Adaptation audiovisuelle d'album
La Belle Lisse Poire du prince de Motordu
 
Écrit et illustré par Pef, Gallimard, coll. « Folio Benjamin ».
Adaptation et réalisation : Michel Bertrand.
Production : CNDP/La Cinquième, 1996.

Le prince de Motordu ne parle pas comme tout le monde ; il confond, il mélange mots et syllabes. Son père a décidé qu’il doit se marier. Peu convaincu de l’utilité de la chose, il écoute quand même les explications de sa maman : « Si tu venais à tomber salade, qui repasserait ton singe ? » Décidé, le prince se met en quête d’une épouse. Il rencontre alors une « jeune flamme qui cueille des braises des bois » : elle est institutrice d’école. Elle décide de corriger le vilain défaut de langage du prince…
Langue française et éducation littéraire
Parler et comprendre 
L’enseignant propose aux élèves de reformuler l’histoire vue et entendue. Il est intéressant de relever les erreurs commises, car certains élèves, par souci d’exactitude ou par habitude, peuvent transformer de nouveau les mots ; ce sera l’occasion de préciser la spécificité de ce récit. Les élèves sont incités à échanger entre eux en cas de désaccord sur la compréhension de l’histoire, que ce soit sur la compréhension littérale ou sur la compréhension fine ; cependant, ce récit ne présente pas de difficultés majeures de compréhension (excepté certains jeux de mots).
Les élèves donnent également leur point de vue sur le film vidéo (j’aime/je n’aime pas et pourquoi, cela ressemble à…, je préfère la lecture, etc.), et cela aussi bien sur le contenu de l’histoire que sur la réalisation (son, image).
Ils peuvent restituer le texte avec des mots non déformés et ainsi constater que l’histoire a perdu une grande partie de son intérêt. Il s’agit de guider les élèves afin de leur faire prendre conscience que la richesse de l’histoire tient essentiellement dans l’utilisation de jeux de mots (on peut leur proposer de réécouter plus attentivement la bande-son de la vidéo sans l’image). Il est intéressant de remarquer que les jeux de mots rendent l’histoire humoristique, mais qu’ils ne gênent en rien sa compréhension.
Les élèves recherchent les différentes techniques utilisées pour rendre le récit humoristique :
  • modification d’une seule lettre (singe/linge – malade/salade) ;
  • groupement de plusieurs mots en un seul (des écoles/Dézécolle – mots tordus/Motordu) ;
  • jeux sur la sonorité (histoire/lisse poire – glaçons/garçons) ;
  • jeux de mots (maux de tête/mots de tête) ;
  • associations (la « toiture » creva. Quelle tuile !) ;
  • mixité des méthodes (jeune flamme/braise des bois).
Il y a aussi de l’humour dans le texte des images, par exemple : 7 et Sète.
L’enseignant fait remarquer que des jeux de mots involontaires peuvent provenir d’une mauvaise compréhension de l’oral, par exemple : le bouchon de cérumen/le bouchon de cire humaine. On peut ainsi montrer que l’écrit est parfois nécessaire à une parfaite compréhension.
Lire à haute voix
Après leur avoir procuré le texte du récit, l’enseignant demande aux élèves de s’entraîner dans le but de remplacer la voix du film ; on peut leur faire remarquer les différentes intonations utilisées par la narratrice. Il s’assure avec les élèves de la concordance du texte et des images. L’ajout de bruitages et l’utilisation de quelques instruments complètent cette production. La finalité de ce travail est une présentation face à la classe : il suffit pour cela de passer la vidéo sans la bande sonore.
Cette activité permet une prise de conscience de la dissociation de l’image et du son (notion importante tout particulièrement dans l’analyse des documentaires filmés accompagnés d’un commentaire).
Écrire
Différentes productions d’écrits peuvent être envisagées : rédiger la suite de l’histoire en utilisant les mêmes procédés (la princesse va donner naissance à un enfant, comment va-t-il s’exprimer ?), inventer d’autres déformations ou jeux de mots, par exemple : interdire une lettre, enlever les voyelles (on remarquera alors qu’un texte sans voyelles est lisible mais pas un texte sans consonnes), faire des jeux de mots, transformer un récit existant « à la manière des mots tordus ».
Ceux-ci pourront être consolidés par des séquences d’enseignement « décrochées » concernant l’observation réfléchie de la langue française, par exemple en travaillant sur l’emploi des temps du récit, sur les homonymes (verre/vers- pois/poids) dont l’orthographe, si elle est fautive, peut modifier le sens d’une phrase.
Éducation artistique
Arts visuels
À partir d’extraits soigneusement sélectionnés, les élèves remarquent le rôle spécifique de l’image dans l’aide à la compréhension :
  • l’image apporte des informations qui ne figurent pas dans le texte ; par exemple, celui-ci ne présente pas la borne kilométrique Sète/7 ni l’originalité de l’aspirateur… ;
  • elle apporte des renseignements donnés dans le texte mais difficilement compréhensibles sans le support visuel (maux de tête/mots de tête) ;
  • elle apporte des renseignements complémentaires au texte : description des personnages, des lieux ou encore des émotions (la princesse rougit lorsqu’elle utilise des mots tordus).
Les élèves constatent l’importance du cadrage : plan d’ensemble pour contextualiser une action, plan rapproché pour caractériser un personnage, gros plan pour insister sur un élément. L’enseignant insiste sur l’animation des images qui, lors des dialogues, remplace une partie du récit (par exemple : répondit le prince, lui dit-elle…), tout comme dans les dessins animés.
Il est intéressant de noter que, dans la première partie du récit, l’image correspond au texte (par exemple : boutons, singe…) alors que dans la seconde partie, après la rencontre de Motordu avec la princesse, on observe un décalage ; par exemple, Motordu parle de pois mais on voit le bois.
Éducation musicale
Après une écoute attentive, les élèves remarquent l’importance de la bande-son dans l’aide à la compréhension ; ils en relèvent les caractéristiques, par exemple :
  • utilisation de plusieurs voix, ce qui accentue la description du caractère et facilite la compréhension des dialogues ;
  • utilisation des bruitages (les grelots des « moutons », le vent dans le « bateau », le vrombissement de la « voiture » de course) ; il est important de noter que, si, dans la première partie, l’image correspond aux mots tordus, en revanche le bruitage reflète le mot original ;
  • utilisation d’une musique « gaie » et rythmée, ce qui peut éventuellement rappeler la musique des films muets (on peut préciser l’importance de la musique : par exemple, autrefois l’absence de parole rendait la musique indispensable à l’intelligibilité de l’histoire).
Pistes pédagogiques pour d’autres champs disciplinaires
Histoire
Rechercher des documents sur l’École, d’hier à aujourd’hui ; ce travail peut faire l’objet d’exposés.
Différencier république et monarchie en utilisant les notes d’humour suivantes :
  • sur le « château », les « drapeaux » sont bleu, blanc et rouge ;
  • l’institutrice est une princesse ;
  • le père du prince est en bleu de travail, avec une casquette.
Éducation civique
Participer à un débat citoyen, par exemple sur :
  • l’école publique, gratuite et obligatoire ;
  • la différence ; en effet, les élèves se moquent de Motordu à son arrivée en classe ;
  • l’amitié, en s’interrogeant sur le fait que Motordu obtient le prix de camaraderie car il est riche.
Mise en réseau
L’étude d’autres récits permet une mise en relation de divers ouvrages (du même auteur, du même illustrateur, d’une même structure ou sur le même thème). Voici une sélection à titre d’exemple.
Du même auteur 
Quatre Belles Lisses Poires du prince de Motordu, Gallimard Jeunesse, coll. « Gallimard album », 2000.
Aux fous les pompiers !, Gallimard Jeunesse, coll. « Gallimard album », 1996.
Rendez-moi mes poux !, Gallimard Jeunesse, coll. « Folio Benjamin », n° 9, 2001.
Motordu sur la botte d’azur, Gallimard Jeunesse, 2000.


Sur des sujets proches
Exercices de style, Raymond Queneau, Gallimard Jeunesse, 2002.
Raymond Queneau, un poète, présenté par François Caradec, Gallimard Jeunesse, coll. « Folio Junior », 2001.
On peut également présenter :
  • des extraits de sketches de Raymond Devos ;
  • des chansons de Bobby Lapointe.
Pour en savoir plus
Pour les enseignants
Abrégé de littérature potentielle, OuLiPo, Mille et une nuits, coll. « La petite collection », n° 379, 2002.
Jeux intéressants, Georges Perec, éd. Zulma, coll. « Grain d’orage », 1997.
Plaisir des sons, Massia Kaneman Pougatch, Élisabeth Guimbretière, Didier, 1990.

Fiche rédigée par Annick Vinot,
conseillère pédagogique, Dourdan, Essonne (91)


© SCÉRÉN - CNDP
Créé en février 2004  - Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire.