'un poème de Baudelaire produit un effet magique sur une classe que la classe ennuie... Ils s'identifient à Rimbaud, « L'homme aux semelles de vent », dont le génie se révéla en pleine adolescence. Ils trouvent chez René Char, chez Philippe Jaccottet, chez Guillevic, l'émerveillement devant la beauté originelle du monde. Ils perçoivent sans détour la voix exigeante de Pierre Reverdy, d'Henri Michaux, de Francis Ponge, et la générosité humble et solitaire de tous les poètes contemporains, nécessairement voués à l'anonymat dans la course frénétique au succès qui s'est emparée de l'homme moderne. Puissent les lycéens ne pas oublier le vœu de René Char : « Le poète recommande : Penchez-vous, penchez-vous davantage. Il ne sort pas toujours indemne de sa page, mais comme le pauvre, il sait tirer parti de l'éternité d'une olive ». (Seuls demeurent, 1948, Gallimard). Claire Caillaud
Professeur de lettres au lycée Jacques-Decour, Paris. Questions à J-P Cascarino
Pour les adolescents, la poésie est un jeu de masque Vous enseignez les lettres, vous éditez aussi une revue de poésie « L'Incendit », pour vous qu'est-ce qu'être poète aujourd'hui ? Question compliquée. En tant qu'éditeur, c'est avoir envie de sortir la poésie de l'abîme où elle est tombée vis-à-vis du grand public.En tant que poète, affronté au jeu des mots, c'est vouloir quitter l'impasse où certaines errances linguistiques ont conduit la poésie. Autour des années 80 est ainsi né un mouvement de retour vers le lyrisme. On a senti la nécessité pour la poésie de s'incarner à nouveau, de trouver des formes différentes. D'autres évolutions sont depuis entrées en ligne de compte. De nouveaux instruments sont apparus. Je pense notamment au multimédia qui ouvre sur des expériences intéressantes. On en est au tout début. Mais, c'est là, je pense, une voie féconde. Ainsi l'un des objectifs de « Poésie en liberté » est-il, à terme, de permettre aux lycéens de créer, avec ces outils, un nouveau langage poétique. En quoi le multimédia ouvre-t-il la voie à un nouveau langage ? Les outils multimédias permettent de réunir du texte écrit, du texte lu, du graphisme, de l'image, du bruitage, de la musique. C'est un langage qui combine plusieurs approches artistiques. Peut-être que le rêve de certains poètes de voir la poésie condenser plusieurs arts trouvera-t-il là son accomplissement. Une nouvelle forme d'écriture est à inventer. On serait toujours dans une écriture poétique ? À partir du moment où le fin mot de l'histoire, c'est le mot, qu'importe la façon dont on joue avec lui. S'il ne s'agit pas uniquement de décrire mais aussi de créer un univers avec un jeu sur les mots et une exigence dans cette recherche, on est toujours dans la poésie.La poésie n'a rien d'un art désuet et pas seulement parce que l'outil multimédia peut en changer le langage. Que les lycéens continuent d'adopter cette forme particulière d'écriture, où le mot est plus qu'un outil de communication, me rend optimiste. Beaucoup d'enseignants le constatent, la poésie est effectivement restée un terrain d'élection pour les adolescents. Comment expliquez-vous la permanence de cette connivence ? Cela tient au fait que les adolescents, avec les mots ou derrière les mots, découvrent des émotions qu'ils ne peuvent pas exprimer autrement. Que ce soit au collège ou au lycée, il y a peu de situations où l'élève s'exprime à titre personnel ou laisse passer quelque chose de lui.En primaire, ils sont accrochés par l'aspect ludique du poème, à travers les comptines, les jeux de vocabulaire. Ensuite, les élèves perçoivent intuitivement tout ce qui est métaphore, comparaison, jeu de masque aussi. Dans la poésie, on se dévoile et on se cache en même temps. Cette attitude est manifeste dans l'écriture adolescente. On veut exprimer quelque chose d'intime et le détour des mots et du jeu entre les mots permet de le faire sans trop s'exposer. De plus, autant la lecture d'un roman peut paraître fastidieuse aux adolescents, autant l'écriture poétique, avec sa forme condensée leur convient assez bien. Il y a une densité, un travail formel, un rythme auxquels ils sont sensibles. Mais la poésie comme refuge et expression de l'émotion reste pour moi l'explication la plus significative de leur adhésion ; en témoignent les thèmes qu'ils choisissent : le désir, l'amour, la mort, l'amitié. Pourquoi cette adhésion ne persiste-t-elle pas à l'âge adulte ? Une fois que l'on a joué avec son identité, que l'on s'est masqué et révélé et que la personnalité est un peu plus affirmée, on n'a plus trop besoin de ce jeu de cache-cache.De plus, les adolescents s'aperçoivent assez rapidement que la page n'est pas qu'un exutoire, que l'expression poétique représente bien plus que le seul refuge de l'émotion, bien plus qu'un masque et qu'il faut dépasser ce stade. Alors s'effectue une sélection naturelle. Ceux qui ont une vraie nature de poète continuent. Les autres se tournent vers d'autres formes d'expression, musicales notamment. À lire les poèmes des lycéens ayant participé au concours « Poésie en liberté », on peut être étonné par la forme très classique adoptée par une grande majorité d'entre eux ? Cela dit bien la façon très académique dont la poésie est enseignée au lycée et au collège. Il y a, et c'est la gloire de l'école, un patrimoine à transmettre. Les élèves sont confrontés à des formes canoniques. Sur les 3000 poèmes reçus l'an dernier, il y avait ainsi beaucoup de sonnets. En classe, les analyses portent inévitablement sur la prosodie, la versification. Il y a un réinvestissement spontané de cette didactique du poème. Rares sont ceux qui se détachent de ces modèles. Il n'empêche, chaque année, on est surpris par certains poèmes.Mais on voit quand même la différence entre les élèves qui participent librement et ceux qui viennent d'un atelier d'écriture. La forme est alors souvent plus aboutie, l'expression plus condensée. Quels sont les critères de sélection des poèmes du concours? En général, on recherche une certaine originalité, un travail de la langue, pas trop de clichés.Les lycéens qui constituent le jury portent une grande attention à la sincérité. Participer au concours incite à écrire de la poésie. Mais lire la poésie, est-ce aussi en faire ? Absolument. Le travail d'imprégnation à travers la lecture orale ou intérieure participe tout à fait de l'expérience poétique.Il est très satisfaisant de voir que les lycéens, après avoir lu les poèmes de leurs camarades ou s'être eux-mêmes essayés à l'écriture, semblent plus ouverts à la poésie actuelle. Ils ont affronté une difficulté de lecture ou d'écriture et, ensuite, la question du travail sur les mots a beaucoup plus de sens. Ce qui est en jeu à travers la poésie, c'est aussi toute une éducation à la sensibilité qui passe par la pratique comme par la lecture. En quoi la poésie contribue-t-elle à une éducation à la sensibilité ? Pour s'approprier un vers ou un poème, on est amené à toucher à quelque chose de l'ordre de l'indicible, à approcher une espèce de noyau dur de la sensibilité. Non pas tant en s'interrogeant sur ce qu'a voulu dire le poète mais en se demandant pourquoi il est passé par ces mots-là. Pouvoir restituer, avec des mots, ce noyau dur, parvenir à condenser cette expression, de telle sorte qu'on ne puisse rien lui retirer, c'est cela l'éducation à la sensibilité.La poésie met aussi en jeu, par le biais de l'image, toute une expérience de l'imaginaire, de la représentation. De plus, à travers le travail sur le rythme, c'est un peu l'expérience musicale qui est en jeu. La disposition des mots sur la page participe, elle, de l'art graphique. Pensez-vous dès lors qu'il faille développer la pratique poétique dans le cadre scolaire ? On ne demande plus, comme au temps de Rimbaud, d'écrire de la poésie. Les nouvelles directives pour la classe de seconde donnent cependant un peu plus d'importance à l'écriture créative.Mais se pose le problème de l'évaluation. On peut juger de critères formels, mais en aucun cas noter des poèmes. Du coup, ces pratiques poétiques restent du domaine parascolaire. En revanche, il faudrait parvenir à institutionnaliser des ateliers d'écriture. Ce serait une belle ambition que d'instaurer des espaces où les élèves puissent écrire de façon ludique, créative. D'autant plus que cette démarche peut irriguer d'autres disciplines. Ne dit-on pas que, pour être un bon savant, il faut développer la créativité et l'imagination ? Quels conseils donneriez-vous à un enseignant qui voudrait monter un atelier de poésie ? Pour les conseils, on peut voir du côté des ressources locales, les maisons des écrivains, de la poésie. Je préfère m'en tenir à ce qu'il ne faut pas faire. D'abord, croire qu'il suffit de faire écrire. Le danger qui guette tous les ateliers est le manque d'exigence et le manque de finalisation. Il ne faut pas craindre de donner des consignes : les élèves aiment bien les contraintes d'écriture car cela les cadre. Il n'y a rien de pire que de travailler dans le vide.Par ailleurs, il faut que la pratique soit soutenue par un projet. Que les poèmes deviennent une affiche, un recueil, une exposition, qu'ils nourrissent une revue littéraire du lycée ou encore donnent lieu à une lecture au sein de l'établissement. Propos recueillis par Isabelle Sébert
En classe
Petite fabrique de textes poétiques
La démarche Le cycle poésie s'articule autour d'un travail assez traditionnel de découverte de textes mené en classe entière (approche de l'auteur, étude de la langue, éventuellement d'un groupement de textes ou approche d'un mouvement comme le surréalisme). Parallèlement, des séances en demi-groupe sont axées sur l'écriture, les jeux de création et la réécriture...Bien entendu, il n'y a pas de coupure entre textes étudiés et textes à produire. Les uns pouvant inspirer les autres. De même, la classe de production, c'est avant tout un lieu d'échange où le travail de chacun nourrit le travail collectif et réciproquement. Qu'est-ce que la poésie ? Étude en classe entière d'un extrait de la lettre de Rimbaud à Paul Demeny (« Le poète devra faire sentir »...), d'un extrait du Secret professionnel de Cocteau (« On a coutume de représenter la poésie comme une dame voilée »... ), d'un texte de Pierre Reverdy (« La poésie est une transmutation de valeurs »), d'un poème de Pierre Lartigue (« La poésie aujourd'hui est une bonne robe... »).Les élèves s'approprient les textes en les « signalisant » : ils font ressortir les champs lexicaux, les figures de style, les variations de temps, les jeux de sonorités... Cette démarche permet de caractériser la poésie. Émergent le travail sur la langue, la vigueur des images, les jeux de correspondances, la force d'évocation, le travail sur les sonorités, sur les graphismes... Le texte de poésie apparaît comme non réductible (impossible de le résumer), comme pouvant utiliser des contraintes de versification (mais ce n'est pas obligatoire), aborder des thèmes intimes (l'amour) ou collectifs (la poésie de l'engagement) sans qu'il y ait de domaine réservé ! Un ensemble de textes complète cette première approche : « Ma Bohème », « Départ » et « Roman » de Rimbaud, « Avis » d'Eluard, « Cortège » de Prévert, « Nuit rhénane » d'Apollinaire, « Jour éclatant » de Reverdy, « La Complainte du progrès » de Boris Vian... Se renforcent ainsi la diversité thématique et la diversité formelle (sonnets, vers libres, etc.) qui amènent à distinguer poésie et versification. Dans le mouvement, on aborde la notion de poème en prose. Le travail du poète Le manuscrit de Francis Ponge, « La Fabrique du pré », permet de poser la question du travail du poète – et de l'écrivain en général.On rapporte les dix pages que constituent « Le Pré » aux deux cent soixante-dix pages de « La Fabrique du pré » (éditions Skira). On peut également trouver de nombreux exemples de ratures, de variantes et de réécritures dans « Les Plus Beaux manuscrits de la littérature française » de Roselyne Alaya et Jean-Pierre Guénaud (Éditions de La Martinière). Voir aussi l'exposition « Brouillons d'écrivains » sur le site de la BNF (www.bnf.fr/). Il s'agit de faire clairement pénétrer l'idée, qu'aussi performant que soit un auteur, son texte est toujours le fruit d'un travail. Cela pour deux raisons. D'une part, il faut que l'élève sache que le premier jet n'est souvent qu'une ébauche qui va nécessiter un (re)travail ! D'autre part, il se rend ainsi compte du travail de recherche inhérent à la construction précise du message. Il peut alors mieux saisir l'importance du travail d'analyse pour comprendre le texte. Par ailleurs, la lecture d'autres textes de Francis Ponge extraits du « Parti pris des choses » permet d'approcher la matérialité du langage du poète qui déclare : L'amour des mots est donc en quelque façon nécessaire à la jouissance des choses. Ou plutôt réaliser l'amour physique (l'accouplement à nouveau) des mots et des choses, telle sera notre jouissance, notre réjouissance. Et cela, nous seuls (nous, comme doués de la parole, comme capables de l'écriture) nous seuls en sommes capables. Au terme de cette démarche, les élèves perçoivent que l'essence de la poésie est un travail de la langue, que la poésie n'est pas « domaine à l'eau de rose », mais peut évoquer toute réalité (l'amour comme la guerre, l'éternel comme le quotidien, le précieux comme le trivial). Enfin, la versification doit apparaître pour ce qu'elle est, un simple outil à la disposition du poète !Des exercices déclencheurs Un certain nombre de textes et d'exercices servent de « déclencheurs » pour provoquer la production. Ils doivent offrir des processus d'écriture variés. On veillera à débuter par des temps de production brefs sur des processus faciles à mettre en ¢uvre... Par exemple, après l'étude de « Cortège » de Prévert, une petite séance d'expression écrite et orale permet de faire jouer les élèves sur les compléments de nom et les rapprochements inattendus.Une recette de cuisine Les élèves sont invités à écrire une recette de cuisine, puis à la transformer en gardant la structure et en remplaçant les ingrédients par des éléments de la langue (phrases, verbes, ponctuation...). Les élèves échangent leur production puis on leur donne à lire le texte de Raymond Queneau (« Pour un art poétique ») :Prenez un mot, prenez-en deux
Faites cuire comme des œufs Prenez un petit bout de sens Puis un grand morceau d'innocence Faites chauffer à petit feu Au petit feu de la technique Versez la sauce énigmatique Saupoudrez de quelques étoiles Poivrez et puis mettez les voiles. Où voulez-vous donc en venir ? À écrire Vraiment ? À écrire ?? Le jeu du cadavre exquis À la suite d'une présentation du mouvement surréaliste, on peut introduire le jeu du « Cadavre exquis ».Les mots-valises Pour bien ancrer le travail de l'imaginaire et les jeux de correspondances, un travail s'organise sur les créations de mots à partir de textes d'Henri Michaux : « Je me bloque et me siroute », et de ce que, à la suite de Lewis Carroll, on a appelé les mots-valises : « Slictueux veut dire à la fois souple, onctueux et visqueux. Vous voyez, il y a trois mots en un seul comme dans une valise ». On peut prendre appui sur le recueil d'Alain Finkielkraut « Ralentir, mots-valises » (Le Seuil).À la lumière de ces jeux de mots, jeux de sens et jeux de proximités sonores, il est possible d'introduire des textes de Bobby Lapointe... Les anaphores On peut, également, à partir de textes de Prévert, travailler sur des anaphores (« Ceux qui pieusement, ceux qui copieusement... »).Les répétitions Un travail sur la répétition peut s'effectuer avec « Liberté » d'Eluard ou « Bouquet » de Desnos (« Trois pensées, trois coquelicots, trois soucis »). La répétition peut être aussi la reprise d'une structure syntaxique qui est porteuse d'un rythme. Desnos encore avec « L'Oiseau mécanique » (L'oiseau tête brûlée/Qui chantait la nuit/Qui réveillait l'enfant/Qui perdait ses plumes dans l'encrier...). Le premier jet Et vive le plagiat ! L'observation de techniques utilisées par des écrivains devient un prétexte à écrire « à la manière de... » Il ne s'agit donc pas de copier mais de s'inspirer ouvertement du procédé, de l'exemple, de l'idée. Par ailleurs, la contrainte formelle est un stimulus très riche. Exemple : écrire un poème en vers libres à partir d'un certain nombre de mots mis en commun. Le professeur recueille au tableau des mots choisis par les élèves qui vont fournir le corpus de base. Il se réserve le droit d'en écarter ou d'en verser lui-même au « pot commun ». Il est en effet des combinatoires plus riches que d'autres et dont la force d'évocation va être plus grande : dans un premier temps, c'est de celles-là qu'il faudra partir. Il est possible (et parfois souhaitable) de combiner diverses contraintes : utiliser un corpus donné, mettre en ¢uvre certaines images (contraste, comparaison, métaphore) sous une forme particulière (par exemple le sonnet). C'est alors l'occasion de travailler certains éléments de versification : nombre de syllabes, enjambement, rimes plates, croisées ou embrassées sont au rendez-vous.Du (re)travail pour tous Après un travail de tâtonnement, l'élève fournit un premier jet qu'il choisit de livrer ou non au groupe, lequel livre ses réactions en évitant les jugements péremptoires. Ce premier état du texte et éventuellement les réactions qu'il suscite devient une base qui sera retravaillée par l'élève lui-même ou par un petit groupe dont il fait partie (un même texte peut aussi être repris par divers élèves ou divers groupes à condition que « l'élève-auteur » en soit d'accord).Le but est d'arriver à faire saisir de l'intérieur ce que travail sur la langue veut dire. On veillera à ce que chaque élève ait pu produire une première ébauche qui sera ensuite source d'amélioration. Il paraît tout aussi important que, dans un premier temps, chacun trouve sa propre voie, son cheminement poétique, et que, dans un deuxième temps, chacun puisse retravailler son texte et améliorer l'efficacité stylistique de son poème. Les séances d'écriture alternent avec des temps de lecture. Lecture méthodique de textes étudiés en classe entière, mais aussi lecture au fil des recueils en demi-groupe. Lecture libre, individuelle, silencieuse... Puis, quand un texte a particulièrement retenu l'attention d'un élève, il le lit à haute voix à ses camarades. Il s'ensuit un bref échange sur ce qui a plu, sur la manière de dire, etc. Ces lectures alimentent à leur tour les séances d'écriture. Comment intervient l'enseignant ? Tout au long de ces travaux, le professeur est bien sûr l'animateur qui lance les activités. Mais il faut stimuler la production des élèves sans se substituer à eux. Il faut donc se montrer particulièrement disponible. Être en quelque sorte un artisan particulier au milieu de la fabrique d'écriture.Quand il s'agit, dans le cadre du travail sur le « cadavre exquis », de passer du discours brut et parfois partiellement incohérent, livré par le jeu, à une réécriture, l'intervention du professeur est alors indispensable. Il y a en effet un passage délicat entre l'exercice de déblocage de l'imaginaire, où la règle mise en place est simple, et la prise en compte consciente d'un texte en devenir sur lequel on va exercer un travail. Quand il faut produire à partir d'un corpus, le professeur comme tout un chacun s'y essaie. Non pas au tableau mais à sa table avec un stylo et un papier, comme les élèves. Nulle démagogie en la matière, il ne s'agit ni de se mettre en avant en jouant à l'écrivain, ni de faire croire qu'il n'y a plus de professeur. Mais nous sommes dans le cadre d'une communauté de production et il est indispensable que tout le monde tente de produire... Pour chacun, quel que soit le statut, il y a recherche, essai, travail... Outre le fait qu'on perçoit ainsi les difficultés réelles auxquelles se confrontent les élèves, ceux-ci se confortent, par l'exemple, dans l'idée qu'il faut, pour tout le monde, chercher, raturer, « brouillonner » et retravailler un premier jet. Évaluer ? Les textes que nous appellerons de création, pour les différencier des textes scolaires traditionnels, posent le problème de l'évaluation. Il faut en effet éviter de porter un jugement de valeur sur le contenu. Par contre, il paraît possible de faire évaluer par l'élève (ou d'évaluer soi-même) le respect ou le non-respect des consignes d'écriture. Par exemple, la prise en compte de l'ensemble du corpus de mots, choisis comme point de départ à l'écriture d'un sonnet ainsi que le respect de la norme du sonnet (quatrains, tercets, ...). Ou encore, après avoir travaillé « La plus drôle des créatures » de Nazim Hikmet, l'utilisation et la reprise de la formule « Tu es comme ».La qualité de la participation et le respect de la contrainte peuvent être notés. Il est possible aussi d'évaluer les qualités de diction et de transmission d'une émotion à travers la lecture préparée d'un texte. On le voit, s'il n'est pas souhaitable de noter directement le texte de création parce qu'il s'agirait d'une pratique contradictoire avec la démarche proposée, la transformation de la classe en « fabrique d'écriture » n'exclut pas d'obtenir les indispensables notes. Enfin, l'expérience prouve que l'existence d'une situation d'énonciation qui dépasse les murs de la classe permet un investissement plus résolu et un effort maintenu des élèves. Ainsi la publication d'une brochure poétique par le foyer de la cité scolaire fut-elle un élément dynamisant. Sans parler du recours possible à Internet. Pour d'autres, la simple diffusion à deux classes parallèles, de la production de chaque élève a rempli ce rôle indispensable qui fait passer, aux yeux de l'élève, un exercice perçu comme scolaire à une écriture reconnue pour « vraie ». René Vieu Sur le Net
École et poésie : quelques bonnes pages
Les incontournables Le grand atelier des petits poètesSite très riche, plutôt destiné à l'école : espace d'échanges, ressources pour les enseignants, nombreuses pistes pour écrire avec les élèves, des idées pour « libérer votre plume », exemples de productions d'élèves, nombreux liens. www.ac-nancy-metz.fr/ À l'école de la poésie Cette rubrique du site de l'association du Club des Poètes a pour vocation d'être un lieu de rencontre et d'échange entre les enseignants, les élèves, et les poètes (poèmes pour les enfants, poèmes d'enfants, grands poètes francophones au programme des lycées, forum de discussion). À noter, à l'occasion du Printemps des poètes, l'équipe d'interprètes et de poètes du Club des Poètes peut animer des après-midi de poésie dans vos classes. www.franceweb.fr/ Démarches pédagogiques, exemples de séquences
École Initiation poétique à l'école Un dossier complet et fort riche, avec exposé des objectifs et description des pratiques, proposé suite à un stage de formation. Sur le site de l'académie de la Réunion. www.ac-reunion.fr/ La poésie : un apprentissage linguistique facile et amusant ! Décrite par le menu, une initiation aux jeux et à la pratique poétique. Un travail en profondeur proposé par la ministère de l'Éducation de la Saskatchewan (Canada). www.sasked.gov.sk.ca/ La poésie Pour une pratique suivie de la poésie à l'école, lecture, écoute, écriture. Ressources mises en ligne par un groupe d'enseignants du département de l'Isère. Sur le site de l'académie. www.ac-grenoble.fr/ Itinéraires poétiques Des enseignants d'écoles de Grasse ont mis en commun leurs exemples de pratiques poétiques, de la lecture de poésies à l'écriture de haïkus. Sur le site de l'école Saint-Exupéry de Grasse. http://mtn-cremli.ac-nice.fr/ Une expérience d'introduction de la poésie au primaire Un article de la revue Éducation et francophonie par Corine Maldague, conseillère pédagogique. Sur le site de l'association canadienne d'éducation de langue française. www.acelf.ca/ Poésie à l'école Un écrivain de littérature-jeunesse, Patrick Joquel, relate son expérience d'initiation à la poésie auprès d'élèves de 5 à 8 ans. Sur le site de Citrouille. http://perso.wanadoo.fr/citrouille/ Bienvenue dans le monde de la poésie pour enfants Expérience de sensibilisation à la poésie pour des enfants de première année scolaire, menée à l'école Perce-Neige de Pont-Rouge, au Canada. www.tact.fse.ulaval.ca/ La poésie est un jeu d'enfant Une démarche originale pour aider les enfants à mieux apprécier la création poétique : jeux et poèmes, parallèle entre œuvres d'art et poèmes, interprétation musicale d'un poème. Sur le site d'une université californienne. http://beaches.soehd.csufresno.edu/ Tiens... la poésie à l'école La poésie, domaine de l'enfance ; écriture et nouvelles technologies, des idées pour écrire, poètes contemporains. Sur le site « perso » de Yves Barré, instituteur, qui prolonge une activité d'écriture avec des enfants de CP, CE1. www.multimania.com/bareiv/tiens/ Collège Liberté ... la poésie Les objectifs de cette fiche pédagogique sont la lecture autonome de poèmes et l'appréciation par les élèves d'un texte poétique, via Internet. Sur le site de l'académie d'Orléans. www.ac-orleans-tours.fr/ Introduction au texte poétique en 6e Sept séances décrites par le menu sur le site de l'académie de Rouen. www.ac-rouen.fr/ Jouer avec la poésie Séquence proposée par le Groupe d'aide aux utilisateurs de logiciels éducatifs. Sur le site de l'académie de Lyon. www2.ac-lyon.fr/ Jeux d'écriture, initiation à l'écriture poétique Jeux de languesExplication de 50 jeux de langues, et conseils pour l'utilisation en classe sur le site « perso » d'un instituteur belge. http://users.skynet.be/Landroit/ Je rêve d'être poète, initiation à l'écriture de la poésie Conseils et petits exercices ludiques pour amener à l'écriture poétique sur le site d'une enseignante canadienne. www.lescale.net/poesie/ Jeux avec les mots Des pages regroupant des textes réalisés par les élèves de l'école de Hénouville selon les principes des jeux de littérature sous contraintes. Sur le site de l'académie de Rouen. www.ac-rouen.fr/ La citadelle du Ty pouet Un joli site où poèmes, mots et images se répondent. Sur le site « perso » de Jean-Marie Wibaux, formateur, passionné de multimédia. http://perso.club-internet.fr/wibauxm/ Jeux d'écriture Exercices d'écriture poétique expliqués par des exemples sur le site d'un professeur de collège. http://perso.micro-video.fr/ecriture/ Technique poétique La versification française, cours généralSur le site de l'académie de Reims. www.ac-reims.fr/ De la versification française Sur le site d'un professeur québécois. http://pages.infinit.net/ Lexique de la poésie Sur un site entièrement consacré à Rimbaud. www.imaginet.fr/rimbaud/ Des poèmes en ligne Poésie françaiseLe serveur de poésie française de la société Webnet propose plus de 2900 poèmes en ligne, de la Renaissance au début du XXe siècle. La recherche est possible par auteur, titre du poème ou d'un vers. http://poesie.webnet.fr/ Florilège, anthologie hypertextuelle de la poésie française L'espace culturel de l'ambassade de France au Canada permet une recherche par auteur, époque, thème. http://ambafrance.org/FLORILEGE Ressources indiquant d'autres liens MuseLe répertoire des ressources poétiques françaises (dossier enfance et poésie). http://muse.base.free.fr/ Poésie Dans la rubrique « Lettres » du site de l'académie de Lyon. www2.ac-lyon.fr/ Ateliers d'écriture Écritures collectives, jeux littéraires, concours sur le site de l'académie de Lyon. www2.ac-lyon.fr/ Sélection documentaire Livres jeunesse (ouvrages récents) La Langue au chatFrançois Fampou, illustrations de Patrice Mazoué. Éditions du Dé bleu, collection Le Farfadet bleu. 1998. 48 F (7,32 euros). Un charmant petit recueil de devinettes inspiré des traditions orales africaines. À partir de 6 ans. Le Rap des rats Michel Besnier, illustrations de Henri Galeron. Éditions Motus, collection Pommes, pirates papillons. 1999. 60 F (9,15 euros). Des textes qui chahutent la langue et les clichés, bousculent les idées reçues sur un rythme plein d'entrain. À partir de 8 ans. Qui que quoi quand la poésie. Réponses d'un poète Jean-Hugues Malinea. Milan, collection Poche Junior, Poésies. 2000. 24 F (3,44 euros). Un poète répond en rimes aux questions des enfants. Un chemin vers la poésie drôle, sérieux et malicieux. Pour les 8-12 ans. Le Tireur de langue, anthologie de poèmes insolites, étonnants ou carrément drôles Textes réunis par Jean-Marie Henry, illustrations de Roland Roure. Éditions Rue du monde, collection La Poésie. 2000. 95 F (14,50 euros). Un choix réussi de poèmes qui font des pieds de nez aux mots. Pour les 8-12 ans. Jouer avec les poète Jacques Charpentreau. Hachette, collection Livre de poche jeunesse-Fleurs d'encre. 1999. 33 F (5,03 euros). Deux cents poèmes-jeux inédits de 65 poètes contemporains. Dès 10 ans. Le Verlaine Illustrations de Aline Ahond La Poésie arabe Illustrations de Rachid Koraïch Le Desnos Illustrations de Hannah Ben Meyer. Le Gainsbourg Illustrations de Gérard Mathie Le René Char Illustrations de Chloé Poizat. La Poésie médiévale Illustrations de Olivier Charpentier. Éditions Mango Jeunesse, collection Il suffit de passer le pont. 99 F chaque (15,09 euros). De belles anthologies illustrées pour les plus grands. À partir de 13 ans. Ouvrages du réseau CNDP Découvrir la poésie Le Soleil est une girafe jaune Vidéocassette (avec livret pédagogique). CNDP/ La Cinquième. 1999. Réf. 002P2530. 140 F (21,34 euros). Dix poèmes sous forme d'animation (maternelle, CP, CE1). Tête qui parle Catherine Terzieff. Vidéocassette. CNDP. 1988. Réf. 002P7277. 160 F (24,39 euros). Découverte de poèmes ayant pour thèmes des animaux ou la nature (école primaire). Poética Bruno Delarue. Vidéocassette (avec livret pédagogique). CNDP/Images plus. 2000. Réf. 755B0059. 95 F (14,48 euros). Trente poèmes du monde entier mis en images par des plasticiens et vidéastes (école, collège, lycée). Le Promenoir vert, une anthologie de la poésie contemporaine Cédérom PC. CRDP de l'académie de Poitou-Charentes. 1999. Réf. 860R0000. 190 F (28,97 euros). Plusieurs centaines de poèmes qui parlent de la nature « verte » (école, collège, lycée). De Villon à Guillevic, 13 lectures méthodiques de poèmes René Boujon, Camille Jayet-Gendrot. CRDP de l'académie de Grenoble. 1994. Réf. 380B1245. 79 F (12,04 euros). Une traversée de la poésie à travers les plus beaux textes de l'histoire littéraire (collège, lycée). La Poésie, entre vers et prose Le Français dans tous ses états, n° 37. CRDP de Languedoc-Roussillon. 1998. Réf. 340RS037. 60 F (9,14 euros). L'évolution des formes poétiques vue du côté des auteurs ; pratiques de classe (collège, lycée). L'Humour des poètes Le Français dans tous ses états, n° 45. CRDP de Languedoc-Roussillon. 2000. Réf. 340RS045. 60 F (9,14 euros). Les charmes de l'humour pour une approche différente de la poésie (collège, lycée). Poésie contemporaine, 25 lectures et commentaires pour les lycées Jean-François Massol. CRDP de l'académie de Grenoble. 1995. Réf. 380B1246. 89 F (13,56 euros). Pour faire connaître la poésie « en train de se faire », à travers lectures méthodiques et commentaires exhaustifs (lycée). Poésie, du texte à l'image Murielle Jeffroy. CRDP de l'académie de Grenoble/ Delagrave. 2001. Réf. 380B4402. 50 F (7,62 euros). Mise en relation et interprétation d'¢uvres poétiques et picturales avec initiation à l'écriture poétique et picturale (lycée). Poésie vivante. Le texte poétique en classe de seconde Marie-Anne Paveau, Isabelle Pécheran-Hernu, Nelly Jouvenceau. CRDP de l'académie d'Amiens. 1997. Réf. 600B1107. 95 F (14,48 euros). Initiation à la poésie contemporaine à travers l'étude de texte et la pratique (lycée, 2e). Écrire la poésie La Poésie à l'école Lire écrire à l'école, n° 8/9. CRDP de l'académie de Grenoble. 2000. Un dossier complet sur la découverte et la pratique de la poésie à l'école (école). La Poésie ça s'écrit aussi Martine Chiron. CRDP des Pays-de-Loire. 1995. Réf. 440B2350. 150 F (22,87 euros). Anthologie seule 50 F. Anthologie d'une centaine de poèmes accompagnée d'un guide pédagogique pour un travail d'écriture de la 6e à la 3e (collège). Écrire au collège, l'apport des ateliers d'écriture et de leurs pratiques Philippe Lecarme, Marie Mas, Fabienne Swiatly. CRDP de Lyon. 1999. Réf. 690B3356. 90 F (13,72 euros) Pratiques d'écriture guidées par l'enseignant ou par un intervenant, avec un chapitre sur l'écriture poétique (collège). Écrire aux éclats, ateliers de création poétique Bernard Demandre. CRDP de Lorraine. 1996. Réf. 540B1328. 135 F (20,58 euros). Les étapes et les cheminements de l'écriture poétique (collège, 2e, 1re). Documents
Printemps des poètes 2001 Durant cette semaine dédiée à la poésie, plus de 5000 manifestations sont prévues. La poésie investit non seulement des lieux prévisibles (librairies, bibliothèques, maisons de poésie), mais aussi les gares, les stations de métro, les cafés, les marchés, les musées, les théâtres et les commerçants (où les élèves dans différentes villes sont invités à afficher leurs poèmes).Les établissements scolaires ne sont pas en reste. Les écoliers, collégiens et lycéens sont appelés à participer au concours « Poèmes à chanter » (B.O. n° 39 du 02.11.2000) et à envoyer leurs œuvres avant le 30 mars. Les seuls lycéens pouvant également s'aligner au concours « Poésie en liberté ». La Réunion des musées nationaux organise de son côté, pour les 6-10 ans, un concours de poèmes sur le thème « Visiter un musée, pour moi c'est... » auquel on peut participer par classe. Et puis, un peu partout, se multiplient les initiatives. À Narbonne, on crée un jeu de piste (collège Cité). À Carcassonne, on organise des lectures publiques (collège André-Chénier). À Nîmes, on calligraphie des poèmes écrits par les élèves (collège Jean-Rostand). À Versailles (collège Rameau), on met des poèmes en musique. Dans le département du Var, trente poètes interviennent dans trente collèges du département. Un peu partout, la poésie, se dit, se lit, s'écrit et s'expose. On peut découvrir le détail des initiatives scolaires sur le site de la manifestation. www.printempsdespoetes.com/
Poésie en liberté « Poésie en liberté » est un concours qui s'adresse aux lycéens de tous les pays francophones. Il a été lancé en 1999 par Jean-Pierre Cascarino et Jean-Marc Muller, proviseur-adjoint du lycée Henri-Wallon d'Aubervilliers. Pour participer, il suffit de composer un poème de 10 à 20 lignes, ou vers, sur le thème de son choix. Puis de l'envoyer via Internet. On peut encore, jusqu'au 10 avril, participer à l'édition 2001.En 1999, 1200 poèmes ont été reçus. En 2000, ils étaient 3500. On peut découvrir le détail des initiatives scolaires sur le site de la manifestation. www.printempsdespoetes.com/
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