Aide individualisée
 

Extraits des interventions de la journée nationale
de formation de mars 1999

Organisée par la Direction de l’enseignement scolaire
Sous-direction des actions éducatives
et de la formation des enseignants (DESCO A10)

 

Sommaire
Journée nationale
de formation
 - Classe de seconde
 - Contributions
Contributions

Témoignages de chefs d'établissement
José Fouque, proviseur du lycée Marie Curie à Nogent sur Oise
Colette Michaux, proviseur du lycée de la Hotoie à Amiens
Joseph Rossetto, principal du collège Pierre Sémard à Bobigny
Contributions disciplinaires
Sylviane Gasquet, mathématicienne, conseil national des programmes
Alain Viala, président du groupe technique disciplinaire de lettres
Françoise Chapron, maître de conférences à l’IUFM de Rouen

Témoignages de chefs d'établissement

José Fouque
Proviseur du lycée Marie Curie à Nogent sur Oise

Je vais vous apporter le témoignage de l’action que j’ai été amené à conduire avec les équipes d’un établissement que j’ai quitté depuis un an et demi, le lycée Léonard de Vinci, situé à 28 km de Lyon dans l’académie de Grenoble.

Le lycée Léonard de Vinci est un établissement situé dans une ville nouvelle. C’est un lycée de la démocratisation, lycée ouvert sur la ville, c’est-à-dire sans clôture - les rues traversent l'établissement - et lycée de la mixité sociale. Il ne rencontre pas de véritables difficultés comme certains autres de la banlieue lyonnaise bien qu’il soit assez fortement confronté à l'échec scolaire. Pour vous donner un indicateur social, dans la ville de Villefontaine, il y avait, je pense que c'est toujours le cas, à peu près 40 % de familles monoparentales et la plupart des élèves n’avait pas de grands-parents. On pourrait dire que la famille était limitée au strict minimum.

Mon propos s'organisera en plusieurs temps, d’abord le lancement de l’opération d’aide individualisée, ensuite la nature de cette aide et enfin quelques réflexions sur ce qui nous est proposé pour l'année 1999-2000.

J’évoque très rapidement la situation de l’établissement, en termes de résultats scolaires, à la rentrée 1993, date de mon arrivée. Depuis plusieurs années, les résultats au baccalauréat étaient très faibles : juin 1991, 63,20 % ; juin 1992, 58,40 % ; juin 1993, 50,10 %. Les mauvais résultats scolaires démoralisaient les enseignants qui n’étaient pas préparés à l’idée de mesurer l’efficacité pédagogique en termes de résultats - je dirais à l’idée de valeur ajoutée liée aux pratiques pédagogiques - et surtout, ils vivaient très mal certaines formes de culpabilisation implicite, qui étaient distillées ici ou là, y compris par les parents d’élèves ou par d’autres partenaires de l’école.

L’aide individualisée aux élèves a été une opération réussie si l’on en juge par les résultats obtenus au cours des années suivantes. Bien qu’invité seul par monsieur le directeur de l’enseignement scolaire, j’aurais pu être accompagné des enseignants qui ont conduit cette opération et j’espère que personne n’imagine que je me sente seul responsable de cette réussite ; néanmoins je ne peux pas dire non plus que, dans cette opération, rien ne dépende du chef d’établissement.

Comment les choses se sont-elles passées ?

Le démarrage de l’aide individualisée a commencé premièrement par un travail sur les représentations concernant la comparaison entre notre établissement et les lycées voisins. Ces derniers, situés dans une zone strictement identique, obtenaient des résultats qui étaient nettement meilleurs ; la communauté de notre établissement avait une explication : les autres établissements avaient un meilleur public.

Deuxièmement, l’utilisation systématique des conseils de classe où se trouvent réunis tous les partenaires - élèves, enseignants, parents, administration - comme déclencheurs et leviers d’une nouvelle approche. Utilisation de tous les conseils de classe pour rebondir sur les constats spontanés des enseignants par rapport aux situations des élèves. Donnons l’exemple d’un professeur qui dit : « Il n'est pas possible de travailler avec cette classe parce qu’il y a des élèves en difficulté. Il y en a 5 et je ne peux rien faire pour eux parce que la classe comprend 35 élèves ». Le chef d’établissement répond : « Qu’est-ce que vous me proposeriez si je vous donnais les moyens pour le faire ? », ce qui revient à confronter l’enseignant à des réalités devant l’ensemble des partenaires réunis en conseil de classe. Premier levier.

Autre exemple et second levier : à la fin des conseils de classe du premier trimestre, mise en commun de toutes les notes des élèves, traitement à partir d’une application informatique et distribution à tous les professeurs principaux qui se chargent de diffuser les résultats à tous les professeurs de la division, de tous les résultats de tous les élèves triés de toutes les façons : triés par moyennes générales, triés par moyennes permettant l’accès en première économique, en première littéraire, en première scientifique, ensuite triés par voeux avec un sous tri par moyennes. Il s’agit d’un outil tout simple de mise en commun qui fait apparaître clairement les élèves qui se trouvent en difficulté pour parvenir à l’orientation de leur choix et qui permet d'éviter de longs discours entre le chef d'établissement, ses adjoints, les conseillers principaux d'éducation ou même des conseillers d'orientation ; de longs discours fastidieux pour convaincre certains enseignants qu’il faut faire évoluer leurs pratiques de notation. Sur la durée, on peut mettre en évidence les écarts de notation d’un enseignant à l’autre, les variations de résultats au baccalauréat selon les enseignants et provoquer des changements de pratiques pédagogiques.
Ces indicateurs sont à utiliser avec précaution et il ne s’agit pas d’en faire un usage abusif, sinon on se retrouverait avec la communauté des enseignants contre soi, alors que l’objectif est d’obtenir son adhésion.

Le troisième élément réside dans les entretiens individuels de progrès avec les enseignants. C’est un travail que je vais synthétiser parce que cela non plus ne s’est pas fait en un an : l'entretien individuel de progrès est destiné à décliner le projet d’établissement, à l’expliciter, à le clarifier avec chaque individu, à voir quelle part lui revient dans sa mise en oeuvre et quelle est sa lecture des indicateurs. Pour donner un exemple, nous avions élaboré en commun un cahier des charges des coordonnateurs de discipline ; je me suis aperçu qu’au bout de trois ans d'entretiens avec des coordonnateurs de discipline, il était toujours utile de repartir du document - document élaboré par eux, et non par l'administration - pour l’expliciter à nouveau. Cela montre l’erreur de ceux qui pensent que tout le monde a compris ce qu’il fallait faire, dès lors que la chose est dite ou écrite.

Progressivement, deux pistes se sont dégagées pour l’aide individualisée.

La première piste est l’aide aux épreuves orales de rattrapage pour les élèves de terminale qui, à la fin du deuxième trimestre, se trouvaient en situation évidente de devoir passer l’oral parce qu’ils n’obtiendraient pas les épreuves du premier groupe. Elle a permis la promotion d’une manière d'enseigner tout à fait nouvelle puisque, excepté en langues, les autres disciplines entraînent peu à l’examen oral. Cette organisation était suivie par le professeur principal ou par le professeur référent pour permettre des révisions en équipe. Notons également une autre forme d'aide : aider les élèves à réviser.

Pour les classes de seconde, et c'est la deuxième grande piste, une aide pour « obtenir la meilleure orientation possible » a été organisée avec dialogue avec les parents et accueil de tous les élèves en difficulté.
Le dialogue avec les parents a été institué sur la base de procédures simples : on leur a expliqué qu’à la fin du conseil de classe du premier trimestre, on choisirait en équipe les élèves dont les parents devaient être vus. Ensuite, un contrôle était organisé, un contrôle d’ailleurs bon enfant, des entretiens que les enseignants avaient conduits avec les parents pour leur annoncer les risques d’échec et les dispositions qu’on mettait en place pour les élèves.

L’accueil individuel de tous les élèves en difficulté a été conduit par le proviseur adjoint ou par le proviseur accompagné du professeur principal. Il s’agit d’un entretien qu’on pourrait qualifier de pédagogie générale : on demandait aux élèves en difficulté de venir avec leurs cahiers et de prendre la dernière leçon de mathématiques, de français, d’anglais et on essayait d’élaborer un diagnostic sur leur travail. Je suis parti d’un constat très simple : les enseignants en conseil de classe disent : « Les élèves ne travaillent pas assez chez eux ». Est-ce-que c'est vrai ? Oui, c'est vrai. Mais il faut aussi analyser pourquoi ils ne travaillent pas suffisamment chez eux : pas de méthode, pas de parents pour les aider, etc. Il fallait en faire le diagnostic et surtout un diagnostic accepté par les élèves.
Les professeurs principaux, grâce à ces entretiens - qu’ils ont pu conduire seuls par la suite - ont beaucoup appris sur le fait qu’ils exagéraient le manque de travail des élèves, parce qu’en réalité c’est plutôt que les élèves travaillaient mal et ils ont pu mesurer l'ampleur du désastre.

Quels sont les préalables pour que l'aide puisse se mettre en place ?

Premièrement, il faut obtenir des enseignants qu'ils acceptent un échéancier des progrès sur trois ans. Ce point est l’objet de la plus grande résistance. Les enseignants pensent généralement, a priori, qu’il faut que les élèves de seconde soient bons partout pour passer en première et s’ils consentent à les faire passer en première avec des notes moins bonnes dans telle ou telle discipline, ils ont l'impression de faire un compromis avec le diable. Donc, première idée, accepter qu'on puisse avoir un échéancier de la progression, qu’un élève passe en première scientifique avec 9 ou 8 en français mais que l’année suivante, il travaille son oral de français pour réussir.
Deuxième préalable important : concevoir une aide qui s'adresse bien à ceux qui en ont besoin, en fonction de leur voeu, la tentation étant de n'aider que ceux qui le demandent. Vous avez des élèves qui ont 16 de moyenne et qui veulent être aidés. Il faut que les professeurs responsables des classes s'organisent et dialoguent avec ceux qui réalisent l’aide individualisé. Dans mon établissement, je dirais rapidement que nous réunissions les professeurs principaux comme un groupe de pilotage de l’orientation une fois par trimestre, après les conseils de classe, pour faire ensemble les bilans et fixer le plan de travail, c’est-à-dire les charges que nous avions à couvrir. Etaient également réunis les coordonnateurs de discipline qui ont un rôle à jouer dans l’harmonisation des pratiques pédagogiques, par exemple pour mettre en place des dispositifs de type « devoir commun ».

Enfin, le dernier préalable qu’il me paraît important de souligner, c'est que le professeur soit conduit progressivement par les demandes de l’élève car il s’agit de se mettre du côté de l'élève qui apprend, d’accepter d’écouter ce qu’il dit de ce qu’il sait ou qu’il ne sait pas de son travail et ne pas tomber dans « Il dit cela, mais s’il travaillait un peu plus et un peu mieux, on n’en serait pas là ! ».
Je pars du principe qu’il existe une vraie demande d'école parce que sinon, les élèves partiraient. On sait bien que les élèves qui n'ont pas envie de venir à l’école n’y viennent pas finalement. En revanche, cette demande ne prend pas forcément les formes des savoirs académiques qui leur sont proposées, parce que ces formes-là leur sont étrangères sur le plan culturel et cette observation renforce la nécessité de partir de l’élève pour avancer.

Maintenant, regardons en quoi consistait l’aide ?

Il s’agissait de ce qui peut sembler des banalités : susciter l’intérêt, engager les élèves à agir ; ensuite, simplifier la tâche des élèves dans les apprentissages et ce point est capital : être capable, par exemple, de dire que cette leçon de trois pages peut être résumée en une demi-page qu'il faut absolument connaître. Le temps me manque pour exposer le travail très intéressant réalisé progressivement sur ce sujet, par discipline, pour fixer les contenus minimum à maîtriser pour passer dans la classe supérieure et collaborer intelligemment avec le professeur de la classe supérieure. Ce travail a été conduit par les coordonnateurs de discipline, d’abord dans certaines disciplines pilotes, puis dans presque toutes.

Ensuite, je voudrais parler de l’aide effective. Vous avez souvent entendu dire : « Il ne faudrait tout de même pas que cette aide revienne à faire les devoirs des élèves ». Mais moi, et c’est peut être un peu iconoclaste, je pense que c’est très bien de faire les devoirs des élèves. Comment font les enfants qui ont des cours particuliers ? Ils sont aidés pour faire les devoirs qu’ils ont à faire.

Concrètement, pour les enseignants, il s’agissait d’abord de mettre des exercices en relation avec des cours. C’est tout. L’aide, quelquefois, ne prenait que quelques minutes ! L'élève venait avec des difficultés, le professeur lui montrait que la solution était dans son cahier et, bien souvent, la situation était débloquée, à partir du moment où l’enseignant n’énonçait aucun reproche. Puis nous avons imaginé, avec un certain nombre de professeurs, en anglais, en mathématiques et en français, de mettre sur ordinateur des exercices comme des corrigés-type de baccalauréat et ensuite, des cours découpés en petites unités qui avaient été faits par les professeurs, avec des liens, des hyperliens comme on dit aujourd'hui, entre l'exercice et la ressource. Cela a beaucoup aidé les professeurs, je dirais même plus que les élèves, parce qu’à chaque objectif pédagogique correspondait une ressource qui était préméditée par l'enseignant en pensant à l'élève. Enseignants et élèves ont bénéficié des apports de notre centre multimédia.

Il s’agissait aussi d’aider les élèves à apprendre les leçons, y compris à partir de techniques de mémorisation. Les professeurs se sont employés à faire en sorte que les élèves apprennent les leçons, ensuite ils ont élaboré un classement des énoncés et des questions auxquels ils renvoient ; en mathématiques, c'est capital. Je vous signale au passage que c’est exactement ce que font les professeurs des classes préparatoires : identifier des classes de problèmes en face des énoncés. Ce qu’on fait dans les classes les plus prestigieuses n’est pas dénué d'intérêt dans des classes de moindre niveau. Donc, élaborer des classes de problèmes pour montrer aux enfants que tel type d’énoncé renvoie généralement à tel type de solution.

Ensuite, je vous l’ai dit, refaire, imiter, entraîner à l’oral de rattrapage, organiser des groupes et enfin évaluer et réguler parce que, pour mettre en place des aides, il faut être capable d’évaluer, de voir les progrès et de faire le point avec les élèves sur ce qu’ils ont fait ou pas. En première littéraire et scientifique, nous avons également mis en place des projets qui s’appelaient «  projet d'aide à la culture scientifique » ou « projet d’aide à la culture littéraire » qui permettaient à des élèves de faire venir régulièrement, en dehors de toute option, des partenaires extérieurs qui parlaient de musique, de peinture, etc. et qui animaient les groupes.
Notre organisation faisait que le suivi individualisé était réalisé par groupe de trois ou quatre élèves par professeur ; il y avait également des étudiants qui étaient embauchés sur des contrats de travail, généralement des étudiants d’IUFM qui venaient donc aider les élèves personnellement.
Le coût de l'opération par an a été de 150000 francs pour les professeurs et 80000 francs pour les étudiants. Les créneaux horaires utilisés étaient le soir et dans les trous de l'emploi du temps et c'était très facile à organiser parce que très souple. Des heures de vie scolaire, avec un créneau pour les enseignants, étaient prévues dans l'emploi du temps, ce qui permettait de rentabiliser plusieurs créneaux. Il y avait un guichet d’aide mis en place dès le conseil de classe du premier trimestre au CDI et piloté par les professeurs principaux.

Quelques réflexions sur ce qui est proposé

En conclusion et très rapidement, l’aide prévue en français et en mathématiques ne me paraît pas correspondre aux besoins. Cela laisse supposer que l’élève devra inévitablement avoir fait ses preuves dans ces deux disciplines pour passer dans la classe supérieure. Je ne dis pas que ce soit inutile d’aider en mathématiques et en français mais cela ne me paraît pas correspondre aux besoins tels que je viens de les exposer et, de surcroît, le débat risque de se centrer sur un certain nombre de corporatismes et de rendre incertaine la mise en place d’une aide individualisée efficace.

A mon avis, l’aide doit être finalisée autour des projets de chaque élève et la question de l’évaluation se pose comme condition de réussite de cette opération. Par un travail en commun des enseignants, des chefs d'établissement et des corps d’inspection, l’articulation entre l’aide individualisée et les nouveaux modules doit être recherchée pour garantir le meilleur accompagnement de l’élève.

Etant responsable de l’enseignement général et technologique, je dois dire que l’aide individualisée se met relativement facilement en place dans la partie enseignement technologique et que l’on parvient à réaliser d’extraordinaires projets d’aide et de formation des professeurs, surtout si les moyens sont déconcentrés au niveau local. Dans cet esprit, les ressources locales des étblissements sont à mobiliser autour d’un projet global dans lequel les responsabilités sont clairement définies.

À propos de l’aide, j’ai trouvé hier soir une petite fable de La Fontaine qui me paraît bien adaptée à la situation et dont je vais vous lire un extrait. Il s’agit d’un enfant qui est tombé dans une rivière alors qu’un maître d’école passe par là. L’enfant lui crie « Au secours ! Je péris ». Le magister, se tournant à ces cris, d’un ton fort grave, à contre temps, s’avise de le tancer. « Ah le petit babouin ! Voyez, dit-il, où l’a mis sa sottise... Que les parents sont malheureux qu’il faille toujours veiller à semblable canaille, qu’ils ont de maux, que je plains leur sort ». La Fontaine reprend plus loin « Je blâme ici plus de gens qu’on ne pense. Tout babillard, tout censeur, tout pédant, se peut connaître au discours que j’avance. Chacun des trois... en toute affaire, ils ne font que songer aux moyens d'exercer leur langue » et il finit en disant « Eh mon ami ! Tire-moi du danger, tu feras après ta harangue ».

Colette Michaux
Proviseur du lycée de La Hotoie à Amiens

Je dois dire que je suis beaucoup moins optimiste que mon collègue, parce que lorsque nous avons commencé en 1990, dans ce lycée qui venait d’être créé, avec toute une équipe d’enseignants volontaires et enthousiastes, nous étions persuadés que l’organisation, le climat, les méthodes, l’affectivité - à la limite, pourquoi pas ? - allaient régler les problèmes et que nous serions tout à fait capables d’arriver à éviter les décrochements et le manque de motivation des élèves.

On a un peu tout essayé dans l'établissement et je serais tentée de dire qu’il n’y a pas réellement de solutions ; il y a des pistes qu’il faut toujours remettre en chantier parce que malheureusement, nous restons les mêmes et que les élèves changent.

Ainsi, nous avons beaucoup cru aux modules et comme nous avions opté pour une interdisciplinarité, durant deux ou trois années, il y a eu vraiment un fructueux travail de recherches pédagogiques et puis, la routine s’est installée et surtout, il y a eu le poids de la discipline et des programmes. Nous avons alors travaillé sur la liaison collège-lycée en confectionnant un outil de base des savoirs fondamentaux diffusé dans le lycée et dans les différents collèges du secteur, en mettant en commun un lexique et des méthodes de travail afin de garantir la continuité collège-lycée.

Nous avons aussi travaillé sur deux axes : les professeurs principaux et les professeurs coordonnateurs. Les professeurs principaux ont bénéficié d’outils, d’actions de formation. Alors, on s’est aperçu qu’on les avait spécialisés et que les autres enseignants se reposaient sur eux au lieu de constituer une équipe. Pour les professeurs coordonnateurs, on a créé un cahier des charges et élaboré un projet pédagogique sur trois ans avec des critères d’évaluation écrits et des règles explicites qui étaient distribuées, diffusées, lié à un travail collectif sur la formation et sur la communication. En effet, on dispose maintenant d’outils de communication qui permettent un affichage et un fonctionnement dans l’explicite, notamment des données chiffrées pour la préparation des conseils de classe.

Pour améliorer l’accueil des élèves, particulièrement ceux de seconde, on a mis en place une forme de parrainage et un accompagnement tout au long de l’année. Cet accueil fonctionne très bien mais je pense que le désir de reconnaissance est de plus en plus important chez les élèves et je ne suis pas du tout certaine qu’on parvienne à répondre à une telle demande.

Parallèlement, un travail a été réalisé sur les repères et les modèles ainsi que sur les représentations mentales des professions chez les élèves. On parle de l’orientation mais, en réalité, l’élève n’a pas de projet à long terme ; fonctionnant de plus en plus dans l’immédiat, il ne connaît absolument pas le monde professionnel. Ce travail sur les représentations des professions, sous forme d’une heure-projet a concerné tous les élèves de seconde.

On a aussi développé la coopération avec des partenaires extérieurs comme les parents, les acteurs sociaux et les professionnels.

Je dois dire, au risque de paraître négative, que nos difficultés persistent, même si elles sont moins importantes : l’établissement a une bonne image et les élèves aiment y venir.

Il reste la difficulté du décalage entre les exigences des enseignants et la puissance de travail ou le plaisir que prend l’élève à travailler. Nous mettons beaucoup d'énergie pour résoudre les problèmes de motivation et d’absentéisme or, le décrochage est facile ; il persiste même si on est tout content de dire qu’il est inférieur à celui du collège ou du lycée voisin.
Certains enseignants sont d’ailleurs déstabilisés par les profonds changements de la relation maître-élève qui créent un contexte nouveau d’exercice du métier.

La charte pour le lycée du XXIe siècle nous a donné l’impression de devoir repenser le tout et, pour cette raison, elle représente une étape très importante. Alors, nous avons constitué une commission composée de quatre enseignants - deux enseignants de français et de mathématiques de seconde, un enseignant de sciences de la vie et de la Terre, un professeur principal - de trois élèves, du conseiller principal d’éducation, du chef d'établissement et de son adjoint, afin de voir comment prendre en compte l’aide individualisée et la nouvelle organisation des classes de seconde. L’objectif de cette commission est de faire des propositions au conseil d’enseignement de mai et juin prochain, ainsi qu’au comité des lycéens. Après un moment pénible où élèves et enseignants ont exposé toutes leurs difficultés - gestion de 35 élèves par classe, difficultés de mémorisation des élèves, organisation du temps, sentiment d’impuissance, manque de motivation et d'ambition, emploi du temps trop chargé, difficultés familiales, financières, sentimentales, lacunes dans les apprentissages, manque d’écoute et de dialogue, inquiétude pour l’avenir - nous avons fini par trouver de nombreux points forts comme le goût d’enseigner, d’accompagner, le sentiment d’appartenance à une équipe, à un établissement auquel on tient, le désir de réussir des élèves et le désir de faire réussir les élèves.

Il nous a semblé qu’il était important de réfléchir à ces groupes à géométrie variable jusqu’ici assez mal gérés, parce que figés dans des organisations, de repenser le rôle du professeur principal, de ne pas oublier le CDI et les aides éducateurs. Actuellement, sur les 1600 élèves, 168 voient au moins une fois par semaine un aide éducateur.

Dans les structures d’aide, les élèves on trouvé une vie démocratique, c'est-à-dire les différents conseils, les structures de concertation auxquelles ils commencent à participer davantage. Nous avons également instauré un passeport culturel, avec un droit de tirage d'un spectacle par mois.
Pour ce qui concerne les deux heures d’aide individualisée, la situation visée est l’identification de chaque élève en difficulté afin de l’accompagner, de créer un plaisir d’apprendre et de découvrir, de travailler dans un climat de coopération en repérant la valeur ajoutée de ce travail. Cela signifie notamment qu’il est hors de question que l’aide soit uniquement du ressort des professeurs de mathématiques et de français et qu’un travail en équipe est indispensable, nécessitant un accompagnement par la formation des enseignants.

Je dois dire que ce qui me paraît extrêmement intéressant, c’est que nous allons pouvoir remettre à plat un certain nombre de choses pour organiser cette aide avec les élèves.

Joseph Rossetto
Principal du collège Pierre Sémard à Bobigny

Ce témoignage est un fragment d’une expérience menée au lycée Jean Moulin en Seine-Saint-Denis entre 1993 et 1998. Il s’agit d’un lycée professionnel tertiaire, avec une très faible polyvalence. Ce que je vais dire concerne prioritairement les classes de brevet d’enseignement professionnel (BEP).
Je vais surtout vous parler des ateliers de médiation qui ne peuvent se concevoir que dans le cadre d’un projet d’établissement, dans sa cohérence, sa richesse et l’inventivité permanente qu’il a suscitée. Ce projet s’est construit à partir de 1993, pendant un an, avec les enseignants et la participation des élèves. Le lycée était alors dans un très mauvais état : peu d’effectifs et des phénomènes de violence.
Depuis 1994, notre travail quotidien s’est référé à ce projet. Il a été sans cesse évalué -chaque mois et demi - sans cesse enrichi et nous avons beaucoup progressé et beaucoup appris.

Donc notre lycée était presque vide alors que les lycées des environs étaient pleins. J’ai donc reçu 300 à 400 élèves de différents collèges, après que le projet ait été construit, pour leur exposer ce qui pouvait être mis en place avec eux : ateliers d’écriture, de théâtre et de chant mais aussi de remédiation et proposition d’un tutorat. L’année suivante, les effectifs du lycée étaient satisfaisants et les élèves accueillis ne l’étaient pas par défaut.

Dès la rentrée, les élèves ont été évalués sur leurs compétences. C’était une évaluation interne ; nous examinions ensuite chaque dossier pour prendre en compte les réussites et les échecs des élèves et leur répartition se faisait après entretien dans des classes de besoins.
Cela permettait une répartition des élèves. Tous les élèves ont été reçus un par un (200 élèves reçus individuellement chaque année par deux ou trois membres de l’équipe pédagogique afin d’identifier leur projet personnel, ce qu’ils aiment, ce qu’ils ont envie de faire...).

Au cours des deux mois suivants, les élèves vivent une accumulation de situations pédagogiques, notamment l’élaboration des contrats de classe négociés entre l’équipe pédagogique et la classe, le choix de projets interdisciplinaires, etc. Puis, un tutorat a été proposé, spécialité de notre lycée : un professeur et un élève font alliance pendant un an ou deux pour répondre aux besoins spécifiques de chaque élève. C’est un travail très important : des élèves en grande difficulté au départ réussissent grâce au tutorat. 30 professeurs font du tutorat, lequel est complété par un suivi individualisé avec la conseillère d’orientation pour les élèves les plus en difficulté.

Toutes ces actions ont été évaluées et ont créé un engouement au sein de l’établissement.
En fait, nous avons essayé de prendre en compte les compétences des élèves grâce à l’évaluation de rentrée, mais aussi leurs besoins et leurs intérêts pour des projets. Ont été mis en évidence deux besoins essentiels : d’une part, transférer à l’élève l’initiative des apprentissages afin qu’il ne soit pas un simple consommateur en favorisant de façon active l’émergence de ses propres stratégies d’apprentissage et d’autre part, les besoins culturels.
Dans les zones de recrutement de l’établissement, la langue est souvent réduite à sa plus simple expression : on constate chez les élèves d’importantes difficultés d’expression, une pensée sans connaissance du réel qui limite les rêves et les désirs et nous savons que la maîtrise de la langue, des mots, de leur symbolique, des structures de la syntaxe agit sur la construction des enfants. Notre préoccupation a été de réveiller les cultures au sein de l’établissement par la pratique de l’écriture, de la poésie, notamment par le recours aux ateliers de pratique artistique : peinture, danse, chant permettent de retrouver la liberté du corps, du verbe, des émotions et du langage.

Il s’est opéré alors une métamorphose : le taux d’absentéisme s’est rapproché de zéro, les exclusions des cours pour tous les élèves de BEP, en un an, sont passées de 600 à 100. Dans leur rapport à eux-mêmes, les élèves montrent de grands changements ; ils changent même physiquement. Le rapport aux autres a évolué et on donne aux autres le droit d’exister : ainsi s’effacent les préjugés, les discriminations culturelles et le racisme. On peut dire que l’écriture, la poésie, les arts sont source de démocratie.
Au cours de l’année scolaire 1997-1998, 5 classes-culture ont été créées avec atelier d’écriture avec des écrivains, atelier-théâtre avec des compagnies, atelier de danse contemporaine avec une compagnie italienne et atelier art-écriture.

L’aventure au sein des ateliers de médiation a commencé par le désir de rendre l’élève acteur de son devenir. Ces ateliers ont occupé l’espace destiné aux modules, à raison de 3 heures par semaine en LP. Des représentants du ministère se sont déplacés l’année dernière et ont trouvé ce que nous faisions atypique, mais néanmoins intéressant.

La mise en projet, le stage lourd de gestion mentale, le stage lourd d’évaluation formative et formatrice nous a ouvert aux élèves. Tous sont différents et ont de réelles compétences. Nous avons pris conscience que notre enseignement devait libérer, au-delà de tout champ disciplinaire, un espace qui donnerait à l’élève le désir d’être ce qu’il est. Chemin faisant, nous nous sommes convertis à l’humilité.

Les élèves de seconde professionnelle bureautique ont été répartis, selon l’analyse des besoins diagnostiqués lors des évaluations de rentrée, en 7 groupes de 8 à 10 élèves, chaque groupe étant encadré par un enseignant.
Il en a été de même pour les secondes professionnelles sanitaire et sociale, de même pour les terminales BEP bureautique, de même pour les terminales BEP, secteur social, soit un total de 28 groupes. Tous les groupes étaient alignés le mardi matin et le jeudi matin à 10 heures. Toutes les quatre séances, l’élève changeait de thème, avec un enseignant d’une autre discipline. Tous les 4 mois et demi, se tenaient des réunions sur l’évolution de la recherche en module.
Les modules sont devenus des lieux de différenciation, de liberté, d’interdisciplinarité et de recherche sur la pédagogie médiationnelle.
Prenons l’exemple de l’interdisciplinarité : dans un groupe, on a traité le Japon. C’était une découverte pour les enseignants et les élèves ; tout s’est articulé autour de la recherche de Yashunari Kawabata. Les professeurs ont fait des choses nouvelles, inconnues, comme les élèves, au même niveau que les élèves. En travaillant à la construction de l’élève, nous avons fait naître des contenus nouveaux et ainsi, notre enseignement a pris sens. Ce travail était riche d’échanges, de tâtonnements, de persévérance, d’insatisfactions et nous a montré qu’apprendre, c’est se retourner en arrière, découvrir, être attentif à ce que pense l’autre, à ce que pense l’élève. Apprendre, c’est apprendre de soi.

On a créé toute sorte d’outils, de grilles, de tableaux qui pouvaient aider à effectuer ce retour sur soi ; mais cette démarche d’évaluation formative et formatrice, qui accompagne tout thème de recherche, risque d’enfermer dans des outils systématiques.

Quatre nouveaux ateliers ont été créés : un atelier sur l’apprentissage en français, un atelier de socialisation, un atelier sur le projet, un atelier art-écriture.
L’atelier art-écriture a été un voyage au coeur des mots, des langages à travers la Renaissance italienne. Tout nous intéressait : musique, poésie, humanisme, philosophie... Nous avons passé deux ans à analyser toutes les fleurs du Printemps de Boticelli, leur symbolique, leur rapport aux personnages mythologiques.
On étudiait et on écrivait, jusqu’à produire des livres. Les élèves écrivaient la nuit, le jour. Ils écrivaient partout. Certains élèves vont aller en licence de lettres, après un BEP ou un CAP couture, ce n’est pas si mal.

Ce travail nous a rendus légers. Le lycée est devenu une sorte de voyage au coeur des cultures et des langages et pour certains élèves, ce voyage est devenu la vie.

 

Contributions disciplinaires

Sylviane Gasquet
Mathématicienne et membre du conseil national des programmes

Je vais parler en tant qu’ancien professeur de lycée. J’ai été professeur pendant 31 ans et je vais me baser, pour parler du travail individualisé, sur une expérience qui dure depuis 16 ans dans mon lycée et à laquelle j’ai participé 8 années durant.
Cette expérience a été menée dans le cadre d’une organisation scolaire visant à effectuer la classe de première et de terminale en trois ans au lieu de deux. Cette idée est simple et repose sur la seule motivation des élèves. Quel que soit leur niveau, s’ils sont motivés, ils obtiennent le baccalauréat scientifique et parviennent à mettre en oeuvre leur projet professionnel.

C’est dans ce cadre que j’ai été amené à pratiquer l’aide individualisée et je voudrais résumer mon intervention en deux points : comment réaliser cette aide et pour quels élèves lÀ proposer ?

Comment réaliser cette aide ?

Le premier travail individualisé, celui dont on ne parle jamais, c’est tout simplement celui de la correction des copies des élèves. Les copies rédigées à la maison constituent le seul rapport particulier entre élèves et enseignants. Il faudrait redéfinir le statut du travail à la maison. Ce travail rendu par un élève n’est pas fait pour être jugé et noté. L’élève devrait être libre, libre de poser des questions : par exemple, pourquoi cet exercice fait en classe ne peut être reproduit à la maison ? Le poids des habitudes scolaires est énorme et les élèves osent rarement poser des questions, même si avec le temps on finit par les faire s’exprimer. Il faudrait donc redéfinir le statut du travail à la maison.
En classe, l’oral n’est pas à juger. Il faudrait que cela soit très clair. On a deux casquettes : on met des notes et on est là pour aider à apprendre. Il faudrait que cette distinction soit très claire pour l’élève. Contre l’application de ce principe, j’ai eu une fois envie de mettre une bonne note à une élève qui avait fait une excellente prestation orale. Elle m’a rappelé que je m’étais engagée à ne pas noter l’oral. Les élèves sont très rigoureux dans l’application des contrats.
Quel travail réaliser à partir des corrections de copies et de l’oral ?

C’est plus facile avec les corrections de copies pour lesquelles le travail réside essentiellement dans l’analyse d’erreurs. Et je pense qu’il ne peut pas y avoir un travail efficace sans cette analyse. Il est illusoire de penser qu’un petit groupe d’élèves se suffit en lui-même. Pour réaliser une aide individualisée, c’est un travail très difficile qu’on ne nous a pas appris à faire en formation. Je me réfère souvent à une métaphore montagnarde : les élèves qui arrivent au sommet voient bien, ils ont deux jambes et deux bras pour s’accrocher mais tous ceux qui n’y arrivent pas peuvent être en difficulté pour des causes extrêmement différentes. Il faut chercher ces causes à travers leurs erreurs. Je ferai référence au livre de Stella Baruk « L’âge du capitaine » ; contesté dans le supérieur, il fut une révélation pour les enseignants du secondaire sur l’analyse d’erreurs.

Ensuite, j’ai fait un stage d’écoute avec une didacticienne de Grenoble. On ne sait pas bien écouter ; peut-être a-t-on peur du silence ? Un élève en difficulté ne va pas formuler sa question facilement. Quand vous êtes confronté à un sujet qui n’est pas de votre compétence, c’est très dur de poser une question. Donc, il me semble qu’en préalable et en accompagnement au travail en petits groupes, il faudrait une formation à l’analyse d’erreurs et une formation à l’écoute.

Voilà pour le comment. Ajoutons que corriger les copies, ce n’est pas très spectaculaire, mais ça peut changer énormément de choses, en particulier si l’on s’oblige à exprimer du positif dans les annotations et pas seulement des critiques. Aurions-nous envie de lire un rapport d’inspection qui ne ferait état que de ce qui ne va pas ? Pour que nos jugements négatifs soient crédibles, il faut les équilibrer par du positif. Or, les élèves ne s’y attendent pas du tout. Pendant plusieurs années, au lieu de placer mes appréciations sur les copies, je les rédigeais à part et les remplaçais par un petit numéro ; l’élève devait essayer de deviner l’appréciation. Je me souviens d’un élève disant : « je n’ai pas réussi à trouver mon erreur », alors que mon appréciation indiquait «  méthode astucieuse ». Ils ne s’attendent pas à des réactions positives et le plus important - et je l’ai entendu dans l’exposé de Joseph Rossetto - c’est que l’élève reprenne confiance en lui, quel que soit le biais. La confiance en soi, on sait malheureusement ce qui la tue, mais la faire renaître est extrêmement difficile et on n’est jamais très sûr d’y arriver.

Donc « comment ? », c’est être à l’écoute des élèves et chercher ce qui se cache derrière les erreurs commises.

Pour qui réaliser cette aide ?

Un professeur de mathématiques va-t-il choisir les 8 élèves les plus faibles ou bien va-t-il se centrer sur les élèves décalés par rapport à leur projet d’orientation ? Un élève qui a décidé d’aller en section littéraire arts plastiques où l’on n’enseignera pratiquement plus de mathématiques, est-ce qu’on le laisse tranquille, tout en essayant de faire en sorte qu’il passe dans la classe supérieure sans être écoeuré par la discipline ? Va-t-on plutôt se centrer sur celui qui veut aller en série «  économique et sociale » et auquel il manque un petit quelque chose ou sur celui qui veut aller en série scientifique ? Personnellement, suite à cette expérience du lycée en 4 ans, j’ai découvert combien la motivation et le projet des élèves sont fondamentaux.

Ainsi, de nombreux élèves étaient considérés comme lents, ce qui était une erreur de jugement : il y a des élèves qui sont incapables d’être superficiels et qui, donc, avancent lentement et il faut bien reconnaître que ces élèves-là n’ont pas forcément leur place en section scientifique. Ils ne peuvent accepter d’apprendre sans comprendre le fond, ce qui constitue pourtant une qualité. Par exemple, pourquoi le calcul littéral ? Et en plus, la réponse n’est pas évidente.
D’ailleurs, on m’a dit : « il n’est pas étonnant que vos élèves réussissent dans cette expérience avec toutes les qualités qu’ils ont ». J’ai répondu que ce que je trouvais étonnant, c’est que ces élèves n’aient pas leur place dans le lycée standard, précisément avec ces qualités-là. Il faudrait accepter davantage la diversité. Il y a des élèves qui travaillent en automatisme et comprennent après ; d’autres ne le peuvent pas. Accepter la diversité, c’est écouter ce genre de besoin et réaliser en aide individualisée un travail qu’on n’imagine pas pouvoir mener dans un cadre classique.

Alain Viala
Président du groupe technique disciplinaire de lettres

En préambule, je voudrais dire deux mots sur le français.
Le français est une discipline particulière au sens où il est à la fois une matière commune et une discipline d’enseignement. Tout le monde en a besoin et, en même temps, tout le monde croit pouvoir juger de la discipline, ce qui constitue à la fois un bonheur et une calamité. On entend un tas d’âneries monumentales sur ce qu’on devrait apprendre en français. Donc je pense pour ma part, et je l’assumerai comme tel, qu’il n’est pas malsain qu’on ait pensé, dans le cadre de l’aide individualisée, aux élèves qui en avait besoin en français.

On peut discuter sur le fait que le choix se porte sur telle ou telle matière, que le découpage soit disciplinaire ou thématique. Pour le français, je pense qu’il y a un enjeu et un enjeu d’autant plus grand que l’enseignement du français est l’objet d’un passé mythique, d’une représentation mythique de ce qu’il devrait être et qui conduit à dire : « Le niveau baisse, le niveau baisse en français, les élèves ne savent plus rien, ne lisent plus rien ; ils sont incultes. ».
Dès qu’on fait des études statistiques, on s’aperçoit que c’est un discours et non pas une réalité. On sait que plus les élèves consomment de télévision, plus ils consomment de littérature s’ils appartiennent à un milieu de gros consommateurs de biens culturels, mais que plus ils appartiennent à un milieu de faible consommation de biens culturels, moins ils consomment et d’audiovisuel et de littérature.
L’idée qu’il faut lire beaucoup fait également partie des représentations mythiques.
Quand on examine des enquêtes sur les lectures des Français, on s’aperçoit que lire égale « lire de la littérature », et plus précisément lire les grands romans classiques de la littérature française. Les grands éditeurs de la littérature française se tournent vers l’Éducation nationale et disent que les élèves ne lisent plus, qu’ils ne lisent pas assez, alors que là aussi des études menées un peu plus sérieusement montrent que la diversification se fait selon de très rigoureux clivages sociaux, mais que clairement, on n’est pas dans une phase de régression, mais plutôt dans une phase d’aggravation des différences sociales. Je vous renvoie au tout dernier livre de Christian Baudelot sur ces questions.
C’était un petit préambule pour dire qu’il me paraît très bien venu que cette matière fasse l’objet d’une aide individualisée pour les élèves qui en ont besoin. Cependant, il faut être prudent dans ses jugements et ce que je vais dire n’émanera pas de mon point de vue mais des réflexions du GTD.

A partir de là et très rapidement, il me semble qu’en ce qui concerne l’aide individualisée, et tout ce qui a été dit précédemment le confirme, il ne peut s’agir que d’une opération relevant du contrat, ce qui signifie qu’elle ne relève pas de la contrainte. Première question : comment faire accepter le contrat à des élèves qui ne le ressentiront peut-être pas bien s’il est présenté comme une contrainte ?
Remarque suivante : l’aide individualisée en français apparaît comme différente des modules, ne relevant pas nécessairement des questions de méthodologie ; elle apparaît aussi comme quelque chose qui ne doit être ni action de répétition du cours, ni action d’études surveillées. C’est en tout cas l’état de la réflexion.

Les objectifs étant définis, puisqu’il y a contrat, par quels moyens résoudre les difficultés détectées ?
L’aide individualisée doit s’inscrire dans une logique d’action, c’est-à-dire porter sur des capacités, des compétences, plus que sur des savoirs, sur des capacités à faire, plus que sur des savoir-faire ; ce qui a peut-être quelques conséquences pratiques que l’on peut regarder, avant d’en venir brièvement à quelques questions.

Le français au lycée n’est pas complètement pris au sérieux, mais c’est un enjeu qui est d’abord un enjeu de langue. A l’heure actuelle, on dit bien qu’au lycée, on continue l’apprentissage de la langue, mais dans la pratique, on sait que cela passe après des préoccupations qui sont plus analytiques, plus textuelles et plus littéraires. Il y a peut-être là un indicateur intéressant : il serait important que l’aide individualisée se tourne vers un rapport à la langue, à la langue écrite et à la langue orale. La seule vraie langue, je le rappelle, c’est la langue orale, avec des élèves qui, en principe, sont dans leur langue maternelle. Ils ont appris cette langue sous la forme orale, sans s’en apercevoir, par environnement culturel et non pas par formation scolaire. Le rapport à la langue passe par l’oral et il semblerait que l’aide individualisée, surtout parce qu’elle permet de travailler en petits groupes, pourrait accorder une attention à l’oral et je crois que, sur cet aspect, nous rejoignons le point de vue de l’association des professeurs de français. Donc, c’est une première proposition qui suppose d’aménager des conditions pratiques telles que l’exercice de l’oral puisse avoir lieu et également de concevoir que l’élève puisse parler devant quelques camarades, mais aussi en tête à tête avec son enseignant, ce qui laisse envisager des moments de diversification.

Les questions évoquées tout à l’heure sur les petits groupes, égaux ou inégaux par classe, peuvent aussi s’évoquer selon la façon de moduler l’utilisation de cette langue, orale et écrite. Dans ce cadre là, une seconde proposition peut être faite : il semblerait intéressant que l’on s’oriente vers des travaux de production des élèves et que ces productions soient orientées vers l’invention et la reformulation. On doit se décider enfin à faire étudier la langue, non pas seulement à partir de beaux modèles tels que les grands auteurs français, qui sont effectivement de très beaux modèles, mais aussi à partir des productions des élèves : demander à l’élève de prendre ce qu’il a écrit, ce qu’il a dit et regarder quelle syntaxe et quel vocabulaire ont été utilisés, comment éventuellement transformer et reformuler sa production... Il semblerait que l’aide individualisée puisse, du point de vue de la production des élèves en français, s’orienter vers des travaux de reformulation et des travaux d’invention.

J’arrive maintenant à un point plus délicat et à une troisième question.
Point plus délicat, le français est inclus dans une culture ; la langue est un élément constitutif d’une culture. Dans l’aide individualisée, faudra-t-il faire intervenir les rapports de l’élève à la lecture, notamment à la lecture d’oeuvres littéraires ? C’est une question. J’y reviendrai dans un instant mais il nous semble qu’il faudrait faire une distinction entre le besoin qui est manifeste (on ne maîtrise jamais assez bien la langue, on n’a jamais assez lu, on n’a jamais assez de culture et on pourra toujours trouver 5 % de plus d’élèves qui en ont besoin en montant diversement la barre selon ce jeu qui vise à estimer le niveau, jeu également présent au sein des milieux universitaires) et la demande en rapport avec les activités de lecture. Si l’on dit à un élève qui a des difficultés en français qu’il a des besoins pour mieux maîtriser la langue et accéder à la culture, notamment par plus de lecture, on va lui tendre un miroir qu’il voit tous les matins dans les regards de ces petits camarades. Il n’est pas nécessaire de recommencer. Il faut partir du principe qu’il a des besoins, des montagnes de besoins, serait-il un bon élève. A partir de là, cela vaut la peine de s’interroger sur la demande et les formes qu’elle peut prendre.

Il faut peut-être aussi, si on veut individualiser, se demander comment détecter les besoins et les demandes des élèves et, peut-être qu’en français, cela ne se passe pas de la même façon que dans d’autres disciplines, parce que l’objectivation des indicateurs de nécessité n’est pas tout à fait la même dans le rapport à la langue que dans le rapport au langage utilisé en mathématiques. Il a été évoqué de faire le point à la Toussaint ; il semble qu’en français, il y ait besoin de quelque temps pour affiner l’analyse des besoins, des demandes et déterminer les projets et les contrats qui en résulteront.

Les points qui me restent à évoquer sont des questions :
La classe de seconde est une classe suivie d’orientation. Le français est une discipline qui n’est pas spécifique à telle ou telle orientation. Nous sommes là en face de questions qui nous dépassent tous, ce qui n’interdit pas de les poser : arrivera-t-on à sortir de cette configuration qui veut qu’il y ait des filières plus ou moins royales que d’autres ? En ce qui concerne le français, il n’y a pas de filière royale ; la série littéraire n’est pas valorisante au sens où les besoins en maîtrise de la langue et des discours sont les mêmes, quelle que soit la filière suivie. Ils ne sont pas spécifiques aux futurs littéraires et ils ne sont pas moindres dans les autres séries. Donc, il y a un problème de rapport à l’évaluation qui ne se pose pas en français dans les mêmes termes que dans les autres disciplines : tous les élèves ont les mêmes besoins en français, quelle que soit leur évaluation.

Autre remarque : je parlais tout à l’heure des demandes des élèves, des moyens de les détecter et du besoin d’entretien avec les élèves. Je pense à cet égard qu’en français ces demandes sont difficiles à dire. Il y a une part de honte à être mauvais en français. Je me demande si évaluer en début d’année est une bonne stratégie et s’il ne vaudrait pas mieux, outre la fréquence des 3 mois, réaliser des étapes d’évaluation plus resserrées durant le premier trimestre et trouver des formes qui permettraient de faire naître des demandes sous la pudeur et les silences.

Il y a dans le rapport à la langue des dimensions psychologiques et sociales qui dépassent de loin le cadre de la seule discipline qu’est le français, et d’ailleurs le cadre de telle ou telle discipline. Ce qui nous amène à la question suivante : y aura-t-il des moyens, des aides, des indicateurs qui permettront au professeur de français de ne pas être seul pour évaluer les besoins des élèves en aide individualisée en français ? Comment savoir détecter la vraie nature du besoin ?

Enfin, j’en viens à la question finale.
A partir du moment où le dispositif prévoit une aide individualisée dans deux matières, français et mathématiques, on se trouve dans une configuration où l’enseignant de français est en situation de prestataire de services pour les autres disciplines. Autrement dit, il faudrait que soient précisées les conditions dans lesquelles la détection des besoins des élèves se réalise - j’ai parlé tout à l’heure de contrat, contrainte, demande, besoin - et je vais y ajouter la notion de commande. Quelle commande l’équipe pédagogique peut-elle passer à l’enseignant chargé de travailler à renforcer la compétence langagière des élèves ? Les conseils de classe peuvent servir, mais il y a aussi peut-être d’autres formes à mettre au point ; ce qui rejoint une question soulevée tout à l’heure à propos des mathématiques. C’est par ce cheminement-là que la réinsertion de ceux qui bénéficieront de l’aide individualisée se réalisera avec l’ensemble de la classe. En français, il ne faudrait pas que ce soit uniquement par rapport au cours de français mais qu’il y ait une définition assez claire du travail d’équipe.

Plutôt que des propositions, ce sont avant tout des questions, des points d’interrogation et peu de réponses. Nous sommes en quête d’idées.

Françoise Chapron
Maître de conférences à l’IUFM de Rouen

Je vais aborder un domaine moins cadré que les disciplines et qui présente une grande hétérogénéité selon les établissements, celui des documentalistes.
J’ai essayé de ne pas m’en tenir à l’aide individualisée telle qu’elle est définie stricto sensu en français et en mathématiques, dans la mesure où les documentalistes, pas plus que les autres enseignants, ne sont confrontés à la prise en charge directe de groupes d’élèves en difficulté. Cela dit, après l’intervention de monsieur Viala, je crois qu’on peut imaginer des collaborations possibles sur un certain nombre de points pour aider ces élèves en difficulté.
On a parlé de rapport à la lecture, de la diversité des écrits et des documents ; il faut ajouter le problème de l’image qui est mal pris en compte dans les apprentissages en collège et en lycée. Il me semble qu’il y a effectivement des collaborations possibles qui pourraient s’établir à la demande des enseignants ayant en charge des groupes d’élèves en difficulté, les documentalistes installant des situations de travail au centre de documentation pédagogique (CDI) et aidant à la diversification des approches.

J’ai essayé de voir le problème de l’aide individualisée et du rôle des CDI et des documentalistes par rapport aux objectifs généraux de la charte du lycée. Les enseignants sont conviés à poursuivre plusieurs objectifs, dont l’autonomie dans le travail personnel des élèves et l’accompagnement dans l’appropriation des savoirs.
A partir de ces deux objectifs, il est possible de trouver, dès la classe de seconde, des possibilités de travail et de collaboration, d’abord parce que le CDI est un espace de travail qui peut jouer en complémentarité de la classe et ensuite parce que les documentalistes, en tant qu’enseignants spécialisés, peuvent justement contribuer à la réalisation de ces objectifs, en partenariat avec leurs collègues.

Nous savons tous que la place des CDI et l’investissement des documentalistes dans les lycées sont fort diversifiés, voire contrastés et hétérogènes. Nous savons qu’il existe des situations extrêmement différentes qui sont liées, soit aux personnels eux-mêmes, soit aux espaces CDI, soit aux pratiques documentaires dans les pratiques pédagogiques des enseignants de lycée. De surcroît, les programmes et les emplois du temps laissent, d’une manière générale, peu de disponibilité pour pouvoir mettre en place des collaborations.

A l’heure actuelle, on s’aperçoit qu’il y a plusieurs niveaux d’intervention qui, au-delà de la notion d’aide individualisée en seconde, peuvent prendre diverses formes : aide individuelle, aide au travail personnel des élèves ou aide qui prépare éventuellement au travail personnel qui est mené au CDI. La forme la plus simple et la plus classique, c’est l’aide au travail personnel des élèves qui viennent au CDI.

L’aide au travail personnel peut prendre deux formes : recourir à des documents pour pouvoir effectuer le travail lié au cours, aider au travail personnalisé.
« Recourir à des documents pour pouvoir effectuer le travail lié au cours » est un problème posé particulièrement dans les établissements qui sont dans des zones où, socialement et culturellement, on observe un gros déficit dans l’environnement ou au niveau familial. Dans ces cas-là, il faut faire en sorte que le CDI soit un lieu de recours pour le travail personnel et puisse permettre à ces élèves d’avoir un certain nombre d’accès à l’information. Il en va de même pour les travaux de recherches documentaires qui sont donnés par les enseignants dans le cadre des cours.
Cette aide individuelle est essentiellement réalisée au coup par coup, au cas par cas, de façon ponctuelle et partielle. A l’heure actuelle, le bilan qu’on peut en tracer est peu satisfaisant et d’une efficacité pédagogique relativement limitée. Se posent également les questions du travail en équipe, de la définition précise de la tâche attendue par l’enseignant, de l’évaluation des compétences des élèves. Si rien n’a vraiment été prévu par l’enseignant, il devient difficile d’assurer, de façon extrêmement individuelle, une aide, un suivi ou un accompagnement réellement efficace pour les élèves.

Deuxième dispositif dans lequel il est possible d’inscrire l’aide au travail personnel de l’élève, même s’il est un peu en décalage, c’est ce qu’on appelle « l’aide au travail personnalisé » . Il correspond actuellement à l’enseignement modulaire.
Depuis 1993, même si c’est loin d’être le cas dans tous les établissements scolaires, un certain nombre d’initiatives ont été prises et il est vrai que les documentalistes, pour la partie la plus dynamique de leur profession, ont saisi l’occasion des enseignements modulaires pour tenter d’introduire des collaborations avec les enseignants. On sait que dans les lycées généraux et technologiques, les principales disciplines concernées ont été les lettres, l’histoire et la géographie, les sciences économiques. Cela a pu donner lieu à des partenariats tout à fait intéressants et en général bien vécus par les équipes qui les ont mis en place.
Globalement, l’aide au travail personnalisé s’effectue sur des créneaux horaires relativement limités, pour prendre en charge le développement des compétences documentaires nécessaires au travail des élèves au CDI.

Un autre dispositif, plus rare, vise à accompagner les projets pédagogiques disciplinaires ou interdisciplinaires réellement mis en place, structurés précisément et incluant une production documentaire.

Il s’agit là de niveaux d’intervention et d’intégration qui peuvent être différents et la nouvelle aide individualisée en seconde, portant sur les enseignements de français et de mathématiques, n’est pas directement de notre ressort, sinon dans le développement de partenariats avec les enseignants. Cependant, si on veut penser l’aide au travail personnel de l’élève ou l’aide individualisée comme un dispositif global, tel que la charte nous y incite à travers un travail de réflexion des conseils d’enseignement ou des professeurs principaux, il serait souhaitable d’intégrer la dimension des compétences documentaires dans la formation des élèves.
Je souhaiterai que se mette en place une formation globale au niveau des équipes dans le domaine de la recherche documentaire qui puisse permettre ensuite une prise en charge plus individualisée des élèves.
Reste évidemment le problème des créneaux horaires. Quels créneaux horaires ? Faut-il utiliser l’enseignement modulaire ? Faut-il utiliser les horaires actuels pour les élèves en difficulté ? Les documentalistes sont souvent dans la situation du coucou qui fait son nid dans le nid des autres.
Les travaux personnels encadrés vont, en première et en terminale, exiger un recours important aux ressources des CDI, qu’elles soient sur des supports traditionnels ou électroniques, y compris via Internet, les CDI constituant un des points d’accès en ce domaine. Pour avoir discuté avec mes collègues, il semble qu’ils soient assez satisfaits de voir les occasions offertes par la charte des lycées, des niches en quelque sorte qui pourraient permettre de mieux développer ces compétences dont tout le monde s’accorde à dire qu’elles sont nécessaires, en particulier par rapport à la préparation à l’enseignement supérieur. Certains de mes étudiants de licence ont des carences étonnantes à ce niveau.

On parlait précédemment de ce que font les élèves quand ils ne sont pas en petits groupes, en effectifs réduits. Il y a sans doute à réfléchir à une nouvelle organisation des emplois du temps scolaires qui sont encore très rigides pour l’instant. Cela pourrait être également l’occasion de résoudre un problème qui se pose à l’heure actuelle dans les lycées en spécifiant la part de l’intervention des aides éducateurs de CDI qui peuvent éventuellement accompagner individuellement des élèves dans leur recherche, par rapport à la spécificité des enseignants documentalistes qui sont, en tant qu’enseignants, en mesure de construire des séquences de formation.

Dernière question : comment peut-on effectivement prendre en compte - les cahiers d’évaluation ne le permettent pas - l’évaluation des compétences documentaires acquises à l’entrée au lycée, si l’on veut ensuite pouvoir mettre en place des dispositifs plus souples et plus efficaces ?

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