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En prenant pour exemple l'adaptation de l'album Sanji, le voleur d'odeur (éditons Milan), Monique Perriault, chef de projet et réalisatrice, explique la démarche et les étapes de réalisation d'une adaptation audiovisuelle d'album.
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Le storyboard (semaine 1)
 Monique Perriault, réalisatrice |
Je lis et relis l'histoire de façon à m'imprégner totalement de son atmosphère. Il s'agit d'un conte oriental qui met en scène : Sanji, un boulanger avare, et un juge très juste. Sanji est un jeune homme gourmand qui, ne pouvant se payer de pains aux raisins, se contente de remplir ses narines de leur odeur qui vient le titiller, chaque matin, dès son réveil, dans la chambre qu'il occupe juste au-dessus d'une boulangerie.
L'auteur, Robin Tzannes, a écrit cette histoire en un certain nombre de phrases que Korky Paul, l'illustrateur, a illustrées en un certain nombre d'illustrations.
En tant que réalisatrice, je vais devoir réécrire cette histoire en un certain nombre de plans que je vais minutieusement décrire dans un storyboard, c'est-à-dire un découpage plan par plan de cette histoire qui servira de tableau de bord pour tous les collaborateurs de cette adaptation. Pour chaque plan sont indiqués le cadrage, les mouvements de caméra, les effets de zoom.

Le cadrage
- Le plan d'ensemble qui contextualise une action.
- Le plan rapproché qui permet un travail de caractérisation du ou des personnages.
- Le gros plan qui isole un geste ou un détail significatif.
Les mouvements de caméra
- La caméra se déplace autour du personnage et de l'objet (dans le cas de l'animation 3 D).
- La caméra, fixe sur son pied, balaie le champ (panoramique).
- La caméra accompagne le mouvement du personnage (travelling).
Les effets de zoom
On agit sur l'objectif (travelling optique) pour se rapprocher ou s'éloigner du personnage ou de l'objet.
L'animation (semaines 2 à 4)
Le storyboard écrit, je dois le transmettre à l'atelier d'animation. Cela se fait au cours d'une discussion avec le chef d'atelier et ses infographistes. Ces derniers vont émettre des suggestions liées à leur savoir-faire et à leur connaissance :
- des logiciels et des ordinateurs avec lesquels ils vont animer les différents personnages de cette histoire ;
- des palettes graphiques capables, aujourd'hui, de reconnaître et de restituer seize millions de couleurs et de rendre ainsi parfaitement tous les dégradés voulus par l'illustrateur.
Les infographistes vont devoir procéder à trois opérations principales : numérisation, préparation, animation.

Numérisation des illustrations
L'illustrateur Korki Paul nous a confié ses illustrations originales. L'infographiste les scanne selon les cadrages indiqués dans le storyboard.
Préparation des décors et des personnages à animer
 Michel Bertrand, directeur artistique |
Pour pouvoir animer un personnage, il faut tout d'abord le détacher du décor sur lequel il est dessiné. L'infographiste opère avec un crayon optique comme il le ferait avec une paire de ciseaux. Le personnage, ainsi isolé du décor, est stocké dans la mémoire de l'ordinateur. Une fois cette opération effectuée, il reste à reconstituer le décor. L'infographiste le fait selon le système du « copier-coller ».
Animation
Chaque seconde d'un film est constituée de 24 images (25 lorsqu'il s'agit de la vidéo). Dans l'animation traditionnelle, pour chaque seconde, il faut donc dessiner et colorier 24 dessins, chacun recomposant une des phases d'un mouvement. Imaginons un instant le nombre de dessinateurs et de coloristes engagés par Walt Disney pour réaliser les dessins de Blanche Neige, un travail d'environ trois ans.
Aujourd'hui, les infographistes utilisent des logiciels d'animation avec lesquels ils programment la machine afin qu'elle restitue le mouvement voulu. Ils la programment la journée, elle travaille la nuit, calculant les centaines d'images de chaque plan. Ce n'est que le lendemain que l'on peut visualiser les résultats. S'ils ne sont pas bon, il faut tout recommencer. La machine ne fait que ce que l'homme a programmé. Malgré la performance des logiciels, le talent reste entre les mains de l'infographiste.
La dernière étape de l'animation, appelée « compositing » consiste à réincruster les personnages animés sur le décor.
Vingt jours sont nécessaires pour animer un album de cinq à six minutes.
Enregistrement de la voix (semaines 2 à 4)
 Michel Elias, comédien |
Pendant que les infographistes sont occupés à l'animation des plans minutieusement décrits dans le storyboard, je prends contact avec le comédien Michel Elias, un habitué des albums, capable de moduler sa voix, de jouer tous les personnages de l'histoire, d'interpréter le rôle du conteur et même de produire quantité d'onomatopées, au besoin. Je lui transmets l'album Sanji, le voleur d'odeurs afin qu'il s'immerge dans cette histoire, se l'approprie et donne au texte la « musique » qu'il mérite (suspense, émotion, humour, etc.). Michel viendra prêter sa voix pour enregistrer ce texte au studio son. Nous ferons autant de prises qu'il est nécessaire afin que nous soyons, lui et moi, satisfaits de la manière dont il a donné vie à cette histoire.

Le montage (semaine 4)
La voix du comédien sert de guide au montage : le texte définit donc la longueur des plans. Voix et images sont montées en rythme, ce qui confère à l'ensemble une harmonie qui sera complétée plus tard par l'ajout d'une musique originale capable de restituer l'atmosphère très orientale de ce conte.

Musique, bruitage et mixage (semaines 5 et 6)
Munie de la cassette des images montées en rythme avec la voix, je me rends chez le musicien Patrick Abrial, professionnel du son. Auteur-compositeur-interprète, il a exprimé ses nombreux talents aussi bien sur scène que dans des musiques de films, de pub, de clips et de génériques. Il se passionne pour ces albums « à la poésie très particulière ». Pour réaliser la bande-son de Sanji, il utilise une palette de sons constituée d'instruments anciens ou modernes stockés sur le disque dur de son ordinateur. Aussi compare-t-il volontiers son travail à celui d'un peintre.
Sur son ordinateur, Patrick stocke des dizaines de bruits différents (porte qui grince, qui claque, réveil qui sonne, coq qui chante, etc.). Pour la séquence au tribunal, où le tintement des pièces de monnaie tombant dans le bol symbolise le paiement du boulanger, le son joue un rôle capital. Sur la cassette, chaque image a un time code (compteur du temps écoulé) grâce auquel Patrick va pouvoir caler très exactement sa musique et ses bruitages.
Avant de composer sa musique, Patrick me pose de nombreuses questions sur la manière dont, en tant que réalisatrice, je perçois l'atmosphère de ce conte. Nous allons nous revoir souvent et il me fera plusieurs propositions avant que nous choisissions, ensemble, celle qui nous semble donner à cette histoire toute sa dimension.
Il ne reste plus que la dernière opération : le mixage, qui consiste à faire cohabiter, le plus harmonieusement possible, les trois éléments sonores : la voix, la musique, les bruitages, les derniers ne devant pas couvrir les premiers. C'est de la réussite de cet agencement que dépend la qualité finale du film.
L'adaptation audiovisuelle d'un album a donc nécessité un mois et demi de travail pendant lequel une dizaine de personnes, aux compétences complémentaires, ont été mises à contribution. L'équipe est mobilisée autour de l'objectif d'aider le jeune enfant à mieux lire les illustrations et à les décoder, à découvrir la musique d'un texte pour mieux le comprendre et l'assimiler. En un mot, utiliser la puissance et la magie du dessin animé pour donner plus de sens encore aux histoires écrites dans les livres.
Monique Perriault,
chef de projet et réalisatrice

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