Reportages
 
Fishy la marionnette
Anglais au CM1
 
 

Fishy la marionnette

Winnie the Witch

Autour d'une histoire
 
 
Au CM1 de l'école de Jouy (Eure-et-Loir), quinze élèves apprennent l'anglais avec entrain. L'aspect ludique des activités n'empêche pourtant pas le sérieux des apprentissages.

Germanophone d'origine, Vincent Loire s'est finalement tourné vers l'anglais. Il a séjourné en Angleterre le temps d'une année scolaire pour y suivre des cours dans un établissement d'EFL (English as a Foreign Language : Anglais langue étrangère). En 1996, il a passé l'habilitation à assurer cet enseignement dans les écoles élémentaires.
Depuis la rentrée 2001, Vincent Loire est le directeur de l'école de la ville de Jouy (Eure-et-Loir).

Le maître traverse la cour, sa valise écornée et étiquetée « I love NY » à la main. Cela promet un dépaysement certain ! Mais le voyage que Vincent Loire entreprend avec ses élèves ne mènera pas aussi loin dans l'immédiat : c'est l'heure du cours d'anglais des CM1.

La valise de Vincent Loire a une double fonction :
  • mettre en œuvre quelques signes extérieurs pour signifier le changement d'environnement langagier ;
  • transporter tout le matériel qui contribue à cet enseignement : de jolies flashcards colorées, des jeux, des bandes audio, et surtout Fishy, le fidèle compagnon, fort apprécié des jeunes élèves.

Une valise et une marionnette pour signaler le changement de l'environnement langagier
Rituels de départ
L'inscription de la date au tableau lance les rituels de départ. Les volontaires se bousculent. La fillette qui décroche finalement ce privilège est bien petite encore, mais la chaise, toute prête, lui permet d'écrire la date bien en haut du tableau. Ensuite, on passe au temps qu'il fait : « Sunny and a little bit cold ». Enfin, on compte les présents : « One, two, three... » Chacun énonce le nombre qui lui incombe selon sa place dans les rangées avec peu d'hésitation.
Puisqu'on en est aux nombres, le maître enchaîne avec un petit exercice - ou plutôt un jeu ? Il montre un nombre avec ses doigts, aux élèves de le dire. Cela va très vite : les élèves ont à peine le temps de voir les doigts. Le jeu exige de l'attention autant que des connaissances, mais les réponses fusent. Les nombres jusqu'à dix sont bien sus.
Un jeu pour la motivation
À cet échauffement succède un jeu plus exigeant. C'est un bingo un peu particulier : sur les « plateaux » - de simples feuilles blanches préparées par le maître - figurent des nombres, de un à douze, écrits tantôt en chiffres, tantôt en lettres. Pour expliquer la consigne, le maître lit à haute voix le nombre qu'il a tiré au sort, les élèves barrent ce nombre sur leur feuille. Le premier qui aura coché toutes les cases de sa feuille aura gagné.
« Who wants to be the teacher? » Ce n'est pas l'envie qui manque, mais il n'est pas si facile d'énoncer correctement les nombres sans trop hésiter et sans ralentir le rythme du jeu. D'un autre côté, elle n'est pas si facile non plus, cette gymnastique pour identifier les nombres selon leur forme sonore, leur signification transcrite en chiffres et l'orthographe anglaise qui décidément ne ressemble pas à celle du français.
Un exercice pour la consolidation
L'écriture des nombres en toutes lettres mérite un exercice, les élèves en sont désormais convaincus. On ouvre les cahiers, on marque la date et le titre : « Numbers ».
C'est une séquence plus calme. De un à douze, chaque nombre est écrit au tableau puis recopié. « Who can spell it ? Qui l'a eu dans son bingo ? Quel est le mot le plus long ? » Il y en a deux : Eleven et Twelve. « How many letters ? Six. » Eh oui ! les nombres, cela sert à compter !
Des flashcards pour la communication
Pour la deuxième partie de la séance, Fishy entre en action. La marionnette apparaît derrière le couvercle soulevé de la valise ; une à une, elle en sort des flashcards illustrées de jolis dessins colorés d'animaux. Les élèves connaissent la plupart des mots et s'empressent de les dire. Un dessin cependant les fait hésiter : « A rat ? » « No, this isn't a rat, this is a guinea-pig ! » Un garçon reconnaît la représentation : «Un cochon d'Inde » « oh good ! ». Mais pour l'instant, guinea-pig demeure au stade du vocabulaire passif.
À l'aide de magnets, les dessins sont alignés au tableau, ce qui permet d'entraîner quelques prépositions : between, next to, on the right of. Mais l'objectif communicationnel est de parler de son animal domestique : « Have you got a cat? What's your dog's name ? » Après une courte phase préparatoire pendant laquelle quelques expressions sont écrites au tableau, notamment : Yes, I have / No I haven't, un « pairwork » est mis en place : deux par deux, les élèves se renseignent mutuellement sur leurs animaux domestiques. Ce qui fait surgir des problèmes qui ne sont pas que linguistiques. « Comment on dit qu'il est mort ? » Solution élégante : I had.
Des étiquettes pour résumer les acquis
Une élève remet l'étiquette sous la flashcard correspondante.

Pour finir, une activité plus facile et qui résume les acquis. Pour chaque dessin affiché au tableau, Fishy possède dans sa valise une étiquette avec le mot correspondant. Il les propose aux enfants qui, à tour de rôle, les placent au tableau. Ainsi réapparaît le guinea-pig ! Le mot pig rend compréhensible le rapport avec le terme français « cochon d'Inde ». Le maître change alors les étiquettes de place, ce qui fait beaucoup rire sa petite troupe : « No, this isn't a spider, this is a poney ! »
Puis, retour au bon ordre. En une chaîne rapide, les enfants passent au tableau. Chacun reçoit de son prédécesseur une étiquette qui avait été déplacée, la met au bon endroit et passe à l'élève suivant celle qu'il a lui-même retirée.
Un cahier pour la mémoire
« That's all for today !  » Mais le thème des animaux occupera la classe encore quelques heures. Pour le prochain cours, chaque élève se constituera une collection d'illustrations : découpés ou dessinés, les animaux vont peupler son cahier, et le vocabulaire s'enrichira. Parions que le maître proposera des jeux amusants et instructifs pour aider à fixer les acquis et à brasser les structures !
L'enseignement des langues vivantes à l'école de Jouy
Les élèves commencent une langue vivante au CE2 ; l'école propose l'allemand et l'anglais. Une enseignante du collège voisin assure les cours d'allemand (4 élèves sur 23 de CM1 et 4 élèves sur 25 de CM2) ; Vincent Loire enseigne l'anglais à 15 élèves de CM1, tandis qu'au même moment, un de ses collègues habilité l'enseigne à 21 élèves de CM2.
« En primaire, nous avons l'habitude de faire notre petite cuisine avec tout ce que nous pouvons glaner, soit dans des librairies spécialisées, soit sur Internet. Lors de réunions d'harmonisation avec d'autres professeurs, nous échangeons nos pratiques et documents », explique-t-il. Le matériel utilisé est ainsi varié et éclectique. On y trouve des vidéos : We're kids in Britain, Postman Pat (version bilingue et unilingue), Muzzy in Gondoland, des cassettes du CDDP et des albums, dont notamment les classiques Meg and Mog et The very hungry Caterpillar. Vincent Loire tient également à utiliser largement la musique anglo-saxonne « authentique », des Beatles aux Chemical Brothers en passant par The Clash et Madness.

C'est la première année de Vincent Loire à l'école de Jouy. Pour les prochaines années, ses projets pour l'enseignement de l'anglais s'orientent vers une plus grande ouverture sur la réalité des pays anglophones. Vincent Loire souhaite ainsi renouveler une expérience de vidéo-correspondance avec une école anglaise, telle celle menée avec son groupe de l'année précédente, et surtout organiser des voyages en Angleterre pour les élèves de son école.

Dans cette commune, la généralisation de l'enseignement des langues au CM est effective depuis 1996, et petit à petit les habitudes se créent. C'est la liaison avec le second degré qui reste à améliorer, les rencontres organisées entre les enseignants des deux niveaux ne trouvant pas encore l'écho souhaité. Au collège, même s'ils ne retrouvent pas Fishy, le compagnon de leurs premières découvertes, il faudrait pourtant bien que les enfants puissent réinvestir leurs acquis et non reprendre à zéro une discipline dans laquelle ils ont développé des compétences certaines de compréhension et d'expression.

Reportage réalisé par Ulrike Legionnet
28 janvier 2002

 
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