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Mag arts : Comment aborder l'architecture ?
Éditorial Le thème de ce dossier est un sujet récent dans les programmes scolaires : « Comment aborder l'architecture ? ». Sujet récent et vaste, si vaste même que nous avons pris le parti de n'en traiter qu'un aspect dans ce numéro : la notion de programme de l'édifice. Les deux autres aspects : le site d'insertion, les techniques et matériaux de construction, seront développés ultérieurement.Nous vous présentons pour cette approche de l'architecture en classe, outre de nombreuses références utiles, quelques pistes d'activités sur le terrain :- une proposition de travail pour les élèves de collège, construite à partir de leur environnement immédiat, devrait leur permettre d'acquérir de premières clés de lecture ;- le projet est naturellement approfondi pour les élèves de lycée : il s'agit surtout d'analyser les fonctionnalités des édifices urbains, toujours à partir de réalisations locales.Nos propositions interdisciplinaires - éventuellement partenariales - confortent quant à elles les visées méthodologiques associées à ce thème : apprendre à voir, à décrire, à comprendre un processus de conception-réalisation et, en parallèle avec l'éducation à la citoyenneté, à analyser l'évolution de la ville. Bonne navigation ! Programmes Une approche de l’architecture a trouvé place depuis quelques années dans les programmes scolaires, de l’école élémentaire au lycée. Par ailleurs, des dispositifs transversaux tels que les classes à PAC (projet artistique et culturel) ou les TPE (travaux personnels encadrés) favorisent une approche pluridisciplinaire des différents aspects du patrimoine et de l’architecture.Une étude (www.archi.fr) sur les dispositifs et les pratiques liés à ces tentatives d’initiation à l’architecture dans le monde scolaire a été réalisée par Marie-Claude Derouet-Besson, maître de conférences à l'INRP. Au collège : arts plastiques Dans le cadre de la sensibilisation à l’architecture, surtout en classe de 3e :- « savoir regarder la ville, l’édifice, en comprendre les enjeux et en mesurer l’intérêt » par la pratique ; - acquérir des outils d’analyse pour comprendre l’environnement architectural de proximité, en prêtant plus particulièrement attention à « la fonction et à la relation au lieu ». Au lycée : histoire des arts Dans le cadre de l’enseignement de l’histoire des arts, développer des compétences méthodologiques dans l’analyse de l’architecture : décrire et savoir repérer dans des réalisations architecturales « le parti architectural (type de plan, distribution des espaces et des circulations, jeu de la volumétrie…), les composantes formelles (articulations, jeux de rythme ou de lumière, modénatures, revêtements…), une solution constructive ».Le thème des TPE « La ville », pour les classes de première et de terminale série ES et L, donne l’occasion de mener de fructueux travaux interdisciplinaires. Il permet la collaboration de presque toutes les disciplines et donne également l’occasion d’établir des partenariats avec les multiples acteurs du projet architectural dans les domaines technique, économique, culturel et administratif. Parti pris Les types d’édifices : notion de programme (fonctionnalités et vécu) L’architecture édifiée, quotidiennement vécue, résume dans sa forme, ses volumes et ses espaces, une démarche complexe. Trois dossiers du Mag arts aborderont les trois aspects majeurs que synthétise l’œuvre architecturale.- Le programme de l’édifice et les fonctions qui s’y rattachent. À quoi sert le bâtiment ? Par qui et pour qui a-t-il été édifié ? Comment y vit-on ? On expliquera comment ces données déterminent en partie une architecture. - Le site d’insertion. Tout bâtiment s’inscrit dans un contexte, le plus souvent urbain, mais parfois en pleine nature. L’architecture tient compte de ce contexte pour s’intégrer ou s’opposer. On montrera selon quels procédés, et pour quel propos. - Les techniques et matériaux de réalisation. La construction d’un bâtiment est dépendante des matériaux disponibles et de l’art de leur assemblage. La couverture, le franchissement, la transparence... sont des données architecturales qui procèdent directement des techniques constructives. On présentera les matériaux d’architecture mis en œuvre aujourd’hui.
Ce numéro du Mag arts traite du premier développement : Types d’édifices, programme et fonctionnalités. La ville est constituée d’édifices aux vocations spécifiques... L’architecture traduit par ses formes, ses espaces, la fonction qu’elle accueille et accompagne. Chacune des fonctions sociales et/ou individuelles trouve un ancrage spatial dans un type de bâtiment : l’architecture répond à un programme. Ainsi, chaque bâtiment (logement, usine, école, mairie, église, musée, théâtre...) est conçu pour un type d’usage. Cette conception se traduit dans l’organisation et la distribution des espaces de l’édifice, leur hiérarchie, leurs dimensions. Les espaces sont situés les uns par rapport aux autres : proximité, éloignement, interpénétration ou isolement. Cela décide du plan du bâtiment. De même, en élévation, la distribution des étages introduit des modes d’accès et engendre des points de vue différents, lesquels animent et enrichissent l’immersion et la circulation dans les espaces architecturaux. Cette approche fonctionnelle est complétée par les qualités des espaces qui leur confèrent une capacité à être appropriés par l’utilisateur ou l’habitant. La lumière d’un lieu, sa sonorité, ses proportions, participent des qualités spatiales. Ces éléments donnent une signification à l’intériorité de l’architecture, apportent plaisir et émotion à celui qui la traverse ou l’habite. L’espace devient lieu : le bâtiment révèle son « âme ». Activités
Collège Décrire l'édifice Quotidienne et familière par la fréquentation que peuvent en avoir les élèves, l'architecture n'est que partiellement vue. Remarquons que l'architecture se perçoit dans le déplacement, la déambulation, la visite des lieux. Rien ne pourra remplacer la visite d'architecture pour en comprendre les différentes facettes. C'est pourquoi l'exercice proposé s'appuie sur l'environnement immédiat du collège et fournit quelques clés de lecture par rapport au thème. 1. Repérage d'édifices Ce sont trois ou quatre édifices remarquables, aux fonctions différentes, situés dans les environs du collège. Les nommer et décrire les activités abritées dans chaque bâtiment. 2. Visite des édifices Quelle est la forme générale de l'édifice ? Hauteur, masse générale, percement et type d'accès de l'édifice donnent des indications sur le programme. Quel symbole représente-t-il ? la puissance, la foi(http://catholique-evry.cef.fr/), l'hospitalité. Avec quels dispositifs architecturaux ces symboles sont-ils exprimés ? Des escaliers monumentaux qui marquent la puissance ; un auvent qui invite à entrer ; des figures symboliques taillées dans la pierre. 3. Relevé d'une façade par le dessin Le relevé d'architecture est un dessin qui représente les deux dimensions d'une façade (vue de face). Le plan aussi peut être relevé, mais cela fait appel à des techniques spécialisées. - Décrire les fenêtres : quelles dimensions ont-elles, à quoi correspondent-elles ? Expliquer le fonctionnement du bâtiment par la taille et la disposition des fenêtres. Par exemple, dans un immeuble d'habitation, on peut distinguer les logements et les parties communes (l'escalier, quand il est éclairé en façade). Dans les logements, les fenêtres du séjour sont souvent plus importantes que celles des chambres ou de la cuisine. - Décrire la porte : dimensions, ornementation, auvent, appendice, marches. Que signifient tous ces éléments ? La porte est le premier contact avec le bâtiment. Elle indique l'entrée et permet de pénétrer à l'intérieur du bâtiment. On change de lieu lorsqu'on la franchit. Son aspect (vitrée, pleine, décorée.) et les accessoires qui l'accompagnent donnent une première idée du bâtiment. 4. Comparaison du relevé avec le plan S'il peut être trouvé aisément, utiliser le plan d'un des bâtiments étudié en relevé. Avec un calque posé sur le plan, hachurer les pièces de fonctions différentes. Comparer leurs dimensions et observer la façon dont elles sont reliées entre elles. Cet exercice permet de comprendre comment les différentes pièces sont distribuées les unes par rapport aux autres. Une organisation de pièces ouvertes sur un long couloir étroit est différente d'une distribution autour d'une « place centrale » ou d'un atrium. Dans le deuxième cas, l'architecture incite à la communication et confère une qualité particulière aux relations entre les espaces.
Lycée Les édifices dans la ville La ville, agglomération d'édifices de toute nature, construits et organisés pour répondre aux besoins et aspirations du corps social, peut se décrypter à la lecture des architectures qu'elle abrite. Chaque édifice correspond à un usage. Les logements côtoient les immeubles de bureaux, les commerces, les équipements publics. Les équipements publics se sont beaucoup développés dans la ville contemporaine. Les écoles, collèges et lycées sont proches d'équipements sportifs (stades, piscines.), d'équipements culturels (médiathèques, salles de cinéma.), d'équipements médicaux (cliniques ou hôpitaux). Ces fonctions sociales et techniques de la ville contemporaine sont abritées dans des bâtiments dont l'architecture est emblématique ; c'est une forme de représentation symbolique de la ville et de la société d'aujourd'hui. Les bâtiments de la ville à d'autres époques peuvent aussi révéler par contraste les caractéristiques formelles de notre époque. La base de données du ministère de la Culture(www.culture.fr) permet de trouver photographies et fiches descriptives de nombreux édifices. L'activité s'appuie sur une exploration de l'environnement urbain du lycée. 1. Préparation de l'activité. À partir d'une carte de la ville (éditée par la mairie ou le syndicat d'initiative), repérer les types de bâtiments correspondant à des activités différentes. Préparer un parcours destiné à visiter quelques-uns de ces bâtiments (tracé sur la carte, moyen de transport.). 2. Promenade dans la ville. Procéder aux relevés des bâtiments : photos, dessins, descriptions écrites. 3. Analyse des relevés. Il est recommandé d'afficher les photos et les dessins, ce qui permet de mettre en relation les bâtiments. Raconter la ville et la façon dont on y vit, au travers de son architecture. 4. Recherche de références urbaines différentes. En comparant la ville étudiée à une ville utopique(www.bnf.fr ) ou une ville reconstruite, mettre en évidence les principaux points de différences. 5. Invention d'un équipement. En observant une ville ou un quartier, imaginer que tel ou tel équipement y serait bienvenu. Décrire les activités que l'on peut y envisager. Évoquer le type d'architecture. Pour cette partie de l'activité, il faut veiller à ne pas mettre l'élève en situation de conception architecturale (l'objectif ne pouvant être atteint, il y aurait déception).
Jeux Jouer en ligne avec l’architecture Le CAUE des Hauts-de-Seine (www.archi.fr) (Conseil d’architecture, d’urbanisme et d’environnement) vous invite à créer le cadre de votre vie future, grâce à un logiciel de retouche d’images et à partir d’images et de pièces détachées (façades, toits, fenêtres...) qui vous sont proposées.Des énigmes romanes (http://cosei.com) tous les trois mois, trouver de quel site provient le visage roman présenté ; tous les deux mois, résoudre une énigme liée à l’art roman. On peut aussi consulter le projet « Cabanes. Construis ton aventure ! » (www.artsculture.education.fr) lancé dans les écoles primaires par le ministère de l’Éducation nationale en collaboration avec le ministère de la Culture et de la Communication. Interdisciplinarité
Collège Français « Il faut toujours dire ce que l'on voit, surtout, il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy) Au moyen de textes de différentes formes (récit, poème...), inciter les élèves à décrire un parcours ou la visite d'un édifice. L'objectif est d'encourager à voir et à ressentir. Parmi les entrées narratives possibles, on peut insister sur les ambiances lumineuses et colorées, les ambiances sonores bruyantes ou feutrées, les odeurs, les textures des matériaux. La recherche d'analogies permet d'ouvrir à des évocations, qui servent de supports à la description : par exemple, un bâtiment qui s'apparente à un paquebot, une porte qui ressemble à une grande bouche... On peut participer au concours de nouvelles « Histoire de portes »(www.ac-dijon.fr) et imaginer un récit ayant pour point de départ un dessin de porte. En prolongement, il est possible d'étudier des auteurs qui se sont prêtés à l'exercice avec des textes(www2.ac-lyon.fr) classés par siècles qui racontent la ville et l'architecture. Éducation civique Cette activité s'inscrit dans les objectifs d'éducation à la citoyenneté. Dans le programme établi par les élus de votre commune figure probablement la construction, la rénovation ou l'entretien d'un équipement (école, salle des fêtes, terrain de foot, médiathèque...). Cela permet d'entraîner la classe à comprendre le processus de conception-réalisation d'un projet architectural, quelle que soit son ampleur. L'enquête sur la construction ou les travaux à envisager conduira à rencontrer les commanditaires (élus), la maîtrise d'œuvre (architecte), les utilisateurs. On pourra auparavant consulter avec profit les informations de sa mairie, comme, par exemple, sur le site de la mairie de Nancy(www.nancy.fr). Faire décrire le processus, à partir de l'idée des élus jusqu'aux travaux : s'il s'agit d'un projet de construction, ou d'une réhabilitation lourde, peut-on identifier des modifications éventuelles du projet en cours de route, a-t-on pris en compte l'avis des utilisateurs ? La forme du compte rendu pourra être souple et vivante (BD, film, carnet de route.........).
Lycée Dans le cadre des TPE Le thème des TPE, « La ville », pour les classes de première et de terminale série ES et L peut, outre le fait d’amener les élèves à faire des recherches documentaires(www.ac-bordeaux.fr), leur donner l’occasion de mener l’enquête auprès des services techniques dans la mairie de leur commune. Par la consultation du plan d’occupation des sols (POS), ils découvriront que la construction est strictement réglementée. En repérant les différentes zones définies par le POS, les enseignants (de sciences économiques, géographie ou d’autres disciplines) peuvent les amener à réfléchir sur les significations en terme d’évolution de la ville (zones d’habitat, collectif ou pavillonnaire, commerces, usines...). On peut découvrir l’activité proposée en éducation civique au collège, et approfondir les questions d’urbanisme en consultant par exemple le tableau synoptique du Centre de documentation de l’urbanisme, Un siècle d’urbanisme en France(www.urbanisme.equipement.gouv.fr). Grâce à de nombreux liens, celui-ci met la législation en urbanisme en parallèle avec les événements politiques et culturels.
Sélection de références
Bibliographie
Audiovisuel Vidéo
Architecture en général : De nombreux produits proposés dans la base vidéo du CNDP grâce à une recherche dans la discipline Arts plastiques avec le mot clé « Architecture ».«Faits d'architecture » coproduction CNDP / La Cinquième, série « Galilée », 2000, VHS (Films de 13 min). Sur la ville : « Métropoles en mutation », 21 villes en regard, CNDP, DVD vidéo, 197 min, 2000. « Villes en limites », coproduction CNDP / La Cinquième, série « Galilée », 2000, VHS (Films de 13 min). Émission de radio L’émission « Métropolitains »(www.radio-france.fr), par François Chaslin, le mercredi de 19h30 à 20h30, sur les ondes de France Culture, est consacrée à l’architecture et l’urbanisme.Sites Points de repère Le réseau archi.fr(www.archi.fr) regroupe différents organismes et établissements français et européens qui se sont associés pour traiter de l'architecture et de ses rapports avec le territoire et la ville. Arc en rêve(www.arcenreve.com), centre d'architecture de Bordeaux, consacre ses projets à vocation pédagogique et internationale à l'architecture, à la ville et au paysage. Histoire de l'art Deux numéros du périodique Balise(www.ac-poitiers.fr) de l'académie de Poitiers sont consacrés à l'esthétique des proportions : y sont analysés les critères du beau en architecture, de la théorie des ordres de Vitruve au Modulor de Le Corbusier, en passant par la Renaissance albertienne. L'histoire par l'image(http://194.2.75.11/rmn/) analyse des centaines d'œuvres sur la période 1789-1939, complétées d'un commentaire à la fois historique et analytique. Le Corbusier architecte Deux sites proposent d'approcher l'œuvre de Le Corbusier : le site officiel de la Fondation(www.fondationlecorbusier.asso.fr) et le site de Firminy(www.ville-firminy.fr), qui, doté d'un service éducatif destiné aux enseignants, propose des thèmes d'étude et une visite combinée de Firminy avec une autre œuvre majeure de Le Corbusier, le couvent de la Tourette à l'Arbresle. Balades en ville L'exposition permanente sur Paris au Pavillon de l'Arsenal(www.pavillon-arsenal.com) donne l'accès en ligne à une approche de l'histoire architecturale de Paris. Un site qui propose une visite virtuelle de l’abbaye du Mont Saint Michel(www.lejourduseigneur.com) en présentant l’histoire de l’architecture de ce monument. Une belle reconstitution virtuelle de la Rome antique(www.unicaen.fr) est à découvrir sur le site de l'université de Caen. Entretien Une interview de Pierre Riboulet, architecte Pierre Riboulet est passé maître dans la traduction des attendus du programme : une architecture qui se prête à l’appropriation immédiate malgré, parfois, l’ampleur de l’édifice. Il a construit des équipements de nature différente, comme l’hôpital pour enfants Robert-Debré et la bibliothèque universitaire de Saint-Denis.
En préalable, on pourrait dire qu’une société a toujours besoin d’architecture. Mais ce travail d’architecture est souvent confondu avec un travail de construction ou d’aménagement au sens le plus plat du terme. L’immense majorité du domaine bâti aujourd’hui ne ressortit pas à l’architecture, mais à la construction fonctionnelle et technique qui répond simplement à des besoins, et surtout à des normes de plus en plus nombreuses. Or, la normalisation, par définition même, est incapable de penser les différences, alors que l’architecture est faite de nuances subtiles, d’assemblages, de relations, de correspondances, au sens de la création artistique. Si, dans un poème, vous enlevez les correspondances, la musique ou les proportions qui le caractérisent, il vous reste un texte d’une platitude totale. Il en va de même en architecture. Il y a bien un besoin d’architecture dans une société, mais ce n’est pas ce qui vient en premier dans la question culturelle. En France, depuis les humanités classiques, l’enseignement comporte plutôt une dominante littéraire et la question des arts plastiques, en particulier de l’art de l’architecture, ne figure pas dans l’enseignement général. Ce qui a pour effet de marginaliser les architectes dans la société. C’est comme vouloir parler de littérature à des analphabètes ; il y a absence de dialogue, absence de compréhension entre l’émetteur et le récepteur. En fait, il n’y a pas de langage partagé. Comment s’opère la conception qui transforme une demande sociale en architecture ? Pour concevoir un bâtiment public dont le fonctionnement est particulièrement rigoureux, comme un lycée, une bibliothèque ou un musée, un de ces grands bâtiments dont la ville et la société ont le plus grand besoin, l’architecte élabore son projet à partir d’un programme fonctionnel et technique, qui transcrit la demande des utilisateurs en décrivant chaque local, leur surface, avec des schémas de fonctionnement s’il y a lieu. Le fonctionnement d’une architecture doit être le plus parfait possible pour que le bâtiment soit viable. C’est particulièrement vrai dans les bâtiments où les contraintes sont fortes, comme dans les hôpitaux par exemple ; s’il y a des erreurs fonctionnelles, cela signifie des heures de fatigue pour les gens qui y travaillent, d’allongement de circuit, de gestes malcommodes, d’objets qui ne sont pas à leur place : cela peut être catastrophique. En faisant ce travail sur le fonctionnement, je pense toujours au site où le bâtiment va être installé. Le site est considéré comme le dialogue qui s’instaure avec les bâtiments alentour et l’histoire du lieu. À ce moment de la création, il s’agit de trouver une résolution satisfaisante pour que la réponse fonctionnelle prenne place à l’endroit où il faut qu’elle soit. C’est un long travail d’élaboration effectué en même temps que celui de l’unité formelle du nouveau bâtiment avec ses proportions, ses rapports, ses ombres, ses lumières, ses contrastes, ses matériaux, tout ce qui constitue le langage de l’architecture. Le langage de l’architecture n’est pas la résolution fonctionnelle. Avez-vous les moyens de vous assurer que la forme architecturale proposée répond bien à la demande ? Cette question est celle de la légitimité des formes, à laquelle j’attache beaucoup d’importance. C’est une responsabilité très grande pour un architecte que celle d’imposer une forme assemblée à tel endroit pour des années. Si la forme est seulement fondée sur le libre plaisir de l’auteur, elle risque de ne pas durer très longtemps. Pour légitimer l’architecture que je propose, je m’appuie sur le travail avec les utilisateurs. Les gens sont participatifs, expriment des idées nouvelles, ce qui les sort d’eux-mêmes, de leur travail routinier. Le projet s’enrichit énormément. Mais ce travail ne relève pas d’une attitude démagogique qui consiste à considérer que les utilisateurs ont la vérité en eux. Non. Dans cet échange, l’architecte garde son rôle d’auteur ; en revanche, il doit savoir capter ce qui est exprimé et le traduire. Cette mise à l’épreuve par le discours critique apporte une certaine légitimité à la forme que je propose. Je pense que c’est cela, un travail d’architecture réussi. Pour l’hôpital Robert-Debré, j’avais une grande chance parce que les équipes médicales étaient constituées et avaient un projet médical. Nous avons longuement travaillé ensemble, si bien que lorsque ses occupants sont entrés dans cette immense machine, ils n’ont pas été dépaysés : ils savaient déjà quel était leur lieu. Pouvez-vous expliquer ce qui crée le lieu ? J’ai fait ce projet d’hôpital comme beaucoup d’autres, en autonomisant des parties et en leur donnant une identité de forme, de lumière. Aucune unité de soins n’est semblable à une autre. C’est vrai aussi pour des programmes moins complexes : une bibliothèque, un lycée……… Les lieux que nous avons à créer sont différents les uns des autres. La bibliothèque de l’université Paris VIII, que j’ai réalisée à Saint-Denis, est faite de la façon suivante : elle est constituée d’un espace général, qui donne l’unité à l’ensemble, et de places de lecture, qui sont toutes différentes. Les lecteurs s’installent ainsi, soit dans des endroits choisis en fonction de la discipline, soit parce qu’ils s’y sentent bien. C’est bien cela, le travail d’architecture que personne d’autre ne peut faire : au-delà de la résolution de la fonction, la forme architecturale elle-même possède son autonomie et nous parle. Propos recueillis par Nadia Hoyet |
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