Doucement, Le Caire du futur prend forme

GUIBAL Cl.
Libération, 11 et 12 novembre 2000

Deux millions de véhicules. Avec un programme destiné à dessiner un nouveau Caire pour le XXIe siècle, les autorités de la capitale espèrent extraire la ville du palmarès des cités les plus polluées du monde. Les usines sont désormais obligées de se doter de filtres à air ; la plupart ont obtenu une période de grâce, mais le gouvernement, qui subventionne largement la mesure, peut ordonner la fermeture des usines hors normes. Des stations de mesure de pollution ont été implantées dans plusieurs quartiers à risque. Toute l'essence vendue au Caire est désormais sans plomb, tandis que des experts réfléchissent à l'installation d'un système de circulation alternée, afin de désengorger les rues des deux millions de véhicules qui y circulent chaque jour. Ce plan obligerait à repenser le réseau des transports publics, à commencer par le métro qui ne fonctionne pour l'instant que sur deux lignes. Les travaux de percement des nouvelles lignes sont en cours ; ils ont permis, en parallèle, l'amélioration du drainage sanitaire par la pose d'un collecteur des eaux usées. « L'accès à l'eau est partout assuré et toute l'eau est traitée » souligne E. Denis*.
[…] Mais Le Caire reste défigurée par des années de déferlement des nouveaux habitants. Le système D y est roi. Étages rajoutés - en toute illégalité - aux immeubles existants, cabanes en bois construites sur chaque espace vacant… La « cité des morts », immense cimetière à l'est de la ville est emblématique de cet habitat précaire. Près d'un million de personnes vivent aujourd'hui dans les abris attenants aux tombes. De petites épiceries ont ouvert au pied des mausolées. Les gamins jouent au foot entre les stèles. « On n'a pas le choix, ni l'argent pour vivre ailleurs » explique un habitant, assez peu enthousiasmé par le nouveau projet de la municipalité de reloger tous les squatters de la « cité des morts » dans une ville à 25 km de là. Dans d'autres zones de constructions sauvages, les cabanes en bois sont rasées pour permettre la construction d'immeubles neufs.
Par ailleurs, le gouvernorat du Caire s'est engagé à planter un millions d'arbres et a entamé un vaste programme de restauration. Ce mouvement a été amorcé par le secteur privé. En 1999, la nouvelle Bourse du Caire a entièrement financé la restauration des rues qui entourent son bâtiment en centre-ville. En quelques mois, les façades hausmanniennes des immeubles ont été repeintes, les rues pavées, fleuries et interdites à la circulation. Du coup, les Cairotes en ont fait un lieu de promenade. Doucement, Le Caire du futur prend forme. Un nouvel enfantement pour cette cité que les Égyptiens surnomment Oum-El Dounia, « la mère du monde ».

* Directeur de l'Observatoire urbain du Caire contemporain

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