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Le scénario : entretien avec Arlette Langmann
Maurice Pialat et Arlette Langmann, À nos amours, Paris Lherminier 1984
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Autre apport de Maurice au scénario : la scène des fiançailles de la fin qui se termine par l'arrivée du Commandeur, pour ainsi dire… Le début de cette scène est écrit par lui, et la suite, de son arrivée à son départ, est une scène improvisée dont il a été le détonateur.
Il avait préparé son coup sans rien dire à personne. On tournait depuis des heures la scène que vous savez autour de la table de la salle à manger. Au début d'un nouveau plan, il a donné le « moteur ! », puis il a quitté la salle à manger discrètement, en cours de prise, est allé enfiler un imperméable qu'il s'était préparé dans le couloir, et a fait son « entrée en scène ».
Le malaise, donc la justesse, des acteurs, vient de ce que tout le monde, y compris les gens qui étaient derrière la caméra, se demandait ce qui allait se passer. C'est vrai qu'il s'était donné le beau rôle !
Il y a également une scène très belle, écrite aussi par Maurice Pialat, c'est la scène de la fin dans l'autobus, entre le père et la fille. – C'est la scène que je préfère du film, un très beau dialogue.

Vous avez fait allusion aux aspects autobiographiques du scénario, en ce qui vous concerne. Qu'en est-il exactement ?
– Il y a une base autobiographique dans le personnage de Suzanne : la fille qui a des aventures mais n'arrive pas à s'attacher ; marquée par l'image du père ; qui n'aime que son père, surtout lorsqu'il est absent… ; ses rapports avec sa mère (pitié – répulsion). La fille qui ne supporte pas le chagrin de sa mère, et se fait dure pour ne pas succomber elle-même au chagrin…
Avez-vous participé vous-même au choix des techniciens et des acteurs du film ?
– Maurice avait découvert Sandrine Bonnaire, qui a fait des essais éblouissants. Il voulait l'engager pour Les Meurtrières, sujet qui lui tient à cœur, et dont j'espère bien qu'il le tournera un jour. C'était un rôle tout à fait pour elle.
Quand il a mis en chantier Les Filles du Faubourg, il hésitait à faire appel à elle parce qu'il trouvait qu'elle n'était pas le personnage. Il pensait lui donner un rôle secondaire, simplement pour la faire tourner à tout prix. Je lui ai dit qu'il était fou, que le « personnage » on s'en foutait pas mal, qu'il tenait une fille formidable et qu'il fallait faire le film avec elle. Selon moi, il valait mieux faire le film avec cette fille formidable, qu'avec une fille qui aurait été plus près du personnage, mais une actrice plus limitée et de personnalité moyenne.
De toute manière, quand en 76 on pensait pour la première fois tourner le film, on a vu des centaines de filles et pas une ne nous a paru valable pour le rôle. Ne me demandez pas pourquoi : c'était comme ça. Sans doute étions-nous un peu obnubilés, et cherchions-nous ce qui n'existait pas…
Donc pas d'hésitation à avoir pour Sandrine. De plus, il n'y avait personne d'autre à lui opposer qui tienne le coup. Je crois qu'il n'y a pas à regretter, finalement, de l'avoir choisie.
D'autre part, j'ai poussé Maurice à jouer le rôle du père. Il y avait des années que je revenais là-dessus dès qu'il parlait de tourner le film.
Il s'est beaucoup fait prier au début – d'abord parce qu'il ne se supporte pas physiquement, il se trouve monstrueux ; et aussi parce qu'il se trouvait peu crédible dans un rôle de fourreur polonais. En Polonais, admettons, mais en fourreur, vous a-t-il gêné ?
En tous cas, il s'est beaucoup amusé en jouant, et je le trouve formidable. Lui-même, aux rushes, passé le premier choc de voir son physique à l'écran, s'est trouvé bien. « Je dois le reconnaître, disait-il, même quand je bafouille, même quand je ne suis pas sûr de moi dans certains plans, il se passe quelque chose. » C'est ça, la présence !
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Mai 2001