Coin lectureLes Contes de la lune vague |
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| GILSON René, Cinéma, 36, mai 1959, p. 98-100 | |
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Nous avons découvert le cinéma japonais à partir de 1952. L'un des moments cinématographiques de cette année-là fut, en effet, celui de ce Rashô-Mon de fameuse mémoire, notamment révélé au congrès de la FFCC, à Clermont-Ferrand, film qui avait tout ce qu'il fallait pour faire sensation : exotisme neuf, intellectuellement pimenté de pirandellisme, duels aux sabres, et aux cris se déroulant sous les yeux de l'étrange Machiko Kyo, musique à l'occidentale… Ce premier film d'exportation avait été bien choisi, le choc, efficace, et la curiosité éveillée. On ne retenait guère encore le nom de Kurosawa ; c'était « le film japonais », c'était le « avez-vous vu Rashô-Mon ? ». Dès 1955, un de nos stages de Marli y présentait O-Haru (Mizoguchi), Okasan (Naruse), Quartier sans soleil (Yamamoto), La Princesse sen (Kinugasa), La Belle et le Voleur (Kimura), La Porte de l'enfer (Kinugasa), Hiroshima (Sekigawa). Cinéma-55 publiait son premier numéro spécial : « Le Cinéma japonais », très vite épuisé. La Porte de l'enfer, parée de ses plus belles couleurs, risquait une carrière commerciale en version française mais, pendant trois festivals, Georges Sadoul parlait de « néo-réalisme japonais ». Après Rashô-Mon, nos ciné-clubs diffusaient Okasan, Les Enfants d'Hirohima, puis La Vie d'Oharu et les Sept Samouraïs, pouvant ainsi à leur tour opposer la main et la pâte puissantes, picaresques, expressionnistes de Kurosawa et les touches discrètes, subtiles, impressionnistes, teintées d'humour ou de tragique poésie de Mizoguchi. Ainsi, depuis sept ans, à travers une vingtaine de films, à travers une dizaine de réalisateurs, de satisfactions en déceptions, de jidai-geki en gendai-geki [11], des studios de Kyoto à ceux de Tokyo, nous avons pris une connaissance précieuse, quoique très partielle, du cinéma japonais ; de celle-ci s'est petit à petit dégagée l'idée que Mizoguchi était peut-être le plus grand auteur de ce cinéma découvert. Nous devons à Mizoguchi des émotions les moins suspectes d'avoir cédé aux séductions de l'exotisme, du mystère, de l'étrange, des émotions qui nous sont transmises aussi le plus purement en termes de cinéma. Sans doute le génie de Mizoguchi a-t-il créé dans le sillon d'une tradition dramatiques nationale. Mais kabuki et no ne seraient ici que des mots références, et c'est le cinéma surtout qu'il faut connaître pour admirer l'œuvre de Mizoguchi et non pas la civilisation japonaise. Tel extrême-orientaliste peut-être impénétrable à la très grande beauté des Contes de la lune vague comme tout aussi bien M. Robert Kemp qui connaît sa civilisation française jusqu'au bout du nœud papillon est complètement fermé à la très grande beauté de L'Atalante. Ce sont deux contes anciens du recueil Ugetsu Monogatari qui sont à la source du film La Lubricité de l'esprit du serpent et La demeure au sein des graminées sauvages. Les fabuleuses légendes que Cipango mûrit dans ses siècles lointains sont plus qu'ailleurs encore, semble-t-il, des contes pour grandes personnes. À son tour, le film de Mizoguchi est à la fois conte de fées et conte philosophique, fiction dramatique, méditation, récit d'aventures et poème. [p.98] | |
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