Filmographie sélective - Filmographie complète
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Auteur : Daniel SERCEAU, Professeur, Université de Paris I-Panthéon-Sorbonne
Filmographie extraite de l'Étude sur Les contes de la lune vague après la pluie, revue Contrebande, publiée par l'Université Paris 1 - Sorbonne, hors-série, 1998
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Une première version de cette filmographie est parue dans l'ouvrage de Daniel Serceau, Kenji Mizoguchi, Un art de la condensation (Berne, Peter Lang. coll. « regards sur l' image », 1995), Elle reproduit, pour l'essentiel, celle que Jean-Paul Le Pape a établie dans le cadre du travail qu'il consacre, au Japon, à Mizoguchi. Quelques emprunts ont été faits à celle établie par Tony Rayns, publiée dans le Mizoguchi, hors série, des Cahiers du cinéma.
Les titres de films sont souvent à « traduction variable » selon les sources. Nous avons donc mentionné les différentes traductions (surtout lorsqu'elles différaient manifestement) relevées dans les travaux les plus récents parus sur Kenji Mizoguchi, [S] renvoie au dictionnaire des cinéastes du tome II de l'ouvrage de Tadao Sato Le cinéma japonais, paru en 1998 (éd. Centre Georges Pompidou, coll. « Cinéma pluriel »), [C] renvoie à la filmographie de Tony Rayns traduite par Serge Grünberg et reproduite dans la réédition du livre de Yoshikata Yoda en 1997, Souvenirs de Kenji Mizoguchi (éd. Cahiers du cinéma, coll, « Petite Bibliothèque des Cahiers du cinéma »)....
Les commentaires et les résumés de scénario des films considérés comme perdus, ceux du petit nombre de films toujours invisibles en France, sont extraits des travaux de Jean-Paul Le Pape. Qu'il en soit, une fois encore, vivement remercié.
Si les Japonais écrivent les noms de famille en premier et les prénoms en second, nous avons préféré respecter l'ordre français, plus familier.
De nombreux films de Mizoguchi sont aujourd'hui considérés comme perdus (environ les deux tiers). Pour les films toujours en circulation, nous avons indiqué le nom des personnages (entre parenthèses) à la suite de celui des comédiens.
La rédaction des fiches techniques utilisent les abréviations suivantes : Arch (Architecte), Coul (Couleurs), Dec (Décors), Im (Image), Int (Interprétation), Mont (Montage), Mu (Musique), Prod (Production), S (Son), Scn (Scénario), Trad (Traduction). Le point d'interrogation placé après l'année de production signifie que la paternité du film demeure incertaine. La première date est celle de la sortie au Japon (mois, année), la seconde, celle de la sortie française. À leur suite, le premier chiffre correspond à la durée du film en salle, la seconde (en italique) indique la durée vidéo.
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Dans le corps du texte, nous avons mentionné l'origine des citations en nous servant du code suivant :
Cdc : Mizoguchi, numéro hors série, Paris, Cahiers du cinéma, septembre l978.
Satô : Todaô Satô, Mizoguchi no sekai (L'univers de Mizoguchi), Japon, Chikumashobo, l982 (traduction Jean-Paul Le Pape).
Le chiffre qui suit la, ou les lettres, du code indique la page à laquelle se trouve la citation (ou le chapitre lorsqu' il s' agit de textes non publiés en français). Le numero spécial des Cahiers du Cinéma pose problème, la pagination correspondant à celle des anciens numéros des Cahiers dont il est le fac-similé, certains numéros se redoublent. Pour évi- ter des confusions et recherches inutiles nous avons pris la liberté d'établir notre propre pagination. À partir de la page 34, nous avons poursuivi la numérotation (35, 36, etc,) en prenant en compte les pages sur lesquelles ne figurent que des photographies.
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Le Jour où l'amour revit (Ai ni Yomigaeru Hi) (1923)
Prod : Nikkatsu-Mukôjima, Scn : Osamu Wakayama, d'après le texte de Kimio Uchida, Souvenirs de Mukôjima, (revue Nikkatsu eiga, juin 1926). Im : Toshimitsu Takasaka. Février l 923. Int : Kaichi Yamamoto, Takeo Oguri.
- D'après Yukio Satô, l'histoire d'un potier de grand renom, Il veut marier sa fille aînée à l'un de ses élèves. Mais le jeune homme est amoureux de la fille cadette, éprise elle-même d'un fils de famille. Le potier respecte les sentiments de son élève. Pour échapper au mariage, la fille cadette se noie avec son bien-aimé. Le disciple songe à se suicider. Il se reprend en pensant à son maître et accepte d'épouser la fïlle aînée
Film dont la progression dramatique est de style shinpa, D'après les commentateurs. le film semble de peu d'intérêt.
Dans son livre, La biographie des chtéastes, Matsuo Hishi rapporte ces propos de Mizoguchi : « Comme cette uvre ressemblait aux films “pro-ide” (abréviation pour : film d'idéologie prolétarienne) qui furent tournés quelques années après, il fut dépecé en mille morceaux par la censure. Les parties coupées furent remplacées par du biwa (luth japonais), Cette uvre est un film de biwa dans lequel Kasuke Koizumi joue le rôle de l'idiot. »
Commentant cette déclaration, Satô estime que ce film ne ressortissait nullemcnt à l'ordre du film “pro-ide”. Mizoguchi. pense-t-il, a sans doute commis une erreur de mémoire (Satô, ch, I), Ce film, selon lui, s'inscrit « sans doute dans la lignée de Résurrection de Tolstoï ».Un homme se voue à l'expiation de la faute qu'il a commise envers une femme, motif d'actualité dans le cadre de la modernisation du Japon et de l'intfuence du christianisme sur les couches sociales élevées.
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Le Pays natal (Kokyo ou Furusato) (1923)
Prod : Nikkatsu-Mukôjima. Scn : Kenji Mizoguchi. Im : Yuzo Iwamura. Février 1923.
Int : Kaichi Yamamoto, Takeo Oguri, Hiroo Miyajima.
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Un rêve de jeunesse (Seishun no Yumeji) (1923)
PRêves de jeunesse [S, C]
Prod : Nikkatsu-Mukôjima. Scn : Kenji Mizoguchi, d'après un roman de Sueroni Kozono. Im : Hiroshi Wanatabe. Mars 1923.
Int : Yoneko Sakai, Hiroo Miyajima, Kaichi Yamamoto.
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La Rue du feu de l'amour (Joen no Chimata) (1923)
La Ruelle de la passion ardente [S, C]
Prod : Nikkatsu-Mukôjima. Scn : Kenji Mizoguchi. Im : Hiroshi Wanatabe, Toshumitsu Takasaka. Dec : Yoshiaki Kamehara. Avril 1923.
Int : Kômei Minami, Takeo Oguri, Kiyoshi Mori, Yuraki Mimasu, Kichiji Nakamura.
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Triste est le chant de la défaite (Haizan no Uta wa Kanashi) (1923)
Triste est la chanson des vaincus [S, C]
Prod : Nikkatsu-Mukôjima. Scn : Kenji Mizoguchi, d'après le roman homonyme de Aibi Hata. Im : Jun'ichirô Aoshima. Mai 1923.
Int : Toyosaku Yoshida, Haruko Sawamura, Hiroo Miyajima, Tsuruko Segawa.
- Film relevant du style shinpa.
813, une aventure d'Arsène Lupin (813 ou 813-Rupimono) (1923)
Prod : Nikkatsu-Mukôjima. Scn : Sôichirô Tanaka, d'après l'ouvrage homonyme de Maurice Leblanc. Im : Toshimitsu Takasa. Mai 1923.
Int : Kômei, Minami, Tsuruko Segawa, Toyosaku Yoshida.
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Le Port du brouillard (Kiri no Minato) (1923)
Le Port de la brume [S], Le Port des brumes [C]
Prod : Nikkatsu-Mukôjima. Scn : Sôichirô Tanaka, d'après Anna Christie de Eugène O'Neill. Im : Jun'ichirô Aoshima. Juillet 1923.
Int : Haruko Sawamura, Eijirô Mori, Kaichi Yamamoto.
- Drame. « À la sortie de ce film, je me réjouis en pensant qu'une période d'intelligence et de finesse s'ouvrait pour le cinéma japonais » (Yukio Satô, revue Nihon eiga, juin 1926).
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Dans les ruines (Haikyo no naka) (1923)
Prod : Nikkatsu-Mukôjima. Scn : Kenji Mizoguchi, d'après un roman de Gando Kasuga (d'après Tony Rains, l'histoire originale et le scénario seraient dus à Hanabishi Kawamura). Im : Toshimitsu Takasaka. Octobre 1923.
Int : Kaichi Yamamoto, Haruko Sawamura.
- Le ler septembre 1923, un grand tremblement de terre eut lieu dans la région du Kantô et détruisit les studios de la Nikkatsu-Mukôjima. Mizoguchi filma les dégâts causés par cette catastrophe. Seiko Kiga fut son cameraman.
La Nuit (Yoru) (1923)
Prod : Nikkatsu-Mukôjima. Scn : Kenji Mizoguchi. Première partie (Le Beau diable, Utsukushi akuma) tirée du roman noir américain The Beautiful Demon. Mizoguchi a écrit la seconde partie (Le Murmure des ténèbres, Yami no sasayaki). Im : Jun'ichirô Aoshima. Dec : Yoshiaki Kamehara. Octobre 1923.
Int : Kôichi Kuzuki, Yoneko Sakai, Hiroshi Inagaki.
- Comparaison entre les modes de vie de la haute société opposés à ceux des couches inférieures. Il fut bien accueilli.
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Le Sang et l'Âme (Chi to Rei) (1923)
LProd : Nikkatsu-Mukôjima. Scn : Kenji Mizoguchi, d'après le conte d'Hoffmann Mademoiselle Scudery. Trad : Kokuseki Oizumi. Im : Jun'ichirô Aoshima. Déc : Yoshiaki Kamehara. Novembre 1923.
Int : Yoneko Saki, Chikyo Eguchi, Ryôtaro Mizushima.
- Film expressionniste dans la lignée du Cabinet du Docteur Caligari.
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La Chanson du col (Tôge no Uta) (1923)
Le Chant du col [C]
Prod : Nikkatsu-Kyôto. Scn : Kenji Mizoguchi, d'après une pièce de Lady Gregory. Im : Yoshimitsu Takasaka. Décembre 1923.
Int : Kaichi Yamamoto, Haruko Sawamura.
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L'Idiot triste (Kanashiki Hakuchi) (1924)
Triste imbécile [S], Le Triste idiot [C]
Prod : Nikkatsu-Kyôto. Scn : Takashima Tatsurô, Kenji Mizoguchi, d'après une pièce étrangère. Im : Shobei Iwata. Dec : Yoshiaki Kamehara. Janvier 1924.
Int : Kasuke Koizumi, Yoneko Sakai, Kôichi Kuzuki.
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La Mort de l'aube (Akatsuki no Shi) (1924)
La Mort à l'aube [S, C]
Prod : Nikkatsu-Kyôto. Scn : Matsuo Ito. Im : Seichi Uchida. Février 1924.
Int : Kasuke Hoizumi, Haruko Sawamura.
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La Reine des temps modernes (Gendai no Jo) (1924)
Prod : Nikkatsu-Kyôto. Scn : Minoru Murata. Im : Seichi Uchida. Mars 1924.
Int : Yoneko Sakai, Kômei Minami
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Les Femmes sont fortes (Josei wa Tsuyoshi) (1924)
Prod : Nikkatsu-Kyôto. Scn : département artistique de Nikkatsu. Avril 1924.
Int : Yoneko Sakai, Yutaka Mimasu, Shirue Matsumoto.
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Le Monde ordurier (Jinkyo) (1924)
Le Monde ici-bas/Rien que poussière [S, C]
Prod : Nikkatsu-Kyôto. Scn : Sôichirô Tanaka, d'après l'œuvre originale de Kaoru Osanai. Mai 1924.
Int : Denmei Suzuki, Eiji Takagi, Kumeko Urabe.
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Où est passée la dinde (Shichimencho no Yukue) (1924)
Disparition d'une dinde [S], À la recherche d'une dinde [C]
Prod : Nikkatsu-Kyôto. Scn : Shûchi Hatamoto. Mai 1924.
Int : Eijoi Takagi, Yoshiko Tokugawa, Hiroshi Inagaki.
- Film policier retraçant l'histoire d'un détective.
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Le Livre de la pluie de mai ou Conte de la pluie fine (Samidare Zoshi) (1924)
La Ruelle de la passion ardente [S, C]
Prod : Nikkatsu-Mukôjima. Scn : Kenji Mizoguchi. Im : Hiroshi Wanatabe, Toshumitsu Takasaka. Dec : Yoshiaki Kamehara. Avril 1923.
Int : Kômei Minami, Takeo Oguri, Kiyoshi Mori, Yuraki Mimasu, Kichiji Nakamura.
- Jidaigeki relatant une histoire de fantômes. Une geisha et un bonze en sont les protagonistes. Mizoguchi : « C'était une pièce du shinpa. On m'a reproché d'avoir traité de l'amour d'un bonze et d'une femme, et d'avoir attenté à la dignité religieuse.
On était sévère à cette époque. » (Cdc 20).
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Une femme s'adonnant au plaisir (Kanraku no Onna) (1924)
La Femme de joie [S, C]
Prod : Nikkatsu-Kyôto. Scn : Shuichi Hatamoto, d'après une idée originale de Kenji Mizoguchi. Novembre 1924.
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La Reine du cirque (Kyokubadan no Jo) (1924)
Prod : Nikkatsu-Kyôto. Scn : Shûichi Hatamoto, d'après une idée originale de Tatsurô Takashima. Décembre 1924.
Int : Denmei Suzuki, Kumeko Urabe.
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Pas d'argent, pas de guerre (Uchen-Puchan) (1924)
Pas d'argent, pas de soldats [S], Pas d'argent, pas de combat [C]
Prod : Nikkatsu-Kyôto. Scn : Shûichi Hatamoto, d'après une bande dessinée de Ippei Okamoto. Janvier 1925.
Int : Eiji Takagi, Kumeko Urabe, Kaichi Yamamoto.
- Histoire burlesque dont le héros est un soldat chinois réquisitionné. La copie fut confisquée par la censure qui en retarda la sortie. Mizoguchi : « Ce titre est une expression chinoise qui signifie Pas d 'argent, pas de guerre. C'était une satire de la guerre d'après une idée du caricaturiste Ippei Okamoto. Le film est sorti à Kyôto, mais il a été interdit dans les autres villes.
Moi, je pensais avoir fait de la caricature. » (Cdc 20, interview de la revue Kinema Jumpô).
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Après les années d'études (Gakuso o Idete) (1925) [?]
LProd : Nikkatsu-Kyôto. Scn : Kenji Mizoguchi, d'après Manasobu Nomura. Im : Tatsuyuki Yokota. Avril 1925.
Int : Kômei Minami, Aiko Takashima.
- Mizoguchi : « Ce n'est pas de moi, je crois ». Yoda :
« On dit que ce film fait partie de sa filmographie, mais je ne
crois pas que Mizo-san l'ait réalisé, car il n'aimait pas du tout l'école. » (Cdc 20).
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La Terre sourit (Daichi wa Hohoemu) (1925)
Le Sourire de notre terre [S]
Prod : Nikkatsu-Kyôto. Scn : Shûichi Hatamoto, d'après une œuvre de
Hyakusuke Yoshida. Im : Tatsuyuki Yokota. Avril 1925.
Int : Eiji Takagi, Yoshiko Okada, Eiji Nakano, Yôko Umemura.
- Mélodrame fleuve dont la seconde partie fut tournée
par Osamu Wakayama et la troisième par Kensaku Suzuki.
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Le Lys blanc gémit (Shirayuri wa Nageku) (1925)
La Plainte du lys blanc [S]
Prod : Nikkatsu-Kyôto. Scn : Ryûnosuke Shizumi, d'après une œuvre de John Galsworthy. Im : Tatsuyuki Yokota. Juin 1925.
Int : Yoshiko Okada, Eiji Takagi, Iyokichi Kondô.
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Au rayon rouge du soleil couchant (Akai Yûhi ni Terasarete) (1925)
Prod : Nikkatsu-Kyôto. Scn : Shûichi Hatamoto, d'après une œuvre de Takeshi Nagasaki. Im : Tatsuyuki Yokota. Juillet 1925.
Int : Eiji Nakano, Kômei Minami, Yôto Umemura.
Film d'espionnage militaire dont l'action se passe en Mandchourie.
Durant le tournage, Mizoguchi se fit taillader le dos par sa concubine, Yuriko Ichijô,
armée d'un rasoir. L'événement parut dans la rubrique des faits-divers de certains journaux.
À la suite de ce scandale, Mizoguchi fut licencié de son poste de metteur en scène et remplacé
par Genjirô Saegusa. Le réalisateur ne porta pas plainte contre sa maîtresse, qui ne fut pas poursuivie.
Il tenta de reprendre contact avec elle, puis s'en sépara et revint à Kyôto.
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Le Chant du pays natal (Furusato no Uta) (1925)
La Chanson du pays natal [S, C]
Prod : section d'éducation de Nikkatsu-Kansai (région de Kyôto, Osaka, Kôbe). Scn : Ryûnosuke Shimizu, d'après un scénario de Chôji Matsui sélectionné sur concours du Ministère de l'éducation. Im : Tatsuyuki Yokota. Septembre 1925.
Int : Shigeri Kitô, Matsujirô Takagi, Sueko Itô.
- Histoire dejeunes campagnards rejetant le mode de vie sophistiqué de la ville. Animé par un idéal plus élevé, ils créent un mouvement de jeunesse. Film éducatif destiné à la paysannerie et subventionné par le Ministère de l'éducation.
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Sketches dans la rue (Gaijo no sketches) (1925)
Croquis de rue [S, C]
Prod : Nikkatsu-Kyôto. Im : Tatsuyuki Yokota. Novembre 1925.
Int : Eiji Tagaki, Yoshiko Okada, Komako Sunada.
- Film omnibus dont Mizoguchi fut l'un des réalisateurs.
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L'Être humain (Ningen) (1925)
L'Homme [S, C]
Prod : section de shingeki de Nikkatsu. Scn : Shûichi Hatamoto, d'après Zentarô Suzuki. Im : Tatsuyuki Yokota. Décembre 1925.
Int : Eiji Nakano, Yoshiko Okada, Eiji Takagi, Kumeko Urabe, Kiyonaga Higashibôjô.
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Le Général Nogi et Monsieur l'Ours (Nogi Taisho to Kuma-san) (1925)
L'Histoire du général Nogi et de Monsieur Kuma [S, C]
Prod : section de shingeki de Nikkatsu. Scn : Shûichi Hatamoto, d'après une idée originale de Kenji Mizoguchi. Décembre 1925.
Int : Kaichi Yamamoto, Kumeko Urabe.
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Le Roi de la pièce de cuivre (Dôka-O) (1926)
Le Roi de la monnaie [S], Le Roi d'une pièce d'un sou [C]
Prod : section de shingeki de Nikkatsu. Scn : Kenji Mizoguchi. Im : Saburô Isamaya. Février 1926.
Int : Enji Satô, Shirô Katô, Kayoko Saijô.
- Film d'action mettant en scène un détective.
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Les Murmures d'une poupée en papier Haru (Kaminingyo Haru no Sasayaki) (1926)
La Ruelle de la passion ardente [S, C]
Prod : Nikkatsu-Mukôjima. Scn : Kenji Mizoguchi. Im : Hiroshi Wanatabe, Toshumitsu Takasaka. Dec : Yoshiaki Kamehara. Avril 1923.
Int : Kômei Minami, Takeo Oguri, Kiyoshi Mori, Yuraki Mimasu, Kichiji Nakamura.
- Œuvre du style shinpa. Yukio Satô : « Un chef-d'œuvre [...]
Mizoguchi possède un talent particulier pour peindre l'atmosphère des bas quartiers de Edo (Tôkyô).
Dans cette œuvre est entrée toute la chair de l'être humain. Le sang coule. Pour ma part, je ressens
toujours cette impression lorsque je vois les films de Mizoguchi. Mais ici tout particulièrement. »
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Ma faute (Shin Ono ga Tsumi) (nouvelle version, 1926)
Prod : section de shingeki de Nikkatsu. Scn : Shûichi Hatamoto, d'après Yûhô Kikuchi. Im : Matao Matsuzawa. Avril 1926.
Int : Komado Sunada, Eiji Takagi.
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La Femme professeur folle d'amour (Kyoren no Onna Shisho) (1926)
L'Amour fou d'une maîtresse de chant [S, C]
Prod : section de shingeki de Nikkatsu. Scn : Matsutarô Kawaguchi. Im :Tatsuyuki Yokota. Dec : Yoshiaki Kamehara. Juillet 1926.
Int : Yoneko Sakai, Eiji Nakado, Yoshiko Okada
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- Histoire fantastique. Satô : « ... remarquable utilisation des acteurs. Certes, le talent des comédiens y est pour quelque chose, mais la main du metteur en scène est là, qui façonne leur jeu sur un ton extraordinairement juste et approprié. En ce qui concerne le personnage de Shinkichi, interprété par Eiji Nakano, nous avons là le portrait d'un homme vivant dans les bas quartiers et qui se montre extrêmement subtil, si subtil que c'en est surprenant. »
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Les Garçons du pays de la mer (Kaikoku Danji) (1926)
Les Enfants du pays maritime [S, C]
Prod : section de shingeki de Nikkatsu. Scn : Akira Takeda, d'après une idée originale de Kajirô Yamamoto. Im : Tatsuyuki Yokota. Octobre 1926.
Int : Tsunemi Hirose, Komako Sunada, Tôichirô Negishi.
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L'Argent (Kane) (1926)
Prod : section de shingeki de Nikkatsu. Scn : Shûichi Hatamoto et Akira Takeda, d'après une idée originale de Kenji Mizoguchi. Im : Tatsuyuki Yokota. Décembre 1926.
Int : Kasuke Koizumi, Yoshiko Tokugawa.
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La Gratitude envers l'empereur ou La Faveur impériale (Ko-on) (1927)
Prod : section shingeki de Nikkatsu. Scn : Shûichi Hatamoto. Im : Tatsuyuki Yokota. Février 1927.
Int : Eiji Takagi, Hisako Takihana, Mitsuaki Minami.
- Film patriotique tourné à la demande de l'armée et prenant pour thème les soldats blessés.
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L'Oiseau miséricordieux (Jihi Shincho) (1927)
Comme le cœur changeant d'un oiseau [S], Cœur aimable [C]
Prod : section de shingeki de Nikkatsu. Scn : Shûichi Hatamoto, d'après Kan Kikuchi. Im : Tatsuyuki Yokota. Septembre 1927.
Int : Shizue Natsukawa, Tokihiko Okada, Eiji Nakano.
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La Vie d'un homme (Hito no Issho) (1928)
PLa Vie d'une femme [S]
Trois tomes : 1. Tout se ramène à l'argent (Ningen banji kane no maki), 2. La vie est difficile (Ukiyo wa tsuraine no maki),3. La nouvelle rencontre de l'ours et du tigre (Kuma to tora saikai no maki).
Prod : section du cinéma moderne de Nikkatsu. Scn : Shûichi Hatamoto, d'après la bande dessinée de Ippei Okamoto. Im : Tatsuyuki Yokata. Janvier à mars 1928.
Int : Kasuke Koizumi, Tôichirô Negishi, Shizue Natsukawa, Isamu Kosugi.
- Comédie. Satô estime que Mizoguchi était alors sensible à la mode. Les premières années du cinéaste sont, à ses yeux, une période d'expérimentation qui permit à l'auteur des Contes de « prendre conscience de lui-même »
et d'écarter tout ce qui ne correspondait pas à sa personnalité (ch. IV).
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Quelle mignonne ma fille ! (Musume Kawaiya !) (1928)
Quelle charmante fille ! [S, C]
Prod : section de cinéma moderne de Nikkatsu. Scn : Shûichi Hatamoto. Im : Tatsuyuki Yokota. Avril 1928.
Int : Kasuke Koizumi, Natsue Kitahara, Shôsaku Sugiyama.
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Ninonbashi 1929)
Le Pont du Japon [S], Le Pont Nihon [C]
Prod : section du cinéma moderne de Nikkatsu. Scn : Kenji Mizoguchi, Keiichi Kondô, d'après Kyôka Izumi. Im : Tatsuyuki Yokota. Février 1929.
Int : Yokihiko Okada, Shizue Natsukawa, Yôko Umemura, Eiji Takagi, Yoneko Sakai.
- Une sœur aînée devient la maîtresse d'un homme riche. Elle finance les études de son jeune frère,
puis se fait religieuse lorsque celui-ci réussit. Le jeune homme renonce à son ascension sociale et part à
la recherche de sa bienfaitrice.Œuvre du style shinpa. Première rencontre du cinéaste avec l'écrivain Kyôka Izumi qui deviendra l'une de ses références. D'après Satô, le thème de l'ascension sociale et la croyance que les fils de paysans avaient la possibilité de faire carrière furent « l'énorme force motrice du développement du Japon des ères Meiji (1868-1912) et Taïsho (1912-1926) » (ch. VII).
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Ma faute (Shin Ono ga Tsumi) (nouvelle version, 1926)
Prod : section de shingeki de Nikkatsu. Scn : Shûichi Hatamoto, d'après Yûhô Kikuchi. Im : Matao Matsuzawa. Avril 1926.
Int : Komado Sunada, Eiji Takagi.
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Le Journal Asahi brille (Asahi wa Kagayaku) (1929)
Le Soleil levant brille [S, C]
Prod : section du cinéma moderne de Nikkatsu. Scn : Chisoo Kimura, d'après Kan Kikuchi. Im : Tatsuyuki Yokota. Mai 1929.
Int : Shizue Natsukawa, Takako Irie, Isamu Kosugi, Kôji Shima.
- Mélodrame traitant du contraste entre les riches et les pauvres.
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La Symphonie de la grande ville (Tokai Kokyogaku) (1929)
Prod : section du cinéma moderne de Nikkatsu. Scn : Shûichi Hatamoto, Tadashi Kobayashi, d'après Teppei Kataoka, Fusao Hayashi, Rokurô Asahara, Saburô Okada. Im : Tatsuyuki Yokota. Novembre 1929.
Int : Shizue Natsukawa (Osome), Isamu Kosugi (Genzô), Takako Irie (Mlle Reiko)
- Fujii, fils du président d'une très grande compagnie, annonce son mariage avec la fille d'un banquier, Reiko. Le soir même, Fujii, cherche à se défaire de sa maîtresse, Osome, serveuse de son état. Celle-ci rencontre un ouvrier, Genzô, un « pays », dont la carrière a été ruinée par la compagnie du père de Fujii. Genzô travaille sur l'un des chantiers de cette compagnie. I1 se dispute avec le président puis est licencié. Reiko surprend l'altercation et s'intéresse à Genzô. Mais elle se fait insulter par Reiko alors qu'elle fait œuvre de charité dans un quartier misérable. Le père de Fujii hâte le mariage de son fils. I1 veut obtenir le financement du père de Reiko. Mais la jeune fille se moque de Fujii. Celui-ci remet de l'argent à Osome, enceinte par ses soins. Osome fait une fausse couche. Le krach financier éclate le jour de l'inauguration d'un building de la compagnie du père de Fujii. Lorsque Osome et Genzô s'apprêtent à se venger, la compagnie et la banque du père de Reiko ont fait banqueroute (d'après, Satô, ch. IV).
Une crise économique et financière s'amorça dans la deuxième moitié des années 20. Les conflits du travail se multiplièrent. La gauche renforça son influence. Les courants artistes les plus avancés se reconnurent dans leurs thèses. La littérature prolétarienne connut un grand essor. Au cinéma Eisenstein et Poudovkine devinrent les références. Confrontés à ce succès, les administrateurs des compagnies cinématographiques, pourtant hostiles à la gauche, acceptèrent la nouvelle mode. Un nouveau genre naissait : le keikô-eiga (cinéma de tendance politique de gauche). Les cinéastes attachés aux valeurs traditionnelles s'y rangèrent à leur tour. La censure coupa abondamment les films qui, mutilés, devenaient incompréhensibles. Le public s'en désintéressa. La vogue du keikô-eiga ne dépassa pas deux années, d'autant que les mouvements de gauche furent bientôt anéantis par la répression. Le militarisme revint en force. Tous les films représentatifs du keikô-eiga sont considérés comme perdus.
Satô (ch. IV) cite quatre films représentatifs de cette époque : La Poupée qui vit (Ireku ningyô), de Tomu Uchida ; L'Épée tranchant hommes et chevaux (Zanjin zanbaken), de Daisuke Itô ; Regardez cette mère ((Kono haha o miyo), de Tomotaka Tasaka ; Qu'est-ce qui la conduit à ce destin ? (Nani ga kanojo o sôsasetaka), de Jûkichi Suzuki. On dit que La Symphonie de la grande ville était représentatif du keikô-eiga. D'après certains critiques, la première version du film était remarquable. La censure supprima les marques d'hostilité des ouvriers à l'égard des capitalistes. La plupart des scènes qui peignaient les conditions de vie du prolétariat furent écartées.
Le romancier Fusao Hayashi, co-auteur de l'œuvre originale, un des leaders du mouvement de littérature prolétarienne à cette époque, rencontra Mizoguchi à Kyôto. Les deux hommes collaborèrent à un scénario intitulé Époque de tempêtes (Bôfu no jidai). Son thème : l'histoire du Jiyûtô (Parti de la liberté). Fondé en 1881, le Jiyûtô est le premier parti politique japonais. Dissous en 1884, il réapparut en 1890. Il réclamait une extension des droits civils individuels. Mizoguchi tourna un tiers du scénario, puis s'interrompit sur intervention de la censure. À la même époque, Yoshikata Yoda, alors employé de banque, fut arrêté. Accusé de participation à des activités de gauche, il fut torturé. Relâché, il perdit son emploi.
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Le Pays natal (Furusato) (1930)
Scn : Iwao Mori, Bin Kisaragi, Shûichi Hatamoto, Tadashi Kobayashi. Im : Tatsuyuki Yokota, Yoshio Mineo. (?) 1930, 107 min.
Int : Yoshie Fujiwara (Yoshio Fujiwara), Shizue Natsukawa (Ayako, sa femme), Isamu Kobayashi (Kiguchi, l'ami de Yoshio).
- Tentative imparfaite de cinéma parlant. L'ascension sociale d'un chanteur. Par certains de ses aspects, ce film s'apparente au keikô-eiga, mais sans originalité.
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L'Étrangère Okichi (Tojin Okichi) (1930)
Okichi la maîtresse de l'étranger [S], Okichi, l'étrangère [C]
Prod : section du cinéma moderne de Nikkatsu. Scn : Shûichi Hatamoto, d'après Gisaburô Jûichiya. Im : Tatsuyuki Yokota. Juillet 1930.
Int : Yôko Umemura, Kôji Shima, Kaichi Yamamoto, Hisako Takihana.
- Histoire d'une geisha (Okichi) que l'on contraint à se faire rashamen (nom donné aux femmes japonaises, à l'époque d'Edo et au début de l'ère Meiji, qui prenaient pour amants des occidentaux). Fiancée à Tsuru, elle refuse de se soumettre. On promet au jeune homme une accession au rang de samouraï s'il rompt avec sa bien-aimée. Un soir, il vient lui faire ses adieux. Okichi se propose de mourir avec lui. Lâche, Tsuru s'enfuit. Par désespoir, Okichi devient la maîtresse d'un diplomate américain. Elle sert son amant du mieux qu'elle peut, mais l'homme quitte le Japon. Abandonnée de tous, Okichi sombre dans l'alcoolisme.
Le scénario n'existe plus. D'après Satô, l'œuvre originale est un « roman-reportage ». Jûichiya (1897-1937) était alors un écrivain à la mode.
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Et pourtant ils y vont (Shikamo Karera wa Yuku) (1931)
Et pourtant ils avancent [S], Ils avancent malgré tout [C]
Prod : section du cinéma moderne de Nikkatsu. Scn : Shûichi Hatamoto, d'après le roman de Chiaki Shimomura. Im : Tatsuyuki Yokota. Juillet 1931.
Int : Yôko Umemura, Ichirô Sugai, Kumeko Urabe, Reiji Ichiki.
- Le roman d'origine raconte l'histoire suivante : Jun'ichi Kigawa, traducteur, perd son épouse. Il fréquente les bars et les prostituées. On le licencie. Il devient l'amant d'une dactylo, Atsuko. Sous couvert d'un métier de serveuse, celle-ci se prostitue. Elle entend subvenir aux besoins de sa mère. Une rixe éclate. On la conduit en prison. Libérée, elle comprend que sa mère projette de la vendre à usurier. Elle se confie à Jun'ichi qui a entrepris de faire son éducation marxiste. Mère d'un enfant, elle paie une grosse somme pour le récupérer. Mais l'enfant tombe malade. Criblée de dettes, Atsuko se prostitue dans un hôtel réservé aux étrangers. Elle y rencontre Kigawa. Elle justifie son comportement : désireuse de bâtir un monde nouveau, elle entend conquérir son indépendance. Jun'ichi admire son discours.
Film du genre keikô-eiga. Yoda : « Je ne peux oublier la très forte émotion que je ressentis lorsque je vis Et pourtant ils y vont : c'était là le type de cinéma auquel j'aspirais du plus profond de moi-même. Certes, bien que n'étant pas mûr, je désirais écrire des films de contenu disparate où le bon et le mauvais se mêlent, enveloppés, salis de crasse, et comme j'étais quelqu'un qui ignorait la réalité du monde, je ne savais à quoi me référer pour remplir cette aspiration [...] mais quand je lisais Maupassant et Molière, j'étais attiré par cette expression disparate, enveloppée d'ordure. De ce point de vue, les œuvres que je préférais par-dessus tout étaient celles de Junichirô Tanizaki. Mais le film Et pourtant ils y vont fut dépecé par la censure et ce fut rageant de voir, à sa sortie, cette œuvre complètement mutilée. » (Mizoguchi, I'homme et l'art). « Avec cette œuvre, écrit encore Yoshikata Yoda, je pus saisir l'essence du réalisme mizoguchien » (Satô, ch. III). D'après le scénariste et Matsuo Kishi, Mizoguchi, pour ce film, utilisa délibérément la technique du plan-séquence. Puis, écrit Satô, « il coupa les ponts » avec le keikô-eiga.
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Le Dieu tutélaire du temps (Toki no Ujigami) (1932)
Le Dieu gardien du temps [S, C]
Prod : Nikkatsu-Uzumasa (studios implanté à Uzumasa). Scn : Shûichi Hatamoto, Tadashi Kobayashi, d'après l'œuvre de Kan Kikuchi. Im : Tatsuyuki Yokota. Avril 1932.
Int : Kôji Shima, Shizue Natsukawa, Etsuji Oki.
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L'Aube de la fondation d'un État : La Mandchourie-Mongolie (Manmo Kenkoku no Reimei)(1932)
L'Aube de la fondation de la Mandchourie [S, C]
Prod : Takako Irie production. Scn : section de Shinkô Kimena, d'après l'œuvre de Otakichi Mikami et Sanjurô Naoki. Projet de Ryôsuke Tachibana. Septembre 1932.
Int : Takako Irie, Eiji Nakano, Yasusuke Matsumoto.
- Film patriotique dont le tournage s'effectua en Mongolie. De janvier à mai 1932, les armées chinoises et japonaises s'opposent à Changaï (« Affaire de Changaï »). Au cours des hostilités, trois lanceurs de bombe se montrèrent particulièrement héroïques. Le monde du cinéma s'empara de cet événement, au point que cela devint une véritable mode. La réputation du film est exécrable. Ici s'achève le keigô-eiga.
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Le Fil blanc de la cascade (Taki no Shiraito) (1933)
Prod : Irie production. Scn : Yasunaga Higashibojô, Shingi Masuda, Kennosuke Tateoka, d'après le roman Mûre virilité (Giketsu Kyoketsu) de Kypoka Isumi. Im : Shigeru Miki. Dec : Shichiro Nishi. Juin 1933, 110 min.
Int : Takako Irie (Taki no shiraito), Tokihiko Okada (Murakoshi Kinya), Suzuko Taki (Nadeshiko), Ichirô Sugai (Iwabuchi Gôzô), Hirotoshi Murata (Nankin)
- Histoire d'une magicienne itinérante qui finance les études d'un jeune homme pauvre. Elle emprunte de l'argent à un usurier. Acculée, elle le tue, mais en état de légitime défense. Au tribunal, le procureur n'est autre que le jeune homme auquel elle est venue en aide. Celui-ci fait preuve de lâcheté. La jeune femme est condamnée à mort. Le procureur se suicide.
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La Fête de Gion (Gion Matsuri) (1933)
La Fête à Gion [S, C]
Prod : Shinkô Kimana. Scn : Kenji Mizoguchi, d'après une histoire originale de Matsutarô Kawaguchi. Im : Minoru Miki. Août 1933.
Int : Tokihiko Okada, Shizuko Mori, Ichirô Sugai, Sumiko Suzuki.
- « Film d'amour triste » (genre japonais). L'action se passe à Kyôto, dans une maison de commerce.
Ce film, représentatif de la période muette de Mizoguchi, serait de grande qualité.
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Le Groupe Jinpu ou groupe kamikaze (Jinpu ren) (1934)
Vents sacrés [C]
Prod : Shinkô Kimena. Scn : Kenji Mizoguchi, d'après un roman de Gisaburô Jûichiya. Im : Minoru Miki. Février 1934.
Int : Takako Irie, Ryûnosuke Tsukigata, Eiji Nakano.
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Le Col de l'amour et de la haine (Aizo Toge) (1934)
Prod : Nikkatsu-Tamagawa (studios de la Nikkatsu à Tôkyô). Scn : Matsutarô Kawaguchi, modifié par Tatsunosuke Takashima. Im : Tatsuyuki Yokota. Septembre 1934.
Int : Isuze Yamada, Daijirô Natsukawa, Komako Hara.
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Osen la grue de papier (Orizuru Osen) (1935)
La Cigogne de papier/Osen aux cigognes de papier [S], Osen aux cigognes de papier [C]
Prod : Daiichi eiga. Scn : Tatsunosuke Takashima, d'après le roman Baishoku Kamonanba, de Kyôka Matsui. Janvier 1935, 78 min.
Int : Isuzu Yamada (Osen), Daijirô Natsuwaka (Sôkichi Hata), Ichirô Yoshizawa (le prêtre Fûboku), Shin Shibata (Kumaki), Eiji Nakano (le professeur).
- L'an 2 de l'ère Taishô (1913). À Tôkyô, la gare du quartier Manseibashi. Sôkichi Hata, un élégant jeune homme, attend le train. Parmi les voyageurs, une femme, Osen, semble démente. Retour en arrière. Sôkichi se souvient de sa jeunesse. L'action se passe à proximité du temple Kanda-myôjin. Il vient de rater son suicide. Arrive Osen, habillée en geisha. Plusieurs hommes la poursuivent (on comprend plus tard qu'elle leur doit de l'argent). Elle est sauvée par la bande de voyous dont elle fait partie. Sôkichi entre dans la bande comme domestique. Surmené, humilié, Sôkichi supporte tout par amour pour Osen. Il lui explique sa tentative de suicide (retour en arrière) : il ne pouvait financer ses études. Osen le protège contre ses camarades de bande. Ceux-ci sont arrêtés par la police. Osen et Sôkichi vivent ensemble comme frère et sœur. Tandis que Sôkichi va à l'université, Osen se prostitue en cachette. Soupçonnée de vol, elle est arrêtée sous les yeux de Sôkichi. Elle fait don au jeune homme d'une grue en papier (donner une grue en papier à quelqu'un signifie lui souhaiter le bonheur). Sôkichi se lance à sa poursuite mais est renversé par un pousse-pousse dont le passager n'est autre que son professeur de médecine. L'universitaire le prend en charge. Retour à la gare. Sôkichi est devenu enseignant à 1'Université Impériale. Le train arrive. Osen s'évanouit. Sôkichi la reconnaît et la fait transporter à son hôpital. Osen parle de « son cher petit Sôkichi » mais ne reconnaît pas l'homme qui veille à son chevet. Sôkichi tente de se pendre.
Film du style shinpa. Tourné en muet, I'œuvre fut surchargée d'un commentaire et d'un accompagnement de musique occidental particulièrement « grossier » (Satô). On l'estime raté. Tadao Satô (ch. VI) y reconnaît la marque du cinéaste mais souligne les « négligences, les points insuffisamment travaillés » du récit (la description des liens unissant Sôkichi et Osen ou l'activité des voyous). Il considère que le Mizoguchi d'avant 1935 pouvait légitimement être taxé « d'anachronisme ».
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Oyuki, alias Maria (Maria no Oyuki) (1935)
POyuki la vierge [S, C]
Prod : Daiichi eiga. Scn : Tatsunosuke Takashima, Matsutarô Kawaguchi, d'après Boule de suif de Guy de Maupassant. Im : Minoru Miki. Dec : Hichiro Nishi, Gonshiro Saito. Mu : choisie par Koichi Takagi, jouée par le « Chuotoki Ongaku Kyokai » sous la direction de Ruyho Sakai et Yusaku Kanema. Mont : Junkichi Ishigi. S : Junichi Murota. Mai 1935, 78 min.
Int : Isuzu Yamada (Oyuki), Komako Hara (Okin), Daijirô Natsukawa (Shingo Akasura), Eigi Nakano (Kensuke Satohara), Yôko Umemura (Michiko), Shin Shibata (Keshirô Yokoi, mari de Michiko).
- Matsutarô a transposé l'épisode de la guerre de 1870 dans le contexte japonais de la « Guerre Ouest-Sud ». Au début de l'ère Meiji, le gouvernement réprima un mouvement d'insubordination mené par un certain Takamori Saigô. L'ouvrage reprend le thème d'une femme qui aide son amant à gravir les échelons de la société mais n'en est nullement récompensée (thème commun à tant de films du cinéaste : Le Fil blanc de la cascade ; Osen, la grue de papier ; L'Élégie de naniwa ; Conte du chrysanthème perdurable).
Il semble que la pellicule conservée soit dans un très mauvais état. Les dialogues sont peu audibles. Les parties sombres de l'image sont escamotées (Satô, ch. IV).
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Les Coquelicots (Gubijinso) (1935)
Prod : Daiichi eiga. Scn : Haruo Takayanagi. Intrigue et modification du scn : Daisuke Itô. D'après le roman de Sôseki Natsume. Im : Minoru Miki. S : Yasumi Mizuguchi, Tatsuki Murita. Mu choisie par Ryuho Sakai et Koichi Yakagi. Mont : Tazuko Sakane. Dec : Hichiro Nishi. Octobre 1935, 72 min.
Int : Daijirô Natsukawa (Hajime Munechika), Ichirô Tsukida (Seizô Ono), Kunido Miyake (Fujio Kôno), Kazuyoshi Takeda (Kingo, le frère aîné), Yôko Umemura (sa mère), Yûkichi Iwata (Kodô Inoue, le vieux maître), Chiyoko Okura (Sakoyo, sa fille
- Soutenu par son professeur de chinois, dont il a promis d'épouser la fille, un jeune homme pauvre monte à Tôkyô. Il y étudie les auteurs à la mode et devient un intellectuel « au goût du jour ». Amoureux d'une jeune fille de la haute société dont il intègre le milieu, il rompt sa promesse de mariage.
Parallèle entre le mode de vie traditionnel, propre aux gens du peuple, et celui de la haute société occidentalisée.
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L'Élégie de Naniwa (Naniwa Erejii) (1936)
L'Elégie d'Osaka [C]
Prod : Daiichi eiga. Scn : Yoshikata Yoda, d'après une idée originale de Kenji Mizoguchi. Im : Minoru Miki. S : Hisashi Kase, Yasumi Mizuguchi. Mai 1936, 66 min.
Int : Isuzu Yamada (Ayako Murai), Benkei Saganoya (Sônosuke Asai), Yôko Umemura (Sumiko, sa femme), Kensaku Hara (Susumu Nishimura, I'employé), Eitarô Shindô (Yoshizô Tôno, le courtier), Chiyoko Okura (la sœur cadette de Ayako), Shinpachirô (le frère de Ayako), Kunio Tamara (le docteur), Seiichi Takekawa, le père de Ayako).
- Ayako Murai est téléphoniste chez Sônosuke Asai, grossiste en produits pharmaceutiques. Le père de Ayako, Seiichi, a détourné de l'argent. Il risque la prison mais prend la vie avec désinvolture. Ayako tente de réunir de l'argent pour sauver son père. Susumu Kishimura, le jeune homme pauvre dont elle est amoureuse, ne lui est d'aucune utilité. Sônosuke fait des avances à Ayako. La jeune fille accepte de devenir sa maîtresse. En échange, il doit aider son père. Dès lors, elle mène la vie facile d'une femme entretenue et repousse la proposition de mariage de Susumu. Sumiko, la femme de Sônosuke, apprend la liaison de son époux avec son ancienne employée. Elle y met bon ordre. Décidée à renouer avec lui, Ayako se rend chez Susumu. En chemin, elle rencontre sa sœur cadette et apprend que son frère aîné vient d'abandonner ses études, faute d'argent. Pour y remédier, Ayako tente de faire chanter un courtier, Fujino, dont elle se sait désirée. Elle convie l'homme à son appartement et fait passer Susumu pour son mari au moment où le courtier s'apprête à la séduire. Elle tente de lui extorquer de l'argent sous prétexte d'adultère. Fujino porte plainte. Emmené au commissariat en compagnie de sa « fiancée », Susumu s'en désolidarise. De retour chez elle, la jeune fille ne cherche pas à se justifier tant elle a confiance dans sa famille. Elle se fait réprimander par son frère aîné qui la traite de « dévoyée ». Elle quitte le foyer paternel. Dans la dernière scène, son médecin s'inquiète de son état de santé. « Serais-tu malade », lui demande-t-il ?, « »Oui. . . d'être une fille dévoyée », répond-t-elle. Puis elle s'éloigne, animée d'une grande détermination.
Le thème d'un jeune homme pusillanime, abandonnant la jeune fille qu'il aime aux vicissitudes.de l'existence.
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Les Sœurs de Gion (Gion no Shimai) (1936)
Prod : Daiichi eiga. Scn : Yoshikata Yoda, d'après une idée originale de Kenji Mizoguchi. Im : Minoru Miki. S : Hisashi Kase. Octobre 1936, 69 min.
Int : Isuzu Yamada (Omocha, la geisha), Yôko Umemura (Umekichi, sa sœur aînée), Benkei Soganoya (Shinbê Furusawa), Kazuko Kuno (Oemi, son épouse), Eitarô Shindô (Sangarô Kudô).
- Deux sœurs, geishas l'une et l'autre, ont des conceptions opposées de leurs rapports avec les hommes. L'aînée, traditionnelle, est amoureuse de l'un de ses clients, Furusawa. Celui-ci a fait faillite. Abandonnant sa famille, il vit aux crochets de sa maîtresse. La cadette, Omocha, convaincue de n'être qu'un jouet entre les mains des hommes, entend leur rendre la pareille. Appliquant sa théorie, Omocha gruge Kimura, le jeune employé d'une maison de kimonos, en abusant de l'amour qu'il lui porte. Elle le méprise et devient la maîtresse de son patron. La situation de Furusawa se rétablit. Il retourne auprès de son épouse, donnant raison à la cadette. Pour se venger, Kimura précipite Omocha par la portière d'un taxi en marche. La jeune femme est hospitalisée. Sa sœur la veille. Couchée sur son lit, elle crie sa rage et son impuissance : « Que vienne un monde où l'on n'ait plus besoin de geishas », gémit-elle.
Un cri entre les barreaux du monde. Traitant d'un problème « social », Mizoguchi filme l'intériorité de ses personnages. Les deux sœurs se font prendre l'une et l'autre au piège de la représentation qu'elles se font du monde extérieur.
Les Sœurs de Gion connut un grand succès. On salua la lucidité du film et la profondeur avec laquelle il avait peint les geishas, généralement traitées de façon superficielle et trompeuse. Avec ce film et L'Élégie de Naniwa Mizoguchi accéda au titre de « grand maître du cinéma », la plus haute distinction à laquelle un cinéaste nippon puisse aspirer.
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L'Impasse de l'amour et de la haine (Aien Kyô) (1937)
L'Impasse de l'amour et de la haine [S, C]
Prod : Shinkô-kinema, Tôkyô. Scn : Yoshikata Yoda, d'après une histoire de Matsutarô Kawaguchi. Im : Minoru Miki. S : Akira Ando, Kentaro Nada. Mu : Mizuo Ukagami. Thème de jazz : Tôkyô Romance Club. Mont : Tazuko Sakane, Mitsuo Kondo. Dec : Hiroshi Mizutani. Juin 1937, 88 min.
Int : Fumiko Yamaji (Ofumi Murakami, la servante de l'auberge de Shinshû), Seizaburô Kawazu (Yoshitarô Suzuki), Masao Shimizu (Kenkichi Takizawa, le fils de l'aubergiste), Yukata Mimasu (Yasuzô, son père), Kumeko Urabe (la sage-femme).
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Kenkichi Takizawa est amoureux d'Ofumi, servante dans l'auberge de son père. Il s'enfuit avec elle à Tôkyô et vit à ses crochets. Les difficultés financières lui paraissent bientôt insupportables. Il rentre chez son père, abandonnant Ofumi enceinte par ses soins. Ofumi met son enfant au monde et le confie à une nourrice. Tour à tour serveuse, puis comédienne dans une troupe itinérante, elle se lie avec un accordéoniste, Hôtarô. Ils donnent une représentation dans la ville où réside Kenkichi. Celui-ci voit leur spectacle : c'est sa propre histoire, racontée dans tous ses détails (Ofumi en a fait un manzai : histoire comique racontée à deux). Pris de remords, il propose à la mère et l'enfant de s'installer chez lui. Mais son père s'y oppose. Kenkichi se soumet une nouvelle fois. Dégoûtée, Ofumi le quitte définitivement et reprend son existence itinérante en compagnie d'Hôtarô.
D'après Satô (ch. IV), Yoda voulait raconter l'histoire d'une mère et d'un enfant conteurs de manzai. Kawaguchi eut l'idée de se référer à La Résurrection de Tolstoï qui inspira un grand nombre de films tout au long de « l'ère Taishô » (1912-1926). Yoda s'en servit, mais en modifiant la caractérisation du personnage de Nefridov (doté d'une forte personnalité). Il fit de Kenkichi un individu particulièrement faible devant son père.
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Le Chant du bivouac (Roei no Uta) (1938)
Le Chant du camp [S], Le Chant de la caserne [C]
Prod : Shinkô-Tôkyô. Scn : Shûichi Hatamoto. Im : Jun'ichirô Aoshima. Mu : Sengi Ito. Mars 1938.
Int : Seizaburô Kawazu, Fumiko Yamaji, Ichirô Sugai, Masao Shizumi, Kôji Nakada, Haruo Tanaka.
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Dans le contexte de l'invasion du continent chinois par les forces nipponnes, les exigences gouvernementales se firent de plus en plus strictes. Le cinéma devait collaborer en prônant une idélogie militariste. Toute critique sociale fut empêchée. Mizoguchi tenta de contourner la difficulté en se consacrant à des œuvres du genre geidô-mono (films décrivant la vie de personnages étudiant les arts traditionnels du Japon). Mais il ne put éviter ce film que Satô qualifie de « véritable navet ».
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Ah !, le pays natal (Aa Furasuto) (1938)
Prod : Shinkô-Tôkyô. Scn : Yoshikata Yoda, d'après une histoire de Hideo Kolde. Im : Jun'ichiro Aoshima. Octobre 1938.
Int : Fumiko Yamaji, Seizaburô Kawazu, Masao Shimizu.
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Histoire d'une femme dont le destin est soumis aux aléas d'une petite entreprise provinciale.
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Conte du chrysanthème perdurable (Zangiku Monogatari) (1939)
Les Contes des chrysanthèmes tardifs [S, C]
Prod : Shôchiku-Kyôto. Scn : Yoshikata Yoda avec la participation de Matsutarô Kawaguchi, d'après une nouvelle de Shôfû Muramatsu. Im : Shigeto Miki, Yôzô Fuji. S : Ryuichi Shikita, Fumizo Sugimo. Mu : Shirô Fukai. Mont . Koshi Kawahigashi. Dec : Hiroshi Mizutani. Octobre 1939, 142 min.
Int : Shôtarô Hanayagi (Kikunosuke Onoe), Kakuko Mori (Otoku), Kôkichi Takada (Fukusuke Nakamura), Gonjûrô Kawarazaki (Kikugorô Onoe, le cinquième), Yôko Umemura (Sato, la femme de Kikugorô), Benkei Soganoya (Mototoshi, le masseur).
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Le théâtre japonais à la fin du XIXe siècle. Les acteurs de kabuki constituent un corps de type féodal régi par un petit nombre de familles illustres. Kikugorô Onoe V jouit d'une énorme popularité. Son talent est inégalé. Son fils, Kikunosuke VI devrait lui succéder. Bien que le jeu de celui-ci soit insuffisant, tous, par crainte, le louent. Aussi Kikunosuke ne croit-il pas utile de travailler. Il s'adonne aux plaisirs. Otoku est nurse dans la maison Onoe. Sollicitée par Kikunosuke, elle n'hésite pas à le critiquer et l'exhorte au travail. Ému, Kikunosuke s'éprend de la jeune femme, bientôt licenciée par la famille Onoe qui la considère comme une intrigante. Kikunosuke se révolte. Il est chassé. Protégé par Tamizô Onoe, influent a Osaka, il tente de nouveau sa chance mais les spectateurs se moquent de lui. Rejoint par Otoku, il vit avec elle. Tamizô Onoe meurt. Kikunosuke perd son emploi. Il entre dans une troupe d'acteurs ambulants. Otoku ne cesse de le soutenir. Son jeu s'améliore. La troupe fait faillite. Otoku demande à une troupe de kabuki d'accepter Klkunosuke en son sein. Le jeu de Kikunosuke est vivement apprécié. Le jeune homme réintégrera le monde du kabuki de Tôkyô, mais à la condition qu'il se sépare d'Otoku. Kikunosuke ignore cette clause. Lorsqu'il découvre la vérité, il proteste, mais sans suite. Il devient un comédien de renom. Les années passent. La troupe de Kikunosuke est à Osaka. La veille du spectacle, il fait le tour de la douve à bord d'un bateau orné de chôchins (lanternes en papier). Il apprend par une logeuse que son ancienne mâîtresse est sur le point de mourir. Il se précipite à son chevet ; son père a autorisé leur mariage. Mais il est trop tard : tandis que la foule acclame Kikunosuke, Otoku meurt.
Peut-être le chef-d'œuvre de Mizoguchi avant la (relative) période de récession qui suit la défaite de 1945. Si le film s'inscrit dans la lignée de la tradition shinpa et développe une thématique que le cinéaste reprendra souvent (une existence dévouée à l'art), on notera la splendeur esthétique de l'ensemble (notamment le défilé des bateaux autour de la douve).La Femme de Naniwa (Naniwa Onna) (1940)
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La Femme de Naniwa (Naniwa Onna) (1940)
Les Femmes d'Osaka [C]
Prod : Shôchiku-Tôkyô. Scn : Yoshikata Yoda, à partir d'une idée de lui-même et de Kenji Mizoguchi. Im : Shigeto Miki. Mu : Senji Itô. Dec : Hiroshi Mizutani. Septembre 1940.
Int : Kôtarô Bandô (Danpei Tomizawa), Kinuyo Tanaka (Ochika), Kôkichi Takada (Bunkichi), Yoshiko Kakamura (Okuni), Yôko Umemura (Otaka), Ryôtarô Kawanami, Shinpachirô Asaka.
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Ochika, jeune fille cultivée, admire Danpei Tomizawa, virtuose shamisen du bunraku, veuf et pauvre. Celui-ci tombe malade. Ochika 1'épouse et le seconde. Danpei forme un duo avec Koshiji-tayû (le mot tayû désigne ici les artistes occupant un rang élevé dans le monde du nô, du kabuki ou du jôruri). La femme de ce dernier voit d'un mauvais œil le mariage de Danpei. Elle lui destinait une jeune geisha, Okuni, pauvre et de caractère effacé. Elle craint que la présence de Ochika ne renforce le pouvoir de Danpei au détriment de son mari. Les rapports entre les deux couples se détériorent. La troupe se désunit. Ochika en est tenue pour responsable. Bunkichi, un marionnettiste, tombe amoureux de la jeune Okuni. Pour lui venir en aide, il fait pression sur Ochika. On le roue de coups. Il devient aveugle. Okuni le soutient dans son art. La troupe de Danpei connaît de gros échecs. Ochika entend marier Okuni avec Haruka-tayû, le nouveau partenaire de Danpei. Celui-ci lui reproche ses intrigues. Elle comptait adapter Tsubosaka reigen ki (chef-d'œuvre du jôruri, récitation dramatique avec accompagnement de shamisen). Il déclare qu'elle en est incapable et la chasse. Réfléchissant sur son passé, Ochika réécrit l'adaptation de Tsubosaka... avec un tel brio que Danpei en compose la musique.
Le film s'inspire de l'historique du théâtre bunraku de Osaka de 1873 à 1874 On estime que le jeu de Tanaka Kinuyo y est particulièrement remarquable.
En novembre 1940, Mizoguchi fut invité à la cérémonie donnée à l'occasion du 2600e anniversaire de la fondation du Japon en tant que président de l'Association des metteurs en scène. Le cinéaste considéra ce fait comme un grand honneur.
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La Vie d'un homme se consacrant à l'art (Geido Ichidai Otoko) (1941)
La Vie d'un acteur [S, C]
Prod : Shôchiku-Kyôto. Scn : Yoshikata Yoda, d'après un roman de Matsutarô Kawaguchi. Im : Kôhei Sugiyama. Février 1941.
Int : Senjaku Nakamura, Yoshiko Nakamura, Kôkichi Takada, Minosuke Babdô, Yôko Umemura, Seiaburô Kawazu, Ichirô Sugai.
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La Vengeance des 47 rônins (Genroku Chushingura) (1941-1942)
Prod : Kôa ; Responsable prod : Shintarô Shirai. Scn : Ken'ichirô Hara, Yoshikata Yoda, d'après la pièce de Seika Sanayama, inspirée d'un fait historique. Im : Kôhei Sugiyama. S : Hidekata Sasaki. Mu : Shirô Fukai. Mont : Takata Kuji. Dec : Hiroshi Mizutani. Arch : Kaneto Shindô. lère partie : 100 min. ; 2ème partie : 112 min. Décembre 1941 (lère partie), février 1942 (2ème partie).
Int : Chôjurô Kawarazaki (Kuranosuke Oishi), Gan'emon Nakamura (Sukeemon Tomimori), Kunitarô Kawarazaki (Jûzaemon Isomi), Yoshisaburô Arashi (Takumino-kami Asano), Chôemon Babdô (Sôemon Hara), Jôji Umieda (Yasubê Horibe), Kôzaburô Ramon (Tokubê Iseki), Isamu Kosugi (Denpachirô Tamon), Manpô Mimasu (Kôzukenosuke Kira), Utaemon Ichikawa (Tsunatoyo Tokugawa), Shizue Yamagishi (Orika), Mitsoku Miura (Hôsen-in). Rôles n'existant pas dans la première partie : Fumiko Yamaji (Okiyo, la petite sœur de Sukeemon Tomimori), Mieko Takamine (Omino).
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L'action se passe sous le gouvernement Tokugawa (ère Edo, 1603-1668). Victime des intrigues du Shogunat (régime reposant sur la confusion des pouvoirs politique et militaire. Établi de fait en 1185 et en droit en 1192, il dura jusqu'en 1868), un chef samouraï reçoit l'ordre de se faire hara-kiri (seppuku en japonais) au nom de son intégrité et de sa loyauté. Les 47 samouraïs qui étaient sous ses ordres deviennent des rônins (littéralement: homme porté par la vague, homme errant. Ou, samouraï ayant perdu son suzerain et son fief. Durant la période Edo, de nombreux guerriers se firent volontairement rônins afin de remplir un rôle politique). Révoltés, ils organisent un raid contre le représentant de l'autorité responsable de la mort de leur chef vénéré.
Mizoguchi a consacré l'essentiel de ses efforts à un exercice de mise en scène. Mizutani Hiroshi a dû construire un décor en grandeur nature pour la scène-clé du film, dite « du couloir de pin ». Pour filmer l'assaut des samouraïs, Mizoguchi a utilisé la technique du plan-séquence qui, dans ce cas, semblait impraticable à ses collaborateurs. L'effet est époustouflant.
En décembre 1941, Chieko Mizoguchi, la femme de Mizoguchi, entre à hôpital psychiatrique. Le cinéaste devient président administrateur de l'Association du cinéma du « Grand Japon » (février 1942). Cette association est chargée de faire appliquer la politique gouvernementale. En 1943, Mizoguchi et Yoda partent en repérages en Chine. Ils doivent préparer un film pour le compte de l'infanterie. Ils sont accompagnés par deux écrivains, Yoshiharu Makino et Yuio Tomisawa, préposés à la rédaction de l'histoire, ainsi que de Osamu Yoneda, auteur du projet.
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Trois générations de Danjurô (Danjurô Sandai) (1944)
Prod : Shôchiku. Scn : Matsutarô Kawaguchi, d'après une histoire de Naozô Kagayama. Im : Shigeto Miki. Mu : Akira Saiki. Juin 1944.
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Film du genre geidô-mono. La défaite du Japon paraît de plus en plus inévitable. Tourner devient très difficile.
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L'Histoire de Musashi Miyamoto (Miyamoto Musashi) (1944)
Prod : Shôchiku-Kyôtô. Scn : Matsutarô Kawaguchi, d'après l'œuvre originale de Kan Kikuchi. Im : Shigeto Miki. Décembre 1944. 53 min.
Int : Chôjurô Kawarazaki (Musashi Miyamoto), Gan'emon Nakamura (Kojirô Sasaki), Kinuyo Tanaka (Nobuo Nonomiya).
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D'une intelligence peu commune, Musashi développe ses qualités d'observation et de calcul. Il manie le sabre avec une telle adresse qu'il peut déjouer toutes les attaques. Il n'en est pas moins le théâtre d'un drame intérieur car son entourage le jalouse et le considère comme un assassin.
L'histoire de Musashi est, avec Les 47 rônins, I'une des œuvres les plus adaptées dans le cadre des jidaigeki. Dans les années 60, Tomu Uchida a consacré une série de cinq films au personnage de Miyamoto qui, dit-on, aurait réellement existé. Les Japonais lui confèrent une valeur emblématique.
Fait exceptionnel, Mizoguchi filme une scène de combat. D'après Jean-Paul Le Pape, ce film aurait été réalisé pour des raisons alimentaires. De même pour le suivant.
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L'Excellent sabre Bijomaru (Meitô Bijomaru) (1945)
L'Epée Bijomaru/L'excellente épée Bijomaru [S, C}
Prod : Shôchiku-Kyôtô. Scn : Matsutarô Kawaguchi. Im : Shigeto Miki. Février 1945. 65 min.
Int : Shôtarô Hanayagi (Kinoye Sakurai), Isuzu Yamada (Sasae Onoda), Ichijirô ôya (Kozaemon Onoda), Eijirô Yanagi (Kiyohide no karni Yamamoto), Kan Ishii (Kiyotsugu).
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Geidô-mono servant la propagande nationaliste. Exemple des concessions que Mizoguchi aurait accepté de faire au régime militaire. Après la reddition du Japon, en août 1945, le cinéma fut placé sous le contrôle des forces américaines. Tous les projets devaient obtenir une autorisation de tournage émanant du quartier général yankee. La cinéma japonais promit de défendre l'idéal démocratique. Mizoguchi s'y conforma. D'après Satô, les geidô-mono constituaient à cette époque un genre ambigu. Il en définit ainsi le thème « L'abnégation de soi et le dévouement à la tradition japonaise: ».
Satô affirme que ce film, « même sur le plan de sa confection formelle, est de loin le plus mauvais, le plus mal construit », de tous les films de Mizoguchi visibles aujourd'hui . Ainsi vérifierait-il l'incapacité du metteur en scène de se mettre au service d'une idéologie dont il se sépare, du moins en tant que cinéaste de premier plan. Le film, poursuit Satô, est tout à fait conforme à l'esprit militariste. Le sabre était considéré comme le dépositaire de 1'âme du guerrier. Le forgeron qui le fabriquait devait être à l'unisson des valeurs patriotiques. Dans son film, Mizoguchi « prit à son compte ce symbolisme vulgaire et même le renforça » (Satô, ch. VIII).
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La Victoire des femmes (Josei no Shori) (1946)
La Victoire du sexe féminin [C]
Prod : Shôchiku-ôfuna. Scn : Kôgo Noda, Shindô Kaneto. Im : Toshio Ubukata. S : Hisao Ono. Mu : Kozoaki Asai. Mont : Yoshiko Sugihara. Dec : Kazuma Kaoda, Jiro Nakamura. Avril 1946. 84 min.
Int : Kinuyo Kanata (Hiroko Hosokawa), Michiko Kuwano (Michiko Kôno, sa sœur aînée, épouse de Shûichiro), Katsuhei Matsumoto (Shûichiro, le procureur), Mitsuko Muira (Moto Asakura, la mère meurtrière), Shin Tokudaiji (Keita Yamaoka, le professeur).
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Hiroko Hosokawa, avocate, est amoureuse de Keita Yamaoka, professeur d'Université et partisan de la liberté. Durant la guerre, celui-ci fut victime de la répression organisée par le procureur chargé de « contrôler les idées », Shûichiro Kôno, beau-frère de Hiroko. Emprisonné, il est tombé malade. Une amie d'enfance de Hiroko, Moto Asakura, tue son enfant dans une crise de délire faisant suite à la perte de son mari, jusqu'alors alité et chômeur. Hiroko assure sa défense. Shûichirô tente de faire pression sur sa belle-sœur par l'intermédiaire de sa femme, Michiko, sœur aînée de Hiroko. Elle lui doit, au moins en partie, son accession au rang d'avocate. Hiroko ne se laisse pas fléchir. Dans son réquisitoire, Shûichirô insiste sur la faute de Moto : I'accusée n'a pas rempli son devoir de femme japonaise. Hiroko souligne l'archaïsme des lois nipponnes et le marasme provoqué par la guerre. Elle plaide non coupable. À la suspension d'audience, Hiroko apprend le décès de son fiancé. Elle est plus que jamais décidée à se battre. Sa sœur lui fait part de son désir de quitter son mari et de lutter à ses côtés.
Ce premier film de Mizoguchi après la fin de la guerre prend pour thème la démocratisation de l'administration judiciaire. Les Forces d'occupation, dans le cadre de leur politique de démocratisation, encouragèrent la formation de syndicats ouvriers. Des personnalités sans expérience et ne s'intéressant que très médiocrement à la vie syndicale furent, parfois, nommées dans les commissions. Ce fut le cas de Mizoguchi, élu président du Syndicat du théâtre et du cinéma japonais. Le regain des luttes ouvrières mit fin à cet état de chose. Un « Comité de la morale cinématographique » fut créé sous l'égide des Forces d'occupation. Les films devaient exprimer les idéaux démocratiques. Toute manifestation d'un état d'esprit féodal devait être bannie. Le septième art apparaissait comme un instrument de transformation de la mentalité japonaise.
La Victoire des femmes inaugure ce que l'on a qualifié de « période de recherche et d'échec relatif de Mizoguchi ». Ce film, d'après Satô, met en scène une femme du peuple entièrement soumise aux personnalités cultivées, dépositaires du savoir et des codes de bonne conduite. Il fait d'une telle idéologie un trait d'époque. Ma jeunesse est sans remords (Waga seishun ni kui nashi), d'Akira Kurosawa (1946) et Le Matin de la famille Osone (Osoneke no asa), de Keisuke Kinoshita (1946), seraient redevables d'une même critique.
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Cinq femmes autour d'Utamaro (Utamaro o Meguru Gonino Onna) (1946)
Prod : Shôchiku-Kyôtô. Scn : Yoshikata Yoda, d'après le roman de Kanji Kunieda. Projet de Toshio Itoya. Im : Shigeto Miki. S : Hisashi Kase. Mu : Hisato Osawa, Tamezo Mochizuke. Mont : Shintaro Miyamoto. Décembre 1946. 94 min.
Int : Minosuke Bandô (Seinosuke Koide), Kinuyo Tanaka (Okita Naniwaya), Kôtarô Bandô (Seinosuke Koide), Hiroko Kawasaki (Oran, la dame d'honneur), Toshiko Iizuka (Tagasode-dayû), Kyôko Kusashima (Oman), Kinosuke Takamatsu (Jûzaburô Tsutaya), Hideko Ohara (Yukie Kanô).
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Le récit s'organise autour de la personnalité du peintre Utamaro (1753-1806), célèbre graveur d'estampes ukiyoe.
Grand amateur de femmes, Utamaro s'est attaché à peindre un idéal de beauté féminine. Alors que la peinture sur soie était une forme de travail traditionnelle, il dessina directement sur la peau de ses modèles, considérant cette tâche comme une authentique création. Il privilégiait le sens du toucher.
Dans son ouvrage, Kenji Mizoguchi, I'homme et l'art, Yoda fait état des notes qu'il prit lors de la préparation du film. « Le peintre, dit-il, s'attachait à la personnalité des femmes, notamment des prostituées, dont il défendait l'aspiration à la liberté. Ce n'était pas seulement les formes de ses modèles qui lui importaient. Il aimait converser avec elles, recherchant leur beauté intérieure. Il se pourrait fort bien qu'à mon insu, indique-t-il encore, j'ai essayé de peindre Mizo-san [...] j'ai eu le sentiment que Utamaro et Mizo-san se ressemblaient énormément et j'en ai éprouvé un vif plaisir. »
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L'Amour de l'actrice Sumako (Joyû Sumako no Koi) (1947)
Prod : Shôchiku-Kyôtô. Scn : Yoshikata Yoda, Shindô Kaneto, d'après une idée originale de Kôgo Noda. Im : Kôhei Sugiyama. S : Kaname Hashimoto. Mu : Hisato Osawa. Mont : Shintaro Miyamoto. Août 1947, 96 min.
Int : Kinuyo Tanaka (Sumako Matsui), Sô Yamarura (Hôgetsu Shimamura) Kikue Senda (sa femme), Eijirô Tonô (Shôyô Tsubuchi), Koreya Senda (Manasori Rakeda).
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Hôgetsu Shimamura, célèbre metteur en scène et professeur d'art dramatique, se propose de monter la pièce d'Ibsen La maison de poupée. L'école hésite. La pièce sera jouée en privé. Dans la rue, il est le témoin d'une scène de ménage. Une jeune femme Sumako, chasse son mari. Il l'aborde. Elle est actrice. Hôgetsu exulte. Il voit en elle une interprète idéale. Hôgetsu néglige sa famille, bien que sa fille, Haruko, doive se fiancer prochainement. Sumako répète sans relâche une scène de ménage. La pièce est jouée. Sumako obtient un énorme succès. Hôgetsu lui déclare sa flamme. Le mariage de Haruko est annulé. Son père lui conseille de se marier avec un homme dont elle est amoureuse. Hôgetsu quitte son foyer et monte une troupe. Un an passe. Des dissenssions s'installent. Sumako est insupportable. La compagnie connaît de graves difficultés financières. La vie itinérante devient difficile. Hôgetsu tombe malade et meurt. Le jour des funérailles, Sumako s'excuse auprès d'Ichiko. Celle-ci tient son époux pour seul responsable. Au théâtre, Sumako interprète le rôle d'une femme désespérée par la mort de son mari. Elle fait un triomphe. Elle obtient le rôle de Carmen. Recherchant la perfection, elle répète sans cesse la scène de son assassinat. On apprend par le journal qu'elle s'est tuée sur le plateau. Tous lui rendent hommage à son enterrement.
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Les Femmes de la nuit (Yoru no Onnatachi) (1948)
Prod : Shôchiku-Kyôtô. Projet de Toshio Itoya. Scn : Yoshikata Yoda, d'après le roman de Eijirô Hisaita, Joseimatsuri (Festival de femmes). Im : Kôhei Sugiyama. S : Taro Takahashi. Dec : Kiyoharu Matsuno, Suekichi Yamaguchi. Mu : Hisato Osawa. Mont : Tazuko Sakane. Mai 1948, 31 mars 1982. 73 min.
Int : Kinuyo Tanaka (Fusako ôwada), Sanae Takasugi (Natsuko Kimishima, sa sœur), Sumida Tomie (Kumiko ôwada), Mitsuo Nagata (Kenzo Kuriyama), Hirotoshi Murata (le directeur de l'hôpital), Heinpei Tomimoto (Koji ôwada), Umeko Obayashi (Tokuto ôwada), Kenzo Tanaka (Shuichi Hirata).
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Trois années après la défaite, les rues d'Osaka sont encore en ruines. Fusako ôwada reçoit l'avis de décès de son époux. Son enfant meurt. Elle devient la secrétaire de Kuriyama, ami de guerre de son mari, directeur d'une société, mais aussi trafiquant et, partois, proxénète. Elle devient sa maîtresse. Fusako rencontre sa sœur cadette, Natsuko, chanteuse de cabaret, et lui propose de loger chez elle. Quelque temps plus tard, elle surprend Natsuko dans le lit de Kuriyama. Llle s'enfuit et décide de se prostituer. Natsuko part à la recherche de sa sœur. Elle est prise dans une rafle et assimilée à une prostituée. On la conduit à l'hôpital où l'on constate qu'elle est enceinte et atteinte de syphilis. Elle y retrouve Fusako, devenue la patronne d'un petit groupe de femmes débordant de haine à l'encontre des hommes. Le médecin tente d'aider ses patientes. Fusako, à son tour, est atteinte de syphilis, mais refuse de se faire soigner pour mieux contaminer ses clients. Kumiko, la sœur cadette de Kuriyama, est fascinée par les mœurs de 1'après-guerre. Elle vole sa propre famille puis se fait extorquer son argent par un étudiant dévoyé lié à un groupe de mauvais garçons. Peu après, elle est attaquée par une bande de filles qui la dépouillent de ses vêtements. Elle tente de se prostituer. Les filles, considérant que le quartier leur est réservé, s'apprêtent à la corriger. Fusako émerge du groupe et, défiant ses compagnes, prend la défense de Kumiko.
Satô (ch. V) raconte l'anecdote suivante, elle-même relatée par Toshio Itoya, le producteur. Alors qu'il préparait Les Femmes de la nuit Mizoguchi visita un hôpital spécialisé dans le traitement des maladies vénériennes des prostituées. Le directeur de l'établissement fournit des explications au réalisateur et acheva ainsi son exposé : « Ça aussi (les maladies vénériennes), c'est avant tout la faute des hommes: ce n'est pas, comme on le dit, la faute des femmes. « À ce moment-là, les larmes coulèrent des yeux de Mizoguchi qui répondit : » C'est cela même, c'est ma faute. »
Toute la mise en scène, servie par les ruines, renvoie l'image d'un univers glacé où les rapports humains sont dominés par la haine et l'agressivité. On notera, esthétiquement, la référence au néo-réalisme, peu maîtrisé, et, idéologiquement, la présence d'une « vierge à l'enfant » sur le vitrail d'une église détruite. Symbolisme qui s'explique, sans doute, par le rôle « civilisateur » qu'exerça le catholicisme au Japon.
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Notre amour a brûlé (Waga Koi wa Moenu) (1949)
(La) Flamme de mon amour [S, C]
Prod : Shôchiku-Kyôtô. Scn : Yoshikata Yoda, Shindô Kaneto, d'après une idée originale de Kôgo Noda. Im : Kôhei Sugiyama. S : Taro Takahashi. Mu : Seni Itô. Mont : Tazuko Saka. Dec : Hiroshi Mizutani. Février 1949. 84 min.
Int : Kinuyo Tanaka (Eiko Hirayama), Mitsuko Mito (Chiyo Ishikawa), Ryûzô Hayase (Eitarô Ozawa), Ichirô Sugai (Kentarô Shigei, ou Omoi dans la version cinémathèque française ?).
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1884. Désireuse de lutter en faveur de l'émancipation de la femme, Eiko Hirayama monte à Tôkyô. Elle compte, pour l'éduquer, sur Hayase, un ami d'enfance, membre du Parti libéral. Hayase propose de l'épouser mais refuse de l'aider. Il s'avère qu'il est un espion au service du gouvernement. Eiko fait la connaissance de Kentarô Shigei (allusion à Kentarô Oi, personnage historique), chef du Parti libéral. Kentarô lui déclare sa flamme, non sans brutalité. Eiko cède à son désir. Tous deux soutiennent la grève qui vient d'éclater dans une filature. Ils sont arrêtés et emprisonnés. Le Parti a été dissous. En prison, Eiko retrouve Chiyo qui travaillait chez ses parents et a mis le feu à la filature pour se venger des mauvais traitements qu'elle devait y subir. 1889. Une amnistie est prononcée. À leur libération, Eiko et Shigei se mettent en ménage. Chiyo devient leur servante. Le Parti libéral renaît. Shigei se présente aux élections et devient membre du Parlement impérial. Eiko découvre la liaison de son ami et de Chiyo. Celle-ci se dit heureuse pour la première fois de sa vie. Son statut de maîtresse la satisfait. Indignée par le comportement de son ami, Eiko décide de rentrer dans son pays natal pour y fonder une école. Dans le train, Chiyo la rejoint. Elle veut apprendre à ses côtés.
Meiji-mono (film traitant des mœurs de l'ère Meiji) retraçant la vie de Hideko Kageyama, célèbre militante féministe du mouvement de jiyû-minken (mouvement de lutte en faveur de la liberté et de l'acquisition des droits civils), sous l'ère Meiji.
Mizoguchi centre son analyse sur le personnage de Kentarô. Il souligne les contradictions du militant, verbalement en accord avec l'idéal d'émancipation de la femme mais prêt, dans sa vie privée, à s'accommoder d'une polygamie de fait. Il met en parallèle la cruauté des conditions de travail des femmes (proprement inouie : l'une est pendue par les poignets, l'autre ligotée ; Chiyo est violée; toutes sont battues) et la manière dont Kentarô dissuade les ouvriers de recourir à la violence.
À propos de La Victoire des femmes et de Notre amour à brûlé, Satô émet une idée intéressante. Dans l'immédiat après-guerre, de nombreux films japonais, tournés sous le contrôle des forces américaines, prirent pour thème le repentir des hommes envers les femmes et le pardon de celles-ci. Il y voit « la version familiale d'un idéal démocratique imposé d'en haut » (ch. VIII). Mizoguchi n'abonde aucunement dans ce sens. Dans les deux films précités, les hommes ne cherchent en aucun cas à s'excuser ; les femmes ne pardonnent pas. Il ne reste à celles-ci qu'une seule voie : la lutte.
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Le Destin de madame Yuki (Yuki Fujin Ezu) (1950)
Co-prod : Tamakura production, Shin-Tôhô. Scn : Yoshikata Yoda, Kazuo Funabashi, d'après le roman de Seiichi Funabashi. Im : Jôgi Ohara. S : Masakazu Kamiya. Mu : Fumio Hayasaka. Mont : Toshio Goto. Oct. 1950. Avril 1987. 87 min. 82 min.
Int : Michiyo Kogure (Yuki Shinano), Eijirô Yanagi (Naoyuki, son mari), Yuriko Hamada (Ayako, la maîtresse de Naoyuki), Ken Uehara (Kataya Kikuna), Yoshiko Kuga (Hamako Abe, la servante). Sô Yamamura (Tachioka), Kato Haruya (Mayasa Seitaro, étudiant).
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Yuki Shinano possède une belle résidence près de Tôkyô. Mariée à un homme grossier, Naoyuki, elle entretient avec lui des relations sexuelles extrêmement troubles. Celui-ci s'affiche ouvertement avec sa maîtresse, Ayako, vulgaire elle aussi. Masaya Seitaro, un jeune intellectuel, incite Yuki à faire de sa résidence une auberge à la mode. Désespérée par le comportement de son mari, Yuki tente de se suicider. Naoyuki prétend confier la direction de 1'auberge à sa maîtresse. Il est lui-même sous la coupe de Ayako et de son amant, Tachioka. Les relations de Yuki et de Masaya se détériorent, ce dernier se révélant indigne de l'intérêt qu'elle lui portait. Yuki perd tout espoir et se suicide dans les eaux du lac Biwa.
Le film le plus osé de Mizoguchi sur la question sexuelle. Le cinéaste dresse le portrait d'une femme idéalisée par son entourage (ses serviteurs surtout) et cependant liée à son mari par de (sordides ?) pratiques sexuelles. L'œuvre s'insère dans le courant « volontariste » du cinéaste. Si l'héroine est appellée à réformer sa vie, Mizoguchi jette un voile de suspicion sur le modèle qui lui est proposé. « L'erreur » de Yuki serait-elle de ne pas oser vivre sa sexualité jusque dans ses choix les plus secrets ? Comme quoi il préparerait Les Amants crucifiés.
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Madame Oyû (Oyû-sama) (1951)
Miss Oyu [S], Mademoiselle Oyu [C]
Prod : Daiei-Kyôtô. Scn : Yoshikata Yoda, d'après le roman Ashikari. La récolte des racines de Jun'ichirô Tanizaki. Im : Kazuo Miyagawa. S : Iwao Otani. Mu : Fumio Hayasaka. Mont : Mitsuzo Miyata. Dec : Hiroshi Mizutani. Juin 1951. Nov. 1983. 90 min.
Int : Kinuyo Tanaka (Oyû Kayukawa), Nobuko Otawa (Oshizu, sa sœur), Yûji Hori (Shinnosuke), Eijirô Yanagi (Eitarô), Eitarô Shindô (Hisazaemon), Nanbu Shozo (docteur), Hirai Kiyoko (Osumi, la tante de Shinnosuke), Kongo Reiko (Otsugi Kayukawa).
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Célibataire, Shinnosuke est présenté à l'une de ses lointaines cousines, Oshiz. Il tombe amoureux de sa sœur aînée, Oyû, une jeune veuve, mère d'un petit garçon. Sous la pression de tous, à commencer par Oyû elle-même, il épouse Oshizu. Le soir de sa nuit de noces, Oshizu refuse de consommer le mariage. Elle connaît les sentiments que son mari et sa sœur éprouvent 1'un pour 1'autre. Elle entend se sacrifier à leur bonheur en servant de médiatrice.
Dans la continuité du film précédent, Madame Oyu évoque le destin sexuel d'une femme curieusement muette sur ses désirs. Tout repose ici sur une logique de la mort, conséquence de l'impossibilité où se trouvent les amants de s'aimer librement.
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La Dame de Musashino (Musashino Fujin) (1951)
Prod : Tôhô. Scn : Yoshikata Yoda, d'après le roman de Shôhei Ooka. Conseiller au scn : Kôson Fukuda. Im : Masao Tamai. S : Shoji Kageyama. Mu : Fumio Hayasaka. Mont : Ryoji Bando. Déc : Takashi Matsuyama. Septembre 1951, avril 1987. 87 min.
Int : Kinuyo Tanaka (Michiko Akiyama), Masayuki Mori (Tadaô Akiyama, son mari), Akihiko Katayama (Tsutomu Miyagi), Yukiko Todoroki (Tomiko ôno), Sô Yamamura (Eiji Ono, son mari), Eitarô Shindô (Shinzaburô Miyaji), Kiyoko Hirai (Tamiko, son épouse).
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Michiko Akiyma hérite du domaine de Musashino, à proximité de Tôkyô. Son mari, Tadaô, universitaire, spécialiste de Stendhal, professe l'amour libre et l'égalité entre les sexes. Il convoite Tomiko, épouse de Eiji Ono, un industriel cousin de son épouse. Maladroit avec les femmes, son audace verbale est d'autant plus grande que ses inhibitions sont plus fortes. Michiko héberge Tsutomu, un jeune cousin démobilisé dont elle est aimée. Elle se refuse à lui au nom de la tradition et lui fait prêter serment de chasteté. De son côté, Tomiko fait des avances à Tsutomu. Elle est éconduite. Les affaires d'Eiji périclitent. Il demande à Michiko de lui venir en aide en hypothéquant sa maison. Furieux, Tadaô menace de divorcer. Il s'enfuit avec Tomiko et tente de vendre la maison. Pour l'en empêcher, Michiko croit devoir se suicider. Elle meurt en léguant les deux tiers de ses biens à Tsutomu. Celui-ci refuse l'argent. Dans une lettre écrite avant sa mort, Michiko incite le jeune homme à se tourner vers l'avenir.
Le début est remarquable de concision, chaque nouvelle séquence marquant un changement du temps et jetant les parents de Michiko dans la mort. Mizoguchi peint la mentalité japonaise à l'heure de l'élargissement des droits de la femme. À travers le personnage de l'universitaire, il fait le portrait d'un homme sexuellement inhibé et qui tente, par ses discours, de créer un cadre favorable à ses désirs. Si Todaô est souvent ridicule, il n'en est pas moins analysé avec une grande finesse.
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La Vie d'O'Haru femme galante (Saikaku Ichidai Onna) (1952)
Co-prod : Usui production, Shin-Tôhô. Scn : Yoshikata Yoda, d'après le roman de Saikaku Ihara, La vie d'une femme amoureuse (1686). Im : Yoshimi Hirano. S : Niwa Kamiya. Mu : Ichirô Saitô. Mont : Toshio Goto. Dec : Hiroshi Mizutani. Avril 1952, février 1954. 2e prix au Festival de Venise 1952. 133 min ; 130 min.
Int : Kinuyo Tanaka (O'Haru), Ichirô Sugai (Shinzaemon, son père), Tsukie Matsura (sa mère), Toshirô Mifune (Katsunosuke), Eitarô Shindô (Yoshibei Sasaya), Sadako Sawamura (Owasa, son épouse), Akira Oizumi (Bunkichi), Kikue Môri (la bonzesse).
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Dans un temple, O'Haru se souvient de son passé. Début du retour en arrière. Alors qu'elle n'est encore qu'une très jeune fille, elle transgresse un interdit en aimant un homme d'une condition inférieure à la sienne, Katsunosuke. Son amant est exécuté, sa famille « exilée » à la campagne. Son épouse étant stérile, le seigneur Matsudaira cherche une génitrice. Choisie, O'Haru met au monde un fils. Le seigneur se plaît tellement en sa compagnie que sa santé décline. O'Haru est congédiée. Entretemps, le père de O'Haru a contracté des dettes. Pour les rembourser, il vend sa fille dans une maison de prostitution. O'Haru y rencontre un paysan qui se dit prêt à l'épouser, mais l'homme se révèle n'être qu'un faussaire. Libérée, elle se place chez un commerçant, Sasaya. Owasa, son épouse, a perdu ses cheveux à la suite d'une maladie. Le passé de O'Haru est découvert à la suite d'une indiscrétion. Jalouse, Owasa contraint la jeune fille à mutiler sa chevelure. O'Haru se venge en dévoilant la calvitie de sa maîtresse. Elle se marie avec Yakichi, un marchand d'éventail. Celui-ci est tué par des voleurs. O'Haru se fait religieuse mais, séduite par un homme qui abuse de son pouvoir de créancier, elle est chassée du temple. On la retrouve quelques années plus tard, vieillie. Elle mendie. Un palanquin passe. À l'intérieur, un jeune garçon, son enfant ? Elle s'effondre en pleurs. Des prostituées la remettent au travail. Un pèlerin l'exhibe devant ses disciples comme le triste résultat d'une vie de plaisirs. Fin du retour en arrière. On lui accorde le droit de voir son enfant, devenu jeune homme. Il passe devant elle sans prêter attention à sa présence. Le clan Matsudaira tente de la retenir, par peur du scandale. Elle s'enfuit et vit de mendicité.
L'histoire d'une femme qui refuse obstinément de se soumettre et de renoncer à la voie de l'amour.
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Les Contes de la lune vague après la pluie (Ugetsu Monogatari) (1953)
Prod : Daiei-Kyôtô. Scn : Yoshikata Yoda, Matsutarô Kawaguchi, d'après deux histoires tirées des Contes de la lune vague après la pluie : L'auberge d'Asaji et La lubricité du serpent. Projet de Hisakazu Tsuji. Im : Kazuo Miyagawa. S : Iwao Otani. Mu : Fumio Hayasaka, assisté de Ichirô Saitô. Mont : Mitsuji Miyata. Dec : Kisaku Itô. Mars 1953, (Lion d'argent au Festival de Venise (Lion d'or non décerné), Mars 1959. 97 min, 92 min 30 s.
Int : Kinuyo Tanaka (Miyagi), Masayuki Mori (Genjûrô, son mari), Machiko Kyô (Wakasa, la princesse fantôme), Mitsuko Mito (Ohama), Sakae Ozawa (Tôbê, son mari), Kikue Mori (Ukon, la servante de Wakasa), Ryosuke Kagawa (le chef du village).
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À la faveur de la guerre, Genjuro, potier de village et Tôbê, son beau-frère paysan, tentent d'améliorer leur condition sociale. Pour éblouir son épouse, Ohama, Tôbê veut être samouraï ; pour combler Miyagi, sa compagne, Genjuro a besoin de beaucoup d'argent. À la ville, les deux hommes vendent avec succès une première fournée de pots et décident de recommencer. Par crainte des brigands, ils voyagent par mer en compagnie de leurs épouses. Ils croisent un voyageur victime des pirates. Apeuré, Genjuro ordonne à Miyagi de rentrer au village en compagnie de leur fils, Genichi. À la ville, Tôbê s'achète une armure. Il recueille la tête d'un général ennemi qui, défait, vient d'ordonner à l'un de ses subordonnés de le décapiter. Pour le récompenser, un général lui octroie un cheval et une escorte. Abandonnée à elle-même, Ohama est violée par des soldats. Elle se prostitue. Genjuro suit Wakasa, une femme noble, jusqu'à son manoir et devient son amant. Miyagi est blessée par des soldats. Tôbê retrouve son épouse dans un bordel. Le couple se reconstitue et rentre au village. Wakasa n'était qu'un fantôme revenu sur terre pour jouir des plaisirs de l'amour. Genjuro renonce à sa passion. De retour au foyer, il croit retrouver Miyagi et son enfant. Apaisé, il s'endort. À son réveil, il comprend la vérité : Miyagi est décédée à la suite de sa blessure. Il reprend sa place dans le village et se consacre à l'éducation de son fils. Tôbê bêche son champ, heureux d'avoir reconquis l'estime de Ohama.
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Les Musiciens de Gion ou La Fête à Gion (Gion Bayashi) (1953)
Prod : Daiei-Kyôtô. Projet : Hisakazu Tsuji. Scn : Yoshikata Yoda, d'après une œuvre originale de Matsutarô Kawaguchi. Im : Kazuo Miyagawa. S : Iwao Otani. Mu : Ichirô Saitô. Mont : Mitsuzo Miyata. Dec : Kazumi Koike. Août 1953, 85 min.
Int : Michiyo Hogure (Miyoharu), Ayako Wakao (Eiko/Miyoe), Eitarô Shindô (Sawaki, son père), Seizaburô Kawazu (Kusuda), Chieko Naniwa (Okimi), Ichirô Sugai (Saeki), Haruo Tanaka (Ogawa), Kanji Koshiba (Kanzaki), Sumao Ishihara (Kokichi).
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Époque contemporaine. Eiko, une très jeune fille, aspire à devenir une geisha de haut niveau. Son père, Sawaki, refuse de financer ses études. Elle demande à Miyoharu, une geisha amie de son père, de lui venir en aide. À la fin de son apprentissage, Eiko prend le nom de Miyoe. Il lui faut un kimono. Miyogaru emprunte de l'argent auprès d'Okimi, une maîtresse-femme qui contrôle toute l'activité des geishas et décide de leur emploi. Le prêt n'est pas exempt de sous-entendus. Miyogaru doit coucher avec Kanzaki, un haut fonctionnaire dont la signature fournira un énorme marché à une usine dirigée par un certain Kusuda. Si Miyogaru ne cède pas, l'affaire échouera. Kusuda, pour sa part, convoite Miyoe. Les deux hommes les emmènent dans un appartement. Miyoe résiste à Kusuda et lui mord la langue. Miyoharu se refuse à Kanzaki. L'usine est en péril. Okimi prive Miyoharu de contrats. Acculée, Miyoharu finit par céder. Miyoe lui en fait le reproche, mais les deux femmes finissent par se réconcilier en puisant dans leur amour mutuel assez de forces pour endurer leur sort.
Ce film ne doit pas être confondu avec La Fête de Gion (Gion Matsuri) de 1933, aujourd'hui considéré comme perdu. Le titre du film de 1953 pose un délicat problème de traduction. D'après Yoda, il renverrait à trois des instruments utilisés par Eiko au cours de la fiction (le « sho », le « ta1ko » et la flûte).
Mizoguchi démonte les rouages d'un système économique sacrifiant les idéaux dont pourtant il se nourrit. Il le caractérise par une « économie de la jouissance ». Sous couvert de leur fonction de représentation les geishas ne sont que monnaie d'échange. Film dense, épuré dans son écriture. La scène finale, les deux femmes marchant côte à côte et faisant claquer leurs talons de bois, prépare L'Impératrice Yang Kwei Fei et sa recherche d'une pure correspondance des sonorités intérieures.
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L'Intendant Sansho (Sanshô-Dayû) (1954)
Prod : Daiei-Kyôtô. Scn : Yoshikata Yoda, Fuji Yahiro, d'après un roman de Ogai Mori. Im : Kazuo Miyagawa. S : Iwao Otani. Mu : Fumio Hayasaka. Mont : Mitsuzo Miyata. Mars 1954 (Lion d'Argent à Venise 1954), octobre 1960.123 min, 119 min.
Int : Kinuyo Tanaka (Tamaki/Nakagimi), Yoshiaki Hanayanagi, (Zushiô/Mutsu-waka), Kyôko Kagawa (Anju/Shinobu), Masao Shimizu (Taira no Masauji, leur père), Eitarô Shindô (Sanshô), Akitake Kono (Taro, son fils), Chieko Naniwa (Ubatake, la servante).
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Tamaki, accompagnée de sa servante Ubatake et de ses deux enfants, Zushiô, son fils aîné, Anju, sa fille, rejoint son époux exilé depuis plusieurs années. Il avait pris la défense de ses paysans affamés et était tombé en disgrâce. La nuit tombe. Anju et Zushiô aident leur mère à confectionner un abri précaire. En coupant des roseaux, les deux enfants roulent à terre tandis qu'ils entendent l'appel de leur mère s'inquiétant de leur retard. Une prêtresse se propose de les loger. Le lendemain matin, la mère et les enfants sont séparés. La prêtresse était de mèche avec des marchands d'esclaves. Vendus à l'intendant Sanshô, Anju et Zushiô refusent de dire leur nom. Taro, le fils de Sanshô, révolté par le comportement de son père, se retire dans un monastère. Avant son départ, il demande aux enfants d'être patients et leur donne un nom. Anju devient Shinobu (littéralement « supporter, endurer: ») ; Zushiô, Mutsu-Waka (littéralement : jeune de Mutsu, province du nord-est de Honshu, en référence au pays natal de Zushiô). Dix ans passent. À la grande honte de sa sœur, Mutsu-waka accepte de marquer au fer rouge le front d'un vieillard qui avait tenté de s'enfuir. Une voisine d'atelier de Shinobu entonne une complainte où sont mentionnés les noms de Zushiô et d'Anju. Ce chant ne peut venir que de Tamaki. Anju en déduit que sa mère réside à Sado. Mutsu-Waka est chargé par l'intendant de conduire une mourante dans la montagne. Pour lui confectionner un abri, les deux jeunes gens cassent une branche et roulent à terre. La voix de Tamaki se fait entendre. Zushiô s'évade. Anju couvre sa fuite en se noyant dans l'eau d'un étang. En qualité de fils de Masauji, Zushiô fait valoir ses droits. Il apprend le décès de son père et va se recueillir sur sa tombe. Nommé gouverneur de la province où réside l'intendant, il abolit l'esclavage et se saisit de Sanshô. Tandis que les anciens esclaves font la fête et incendient la maison de leur ancien maître, Zushiô envoie sa lettre de démission. Il part à la recherche de sa mère. Il la retrouve, aveugle et mutilée, mais confiante dans la personnalité de son fils.
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Une femme dont on parle (Uwasa non Onna) (1954)
Prod : Daiei-Kyôto. Scn : Yoshikata Yoda, Masashige Narusawa Im : Kazuo Miyagawa. S : Iwao Otani. Mu : Toshirô Mayuzumi. Mont : Kanji Sugawara. Dec : Hiroshi Mizutan. Juin 1954. 84 min.
Int : Kinuyo Tanaka (Hatsuko Mabuchi), Yoshiko Kuga (Yukiko Mabuchi), Tomoemon Otani (Kenzô Motaba, le docteur), Eitarô Shindô (Yasuichi Harada), Bontaro Miyake (Kobayashi), Chieko Naniwa (Osaki), Haruo Tanaka (Kawamoto), Hisao Toake (Yamada).
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Époque contemporaine. Yukiko Mabuchi, étudiante en musique, rentre chez sa mère, Hatsuko, propriétaire d'une maison de prostitution. Elle a tenté de se suicider, son fiancé ayant rompu avec elle à l'annonce du métier de sa future belle-mère. Hatsuko est amoureuse d'un jeune médecin, Kenzô Motaba auquel elle a promis une clinique privée. Yasuichi Harada, un homme de la même génération que Hatsuko, la presse de ses faveurs. Hatsuko le repousse courtoisement. Kenzô tombe amoureux de Yukiko. Les deux jeunes gens projettent de refaire leur vie. Kenzô demande à sa maîtresse de se sacrifier au bonheur de sa fille. Hatsuko et Kenzô se rendent au théâtre. Sur la scène, l'actrice interprète le rôle d'une vieille femme lubrique dont toute la salle se moque. Après une période de vive hostilité à l'encontre des prostituées, cause apparente de son malheur, Yukiko change d'attitude. Elle comprend leurs difficultés et soigne l'une d'entre elles. Le double jeu de Kenzô devient chaque jour plus manifeste. Yukiko convainct sa mère de rompre avec lui. Hatsuko tombe malade. Yukiko remplace sa mère à la tête de la « maison ». Elle s'est déjà habituée à son nouveau rôle.
Mizoguchi parle du cinéma par théâtre interposé. Hatsuko croit se reconnaître dans le personnage d'une vieille femme, ridicule et lubrique. Elle en tire une leçon de chasteté, confondant sa propre conduite avec l'ignominie de son jeune amant. La structure psychique la plus autoritaire et la plus ascétique triomphe. Une critique du cinéma en tant que modèle aliénant, en relation avec un spectateur qui laisse parler le moralisme en lui. Une œuvre importante, même si elle n'est pas aussi aboutie que les autres films postérieurs à 1952.
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Les Amants crucifiés (Chikamatsu Monogatari) (1954)
Prod : Daiei-Kyôto. Scn: Yoshikata Yoda, d'après la pièce de Chikamatsu Monzaemon Hakke Hashiragoyomi (L'almanach de l'amour), adaptée par Matsutaro Kawaguchi. Im : Kazuo Miyagawa. S : Iwao Otani. Mu : Fumio Hayasaka. Mont : Kanji Sugawara. Déc : Hiroshi Mizutani. Novembre 1954, mai 1957. 102 min, 97 min 30 s.
Int : Kazuo Hasegawa (Mohei), Kyôko (Osan), Chieko Naniwa (Okô, sa mère), Eitarô Shindô (Ishun, l'imprimeur), Yôko Minamida (Otama), Sakae Ozawa (Sukeemon), Haruo Tanaka (Dôki Gifuya), Tatsuya Ishiguro (Isan), Ichiro Sugai (Genbei).
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Mohei, premier ouvrier chez Ishun, grand imprimeur, aime la femme de son maître, Osan. Celle-ci, fille d'une famille aristocratique déchue, supporte les frasques de son frère, Dôki. Chanteur de talent, il a hypothéqué la demeure ancestrale et ne peut payer les échéances de ses dettes. Osan appréhende de demander l'argent nécessaire à Ishun, coléreux et intéressé. Celui-ci passe ses nuits en compagnie de nobles et de geishas. Il presse sa servante, Otama, de devenir sa maîtresse et lui promet un confortable logement. Otama est amoureuse de Mohei. Osan demande à Mohei de lui trouver de l'argent. Surpris par son collègue Sukeemon alors qu'il s'apprêtait à faire un faux, il dit tout à son maître. Otama prend la défense de Mohei : il aurait agi à sa demande. La fureur d'Ishun n'en est qu'aggravée. Il fait enfermer Mohei jusqu'à l'arrivée de la police. Otama se confie à sa maîtresse. Osan décide de passer la nuit dans la chambre de sa servante afin de prendre son époux en flagrant délit d'adultère. Mohei s'échappe. Il pénètre dans la chambre d'Otama afin de la remercier et découvre Osan. Sukeemon les surprend ensemble. Tandis que Mohei s'évade, Ishun accuse son épouse d'adultère et l'incite à se faire « hara-kiri ». Osan quitte le foyer marital. Dans la rue, elle croise Mohei. Traqués par la police, ils songent à se suicider. Au dernier instant, Mohei avoue son amour à sa maîtresse. Dès lors, Osan refuse de mourir. Le couple s'unit. Ishun fait rechercher les fuyards. Il ordonne que l'on sépare leurs corps. Sukeemon, soudoyé par Isan, le rival d'Ishun, donne un ordre contraire. Mohei et Osan trouvent refuge chez le père de celui-ci. Le vieil homme, menacé par les hommes d'Ishun, indique leur cachette. Les deux amants sont séparés. Osan rentre chez sa mère, mais Mohei l'y rejoint et décide de ne plus la quitter. La maison d'Ishun est démantelée. Osan et Mohei sont condamnés à la crucifixion. Sur le cheval qui les conduit au supplice, un étrange bonheur se lit sur leurs visages.
L'organisation du découpage repose sur la figure de la séparation des corps. Un brûlant chant d'amour sensuel. La pulsion d'amour dispose d'un tel pouvoir de destruction des forces hostiles à sa satisfaction qu'elle triomphe même de la mort.
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L'Impératrice Yang Kwei Fei (Yokihi) (1955)
Prod :Daiei-Tôkyô. Scn : T'ao Ch'in (Hong-Kong), Matsutarô Kawaguchi, Masashige Narusawa, Yoshikata Yoda. Im : Kôhei Sugiyama. Coul : Daiei/Tatsuyuki Yokota. Mu : Fumio Hayasaka. Dec : Hiroshi Mizutani. Mai 1955, juin 1959. 95 min.
Int : Machiko Kyô (Yang Kwei Fei), Masayuki Mori (l'empereur Hsuan Tsung), Eitarô Shindô (Kao Li-shi), Sô Yamamura (le général An Lu-shan) Sakae Ozawa (Chao, puis Yang Kuo-Chung).
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L'empereur Hsuan Tsung, vieilli, enfermé par son fils dans une aile de son palais, se souvient de son passé. Début du retour en arrière. Hsuan Tsung se désintéresse de sa charge et se consacre à la musique qu'il pratique avec art. Depuis la mort de son épouse, Wu-Hui, il reste inconsolable. Le général An Lu-shan, assoiffé de pouvoir, remarque la beauté de l'une des cousines de Chao, servante aux cuisines. La jeune fille est éduquée. Présentée à l'empereur, celui-ci ignore sa présence. Kwei Fei interprète le morceau de musique que Hsuan Tsung avait improvisé le matin même. Sa ressemblance avec l'impératrice défunte achève de conquérir le souverain. Chao et sa famille profitent honteusement de l'ascension de leur cousine. Le peuple les hait. La révolte gronde. Le général An Lu-shan soulève une partie de 1'armée. Les soldats fidèles à l'empereur exigent le sacrifice de la famille maudite, y compris Yang Kwei Fei. Hsuan Tsung assiste impuissant à la pendaison de sa bien-aimée. Fin du retour en arrière. Dans sa chambre Hsuan Tsung s'effondre. Il entend la voix de Kwei Fei. Tandis que son corps reste sans vie, sa voix s'unit à celle de son épouse et franchit l'enceinte du palais.
Le film d'un artiste sur un artiste. Hsuan Tsung entend fixer l'harmonie purement transitoire de la nature. Nul autre art que le cinéma ne pouvait mieux exprimer cette contradiction. Mizoguchi fait de ce moment de conscience le point le plus sublime, mais aussi le plus dangereux qui soit. Comme toujours, il réunit les contraires. (La copie diffusée en France ne comprend que deux retours en arrière. Il est fait mention d'un autre, situé vers le milieu).
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Le Héros sacrilège (Shin Heike Monogatari) (1955)
Prod : Daiei-Kyôto. Scn : Yoshikata Yoda, Masashige Narusawa, Hisakazu Tsuji, d'après le feuilleton de Eiji Yoshikawa, publié dans l'hebdomadaire Shukan Asahi, tiré d'un texte du XIIIe siècle : Heike monogatari. Im : Kazuo Miyagawa. Coul : Sanzô Wada. Musique : Fumio Hayasaka. Musique japonaise : Kinshichi Kotera, Tamekichi Mochizuki. Musique occidentale : Masaru Satô. Déc : Hiroshi Mizutani. Septembre 1955, avril 1961. 104 min.
Int : Raizô Ichikawa (Kiyomori Taira), Yoshiko Kuga (Tokiko, sa femme), Ichijirô ôya (Tadamori Taira, le père de Kiyomori), Michiyo Kogure (Yasuko), Shigetoshi Hayasi (Tokitada), Eitarô Shindô (Banboku, le marchand), Eijirô Yanagi (l'ex-empereur Shirakawa), Shunji Natsume (l'exempereur Toba).
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Japon, XIIS siècle. Le pouvoir est divisé. La guerre menace. L'ordre impérial repose sur la force des samourais dirigés par le clan Taira, dont Tadamori est le chef. Les nobles refuse de les intégrer et les condamnent à la pauvreté. Kiyomori, le fils aîné de Tadomori, ne peut se résigner. Très affecté par la conduite de sa mère qui méprise ouvertement son clan, il fait la connaissance de Tokiko, la fille d'un noble lettré tombé en disgrâce pour avoir pris la défense des Taira. Tokiko fait de la teinture. Pauvre, elle doit travailler. Kiyomori apprend le « mystère » de sa naissance. Sa mère était une courtisane, maîtresse de l'empereur défunt. Volage, elle entretenait également des relations avec un moine. Tadamori l'a épousée alors qu'elle était déjà enceinte. De qui Kiyomori est-il le fils ? Le jeune homme presse son père de lui confier son secret. En vain. Leurs relations se dégradent. Les Taira repartent au combat. Kiyomori refuse de suivre son « père ». À son retour, victorieux, Tadamori est ennobli. Les nobles tentent de l'assassiner. Kiyomori se porte à son secours en pénétrant dans le palais, enceinte interdite. Les nobles lui reprochent son action. Le père de Tokiko prend sa défense. Il est déchu. Kiyomori épouse Tokiko et rétablit son beau-père dans son rang. Les Taira ennoblis bénéficient d'un domaine confisqué aux moines-soldats. Jaloux, ceux-ci exigent que ce bien leur soit restitué. Sous un prétexte fallacieux, ils se battent avec le frère de Tokiko et demandent que le jeune homme leur soit livré. Kiyomori refuse. Les moines marchent sur la capitale. La cour s'inquiète. Convoqué à la cour, Tadamori y est giflé par un ministre. Il meurt dans la voiture qui le reconduit à son domicile. Dans sa main, un éventail lève l'énigme de la naissance de Kiyomori : celui-ci est fils d'empereur. Se réfugiant derrière le prestige des palanquins sacrés, selon eux dépositaires des esprits des empereurs défunts, les moines-soldats se font de plus en plus menaçants. Ils se croient invulnérables. Kiyomori se porte à leur renconte. Bandant son arc, il tire sur les miroirs des palanquins, sans conséquence. Hébétés, terrorisés, les moines reculent. Kiyomori a vaincu la superstition qui régnait sur son pays. La mère de Kiyomori a pris la direction d'une maison de danse. On interdit au jeune homme de l'approcher. Il s'écarte, désormais confiant dans son avenir.
Le prototype du film politique. Où l'on montre que toute lutte sur le terrain social est inséparable d'un combat intérieur, la réussite de l'un conditionnant celle de l'autre. Avec L'Impératrice Yang Kwei Fei, une œuvre maîtresse sur la couleur.
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La Rue de la honte (Akasen Chitai) (1956)
Prod : Daiei-Kyôto. Producteur : Masaichi Nagata. Scn : Masashige Narusawa, d'après le roman de Yoshiko Shibaki Susaki no onna (Les femmes de Susaki). Im : Kazuo Miyagawa. S : Shojiro Hanaoka. Mu : Toshirô Mayuzumi. Mont : Kanji Sugawara. Dec : Hiroshi Mizutani. Mars 1956, octobre 1957. 84 min, 81 min.
Int : Machiko Kyô (Mikki), Ayako Wakao (Yasumi), Michiyo Kogure (Hanae), Aiko Mimasu (Yumeko), Yôsuke Irie (Shûichi, son fils), Hiroko Machida (Yorie), Kenji Sugawara (Eikô), Hiroko Inoue (Shizue), Eitarô Shindô (Kurazô Tatani, le patron du « Rêve »), Sadako Sawamura (Tatsuko, son épouse), Osamu Maruyama (le mari de Hanae), Toranosuke Ogawa (le père de Mickey), Jun Tatara (le client de Yumeko), Kuninori Takado (Keisaku Kodawaki), Eiko Miyoshi (Saku Kodawaki, son épouse), Kumeko Urabe (Otane).
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« Le Rêve », un bordel où travaillent cinq femmes. À la radio, on parle d'une possible fermeture des « maisons ». Les patrons sont inquiets et convainquent leurs pensionnaires que cela ne ferait qu'aggraver leur sort. Les prostituées, chacune à leur manière, poursuivent un rêve. Yumeko attend l'heure de la retraite. Elle espère vivre avec son fils, Shuichi, ouvrier d'usine. Yorie est fiancée à un campagnard. Hanae a un enfant en bas âge et se consacre à son avenir. Son mari, chômeur, est tuberculeux. Yasumi est entré au « Rêve » pour rembourser les dettes de son père. Arrive Mikki, une jolie fille de famille. Elle s'impose bientôt comme la vedette du « Rêve ». Sans vergogne, elle chipe les clients de ses collègues, trop heureux, dit l'un d'eux, « d'avoir du poisson frais ». Yorie, qui a rejoint son fiancé, revient très vite, épuisée par la misère et le surcroît de travail. Yumeko rencontre son fils dans une rue aux abords de son usine. Celui-ci lui exprime son dégoût. Il la jette violemment à terre et s'enfuit. Le mari de Hanae tente de se suicider. Le père de Mikki se présente au « Rêve ». Il vient de se remarier (son épouse est morte peu de temps auparavant). Il demande à sa fille de rentrer à la maison: il y va de sa réputation et de la bonne marche de ses affaires. La jeune fille doit également penser à son frère. D'abord consternée par l'annonce du décès de sa mère, puis révoltée par les arguments de son père, elle refuse d'obéir. Tout à coup, elle s'offre à lui, avant de le jeter dehors. Yasumi, qui n'a cessé d'abuser ses clients jusqu'à contraindre l'un d'entre eux au vol, achète le magasin d'un autre, conduit à la faillite. Le patron du bordel la présente comme un modèle. Yumeko devient folle. La fermeture des « maisons » n'est pas votée. En remplacement de Yumeko, Shizuko, une jeune bonne, se prépare pour son premier client.
Il serait absurde de faire du dernier film de Mizoguchi une œuvre testamentaire. Et pourtant ! S'il ne fallait conserver qu'un seul de ses films, et, parmi tous ses personnages, qu'un seul d'entre eux, Mikki serait incontestablement l'élue. En elle, se concentre toute la problématique du héros mizoguchien. De toutes les pensionnaires du « Rêve », elle est la plus franche et la plus lucide. Tandis que ses collègues se réfugient dans le mensonge, la dénégation ou les songes, elle semble n'avoir en vue que la vérité. Elle exprime, dans le cynisme de son discours, et par son comportement, les lois constitutives de la société où elle vit. Chaque individualité ne peut être qu'un instrument de jouissance ou de profit pour 1'autre. Aussi réfléchit-elle le monde avec la froideur apparemment indifférente d'un médium résolument objectif. Mais cette neutralité n'en est pas moins un masque, à la fonction spécifiquement idéologique. Elle muselle, avec peine, le désastre de sa vie personnelle. En elle, la pulsion d'amour a définitivement rejeté tout espoir de satisfaction. Toutes choses que la musique et la splendeur glacée des images synthétisent parfaitement.
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