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La Question
Un film contre la torture
« Tout se sait toujours »
En 1977, Laurent Heynemann, jeune réalisateur, ancien assistant de Bertrand Tavernier, porte le livre à l’écran. Le film est à l’affiche en avril. Mais, sous les pressions, de groupes d’extrême droite notamment, il est maintes fois déprogrammé. Sa carrière en salle est brève. « La Question » ressort ces jours-ci, porté par les remous récents de l’actualité. Le récit dans « Le Monde » (20 juin 2000) de Louisette Ighilahriz, militante du FLN torturée, les aveux du général Aussaresses ont ravivé le débat autour de la torture pendant la guerre d’Algérie, avec en filigrane la question de sa reconnaissance officielle. Qu’apporte aujourd’hui le film au dossier ? On y retrouve, intact, l’impact du témoignage d’Henri Alleg. Comme le livre, le film, d’un classicisme du meilleur aloi, s’attache aux faits, rien qu’aux faits. Il les restitue avec une justesse et une sobriété manifestes jusque dans le jeu des acteurs. Aucune complaisance
Film document également. Laurent Heynemann a choisi d’élargir le propos du livre. Au début, il met en scène la traque, de planque en planque. Puis, quand le livre s’arrête, le film, lui, continue. Sont alors évoqués les mois d’emprisonnement, l’écriture et la publication du livre, le procès de l’affaire Audin, du nom de ce jeune mathématicien torturé à mort, l’évasion d’Alleg après sa condamnation à dix ans de prison. Autant d’éléments qui permettent, sous couvert de quelques explications auprès des élèves, d’inscrire le film dans la chronique des années de guerre. Et puis le propos n’est pas univoque. On y entend aussi les paras tenter de se justifier, se targuer de leur sentiment d’impunité. On y devine le silence gêné des hommes politiques. On y pointe l’aveuglement ou l’impuissance des représentants, sur place, de l’État français. Mais l’ultime leçon de « La Question » n’est-elle pas de donner le fin mot à la vérité de l’Histoire ? « Tout se sait toujours », comme le lançait Henri Alleg à ses bourreaux. Isabelle Sébert
Entretien avec J.-P. Rioux
La question de la torture n’a jamais été occultée
Quel rôle « La Question », le livre-témoignage d’Henri Alleg, a-t-il joué dans la prise de conscience politique de la jeunesse de l’époque et au-delà ? Ce livre, paru en février 1958, saisi quelques semaines plus tard, mais qui a été signalé par la presse et a beaucoup circulé sous le manteau, est le plus grand témoignage d’un torturé. Il arrive juste après la grande mobilisation, de la fin de l’année 1956 à l’automne 1957, des intellectuels contre la guerre d’Algérie et les méthodes de l’armée. Son premier bienfait a été d’élargir cette protestation, qui restait ultra minoritaire, à une partie de la jeunesse intellectuelle française, la jeunesse étudiante et celle engagée dans des mouvements, confessionnels ou non. La Question a ainsi joué un rôle certain dans une prise de conscience que je qualifierais davantage de morale que de politique. À l’époque, la protestation politique a beaucoup de mal à se dessiner et même à s’argumenter. C’est donc par le biais de la morale que cette mobilisation trouve un écho plus fort qu’auparavant. Par morale, il faut entendre l’appel aux valeurs et aux principes fondateurs de la République, bafoués par la pratique de la torture au nom de la République en Algérie. C’est ce qui, d’ailleurs, donne à cette protestation des accents très modernes, car elle réfère d’abord aux Droits de l’homme, qui ont aujourd’hui, on le sait, un écho politique beaucoup plus important qu’en 1958. Cela fait du livre d’Alleg beaucoup plus qu’un livre de circonstance. À l’instar du « J’accuse » de Zola, ce livre a cheminé longtemps. Et continue de le faire. Il est d’ailleurs toujours en vente et acheté. Les nombreux travaux d’historiens publiés ces dernières décennies sur la guerre d’Algérie permettent-ils de faire le point sur l’étendue des pratiques tortionnaires ? Les travaux d’historiens ont permis d’avoir une connaissance des faits plus grande et plus raisonnée que le flot de témoignages qui, dès 1956, a été publié, lu, et médité. Elle reste incomplète, mais nous avançons. Notons aussi que, contrairement à ce qui est souvent dit dans les médias, la question de la torture n’a jamais été occultée, par aucun des protagonistes. Il est aujourd’hui très clair que le virage du printemps 1957 et de ce que l’on appellera à tort la « bataille d’Alger » met la torture au cœur de l’intervention militaire française dans la lutte contre le terrorisme urbain du FLN. Pour la justifier, l’argument invoqué fut la nécessité d’obtenir rapidement du renseignement. Mais il est désormais bien établi que la torture ne servait pas exclusivement à cela. Elle était aussi une réponse à la terreur que suscitaient les attentats FLN, par l’instauration d’une contre-terreur exercée sur les populations du Grand Alger. La torture faisait ainsi partie d’une nouvelle stratégie, élaborée dès l’arrivée du général Salan à la tête des troupes françaises. Pour celui-ci, l’intervention en Algérie s’apparentait à une guerre révolutionnaire : il fallait donc mener une guerre contre-révolutionnaire. Et la terreur est, des deux côtés, une arme dans ce type de conflit. Ce que les travaux récents, comme la thèse de Raphaëlle Branche consacrée à « L’armée et la torture en Algérie », montrent très bien, c’est, du coup, la généralisation de la torture. Ce ne sont donc pas des excités, des pervers qui ont d’eux-mêmes eu recours à la torture. Non. Sans jamais avoir été édictée ou prescrite officiellement, la torture a été une arme de guerre et une méthode de combat. Mais, pour autant, je ne pense pas qu’on puisse dire que l’usage de la torture ait été systématisé. Autrement dit, il n’y a pas, dans la pratique généralisée de la torture, une volonté totalitaire d’extermination qui pourrait conduire à considérer qu’elle aurait participé d’un crime contre l’humanité. Il ne faut pas oublier tout l’arrière-plan qui est à la fois le silence, la dénégation officielle. Aucun texte officiel, civil ou militaire, n’a dit : vous allez torturer. Dans l’idéologie de la guerre contre-révolutionnaire, il y a la volonté de réduire l’adversaire par tous les moyens, mais pas de l’exterminer. Sur quels points des recherches restent-elles à mener ? Il faut aller plus loin dans la connaissance des types d’unités militaires, des types de fonctionnaires publics qui ont pu se livrer à des actes de torture ou autres exactions. Il reste à faire l’étude arme par arme, à préciser à quel échelon de commandement se donnaient les ordres. Il y a encore tout à faire sur un sujet extrêmement douloureux et délicat qui est la pratique de la torture par des supplétifs et des harkis de l’armée française, par des soldats d’origine algérienne, en Algérie et en métropole, ceux qu’on appelle les « Bleus de chauffe ». Le degré de pratique éventuelle de la torture par des unités de la gendarmerie française est aussi mal déterminé. Autre grande question qui devra être travaillée, même si ce travail est très difficile à mener : celle des antécédents coloniaux de la pratique de la torture en Algérie, et notamment les vieilles pratiques des policiers. Les récentes révélations du général Aussaresses n’apportent-elles rien à l’historien ? Elles n’apportent pas grand chose, juste des précisions nominatives et quelques lueurs sur les responsabilités dans la haute hiérarchie militaire. C’est le jeu constant de l’oubli qui fait passer ces propos pour des révélations. Car il faut régulièrement faire semblant d’avoir des éléments nouveaux sur la guerre d’Algérie. Alors que les faits sont aujourd’hui connus et dénoncés, comment expliquer aux jeunes générations que le débat sur la torture soit toujours aussi vif ? Premièrement parce que, depuis 1962, il y a eu l’avènement d’une société de communication. Dans ce flot continu de révélations, de dénonciations, entrent aussi en jeu des stratégies médiatiques : l’effet tam-tam des médias. Mais c’est là une explication mineure bien évidemment. Deuxièmement, parce qu’une explication de fond réside dans l’absence de mémoire commune de la guerre d’Algérie. On est dans une situation de mémoires antagonistes, de fragmentation complète de la mémoire des acteurs, que ce soit les pieds noirs, les harkis, les appelés. Collectivement, civiquement, comment aurait-on pu tenter de bâtir une mémoire commune de la guerre d’Algérie alors que l’on ne désignait même pas tout cela sous le nom de guerre ? Un travail de deuil est en cours, avec des mémoires pantelantes, éclatées, toutes rivales et qui font très légitimement de la surenchère. On est en plein dans le processus de victimisation que l’on a bien connu à propos de la Seconde Guerre mondiale. Mais pour la guerre d’Algérie, la situation est plus complexe. Les pouvoirs publics, et même l’école, n’ont pas pu participer à l’élaboration d’une mémoire collective nationale sur la guerre d’Algérie. Pourtant, ces mêmes pouvoirs publics, notamment le secrétariat d’Etat aux Anciens combattants, en partant des phénomènes de Seconde Guerre mondiale, tentent d’imposer, artificiellement, la notion de « devoir de mémoire ». Qu’est-ce que le devoir de mémoire sur la guerre d’Algérie ? Grand point d’interrogation ! Dans une récente interview publiée dans « Le Nouvel Observateur » (n° 1919 du 16 août 2001), Henri Alleg déclare : « Quand les choses sont récentes, ce sont des questions politiques, pas seulement historiques [...]. Il faudrait, très officiellement, que les gouvernants reconnaissent que la colonisation a été un crime contre l’humanité ». Que dire à des élèves sur ce débat qui mêle et oppose, histoire, mémoire et justice ? Henri Alleg est dans son rôle d’acteur et de témoin. Je pense, en historien, qu’entre la reconnaissance publique d’une responsabilité et la qualification comme le veut Henri Alleg de crime contre l’humanité, il y a une marge. En outre, ce que comme historien on ne peut pas accepter, c'est le titre même de l'article « Le combat ne finit jamais » (le titre est de la rédaction du« Nouvel Observateur », ndlr). On ne peut pas considérer que, quel que soit son objet, un combat ne finit jamais. C’est la négation de toute notion de progrès ou d’une marche quelconque de l’histoire. Si les combats ne finissent jamais, il n’y plus d’histoire, il n’y a plus que de la mémoire active. Certains expliquent qu’il faut d’abord batailler pour dénoncer l’amnistie de l’été 1962. Or l’amnistie de 1962 est un pur produit d’histoire. D’où l’intérêt d’expliquer aux élèves que l’histoire n’est pas la mémoire et réciproquement et de leur faire comprendre qu’une société qui ne marque plus d’étape, de scansion, qu’une société qui récuse toute forme d’oubli est une société qui ne croit plus en l’avenir et vit dans un éternel présent et une remémoration constante. Une opinion commune, entretenue par un certain discours médiatique, voudrait que l’école n’accorde pas assez de place à la guerre d’Algérie ou occulte certaines questions comme celle de la torture et de la répression coloniale, qu’en pensez-vous ? Sans dire que l’école a accordé assez de place à la guerre d’Algérie, je maintiens qu’elle n’a jamais occulté des questions comme celles de la torture et de la répression coloniale. Il y a des progrès à faire. Mais on ne peut pas accabler l’école des difficultés de mémoire ou des rejets que la société elle-même a entretenus. Propos recueillis par Isabelle Sébert En classe Avant le visionnement du film Avant de voir le film, voici des éléments à mettre en place afin de permettre aux élèves d’en bien saisir le contexte.
« La Question », c’est d’abord un livre-témoignage sur la torture pendant la guerre d’Algérie Le témoignage d’Henri Alleg a été publié le 12 février 1958 aux Éditions de Minuit. Il a été écrit clandestinement lors de sa détention dans la prison de Barberousse, à Alger. Son avocat sortait jour après jour les feuillets qui, pour tromper la vigilance des gardiens, commençaient tous par la formule : « Cher maître, ci-joint quelques éléments pour éclairer ma plainte... ». Alleg avait intitulé son récit : « Interrogatoire sous la torture ». C’est Jérôme Lindon, directeur des Éditions de Minuit, qui imposa le titre : La Question. Une courte séquence du film (92e min) met en scène la genèse de ce choix. Il n’est pas inutile de signaler aux élèves la polysémie de ce terme qui évoque autant la torture médiévale que l’interrogation politique. De même, le choix de la maison d’édition avait une valeur symbolique. Les Éditions de Minuit furent fondées en 1942, par l’écrivain Jean Bruller (Vercors), pour publier clandestinement la littérature résistante. La Question s’inscrivait donc dans la continuité du Silence de la mer. Le livre, interdit et saisi un mois après sa sortie pour « démoralisation de l’armée », eut un énorme retentissement et continua à circuler sous le manteau, maintes fois réédité, en France et à l’étranger. L’affaire Alleg éclate à un moment où l’opinion française prend conscience que « les événements d’Algérie » sont une guerre coloniale
Le film « La Question », une fiction pour parler du réel
C’est pourquoi Laurent Heynemann et Claude Veillot, en portant à l’écran La Question, ont donné à tous leurs personnages des noms de fiction, car « ne pouvant admettre de nommer les victimes tout en créditant leurs bourreaux de l’anonymat, nous nous sommes résolus à attribuer à tous les personnages des noms de remplacement... ». Les patronymes choisis sont toutefois assez transparents pour qui connaît un peu la période évoquée. Le tableau ci-dessous peut aider les élèves à ce travail de décryptage. Principaux protagonistes
Autres personnages
Après le visionnement du film Thèmes d’étude : la guerre d’Algérie dont quelques scènes permettent d’appréhender la complexité ; le recours à la torture par l’armée, explicitation des faits et retour sur les images. La guerre d’Algérie, une histoire douloureuse qui résiste aux explications simplistes et manichéennes Deux séquences du film peuvent permettre de comprendre la complexité de la situation algérienne et les contradictions auxquelles furent confrontés les témoins et acteurs de cette période. On peut y revenir avec les élèves et leur faire sentir que cette guerre ne se réduisit pas à l’affrontement entre des résistants forcément « bons » et des oppresseurs forcement « ignobles ».Le secrétaire général de police signe la mise en résidence de Charlègue et Oudinot. Une séquence met en scène l’affrontement entre un colonel de paras et le secrétaire général de police. Ce dernier reproche au militaire d’avoir effectué des arrestations et des mises en détention sans en avoir informé les autorités républicaines. Pour protéger les détenus de l’arbitraire et pour forcer les paras à rendre des comptes, le fonctionnaire signe la mise en résidence de Charlègue et Oudinot. Il justifie son geste en affirmant : « Je n’ai pas survécu à un camp d’extermination nazi pour couvrir ici des méthodes similaires. » Le récit s’inspire largement de l’action et de la personnalité de Paul Teitgen. Ce haut fonctionnaire, proche des démocrates chrétiens, ancien résistant, avait lui-même été torturé par la Gestapo et déporté. Il constate, à l’occasion de la « bataille d’Alger », l’impuissance des autorités républicaines. Les 24 000 assignations à résidence qu’il signa n’empêchèrent pas la disparition de plus de 3 000 personnes. Il présenta sa démission en septembre 1957. Cette attitude, qui ne fut pas unique, montre que le recours à la torture, bien que généralisé et en partie couvert par les autorités politiques, ne fut jamais érigé en système. Il se trouva toujours des voix au sein de la République et de l’armée pour s’élever contre l’ignominie. Si le professeur ou les élèves le jugent nécessaire, cette scène du film peut être revisionnée sur le site de Liberafilms. www.liberafilms.com/ Claude, le cafetier pied-noir, avoue son incapacité à comprendre la situation. Dans la dernière partie du film, le personnage (fictif) du petit cafetier juif, ami des Charlègue, assis à côté de l’avocat du journaliste communiste, évoque la complexité de la situation algérienne : « Tout est mélangé, les gens, les idées, y a des Arabes qui se battent pour nous... les ultras les tuent au hasard dans les cafés maures, y a des Français qui se battent pour le FLN, les paras les torturent comme des Arabes... ». Cette séquence où s’exprime le point de vue humaniste d’un « petit blanc » peut servir de point d’appui pour apporter des nuances sur l’attitude de la population algérienne qui était loin d’être divisée en deux camps aux contours nets. Après 1958, une partie significative de la population algérienne fait confiance aux autorités coloniales, que ce soit les harkis qui combattent aux côtés de l’armée française ou les populations rurales séduites par l’action des SAS (sections administratives spécialisées) qui dispensent éducation et soins médicaux dans les campagnes. À l’inverse, la population européenne ne forme pas un bloc homogène derrière les « ultras », colons extrémistes partisans de l’Algérie française. Des communistes et des chrétiens sont engagés à des degrés divers auprès du FLN. Le film fait allusion à l’archevêque d’Alger que l’extrême droite surnommait « Mohammed Duval ». Il existe aussi un petit groupe de « libéraux » - dont la figure de proue est Albert Camus -, partisans d’une réconciliation franco-algérienne. Personne n’envisage le pire, quitter l’Algérie. Toutes ces sensibilités seront balayées par la fin dramatique de la guerre et la folie meurtrière qui s’empare de l’OAS et du FLN. Le débat autour de la torture en Algérie
Aborder ce sujet avec des élèves dans la classe est un exercice délicat mais nécessaire : pour savoir, pour comprendre et éviter que le « bégaiement des mémoires » ne nous laisse que l’alternative de la « gangrène et de l’oubli ». Les historiens qui ont travaillé sur cette période permettent d’établir quelques faits qui éclairent le contexte du film. Les actes de torture exercés à l’encontre des nationalistes algériens ne datent pas de la bataille d’Alger, ils étaient déjà pratiqués par la police avant même le début de la guerre d’Algérie. Les sévices ne furent pas seulement une arme du contre-terrorisme urbain utilisée dans le cadre de la bataille d’Alger. Dans les zones rurales, les DOP, « détachements opérationnels de protection », torturèrent aussi pour les besoins du renseignement. Ce fut donc une pratique généralisée mais « sans nom », jamais officialisée et jamais désavouée, en marge du système.
En ce qui concerne les responsabilités politiques, les autorités civiles et gouvernementales qui connaissaient l’existence de la torture la laissent se développer sans jamais l’ordonner ni réussir à l’interdire. Une espèce de dogme justificatif se mit en place : l’extorsion de renseignements par la violence était une réponse pragmatique aux atrocités (réelles) commises par l’autre camp. Les accords d’Évian, approuvés par 90 % des Français, mirent fin à la guerre d’Algérie. Ils furent suivis d’une loi qui amnistiait les violences commises dans le cadre du conflit. Quarante ans après, la mémoire reste douloureuse, les faits sont à peu près établis, il reste à assumer cette histoire. « La Question » : un film politique qui dénonce la torture
Une des difficultés du projet consistait à montrer la torture sans que celle-ci devienne un spectacle choquant ou indécent. Le cinéaste a su trouver le ton juste en s’appuyant sur la forme même du récit publié aux Éditions de Minuit. Les phrases courtes et précises, les descriptions sans complaisance du livre sont traduites par des plans brefs, que la caméra enregistre, sans s’attarder, presque avec réticence, juste pour rendre compte. La torture est dénoncée dans toute son ignominie sans dramatisation romanesque par la souffrance du corps et l’acharnement des tortionnaires qui administrent sur plusieurs jours leurs sévices. L’indignation et l’émotion naissent ainsi de la répétition de ces séances. Tout aussi intéressante est la façon dont sont filmés les bourreaux, exécutant leur besogne avec professionnalisme, pris dans une chaîne de commandement. La torture se lit aussi sur le visage des paras. Il peut être utile de faire remarquer aux élèves que la torture n’est pas le sujet essentiel du film (les séquences qui lui sont consacrées ne représentent qu’un tiers de la durée totale) mais le combat politique de Charlègue en faveur de l’indépendance algérienne dans la clandestinité d’abord, puis en prison où il rédige son témoignage. « Dans cette immense prison surpeuplée, dont chaque cellule abrite une souffrance, parler de soi est comme une indécence... ». Cette phrase, qui est la première du livre La Question, est dite en voix off dans la cellule de Barberousse, comme la dernière : « Tout cela, je devais le dire pour les Français qui voudront bien me lire [...] il faut qu’ils sachent pourtant ce qui se fait ici en leur nom ». Pour Henri Alleg, témoigner c’était continuer à combattre. Claude Robinot
Enseignant d’histoire au lycée Geoffroy-Saint-Hilaire, Étampes (Essonne) Sur le Net Dossiers, articles et documents
La Question Un extrait du film et possibilité de le visionner pour 3 euros sur le site de Liberafilms.www.liberafilms.com/ Documents d’époque Le dossier de l’INA sur la guerre d’Algérie.Extraits des Actualités françaises de l'époque, des interviews inédites, une sélection de sites. www.ina.fr/ La dénonciation des intellectuels Le « J’accuse » de Claude BourdetArticle paru dans France Observateur du 6 décembre 1951. Sur le site de l'Association internet pour la défense et la promotion des droits de l'homme (Aidh) www.droitshumains.org/ La réaction de François Mauriac à la saisie de La Question, sur le site de « L’Express ». Article paru le 3 avril 1958 dans L’Express. www.lexpress.fr/ Le Manifeste des 121 Sur le site du Monde diplomatique. www.monde-diplomatique.fr/ Enseigner la mémoire ? Problématique des rapports entre Histoire et Mémoire, sur le site du CRDP de Reims.www.crdp-reims.fr/ Enseigner la guerre d’Algérie « L’histoire expurgée de la guerre d’Algérie »Sur le site du Monde diplomatique. www.monde-diplomatique.fr/ Apprendre et enseigner l’Algérie et le Maghreb contemporain (discours de Jack Lang, lors de l’université d’été des 29, 30 et 31 août 2001), sur le site du ministère de l’Éducation nationale www.education.gouv.fr/ Dans la presse En recherchant à partir du mot-clé « Algérie », nombreux articles en ligne sur le site du Monde diplomatique.www.monde-diplomatique.fr/ Une chronologie médiatique du 20 juin au 5 décembre 2000, sur le site du magazine Tocsin. www.tocsin.net/ Le combat ne finit jamais Sur le site du Nouvel Observateur. http://quotidien.nouvelobs.com/ À lire, à voir Livres La Question. Henri Alleg. Éditions de Minuit. 1958. La Torture dans la République. Pierre Vidal-Naquet. Éditions de Minuit. 1972. Les Porteurs de valises. La Résistance française à la guerre d’Algérie. Hervé Hamon et Patrick Rotman. Le Seuil. 1979. L’Affaire Audin (1957-1978). Pierre Vidal-Naquet. Éditions de Minuit. 1989. La Guerre d’Algérie et les Français. Jean-Pierre Rioux (sous la direction de). Fayard. 1990. La Guerre d’Algérie et les intellectuels français. Jean-Pierre Rioux. Éditions Complexe, coll. « Questions au XXe siècle ». 1991. La Gangrène et l’oubli. La mémoire de la guerre d’Algérie. Benjamin Stora. La Découverte. 1991. Histoire de la guerre d’Algérie. Benjamin Stora. La Découverte, coll. « Repères ». 1993. La Guerre d’Algérie dans l’enseignement en France et en Algérie. Collectif. CNDP, coll. « Documents Actes et rapports pour l’éducation ». 1992. La Question d’Henri Alleg. Alexis Berchadsky. Larousse, coll. « Jeunes talents ». 1994. La Guerre d’Algérie. Raphaëlle Branche, Sylvie Thénault. La Documentation française, coll. « La Documentation photographique ». 2001. Algérie, 1956. Livre blanc sur la répression. Documents réunis par Denise et Robert Barrat. Éditions de l’Aube. 2001. Une drôle de justice. Les magistrats dans la guerre d’Algérie. Sylvie Thénault. La Découverte. 2001. La Torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie. Raphaëlle Branche. Gallimard. 2001. Films Le Petit Soldat. Jean-Luc Godard. 1960. La Bataille d’Alger. Gilles Pontecorvo. 1965. La Guerre sans nom. Bertrand Tavernier. 1992. La cinémathèque française a projeté, le 10 juillet 2000, les témoignages des victimes de la torture filmés par René Vautier. Voir l’article de Libération : « Échos de la torture en Algérie ». www.liberation.fr/ |
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