Coin lecture


Le meilleur film japonais
ROHMER Eric, Arts, 25 septembre 1959, p. 4
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Cette semaine un nouveau chef-d'œuvre. Je n'emploie pas ce terme à la légère. Si vous sortez d'Ivan le Terrible, précipitez-vous aux Contes de la la lune vague. Car le hasard a voulu que sortissent presque simultanément à Paris deux des « douze meilleurs films de tous les temps » si l'on en croit la liste publiée récemment par les Cahiers du cinéma.
Tout Paris doit courir à ce film . Ceux qui aiment le cinéma et ceux qui s'en moquent. Ceux qui s'intéressent au Japon et ceux qui ne s'en soucient pas. Comme toutes les grandes œuvres, il fait éclater les barrières des genres et les frontières des nations. On ne saurait concevoir meilleure ambassadrice de la civilisation nippone que cette histoire tirée de légendes médiévales et dont les sous-titres nous permettent d'apprécier l'extraordinaire poésie. Vous aurez la révélation d'un monde apparemment très différent du nôtre, mais, profondément, tout semblable. Vous toucherez du doigt ce fonds commun d'humanité, ce creuset d'où sont sortis à la fois l'Odyssée et le cycle de la Table ronde, avec lesquels Ugetsu Monogatari présente de troublantes analogies.
Si vous aimez les films japonais, allez voir celui-ci, c'est le plus beau. Si ceux qui sont parvenus jusqu'ici, sur nos écrans vous ont déçus, voici l'occasion de prendre votre revanche. Nul doute que Kenji Mizoguchi, mort il y a trois ans, ait été le plus grand cinéaste de son pays. Il a su discipliner à son usage un art né sous d'autres climats et dont ses compatriotes n'avaient pas tiré toujours le meilleur parti . Et pourtant on ne rencontre chez lui nulle volonté servile de copier l'Occident. Sa conception du cadre, du jeu, du rythme, de la composition, du temps et de l'espace est toute nationale. Mais il nous touche de la même façon qu'ont pu nous toucher Murnau, Ophüls ou Rossellini.

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