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Le scénario : entretien avec Arlette Langmann
Maurice Pialat et Arlette Langmann, À nos amours, Paris Lherminier 1984
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Sur ce, le temps passait. J'en avais marre. Maurice aussi, je crois. Ce sujet, que j'avais eu tant de plaisir à écrire, finissait par me peser.
Alors on a laissé « refroidir » comme on dit. En pensant qu'avec le recul, en le reprenant plus tard, on trouverait ce qu'on n'avait pas réussi à trouver jusque-là.
En 1979, Maurice Pialat tourne Passe ton bac d'abord. Moi, j'écris Loulou.
En 1980, tournage de Loulou. Puis, en 82, Maurice m'annonce : « Je tourne Les Filles du Faubourg. »
Il faut se remettre au boulot. Et c'est vrai que longtemps après, on a la tête plus claire.
Première décision : on décide de transposer le film de nos jours pour faciliter le tournage dans les extérieurs, et réduire le coût du film.
Guidée par Maurice, je réécris la Xe version du scénario ; ce sera la dernière avant le tournage.

Dans quelle mesure le tournage a-t-il apporté des modifications au scénario ?

La première modification, à mon avis, tient au langage de Sandrine Bonnaire, plus populaire que celui du personnage tel qu'il était écrit. Les scènes, les intentions sont les mêmes, mais Sandrine a utilisé ses mots à elle pour s'exprimer.
Seconde et importante modification : le père ne meurt plus, il quitte simplement sa femme et ses enfants.
Pourquoi ? Pour répondre à cette question, je dois évoquer un peu les circonstances du tournage. Avec les assistants qui devaient modifier sans arrêt le plan de travail, parce que rien ne se passait jamais comme prévu (on ne savait jamais ce qu'on allait tourner le lendemain, soit parce qu'un acteur manquait, soit qu'une autre était malade, qu'un rôle n'était pas encore distribué, ou qu'une scène prévue pour ce jour-là avait été tournée la veille…), on disait à Maurice : « Mais, Maurice, attention, il y a la mort du père à tourner, faut la faire !… »
Et Maurice remettait toujours à plus tard. Jusqu'au jour où il nous a lâché : « Mais le père ne meurt plus ! Il n'y a plus besoin de tourner la scène. »
Comme il avait décidé de jouer le rôle du père, et qu'il s'amusait beaucoup, il ne voulait pas mourir parce que dans ce cas il n'aurait plus de scène ! Et aussi par superstition : il ne voulait pas jouer le rôle d'un mort ! ….
Et voilà comment le scénario a été modifié.
Je peux vous dire, étant donné que le scénario était en partie autobiographique, et que la mort du père l'était totalement, que pour moi pourtant c'est une modification qui concerne la forme, et non pas le fond. Personnellement, j'ai vécu la mort de mon père comme un abandon, une trahison presque. Et cette idée impromptue de Maurice, je trouve que c'est une bonne idée, que finalement elle a plus apporté au film qu'une mort…
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Mai 2001