Bien qu'en partie supervisés par les autorités religieuses et civiles, les mawlid s'avèrent, dans une certaine mesure, les lieux de pratiques « déviantes ». […] De nombreux actes, effectués en public, sont alors ignorés, sinon tolérés : ainsi du contact charnel, de la danse, de l'absorption d'alcool et de stupéfiants, du travestissement, de la parodie d'événements comme le mariage, tourné en dérision…
Il en est de même pour le statut des espaces soumis à une réversibilité du public et du privé dans l'apparence, l'usage et la fonction.
[…] La pratique de la ville s'en trouve altérée, le quartier où se tient le mawlid est ouvert, partagé, on y circule partout librement. Les espaces privés, comme les impasses et les ruelles, sont investis par les provinciaux avec leurs habitations de toile. […] De même, le jour perd sa prédominance au profit de la nuit, temps privilégié de la fête. Cette célébration festive est aussi une interface : entre Le Caire et la province, entre le quartier et la ville, entre la baraka et le pèlerin, entre le sacré et le profane. Des contrastes simultanés ou successifs se font.
La foule est composite : on reconnaît les provinciaux à leurs vêtements ; les familles tentent d'éviter la cohue ; les jeunes des quartiers proches s'y précipitent, les garçons, en bandes, les filles, en petits groupes ; les enfants se pressent autour des attractions tenues par les forains. […]
Même si la réalité de la présence des reliques est incertaine (il est possible que Husayn, Zaynab et d'autres saints ne reposent pas au Caire dans les tombeaux qui leur sont consacrés), ce qui importe est la réalité des sentiments qu'ils suscitent et des cérémonies qui leur sont dédiées ! Facette primordiale de sa personnalité, la sacralisation de la vieille ville, où chaque quartier est placé sous l'aura d'un saint, est déterminante de la perception qu'en ont tant ses habitants que les autres Cairotes.
* Mawlid : fête religieuse musulmane assimilable à un pèlerinage sur les lieux d'un sanctuaire particulier.