Écrit par Olivier Douzou et illustré par Charlotte Mollet, Éditions du Rouergue.
Adaptation et réalisation : Marcel Austin.
Production : La Cinquième/CNDP, 1997.
Un vieux monsieur de quatre-vingt-neuf ans se penche sur son passé, un passé bouleversant, insubmersible, dont il n’a pu se défaire depuis l’âge de quatre ans. Il raconte l’incroyable aventure qui a fait de lui un « resquilleur de vie », un « grappilleur de temps », lui que tout destinait à disparaître, comme le millier d’autres victimes qui périrent dans le naufrage du Titanic…
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Langue française et éducation littéraire
Parler et comprendre
L’enseignant propose aux élèves de reformuler l’histoire vue et entendue ; les différentes étapes du récit peuvent être restituées. Il les incite à échanger en cas de désaccord sur la compréhension de l’histoire, que ce soit sur la compréhension littérale ou sur la compréhension fine (ne pas hésiter à visionner de nouveau le film, partiellement ou dans son intégralité, afin de vérifier les hypothèses émises). À la demande des élèves, il explique le vocabulaire inconnu et précise que Navratil, en tchèque, langue d’origine du personnage, signifie « celui qui reviendra ».
L’enseignant peut également inviter les élèves à donner leur point de vue sur le film vidéo (j’aime/je n’aime pas et pourquoi, cela ressemble à…, je préfère la lecture, etc.), et cela aussi bien sur le contenu de l’histoire que sur la réalisation (son, image). Certains élèves feront peut-être le rapprochement avec le film Titanic de James Cameron ; il sera alors intéressant de rebondir sur leurs remarques pour exploiter les pistes privilégiées par l’enseignant, par exemple le point de vue des différentes personnes à bord face à la catastrophe, l’exil vers les États-Unis, les différentes classes à bord, l’aspect gigantesque du navire.
L’enseignant incite les élèves à présenter leur interprétation du récit. On peut, par exemple, engager un débat sur les paroles de M. Navratil : « Je suis un resquilleur de vie, un grappilleur de temps. »
La richesse de ce récit mérite que l’on s’attarde sur des extraits soigneusement choisis afin d’approfondir la compréhension sur :
- la séparation des parents : « les bagages de ceux qui partent pour toujours », « Ma mère n’était ni sur le quai, ni au courant de notre départ vers ce monde qu’on disait nouveau », « Nous filions en douce, clandestinement », cependant, face à la mort, le père transmet un message d’amour à son épouse ;
- l’aspect gigantesque et luxueux du bateau : « Je garde le souvenir de ce merveilleux… », « ce titan »… ;
- le naufrage : « la déchirure », « la cicatrice », même les milliardaires regardaient s’éloigner les embarcations de fortune, c’était les femmes et les enfants d’abord »… ;
- l’accueil aux États-Unis : on peut s’interroger sur l’utilisation des noms Momon et Lolo (elle peut indiquer le jeune âge des personnages, qui justifie qu’ils ne sont pas compris par des personnes ne maîtrisant pas le français) ;
- le texte de M. Navratil, qui est riche en images : « ce berceau qui me rendra à mes deux parents »…
L’enseignant peut apporter des informations complémentaires facilitant la compréhension du récit :
- informations liées au paquebot : première sortie le 10 avril 1912 ; existence de trois classes situées à différents étages du navire (ce qui n’est pas sans conséquence lors de la catastrophe, les accès entre les locaux de la troisième classe et le reste du navire ayant été bloqués) ; choc avec l’iceberg cinq jours après le départ ; l’orchestre a joué jusqu’à la fin du naufrage ; le Carpathia est venu suite à l’appel de détresse du Titanic au secours des survivants ; 706 survivants et 1 480 disparus… ;
- informations liées à la vie de Michel Navratil : Michel et son frère Edmond ont été enlevés à leur mère, d’origine niçoise, par leur père désirant rejoindre une partie de la famille d’origine tchèque installée aux États-Unis. Ils se sont embarqués sur le Titanic sous le faux nom de Hoffman. Dans le canot de sauvetage, ils furent confiés à une jeune Américaine, Miss Hayes (les femmes et les enfants d’abord). Michel Navratil retrouva sa mère au bout de trois semaines, grâce aux journaux. Devenu adulte, il a choisi d’être philosophe et il a eu trois enfants. Il est mort à 93 ans en 2001 ; il était le dernier rescapé français du naufrage du Titanic ;
- informations liées à l’importance de l’exil au début du XXe siècle vers les États-Unis : à cette période, les migrants étaient d’origines très diverses, ce qui explique la grande mixité sociale et culturelle à New York. On peut expliquer aux élèves que la statue de la Liberté offerte par la France en 1886 « accueille » les immigrants à leur entrée dans la rade. Ceux-ci arrivaient dans un premier temps à Ellis Island avant d’être autorisés à fouler le sol américain ; ils étaient souvent soumis à des pratiques humiliantes et leur attente pouvait parfois atteindre plusieurs semaines.
L’enseignant aide les élèves à prendre conscience d’un certain paradoxe dans le récit : en effet, l’auteur est O. Douzou, cependant le narrateur s’exprime à la première personne du singulier ou du pluriel ; l’auteur a donc mis son écriture au service de la narration de M. Navratil, ce n’est donc pas réellement un texte autobiographique. La partie narrative du récit, rédigée par l’auteur, doit également être différenciée de la narration de M. Navratil à la fin du film.
Les élèves peuvent modifier le récit en changeant de point de vue (point de vue du père, d’un membre de l’équipage…).
Les paroles de M. Navratil peuvent être mémorisées ; ce texte en prose est d’une grande qualité : lors de sa restitution, les élèves essayent de le transmettre avec toute l’émotion que requièrent ces mots.
Lire à haute voix
Après leur avoir procuré le texte du récit, demander aux élèves de s’entraîner dans le but de remplacer la voix du film. L’enseignant s’assure avec les élèves de la concordance du texte et des images. On peut aider les élèves à différencier la voix du narrateur de la voix authentique de M. Navratil à la fin de sa vie. L’ajout de bruitages et l’utilisation de quelques instruments complètent cette production. La finalité de ce travail est une présentation face à la classe : il suffit pour cela de passer la vidéo sans la bande sonore.
Cette activité permet une prise de conscience de la dissociation de l’image et du son (notion importante, tout particulièrement dans l’analyse des documentaires filmés accompagnés d’un commentaire).
Écrire
Différentes productions d’écrits peuvent être envisagées : rédiger le résumé de l’histoire, rédiger ses impressions sur l’histoire, rédiger l’histoire d’un point de vue différent (par exemple, celui du commandant du navire ou du frère de M. Navratil), rédiger un texte présentant une histoire vécue émouvante (utilisation du je et du nous). Ces productions peuvent être consolidées par des séquences d’enseignement « décrochées » concernant l’observation réfléchie de la langue française, par exemple en travaillant sur l’emploi des temps du récit, sur le vocabulaire difficile (insubmersible…), sur le champ lexical maritime (bâbord, tribord…) ou sur les expressions imagées, par exemple : « un glaçon géant ».
Une recherche documentaire plus approfondie sur le Titanic peut être demandée : on propose aux élèves de constituer des groupes travaillant sur des sujets différents (la vie à bord, le naufrage, le sauvetage…), puis chaque groupe présente son travail au groupe classe, par exemple sous forme d’exposé.
Éducation artistique
Arts visuels
À partir d’extraits soigneusement sélectionnés, les élèves remarquent le rôle spécifique de l’image dans l’aide à la compréhension, par exemple :
- l’image consolide la narration (le portrait de M. Navratil lors de sa narration…) ;
- elle apporte des informations qui ne figurent pas dans le texte (les extraits authentiques de journaux, les rotatives, l’importance du timbre-poste « Liberté »…) ;
- elle donne des renseignements complémentaires au texte (la photo des enfants…).
Il est pertinent, au cours de ce travail, de différencier les images réalisées par l’illustrateur des images authentiques (photos, journaux, rotatives…).
Les élèves notent également la spécificité des illustrations :
- dessins à l’encre et au pochoir avec une certaine sobriété dans le choix des couleurs ;
- éléments détournés (partitions, pages déchirées…) ;
- documents authentiques attestant de la véracité du récit.
- Les élèves s’expriment sur les images animées (on peut différencier cette animation des dessins animés). Ils remarquent le rôle du cadrage : plan d’ensemble pour contextualiser une action, plan rapproché pour caractériser un personnage, gros plan pour insister sur un élément précis.
- L’enseignant propose aux élèves de se substituer à l’illustrateur : à partir de la bande-son, ils réalisent des productions plastiques en adéquation avec l’histoire entendue, par exemple en utilisant des documents détournés (journaux…).
Éducation musicale
Après une écoute attentive, les élèves remarquent l’importance de la bande-son dans l’aide à la compréhension ; ils en relèvent les caractéristiques, par exemple :
- des chansons connues : Maman les p’tits bateaux, Ce n’est qu’un au revoir (que l’on peut relier au fait que l’orchestre ne cessa de jouer pendant le naufrage) ;
- extraits de l’œuvre de George Gershwin ; ce choix peut s’expliquer par la vie du compositeur qui est né à New York en 1898 et qui était fils d’immigrants russes ;
- utilisation de bruits de fond : les rires et les bavardages, la musique de jazz jouée par l’orchestre, l’agitation de New York, le bruit des rotatives…
L’enseignant permet aux élèves de découvrir la musique de jazz ou les œuvres de Gershwin.
Pistes pédagogiques pour d’autres champs disciplinaires
Histoire
Effectuer une recherche documentaire sur l’émigration qui a eu lieu vers les États-Unis au début du XXe siècle.
Géographie
Retracer sur un planisphère le trajet effectué par le paquebot.
Éducation civique
Participer à un débat citoyen, par exemple sur :
- l’immigration ;
- des événements tragiques survenus à des enfants (guerre, catastrophe naturelle…) ;
- « l’argent n’achète pas tout » : les milliardaires regardaient s’éloigner les embarcations avec les femmes et les enfants…
Mise en réseau
L’étude d’autres récits permet une mise en relation de divers ouvrages (du même auteur, du même illustrateur, d’une même structure ou sur le même thème). Voici une sélection à titre d’exemple.
Du même auteur
Misto tempo, Éditions du Rouergue, 1995.
Le Défilé, Éditions du Rouergue, 1995.
On ne copie pas, Éditions du Rouergue, 1997.
Merci, Éditions du Rouergue, 2000.
Cumulus, Édition du Rouergue, 2001.
Les Mauvais Perdants, Éditions du Rouergue, 2001.
Du même illustrateur
Le Billet bleu, Annie Agopian, Éditions du Rouergue, 1995.
Siam et Maïs, Annie Agopian, Éditions du Rouergue, 1995.
Sur des sujets proches
Escales : carnets de bord, Rascal, L’école des loisirs, 1992.
On peut lire aux élèves des extraits du Journal d’Anne Frank, éditions Presse Pocket.
Pour en savoir plus
Pour les élèves
L’Histoire vraie du Titanic, racontée par Francis Perrin, Frémeaux et Associés, 2001, CD-album.
Au cœur du Titanic, Ken Marschall, Casterman, 1997.
Pour les enseignants
Ellis Island, Georges Perec, éditions POL, 1999.
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Fiche rédigée par Annick
Vinot, conseillère pédagogique, Dourdan, Essonne (91)
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