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Autour d'une histoire
 
 
« C'est un cours tout à fait ordinaire », pris dans la continuité, dit Marie-Christine Naudin. Le témoignage n'en est que plus intéressant.
Visite en cet après-midi de novembre dans le quartier Saint-Paul à Paris de deux classes de CM2 ( école élémentaire, rue Neuve St Pierre ) qui en sont à leur deuxième année d'anglais.


Marie-Christine Naudin a une formation initiale d'institutrice. Elle a vécu quelques années à l'étranger et à son retour en France a réussi l'examen d'habilitation d'intervenante en anglais dans les écoles primaires. Elle assure actuellement un mi-temps d'enseignement d'anglais et a cinq écoles en charge L'autre mi-temps est consacré à des actions de formation. Elle s'occupe donc également de l'accueil des assistants étrangers.

Marie-Christine Naudin retrouve les élèves de cette école située dans le 4e arrondissement de Paris deux fois par semaine pour des séances de 45 minutes chacune, pendant lesquelles l'anglais est la langue véhiculaire - un espace-temps dans lequel les élèves s'installent sans aucune hésitation. Sans doute parce que les repères ont été bien mis en place et avec un minimum de supports matériels : chaque élève a son cahier ; on trouve sur les murs deux posters - l'un avec les jours de la semaine, l'autre avec les nombres ; on dispose d'un petit magnétophone.
Repères temporels
Le rituel veut que chaque séance commence avec l'évocation de la date du jour, un rituel qui prend sens car les élèves ont dans leur cahier une feuille de calendrier du mois en cours. Les événements qui feront date y sont consignés, la maîtresse y a déjà porté les fêtes du monde anglo-saxon, et au début de chaque mois la classe y note en commun les anniversaires des uns et des autres. Cela donne lieu à des échanges où des formules assez simples et très répétitives se remplissent de sens et se nourrissent de la joyeuse attente ou de la curiosité des jeunes. Dans combien de jours fêterons-nous l'anniversaire de Michael ? Pierre insiste pour évoquer un jour qui n'est pourtant pas marqué : l'anniversaire de son petit frère en maternelle. Sa volonté d'expression est plus forte que son habileté : à l'entendre, son petit frère aura dix ans le trois décembre. Ses camarades rectifient : ne serait-ce pas plutôt trois ans le dix ? Of course!
« What's the weather like today? » Les enfants assis près de la fenêtre écartent les rideaux de toile blanche tirés à cause du soleil qui éclaire cette journée exceptionnellement lumineuse. « It's sunny. » « The sky is blue. » « It's not cloudy. » « It's cool. » « It's not cold. » Un pictogramme « météo » dans la case du jour transcrit ces constatations que les élèves formulent sans hésiter et en y apportant les variantes qu'ils connaissent déjà.
Une chanson
On rappelle qu'à la séance précédente, on a commencé à étudier « Ten little Indian boys ». Aujourd'hui, la maîtresse en distribue le texte polycopié (qui doit être collé dans le cahier). Mais les élèves n'en ont pas besoin pour chanter la chanson. Ils l'écoutent une fois sur la bande, commencent à chantonner, puis c'est parti... L'attention est mobilisée pour faire coïncider les bons gestes avec les bonnes paroles. Pour compter sur les doigts, on le fait à l'anglaise : pour le un, on lève l'index, pour le cinq c'est le pouce qui se redresse.
Une histoire
La leçon du jour est une petite histoire dont l'enregistrement se trouve sur une cassette audio. Neuf phrases toute simples : des impératifs, qui mettent en place une situation connue de tous - le rituel du matin, du lever jusqu'à l'attente du bus (réalité plus anglo-saxonne que parisienne). Comme il se doit, l'histoire a une chute : dans sa hâte, le petit garçon n'a pas mis ses chaussures mais a gardé ses chaussons. Ce n'est pas très vraisemblable, mais c'est fort amusant de s'écrier « oh no! » en chœur et en y mettant le ton.
Deux groupes aux comportements différents
Pour l'instant, on en n'est pas là. Le vocabulaire déjà connu est mis en place. Marie-Christine Naudin a dessiné pour cela neuf flashcards simples, un trait de feutre noir sur papier blanc ; les enfants construisent sans équivoque et rapidement l'univers de référence que l'histoire exige.
Au cours de cette phase, le comportement des deux classes diverge beaucoup, et l'utilisation des flashcards fixés au tableau n'est pas la même. L'expression vive et variée relatée jusqu'ici est essentiellement le fait du second groupe.

Répétitions
Dans le premier groupe, les élèves participent et se manifestent par des moyens surtout non langagiers. Les prises de parole individuelles sont rares, les enfants ont besoin de se rassurer, l'expression est surtout collective. Les flashcards donnent alors lieu à une suite de petits jeux où la répétition continuelle des mêmes mots est motivée et pendant laquelle l'attention ne s'émousse pas. La maîtresse dit les mots en variant les tons : interrogatif, exclamatif, timide, dubitatif, chuchoté, modulé ; elle ne forme les mots qu'avec les lèvres, les enfants les devinent et les répètent en chœur et à voix haute.

Manifester sa compréhension
On passe aux phrases. Le flot du message sonore est continu, les élèves ont l'occasion de participer sans être trop exposés à l'obligation de s'exprimer individuellement.
Les différentes phrases de l'histoire sont d'abord mimées dans l'ordre, puis dans le désordre. Ensuite, un polycopié est distribué : les différentes étapes de l'histoire y sont représentées dans des cases, comme dans une BD mais dans le désordre. La maîtresse raconte l'histoire une nouvelle fois en marquant bien les pauses entre les étapes. Les élèves inscrivent les numéros d'ordre dans les cases correspondantes ; ils peuvent ainsi faire part de leur compréhension avec les moyens qu'ils possèdent. À la fin du cours, ils auront entendu ces phrases une bonne quinzaine de fois et sans se lasser...

Expression
Dans le second groupe, il en va tout autrement. Dès la première carte, celle avec le réveil-matin, les élèves interviennent. À quelle heure se lèvent-ils ? Remember, comment dire l'heure ? Oh si ! ils s'en souviennent. Alors c'est la surenchère à qui se lève le plus tard. « Ten to eight. » Ils s'amusent. On peut insinuer beaucoup de choses avec des phrases toutes simples. Les élèves ont la situation de référence bien à l'esprit et, gestes à l'appui, Sophie fait remarquer qu'il conviendrait aussi de se laver les dents... Le petit déjeuner soulève également nombre de contributions comme par exemple « milk », « hot chocolate », « orange juice ». Il y a toujours un élève pour se rappeler un mot utile et d'autres pour reprendre ce mot afin de décrire leur propre situation. Mais Carole est la seule a manger des « muffins » au petit déjeuner... À force de discuter, on n'arrivera pas cette fois-ci à raconter toute l'histoire, et la chute des chaussons n'aura pas lieu. En fait, il n'en était pas besoin pour animer la séance.
Méthode et matériel
« La manière française est verticale et transmissive », dit-elle, les étudiants étrangers ne s'y retrouvent pas toujours. Mais ici, cette manière fonctionne. À observer ces deux groupes au comportement pourtant assez différent, on voit la maîtresse et les élèves se mouvoir dans un espace virtuel qu'ils ont construit ensemble, espace fait de références fortes qui donnent aux enfants les outils pour saisir cette réalité et pour l'exprimer. Les notions et concepts qui sous-tendent cette construction commune restent implicites pour les enfants. L'index des structures étudiées qui se construit au fur et à mesure à la fin du cahier en est une trace sensible. Le reste se passe dans leurs têtes, dans leurs esprits.
Marie-Christine Naudin utilise du matériel varié et ne s'appuie sur aucune méthode. Ce matériel est essentiellement sonore : les cassettes audio proposent d'autres voix, d'autres accents dans la classe, ainsi qu'un accompagnement musical. Car si la maîtresse sait chanter, mimer, dessiner, elle ne joue pas de guitare.
Les cassettes vidéo sont précieuses et appréciées pour rendre visible et palpable l'univers anglo-saxon mais aussi pour installer les représentations culturelles. Les enfants sont ainsi conscients que cette langue, dans son étrangeté, est la langue quotidienne d'un grand nombre d'enfants de leur âge qui vivent dans des pays qu'ils ont repérés sur une mappemonde ; ils les ont vus fêter Thanksgiving et jouer dans la cour. Ils connaissent les comptines anglaises, qu'ils utilisent à la récréation.

Reportage réalisé par Ulrike Legionnet
7 décembre 2001


 
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