Adaptation audiovisuelle d'album
Le Défilé
 
Écrit par Olivier Douzou et illustré par Émilie Chollat, Éditions du Rouergue.

Adaptation et réalisation : Constantin Maschas.
Production : CNDP/La Cinquième, 1997.

Au début, ils n’étaient que deux ou trois, placés juste derrière les barrières, pas à l’étroit du tout, pour voir passer le roi… Il était très tôt, mais on sait bien que les retardataires finissent toujours derrière… Puis sont arrivés les gens de bonnes manières, quelques notables et notaires, puis monsieur le maire et son cortège, et puis le préfet… Et tout ce petit monde s’est placé devant, évidemment, tandis que les petites gens sont restées derrière, naturellement ! Il ne manquait plus que le roi… Mais au fait, par où devait-il arriver ?
Langue française et éducation littéraire
Parler et comprendre
L’enseignant propose aux élèves de reformuler l’histoire vue et entendue ; il les incite à échanger en cas de désaccord sur la compréhension de l’histoire, que ce soit sur la compréhension littérale ou sur la compréhension fine. Il peut également les inviter à donner leur point de vue sur le film vidéo (j’aime/je n’aime pas et pourquoi, cela ressemble à…, je préfère la lecture, etc.), et cela aussi bien sur le contenu de l’histoire que sur la réalisation (son, image).
L’enseignant questionne les élèves sur le choix de la narration chantée (les sonorités du récit s’y prêtent, cela ressemble à une poésie, cela rythme l’histoire…) ; il peut proposer une comparaison avec le poème de Paul Fort (chanté par Georges Brassens) : Complainte du petit cheval blanc qui, bien que traitant d’un sujet différent, n’est pas sans présenter des similitudes (derrière/devant, sonorités proches…). Il leur demande de restituer les différentes étapes du récit, leur permettant ainsi de remarquer la structure répétitive par substitution du récit ; les élèves peuvent, pour s’aider, nommer l’entrée en scène des différents personnages (il sera sûrement nécessaire de visionner le film en plusieurs étapes).
L’enseignant interroge les élèves sur le rôle de l’oiseau, qui semble observer la situation d’un point de vue extérieur (sa position varie, comme s’il ne respectait pas les règles établies) et qui apparaît à chaque nouvelle étape du récit, comme le ferait le présentateur du défilé ; les élèves peuvent essayer de modifier le récit en changeant de point de vue (point de vue du maire, point de vue de l’oiseau…).

L’implicite et le double sens des expressions dans ce récit sont omniprésents, mais il est nécessaire de guider les élèves pour qu’ils y accèdent très rapidement ; pour cela, il sera possible de :
  • noter que l’arrivée des personnages se mettant « devant » respecte l’ordre hiérarchique (maire, préfet, personnes du ministère) ;
  • relever les expressions liées à l’organisation sociale (les gens de la haute, les hautes sphères, les petites gens…) ;
  • noter le paradoxe engendré par le double sens des mots utilisés : « Les petits sont derrière et les grands sont devant » ;
  • remarquer que les personnages « de la haute » semblent devoir disposer d’accessoires pour montrer leur importance (le ruban du maire, le haut-de-forme du préfet, les médailles des gens du ministère) ;
  • noter la soumission des gens « ordinaires » (« forcément », « évidemment », « Comment faire autrement ? ») ;
  • remarquer que les « gens ordinaires » ne sont pas identifiés par leur profession, mais par leur état d’esprit (curiosité) ou leur action (retardataire), alors que, par la suite, l’identification des personnes « importantes » passe par l’intermédiaire de leur situation sociale : on peut supposer que leur présence n’est pas volontaire mais liée à leur fonction, ce qui peut expliquer partiellement leur attitude (ceci est consolidé par l’absence d’enfants) ;
  • noter les anachronismes du récit, créant une intemporalité : cohabitent un maire et un roi (en parachute), une chaise à porteur et un autobus… ;
  • permettre aux élèves de remarquer la relativité des positions devant/derrière ; ces positions sont toujours en rapport avec un point donné. La fin du récit consolide cette notion, le point de référence ayant changé (des barrières, il est passé au lieu d’arrivée du roi) ;
  • permettre aux élèves de s’interroger sur la déception des « grands » qui n’ont pas vu le roi : étaient-ils là pour voir ou pour être vus ? 

Lire à haute voix
Après leur avoir procuré le texte du récit, demander aux élèves de s’entraîner dans le but de remplacer la voix du film. Il est intéressant de comparer les deux versions (chantée et non chantée). L’enseignant s’assure avec les élèves de la concordance du texte et des images. L’ajout de bruitages et l’utilisation de quelques instruments complètent cette production. La finalité de ce travail est une présentation face à la classe : il suffit pour cela de passer la vidéo sans la bande sonore.
Il est souhaitable de s’interroger sur le choix des voix utilisées : la voix enfantine semble dénoncer l’aspect dérisoire de la situation, dans un récit qui aborde pourtant un phénomène de société sérieux ; elle donne une indication sur le point de vue du récit (cela pourrait être la voix d’un des enfants qui est arrivé en avance).
On invite les élèves à trouver les prénoms des deux « chanteurs », ce qui les familiarisera avec la lecture d’un générique.
Écrire
Différentes productions d’écrits peuvent être envisagées : rédiger le résumé de l’histoire, rédiger ses impressions sur l’histoire, rédiger l’histoire d’un point de vue différent (par exemple, celui du roi qui peut avoir prémédité son arrivée). Celles-ci pourront être consolidées par des séquences d’enseignement « décrochées » concernant l’observation réfléchie de la langue française, par exemple en travaillant sur l’emploi des temps du récit ou sur les adverbes (évidemment, forcément…).
Éducation artistique
Arts visuels
À partir d’extraits soigneusement sélectionnés, les élèves remarquent le rôle spécifique de l’image dans l’aide à la compréhension :
  • l’image consolide la narration (les détails sur les vêtements des personnages) ;
  • elle apporte des informations qui ne figurent pas dans le texte ; par exemple, les gardes face aux barrières rappellent la garde royale britannique ou l’oiseau ;
  • elle apporte des renseignements complémentaires au texte (les gens « importants » ont des cannes, comme s’ils étaient trop « grands » pour marcher sans aide ; ils ne sont pas souriants : est-ce du dédain ou la manifestation de leur mécontentement de devoir être présents ?).
Ils notent également la spécificité des illustrations :
  • stylisation des personnages, le choix des couleurs, le souci du détail vestimentaire ;
  • volume des personnages, accentué par la présence des ombres ;
  • absence de décors.
Les élèves s’expriment sur les images animées ; on insiste tout particulièrement sur les déplacements des personnages. On différencie ce type d’images de celles utilisées dans les dessins animés.
Les élèves remarquent le rôle du cadrage : plan d’ensemble pour contextualiser une action, plan rapproché pour caractériser un personnage, gros plan pour insister sur un élément précis. On remarque tout particulièrement les prises de vue en contre-plongée qui font apparaître encore plus imposants (écrasants) les personnages « importants » et, inversement, celles en plongée qui font apparaître plus petits (écrasés) les gens « ordinaires ».

Les élèves peuvent se substituer à l’illustrateur : à partir de la bande-son, ils réalisent des productions plastiques en adéquation avec l’histoire entendue.
La découverte d’œuvres permettant de prendre conscience que la stylisation des personnages peut revêtir des aspects différents (les visages allongés de Modigliani, les formes arrondies des statues de Botero, l’étirement des silhouettes filiformes de Giacometti) complète les connaissances des élèves en arts visuels.
L’enseignant peut également leur faire réaliser des productions utilisant des formes géométriques.

Éducation musicale
Après une écoute attentive, les élèves remarquent l’importance de la bande-son dans l’aide à la compréhension ; ils en relèvent les caractéristiques, par exemple :
  • musique entraînante et rythmée ;
  • utilisation de bruitages (le bruit du triangle accompagnant les regards étonnés des personnes « ordinaires ») ;
  • bruits de fond (rires et bavardages).
L’enseignant permet aux élèves de découvrir des poèmes mis en chanson (poèmes de Jacques Prévert, de Paul Fort…) ou de mettre eux-mêmes en musique des poèmes connus.
Pistes pédagogiques pour d’autres champs disciplinaires
Histoire
Comparer l’organisation sociale française avant et après 1789.

Éducation civique
Découvrir l’organisation politique française et le rôle des élus.
Effectuer une recherche documentaire plus approfondie sur l’organisation politique locale, départementale, nationale.
Participer à un débat citoyen, par exemple sur :
  • le respect d’autrui (les retardataires se mettent derrière…) ;
  • les droits et devoirs de chacun au sein de l’école (des élèves, mais également des enseignants) ;
  • l’égalité en droit de chaque citoyen.
Mise en réseau
L’étude d’autres récits permet une mise en relation des connaissances littéraires et culturelles des élèves (ouvrages du même auteur, du même illustrateur, d’une même structure ou sur le même thème). Voici une sélection à titre d’exemple.
Du même auteur 
Misto Tempo, Éditions du Rouergue, 1995.
On ne copie pas, Éditions du Rouergue, 1997.
Merci, Éditions du Rouergue, 2000.
Cumulus, Édition du Rouergue, 2001.
Les Mauvais Perdants, Éditions du Rouergue, 2001.
Du même illustrateur
La Nuit de toutes les couleurs, Frédérique Lenormand, Milan, 1999.
À l’eau Léo !, Magdalena, Nathan, coll. « Étoile filante », 1999.
Le Martien de Noël, Romain Drac, Milan, 2000.
Pour en savoir plus
Le Petit Citoyen, Perdizet, Casterman, 1994.


Fiche rédigée par Annick Vinot,
conseillère pédagogique, Dourdan, Essonne (91)


© SCÉRÉN - CNDP
Créé en février 2004  - Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire.