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Mag arts : Architecture, l'insertion du bâti dans le site
Éditorial Le deuxième dossier que nous consacrons à l'architecture témoigne de l'importance de son enseignement qui traverse désormais les programmes d'arts plastiques, de la maternelle au lycée. Si l'architecture ne constitue pas une discipline en soi, on peut affirmer qu'elle en croise plusieurs, convoquant allègrement des savoirs différents, d'où la complexité de son traitement en classe. C'est pourquoi nous espérons, avec ce nouveau numéro, « Architecture, l'insertion du bâti dans le site », offrir un éclairage pertinent sur une notion au cœur des problématiques architecturales.
La dimension abordée ici est la suivante : comment les architectes de la fin du XXe siècle insèrent-ils leurs constructions dans la ville de toutes les époques ? Pour traiter ce sujet, les auteurs et intervenants, ont exprimé la singularité de leur approche : - Nadia Hoyet, architecte, présente la problématique de l'insertion (« Parti pris »), les paramètres de la relation de l'architecture à son site : données physiques, réglementaires, sociales, urbaines et politiques, historiques et culturelles. - Philippe Madec, architecte et théoricien de l'urbanisme, explique, dans une interview, sa démarche de praticien et aborde de façon concrète, depuis l'analyse du site jusqu'à la réalisation, la question de l'insertion et de l'intégration. - Anne Charbonneau et Michel Domergue, enseignants, témoignent de leurs expériences (« Avec les élèves ») ; en collège, il a été choisi d'aborder la contextualisation et l'intégration d'une construction à un environnement ; en lycée, l'enseignant a pris comme point de départ l'expérience que les élèves ont de leur ville. - Magalie Lenoir, historienne, expose, dans « Point de vue disciplinaire », la façon dont on a pensé la ville, inséré le nouveau dans l'ancien, à des époques clés de notre histoire occidentale. Relation au lieu, inscription, insertion, intégration, articulation, contexte... chaque terme employé de manière spécifique par les différents interlocuteurs du dossier atteste de la diversité des points de vue qui sont développés et de leur pertinence. Bonne lecture à tous. Programmes Dans l'enseignement des arts plastiques, l'architecture fait partie des différentes composantes du champ disciplinaire, avec la peinture, la sculpture, l'installation, le dessin, la photographie, etc., qui contribuent à prendre en compte la pluralité des démarches et la diversité des œuvres. Au collège et en lycée d'enseignement général, les élèves abordent l'architecture non en tant que « spécialistes » de ce domaine mais du point de vue des arts plastiques.
Collège
Cycle d'observation et cycle central
Autour des démarches relatives à la fabrication, au travail en volume et à la représentation de l'espace, de nombreuses notions contribuent à une approche sensible et référencée du fait architectural, en particulier celles de construction, de formes ouvertes et fermées, de tension, de structure, d'ossature fonctionnelle, d'organisation et de composition ; sont aussi abordées les notions de plan et d'élévation ainsi que l'approche des différents modes de représentation de l'espace.
Cycle d'orientation
Autour d'une dynamique de cours centré sur le projet de l'élève s'ajoutent plus précisément les notions d'espace et d'environnement architectural, de la fonction et de la relation au lieu. « La classe de 3e est donc un temps privilégié pour mettre en valeur le potentiel de questions posées par l'environnement, qu'il soit naturel, artificiel ou bâti. Quel que soit le parcours ultérieur, aucun adulte n'échappe à cette question. Le but est de sensibiliser les élèves au fait architectural. Savoir regarder la ville, l'édifice, le ''construit'', en comprendre les enjeux, en mesurer l'intérêt concerne l'ensemble des élèves. Pour cette dernière année du collège, la visée doit rester simple et réalisable. Les objectifs sont, à travers la pratique, de faire observer et de faire acquérir les moyens de comprendre l'environnement architectural. On aura recours à des outils d'analyse élaborés avec les élèves à partir de leurs propres productions plastiques et à des connaissances prises dans le champ artistique moderne et contemporain. Le professeur associera le lieu de vie des élèves et quelques grandes références architecturales pour faire travailler : la fonction (destination des espaces et des bâtiments, leur utilisation) ; la relation au lieu (les modalités différentes de leur intégration). »
(Citation extraite de la rubrique « Architecture » du programme de troisième. Voir aussi le cahier d'accompagnement qui développe les différents points de ce paragraphe). Lycée
Certaines parties des programmes de première et de terminale de l'option de spécialité, autour de l'œuvre et le lieu et l'œuvre et le corps sont directement liées à des questions d'architecture. En première, ces questions sont convoquées par différentes approches du lieu : « lieu figuré », « lieu comme espace à investir » et « le lieu imaginé et/ou construit ». En terminale, elles sont présentes dans les relations qu'entretiennent le corps et l'espace, en particulier par la prise en compte du « corps physique du spectateur qui, confronté à l'œuvre (dont environnement, architecture et paysage) fait l'expérience du point de vue, d'une perception associée à son déplacement ainsi que d'une immersion dans un espace englobant ».
Dans le cadre de l'option facultative de terminale, autour de la question de la présentation, « les élèves sont conduits à découvrir et exploiter les dispositifs et les stratégies conçus par les artistes pour donner à voir et ressentir leurs œuvres et impliquer le spectateur ». Notons que, parmi les trois œuvres qui sont inscrites au programme limitatif de chacune des options de terminale, est citée une œuvre concernant l'architecture. Pour l'option facultative, il s'agit des Deux plateaux, surnommés Les Colonnes de Buren (1985-1989) dans le cadre de l'étude d'une « œuvre tridimensionnelle et espace public » ; pour l'option spécifique, il s'agit d'un travail sur « le corps et son échelle dans l'architecture de Le Corbusier » à propos du « champ de l'activité architecturale et du paysage ». (Au B.O. n° 12 du 21 mars 2002). www.education.gouv.fr/ Parti pris Nadia Hoyet, architecte Ce dossier, dédié à l'insertion de l'architecture dans son site, s'inscrit dans une trilogie destinée à fournir quelques éclairages conceptuels et méthodologiques permettant de mieux aborder l'architecture contemporaine. Un premier dossier a été consacré aux aspects fonctionnels de l'architecture qui se manifestent dans son programme et dans son usage. Ce numéro traite des aspects de la relation que l'architecture entretient avec son site. Le troisième abordera la question des matériaux et des techniques. La nature même de l'architecture, édifice bâti dont la capacité à exister et à durer dépend de son ancrage physique sur le sol, la rend étroitement dépendante du site dans lequel elle prend place. L'immobilité de l'édifice oblige à la prise en compte de tous les facteurs d'interaction qu'il peut entretenir avec son environnement car l'enjeu est de taille... à la mesure de l'importance du programme. Le site ne peut pas se définir comme le seul environnement physique. En effet, l'architecture, manifestation humaine fondamentale, se constitue avec la complexité entière du fait humain et social. L'inscription dans un site dépend de facteurs de natures différentes. Dans une opération architecturale, les contraintes du site se présentent comme des données qui sont prises en compte dans la synthèse de la forme. Cette façon de penser l'acte architectural n'a pas toujours été partagée, en particulier par les architectes du mouvement moderne qui bâtissent pour un homme nouveau, en dehors de toute continuité sociale ou historique. Les ¢uvres et les écrits de Le Corbusier, par exemple, attestent de ce parti pris. La prise en compte des données du site et du contexte dans l'acte architectural répond à une démarche fondatrice de toute architecture nouvelle, qu'elle prenne place dans la cité déjà établie, dans un quartier en devenir ou dans un environnement végétal. Les données du contexte peuvent être différentes mais l'approche reste identique. On peut toutefois constater aujourd'hui que la majorité des architectures contemporaines sont édifiées dans des contextes urbains ; c'est pour cette raison que les exemples qui suivront porteront essentiellement sur la ville. Les éléments constitutifs de la relation de l'architecture à son site sont de différents ordres et nourrissent, de ce fait, le projet architectural à des degrés divers. Du point de vue réglementaire, toute construction ou toute intervention sur le bâti existant est soumis à une autorisation, le permis de construire. Ce dossier est destiné à vérifier la conformité de l'architecture aux divers règlements d'urbanisme qui peuvent parfois être très contraignants dans l'élaboration de la forme.
Les données sociales, urbaines et politiques
La décision d'implanter un nouveau bâtiment et le choix de son emplacement appartiennent au maître d'ouvrage1. Toutefois, pour élaborer son projet, l'architecte étudie les aspects sociaux et urbains car l'insertion d'un bâtiment dans une portion de ville va transformer l'usage que les habitants ont du quartier. Une réflexion approfondie sur cette transformation, lors de la conception du projet, peut infléchir les pratiques à venir. Par exemple la construction d'un important édifice peut rendre inaccessible un vaste territoire enfermé dans ses limites ; si le projet, au contraire, prévoit des cheminements intérieurs publics, compatibles avec l'usage de l'équipement, les habitants auront une perception plus fluide du quartier.
Le bâti procède alors de formes dissociées, ouvertes. A l'inverse, l'architecte peut prévoir d'isoler d'une manière forte le bâtiment de son environnement immédiat dont les nuisances sont incompatibles avec l'usage intérieur. Il en est ainsi des bâtiments protégés par des murs quasiment opaques, faisant office de paroi anti-bruit le long d'une autoroute. Le concept architectural peut aussi autoriser une nouvelle appropriation de la ville. Le centre Georges-Pompidou, à Paris, en fournit un exemple remarquable. Les architectes Renzo Piano et Richard Rogers ont conçu un musée très compact, concentrant ainsi les surfaces d'activités requises sur une emprise minimale au sol. Cela leur a permis d'offrir à la ville une grande place dont le succès urbain n'est plus à démontrer. La compacité de l'équipement a été possible grâce à la conception particulière qui vise à rejeter tous les espaces et matériels de service à l'extérieur des plateaux d'exposition. Ainsi les escalators, ascenseurs et autres gaines d'aération disposées sur les deux façades principales ne représentent pas un jeu stylistique mais un propos architectural d'ensemble qui fait vivre l'équipement dans sa ville : un musée constitué de grands plateaux libres, capables d'adaptation, accompagné d'un parvis monumental. L'insertion de ce bâtiment, dont l'architecture dite de raffinerie fut si décriée lors de son édification, est symptomatique de la complexité de l'acte architectural capable de proposer une insertion réussie, faite d'une juste adéquation entre le programme du bâtiment et le lieu dans lequel il s'inscrit en ne jouant d'aucun mimétisme formel. La fréquentation du centre, la plus forte de tous les équipements parisiens, en témoigne.
Les données historiques et culturelles
Le site, quel qu'il soit, est autant caractérisé par son espace que l'empreinte de l'histoire présente dans chaque parcelle de territoire.
Cet aspect de la problématique n'échappe pas à l'architecte qui, le plus souvent, initie la démarche de projet par une prise de connaissance de l'histoire du lieu, afin d'en saisir son identité ; certains parlent « d'esprit du lieu ». La recherche d'anciens chemins, de proportions d'anciennes parcelles, ou d'habitudes séculaires attachées à l'endroit, apporte parfois à l'architecte le fondement de formes à venir. Ces indications sont utiles pour affirmer un axe de composition, ménager des passages, créer des ouvertures, affirmer des masses ou des vides. La Grande Arche du quartier de La Défense à Paris, conçue par Otto Sprekelsen affirme son appartenance au grand axe historique de Paris qui passe par le Louvre et les Champs-Élysées. L'emprunt à la forme des arcs de triomphe présents sur cet axe, et leur sublimation par un changement d'échelle monumental, apportent force à ce bâtiment devenu le c¢ur d'un quartier d'affaires disloqué. C'est en s'affirmant comme une partie intégrante de l'histoire urbaine de Paris qu'il y réussit.
Les données physiques de l'environnement
Le parti d'un musée qui s'intègre dans la lumière verte d'un sous-bois et fait entrer le sol environnant dans sa propre scénographie :
Il s'agit de prendre en compte le rôle des éléments fondamentaux liés au climat, à la nature de la roche du terrain d'assise, à l'eau de surface ou souterraine. La construction du bâtiment doit s'apprécier dans son interaction avec ces éléments. Ainsi, la conception doit prévoir l'effet de ces données, mais aussi anticiper la transformation de l'environnement provoquée par la nouvelle construction. L'effet des données inhérentes au site va influer sur la nature des ouvertures du bâtiment, en fonction de l'exposition et de l'ensoleillement. La qualité de la lumière est partie intégrante de l'architecture : des ouvertures au Nord répandront une lumière diffuse particulièrement appréciée des ateliers d'artiste, les fenêtres ouvertes sur le Sud et l'Ouest s'exposent au rayonnement solaire direct obligeant parfois la pose de brise-soleil. A l'inverse, le bâti pourra protéger l'habitation humaine des effets néfastes du climat, pour assurer une régulation thermique. La configuration du patio, cour intérieure protégée du fort ensoleillement, est caractéristique d'un dispositif né, notamment, d'une prise en compte du climat. Les faibles ouvertures des maisons en terre du désert participent du même objectif. Ces quelques exemples montrent comment le dessin d'une façade, avec ses proportions de pleins et de vides, est toujours dépendant de l'ensoleillement ; ce paramètre peut devenir déterminant dans les conditions extrêmes. Il en est de même de l'effet des vents. Les pignons ouest des façades de la côte atlantique, aveugles et doublement étanchés contre la pluie, se protègent des vents marins. A l'inverse, les ouvertures des habitations tropicales sont ménagées pour capter la brise capable d'apporter de la fraîcheur. On comprend ainsi comment les notions d'ouverture, de porosité, de transparence en opposition à fermeture, étanchéité, opacité, sont convoquées par l'architecte aussi bien dans son propos conceptuel qu'en réponse à des contraintes physiques de l'extérieur. L'introduction d'une nouvelle architecture dans un territoire transforme l'environnement immédiat, à proportion de l'importance du bâtiment. Qui n'a pas déjà éprouvé l'effet de concentration des vents au pied des tours, ou les ombres portées de bâtiments qui privent la parcelle voisine de soleil direct ? L'élaboration de l'architecture, qui implique le choix des matériaux et des équipements, a une incidence sur l'environnement, au sens global. La consommation excessive d'énergie pour le chauffage ou le rafraîchissement, l'utilisation de matériaux qui ne se renouvellent pas ou consommateurs d'énergie lors de leur fabrication, la diminution de la porosité des sols avec les constructions minérales, le dégagement de gaz carbonique des chaufferies, l'usage d'eau propre pour des emplois qui ne le nécessitent pas, sont autant d'effets de la construction architecturale sur l'environnement qui peuvent être améliorés lors de la conception et ainsi placer l'acte architectural dans une perspective de développement durable. Des solutions existent déjà ; il devient urgent de les développer. Certains pays d'Europe, comme l'Allemagne, la Suisse, et les pays du Nord, ont fortement progressé dans cette réflexion. En France, de plus en plus d'architectes réfléchissent et travaillent dans ce sens. La halle destinée à accueillir un marché alimentaire, récemment réalisée à Lyon par l'agence Jourda architectes, apporte des réponses. Le bâtiment, édifié entièrement en bois provenant des forêts voisines, comprend une grande toiture permettant de récupérer l'eau de pluie pour l'entretien des sols. En choisissant un matériau renouvelable de ressource locale, les architectes ont participé à une moindre consommation d'énergie (de fabrication et de transport) ; l'entretien de l'équipement est anticipé dans l'architecture avec un dispositif simple de citerne et de conduites. Une nouvelle approche de la responsabilité de l'architecte et des acteurs liés au secteur du bâtiment apparaît, éminemment dépendante des rapports que l'architecture entretient avec son environnement.
Avec les élèves
Collège Décrire l'édifice Quotidienne et familière par la fréquentation que peuvent en avoir les élèves, l'architecture n'est que partiellement vue. Remarquons que l'architecture se perçoit dans le déplacement, la déambulation, la visite des lieux. Rien ne pourra remplacer la visite d'architecture pour en comprendre les différentes facettes. C'est pourquoi l'exercice proposé s'appuie sur l'environnement immédiat du collège et fournit quelques clés de lecture par rapport au thème. 1. Repérage d'édifices Ce sont trois ou quatre édifices remarquables, aux fonctions différentes, situés dans les environs du collège. Les nommer et décrire les activités abritées dans chaque bâtiment. 2. Visite des édifices Quelle est la forme générale de l'édifice ? Hauteur, masse générale, percement et type d'accès de l'édifice donnent des indications sur le programme. Quel symbole représente-t-il ? la foi(http://catholique-evry.cef.fr), l'hospitalité(http://perso.micro-video/cpc/) Avec quels dispositifs architecturaux ces symboles sont-ils exprimés ? Des escaliers monumentaux qui marquent la puissance ; un auvent qui invite à entrer ; des figures symboliques taillées dans la pierre. 3. Relevé d'une façade par le dessin Le relevé d'architecture est un dessin qui représente les deux dimensions d'une façade (vue de face). Le plan aussi peut être relevé, mais cela fait appel à des techniques spécialisées. - Décrire les fenêtres : quelles dimensions ont-elles, à quoi correspondent-elles ? Expliquer le fonctionnement du bâtiment par la taille et la disposition des fenêtres. Par exemple, dans un immeuble d'habitation, on peut distinguer les logements et les parties communes (l'escalier, quand il est éclairé en façade). Dans les logements, les fenêtres du séjour sont souvent plus importantes que celles des chambres ou de la cuisine. - Décrire la porte : dimensions, ornementation, auvent, appendice, marches. Que signifient tous ces éléments ? La porte est le premier contact avec le bâtiment. Elle indique l'entrée et permet de pénétrer à l'intérieur du bâtiment. On change de lieu lorsqu'on la franchit. Son aspect (vitrée, pleine, décorée.) et les accessoires qui l'accompagnent donnent une première idée du bâtiment. 4. Comparaison du relevé avec le plan S'il peut être trouvé aisément, utiliser le plan d'un des bâtiments étudié en relevé. Avec un calque posé sur le plan, hachurer les pièces de fonctions différentes. Comparer leurs dimensions et observer la façon dont elles sont reliées entre elles. Cet exercice permet de comprendre comment les différentes pièces sont distribuées les unes par rapport aux autres. Une organisation de pièces ouvertes sur un long couloir étroit est différente d'une distribution autour d'une « place centrale » ou d'un atrium. Dans le deuxième cas, l'architecture incite à la communication et confère une qualité particulière aux relations entre les espaces.
Lycée Michel Daumergue, professeur d'arts plastiques Au lycée Saint-Exupéry, à Mantes-la-Jolie, les treize élèves de l'option obligatoire de première sont impliqués dans une classe à projet artistique et culturel autour du thème « Chez moi, chez toi ». À travers différentes pratiques, dont la photographie, l'écriture et une réalisation plastique, le travail des élèves s'insère dans un ensemble de regards portés par des artistes sur plusieurs villes : Beyrouth, Marseille et Mantes-la-Jolie. L'urbanisme de cette dernière juxtapose un centre ancien (Collégiale du XIIe siècle, remparts médiévaux...), un quartier résidentiel et des grands ensembles de béton. La séquence présentée est un préalable à ce projet annuel mais elle pourrait constituer l'objet d'une phase autonome et d'une mise en œuvre dans le cadre d'un cours habituel. Intentions
La ville est le lieu partagé par tous, multiple et changeant : chacun le voit et le vit de manières différentes. Comme les élèves concernés vivent majoritairement à Mantes-la-Jolie, cette ville deviendra un terrain d'observation initiant un travail plastique, d'abord parce que le programme de première traite de l'œuvre et le lieu et aussi parce que cela permet d'envisager ce lieu à partir de l'expérience réelle que les élèves peuvent en avoir.
Dispositif et contenu
La séquence se déroule en deux temps, en extérieur et en salle d'arts plastiques.
Dans tous les cas, l'utilisation de matériaux divers permet la mise en place de réalisations plastiques composites qui sont tout à la fois des figurations, des histoires possibles d'un lieu et de son expérience : ce n'est pas seulement un lieu figuré que montre les productions mais également un lieu imaginé et construit par les choix et les partis pris plastiques des élèves (les termes en italique renvoient aux programmes de première). Une verbalisation autour des réponses plastiques met en exergue le regard croisé des élèves sur leur ville, à savoir l'incidence de l'activité humaine comme brouillage de la lisibilité de l'architecture qui a elle-même effacé la nature.
Point de vue disciplinaire Magalie Lenoir, professeur d'histoire De la démarche de proximité à la théorie
« Mais madame, y'a vraiment rien à voir dans la rue du lycée !!! »
Voilà ce que m'ont répondu un jour des élèves de seconde du lycée Auguste-Blanqui (Saint-Ouen, 93) auxquels je citais la rue Charles-Schmidt comme exemple de diversité du paysage urbain. Le hasard faisant bien les choses, j'en rencontre à 13 heures quelques-uns, qui, un brin taquins, et profitant de la convivialité du moment, demandent une visite guidée sur 100 mètres. Nous voilà donc partis à caractériser immeubles haussmanniens, anciens ateliers, etc., pour finir par poser un tout autre regard sur un paysage habituellement ignoré, mais riche de sa diversité chronologique et stylistique... et finalement très valorisé. Au-delà de l'anecdote, l'articulation entre le site et le bâti, entre l'ancien et le nouveau permet d'intégrer les savoirs concernant les structures urbaines en général, la notion de patrimoine qui est plus que jamais au cœur des programmes d'histoire-géographie et d'histoire des arts, et les objectifs méthodologiques d'analyse des documents (plans, dessins, photos...) sans lesquels la plupart de nos paysages urbains ne seraient que des enchevêtrements d'édifices de tous styles et de toutes époques. Si la civilisation européenne ne se définit pas comme spécifiquement urbaine, l'observation de la ville nous amène à mesurer le niveau de développement démographique, économique et culturel. À partir de l'étude du site, on pourrait presque opposer le « bâti », désignant l'occupation générale du sol, à « l'architecture » pour mettre en avant l'aspect monumental révélant l'idéal politique, spirituel ou social du maître d'ouvrage. L'articulation de ces ensembles par ajouts successifs depuis l'Antiquité, donc dans le sens de la création puis de la modernisation, se traduit par d'incessants remaniements et compromis entre pragmatisme et idéalisme, et révèle des manières différentes de penser la ville en tant qu'espace de la collectivité. Mais ces modifications permettent-elles de créer le lien unificateur de la ville ? On peut ébaucher une réponse s'appuyant sur le degré de prise en compte du site et du bâti ancien, et en analysant l'architecture comme aménagement initial d'un site, somme insertion ou comme intégration dans un bâti ancien, où la place se fait d'autant plus rare si la ville est enserrée dans ses fortifications L'architecture et le bâti initial : les modèles antiques
La ville qui répondrait idéalement au projet esthétique, fonctionnel et social de l'architecte est a priori la ville neuve, libre des contraintes d'un bâti préexistant, libre dans le choix du site. Le modèle le plus répandu, dit plan « hippodaméen » car traditionnellement lié au nom d'Hippodamos de Milet, semble apparaître dès 480 av. J.-C. : les rues se coupent à angles droits, sans axes majeurs tels que le Cardo 1 et le decumanus des futures cités romaines (encore visibles à Fréjus par exemple), et les quartiers sont différenciés par leurs fonctions. Ce type de plan sera utilisé pour des fondations de ville à toutes les époques comme en témoignent Trêves (Rhénanie-Palatinat) au Ier siècle de notre ère, Richelieu (Indre-et-Loire) en 1635 et aussi New York (presqu'île de Manhattan) en 1811.
En pratique, on constate que les villes sont d'abord implantées en fonction de leur situation sur les gisements de ressources naturelles et les axes de communication, puis en fonction de la facilité à aménager le site sur un plateau, dans une vallée..., et enfin autour des principaux édifices qui jouent un rôle aussi esthétique que politique. La fondation de Lyon, en 43 av. J.-C., est un exemple complet des compromis nécessaires. Elle est installée au confluent du Rhône et de la Saône qui sont les axes commerciaux majeurs entre les oppidums (places fortes) du nord de l'Europe et le monde méditerranéen, sur un site déjà occupé par les colons qui ont été chassés de Vienne en 61 av. J.-C. Dès 37 av. J.-C. les voies sont empierrées, et on finit par distinguer trois principaux quartiers adaptés au site : la ville résidentielle et les monuments sur le plateau, avec le théâtre et l'odéon qui sont construits sur le flanc de la colline de Fourvière, la zone commerçante sur l'île de Canabae, et le quartier religieux avec l'autel des trois-Gaule (fondé en 12 av. J.-C.) au confluent. Lyon devient ainsi un modèle pour les chefs-lieux des peuples des trois-Gaule, avec son forum, ses quatre aqueducs acheminant jusqu'à 80 000 m3 d'eau par jour. Le seul élément susceptible de perturber cet ordre est la diffusion du christianisme, mais en terme d'architecture, les chrétiens ne modifient pas profondément le tissu urbain puisqu'ils adoptent la basilique civile. Les vestiges de Lugdunum montrent bien que la priorité des Romains a été d'assurer la pacification et la diffusion de leur civilisation par la romanisation. Ici, l'urbanisation est pensée comme un outil politique d'autant plus efficace qu'il a été préalablement défini. L'empreinte de ces cités romaines est encore considérable en raison des vestiges qu'elles nous ont laissés, mais aussi parce qu'elles ont posé pour longtemps la structure de certaines de nos villes. L'une des plus célèbres alternatives à ce type d'urbanisation est, au XVIIe siècle, le plan de la ville de Versailles qui s'étend sur la « frontière » orientale du château à partir de la patte d'oie qui définit les trois principaux axes de la ville. Il est intéressant de constater qu'il s'agit là aussi d'une fondation à caractère éminemment politique liée à la volonté de Louis XIV. Du reste, le tissu urbain devient assez rapidement complet, et les rares fondations de villes restent le fait du Prince. Ainsi, cette approche se prête surtout à un travail sur le plan. L'architecture insérée, ou le difficile aménagement des villes au Moyen Âge et à l'époque moderne
Les troubles, guerres, famines, épidémies, qui accompagnent la fin de l'Empire romain et le début du Moyen Age se traduisent par un recul démographique y compris en ville. Le tissu urbain se rétracte autour du groupe épiscopal puisque l'évêque demeure souvent le seul personnage dépositaire d'une autorité suffisamment stable pour assurer le bon fonctionnement de la vie urbaine. Au cours des siècles suivants, la ville cesse d'être pensée comme un ensemble rationnel et s'étend en absorbant progressivement ses faubourgs. L'attention à l'architecture se focalise sur quelques édifices religieux et civils (cathédrales de Saint-Denis, en 1137, de Paris, en 1163, de Soissons, en 1180, de Chartres, en 1194).
A Reims, la cathédrale s'insère dans un paysage urbain qui est resté marqué par l'emprunte romaine. Le voyageur arrivant de Laon pénètre dans la ville par la « porte de Mars » transformée en forteresse au VIIIe siècle et parcourt des rues droites où on voit encore les dalles de pierre disjointes. On observe aussi une continuité dans l'emplacement puisque se succèdent une première cathédrale élevée en 401 par saint Nicaise, remplacée au IXe siècle par un édifice plus vaste détruit lors de l'incendie de 1210. Cette ténacité architecturale s'explique par l'affirmation de Reims sur le plan politique comme la ville du sacre des rois de France, et sur le plan économique comme une riche « ville drapante ». Avec 135 m de long et 38 m de hauteur sous voûte, ses murs évidés grâce aux progrès de l'architecture gothique, et son décor abondamment sculpté, la cathédrale s'impose surtout dans le paysage urbain et la construction du palais épiscopal, aujourd'hui « Palais du Tau », dès 1138 vient compléter dans le tissu urbain l'assise du pouvoir religieux. Le seul type de construction qui puisse parfois rivaliser est le beffroi comme en témoignent ceux de la halle de Bruges ou du palais de la Seigneurie à Florence. Un tel chantier ne va pourtant pas sans mal. L'expansion générale de la ville provoque le doublement de la surface bâtie entre 1160 et 1210, et, la place se raréfiant, on assiste à des mouvements de révolte contre les expropriations nécessaires à l'édification de la façade occidentale. Si la modernisation du décor et la prouesse technique sont des symboles de prestige, l'articulation avec l'ancien tissu urbain devient problématique. On peut se demander si la Renaissance apporte une rupture tant fleurissent les plans de villes idéales. La réalité montre qu'il n'y a pas de changement profond par rapport au Moyen Age et qu'on continue de construire selon un tissu urbain resserré auquel il est difficile d'appliquer un plan d'urbanisme. L'architecture se développe selon deux axes. D'une part on construit des places conçues comme des ensembles à l'élévation homogène et fermée qui s'articulent sur le bâti ancien par le réseau des rues telles que la « Place Royale » (aujourd'hui place des Vosges, 1606-1612) et la Place Vendôme (conçue en 1685 par Mansart) à Paris. D'autre part, on impose une esthétique plus régulière dans les nouveaux quartiers correspondant aux quais de la Garonne à Bordeaux par exemple. Côté fleuve, la bourgeoisie affiche sa puissance économique marchande en pleine expansion par des façades en pierres très homogènes, côté ville, les nouveaux hôtels des négociants et de l'aristocratie parlementaire viennent s'insérer dans le réseau existant des rues sans créer de rupture brutale. Mais, pour imposants qu'ils soient, ces travaux rencontrent des résistances. Les Rouennais s'opposent vigoureusement à toute modernisation de la ville médiévale, qui fut au XVe et au XVIe siècle considérée comme l'une des plus belle ; à Paris, l'Hôtel des Invalides, la Place Louis XV (aujourd'hui place de la Concorde) et l'École militaire sont finalement édifiés à l'extérieur de la ville ; et les gravures représentant le Louvre ou le parvis de Notre-Dame de Paris laissent encore apparaître un mélange de constructions privées qui viennent parasiter les perspectives sur les édifices officiels. Loin des grands modèles théoriques, l'intégration de l'architecture dans le bâti reste donc essentiellement une question de liaisons organiques dans le plan, ou une simple affaire d'opportunité. L'architecture est conçue pour elle-même et insérée au mieux, révélant la prépondérance des forces sociales ou politiques. L'attention portée aux dessins des façades met en évidence les juxtapositions inattendues concernant la forme ou le volume des édifices. Mais la décision de déplacer les cimetières parisiens à la fin du XVIIIe siècle est peut-être le signe avant-coureur le plus intéressant dans la réorganisation complète des espaces urbains : les nouvelles exigences en matière de place et d'hygiène justifient de briser la juxtaposition de l'église et de son cimetière.
L'architecture intégrée, la ville réorganisée sur le modèle haussmannien ?
La transformation de Paris, par le baron Haussmann, préfet de 1852 à 1870, témoigne pour la première fois d'une volonté de repenser la ville dans son ensemble en intégrant parfaitement aspects architecturaux et aspects fonctionnels, non plus à partir du bâti préexistant, mais pour y inscrire les transformations politiques, économiques et sociales du XIXe siècle. Si on en croit Théophile Gautier (Préface à Paris démoli d'E. Fournier Aubry, 1855), le bâti ancien se composait surtout de « quartiers lépreux », de « ruelles miasmatiques », de « masures humides où la misère s'accouple avec l'épidémie ». Il n'y aurait donc pas grand chose à en garder.
Haussmann va faire de Paris la capitale prestigieuse du Second Empire aux normes de l'ère industrielle naissante. Il fait abattre les quartiers de ruelles étroites si propices aux barricades et aux épidémies pour percer les grands boulevards qui s'articulent avec les gares et généraliser les trottoirs. Sur le plan esthétique, les îlots du bâti ancien (le quartier de la Huchette, le Marais) se trouvent marginalisés au profit des grandes perspectives qui aboutissent toutes à un monument. L'œil est guidé le long des façades homogènes des immeubles en pierre de taille jusqu'aux anciens monuments qui sont entièrement dégagés, ou, par exemple, vers l'église Saint-Augustin dont la coupole métallique incarne la modernité technique. Sur le plan social, les populations pauvres sont repoussées vers la périphérie, et plus particulièrement vers le nord, inaugurant la « ceinture rouge » de Paris que nous connaissons encore aujourd'hui. En donnant un nouveau visage à Paris, Haussmann a permis de repenser la ville non plus comme un espace bâti hérité mais comme un espace plus malléable à la modernité. La rigueur de sa méthode en matière d'urbanisme et d'architecture en fait un modèle qui peut être décliné dans la plupart des villes que l'on souhaite assainir. Mais le contraste entre bâti ancien et neuf n'en devient que plus violent. Parallèlement, ce changement de mentalité s'accompagne de la montée en puissance des monuments historiques : le chantier du Louvre est achevé et, sous l'impulsion de Prosper Mérimée et de Viollet-le-Duc, on entreprend de restaurer les édifices médiévaux. Au XXe siècle, la puissance de cet héritage haussmannien a eu l'effet paradoxal de fossiliser la ville du XIXe siècle tout en initiant un mouvement d'attention à la diversité des héritages architecturaux, justifiant la restauration complète du quartier du Marais mais suscitant d'âpres débats autour de la construction du centre Georges-Pompidou ou de la pyramide du Louvre. La question de l'architecture et de l'insertion du bâti dans le site fait apparaître un visage relativement homogène des villes française, voire européennes. Le choix des sites est généralement très ancien et répond à des problèmes pratiques presque toujours liés à l'économie. Entre juxtaposition, intégration et régularisation architecturale, le ton est au compromis dans une société qui se montre plutôt conservatrice. La confrontation esthétique du neuf et de l'ancien n'est que très récemment devenue problématique avec la montrée en puissance de la notion de patrimoine au XXe siècle. Pratiquement, l'étude des plans montre qu'il faut plus souvent parler de l'articulation d'un quartier juxtaposé où d'un monument envisagé pour lui-même que d'intégration compte tenu des contraintes du bâti préexistant.
Références
Bibliographie Consultez aussi la bibliographie de « Comment aborder l'architecture », dossier du deuxième numéro du Mag arts.
Livres
À propos d'architecture
À propos de la ville
Documents édités par le CNDP
Collection « Actualité des arts plastiques »
Chaque numéro est composé d'un livret et de 24 diapositives.
Le Corbusier, n° 72 Le Style international, n° 74 Paysages de l'industrie, n° 25 Frank Lloyd Wright, n° 81 Louis I. Kahn, architecte, n° 87 Textes et documents pour la classe (TDC)
L'architecture : un art, des techniques, n° 773Le Paris d'Haussmann, n° 693 Base vidéo
Faits d'architecture, coproduction CNDP / La Cinquième, série « Galilée », 2000, VHS (films de 13 min).
Métropoles en mutation, 21 villes en regard, CNDP, DVD vidéo, 197 min, 2000. Villes en limites, coproduction CNDP / La Cinquième, série « Galilée », 2000, VHS (films de 13 min). Sites Consultez aussi la sélection de sites de « Comment aborder l'architecture », dossier du deuxième numéro du Mag arts.
Sites académiques
Sur le site académique de Lyon, la rubrique « Architecture-ville » offre des éclairages ponctuels : citations, références bibliographiques et liens. Regards croisés propose des points de vue en géographie, en SVT...
http://www2.ac-lyon.fr/ Sur le site Arts plastiques de l'académie de Bordeaux, un abécédaire « architecture » fournit des indications bibliographiques et une sélection de sites. http://artsplastiques.ac-bordeaux.fr/ Le site d'Amiens propose le compte-rendu, paru dans La Lettre d'information hebdomadaire de l'Éducation artistique, des rencontres nationales de ville et d'architecture qui ont eu lieu fin mai 2001. www.ac-amiens.fr/ Dossiers
Texte intégral du colloque Art et Architecture qui s'est tenu au conservatoire des arts et métiers, Paris en mai 2000. Des articles de qualité comme par exemple celui de l'architecte et philosophe Alice Laguarda, de Marie Savine ou Jean-Claude Conésa.
www.culture.fr/ Exploitez les dossiers bibliographiques réalisés par le Centre de documentation de l'urbanisme : un siècle d'urbanisme en France 1900-2000, Villes nouvelles, la réhabilitation urbaine... www.urbanisme.equipement.gouv.fr/ Un exemple d'analyse urbaine à saisir : la ville d'Annonay est examinée sous tous ses angles dans le cadre d'une exposition réalisée par le CAUE d'Ardèche. www.ardecol.ac-grenoble.fr/ Sur le site du FRAC Orléans, une série de textes critiques propose une approche philosophique de la ville comme par exemple l'article de Constant et Friedman « Ville réticulée et désorientation ». www.frac-centre.asso.fr/ Les architectes du Pavillon français se sont fédérés autour du thème « Contextes » pour la huitième exposition d'architecture de la Biennale de Venise 2002. Bases de données
ARCHI-XXeÉlaborée par la Direction de l'architecture et du patrimoine du ministère de la Culture, cette base recense plus de mille monuments construits et protégés au XXe siècle. www.culture.fr/ Mérimée Base de données de la Direction de l'architecture et du patrimoine du ministère de la Culture, Mérimée en 160 000 notices constitue un recensement (en cours) du patrimoine monumental français du IVe siècle à 1950. www.culture.fr/ Thesaurus architecture 1135 termes utiles à la dénomination des ¢uvres architecturales sont inventoriés dans ce thesaurus notamment utilisé par la base de données Mérimée. www.culture.gouv.fr/ Great Buildings Plus de mille ¢uvres architecturales de tous styles et de toutes les époques sont passées en revue avec fiche et dessin, photo ou rendu 3D (en langue anglaise). www.greatbuildings.com/ Documents
contextes Archilab présente la huitième exposition d'architecture de la Biennale de Venise 2002, intitulée « Contextes ». Onze architectes et trois équipes plus jeunes, récemment lauréates des « Nouveaux albums des jeunes architectes » ont repensé la place de l'architecte et son rôle dans l'environnement, tant localement que mondialement.
www.archilab.org/
Remerciements à Mme Laure Weil, professeur-relais auprès du CAUE 78, pour son aimable contribution. Entretien
Philippe Madec : La construction d'une nouvelle architecture nous confronte au dialogue historique qui existe sur le site. Nous ne prenons pas seulement en considération sa dimension géographique ou géométrique mais un contexte plus général qui nous renseigne sur le lieu, la culture, les gens, le quotidien, sur tout ce qui témoigne de la vie déposée là depuis longtemps. Ainsi, l'insertion fait appel au temps et à la culture. L'insertion d'un bâtiment dans un site n'est pas si étrangère à l'arrivée d'un être nouveau dans une communauté qui préexiste. Les rejets d'une nouvelle architecture s'apparentent aux rejets qui peuvent apparaître lors de l'arrivée d'une personne étrangère ou nouvelle. Souvent, on attend de l'architecte qu'il reproduise le bâti existant, pensant un peu rapidement que le mimétisme résout les problèmes d'intégration. Cette pensée s'appuie sur un leurre, car il ne peut pas y avoir de dialogue entre deux objets identiques. Le dialogue véritable ne peut s'établir qu'entre deux êtres qui existent comme tels ou deux bâtiments qui assument chacun leur histoire, et ce l'un faisant face à l'autre. Cela suppose que le bâtiment ancien soit vraiment ancien : voilà une dignité ; il faut aussi que l'architecture nouvelle soit contemporaine, voilà une autre dignité. L'enjeu de l'apport contemporain consiste, entre autres dimensions, à rendre hommage à la qualité de ce qui le précédait. Pouvez-vous illustrer votre propos par une de vos réalisations ? Mon travail essaie d'en rend compte dans tous les projets. Par exemple, à Plourin-Lès-Morlaix, dans la rue de Pen-ar-Roz, j'ai conservé les matières, les échelles et les formes des maisons anciennes à toits en pente pour l'architecture nouvelle de la mairie néanmoins à toit terrasse. La résolution est là : c'est une continuité spatiale cohérente et une continuité historique nourrie des apports de l'histoire moderne.
Comment analysez-vous le site ? Avec quels outils ? Comment procédez-vous pour vous imprégner du site et de ses composantes multiples ? Pour analyser un site, tous les moyens sont bons, mais le premier de tous consiste à se tenir debout dans le site sans aucun présupposé. On convoque la totalité de soi. L'intuition et la raison nous servent à comprendre les relations que le site établit avec ses alentours. On observe les flux des gens. On essaie de sentir l'origine des vents, la course du soleil, la nature des ombres qui s'appliquent sur le terrain. Y a-t-il un bruit autre que celui de la ville elle-même ? On en appelle à tous ses sens. Avec le regard et avec la main, on s'attache aux matières, aux couleurs, aux ambiances, à la présence du végétal, du sec, de l'humide. L'endroit est-il emprisonné dans ses limites proches ou possède-t-il des ouvertures vers le lointain, physiques ou poétiques ? Si c'est le cas, comment apparaît-il au lointain ? Cette analyse peut être complétée par une approche catégorielle et systématique afin de ne rien oublier. En effet, le pire serait qu'une fois le travail achevé, le lieu fonctionne moins bien qu'auparavant ; une architecture nouvelle est là pour produire un ajout, et non pas pour enlever quelque chose, réduire une qualité existante. Revenus à l'atelier, nous utilisons des documents graphiques et photographiques de toutes sortes. Les photos aériennes d'époques différentes montrent l'évolution du site. Les plans historiques, le cadastre napoléonien, le cadastre récent renseignent sur le découpage des parcelles, l'évolution du tracé des rues. Nous nous nourrissons de toutes ces données pour les confronter au programme. Nous mesurons alors la pertinence du site par rapport au bâtiment à concevoir et ses réelles capacités à accueillir les activités à venir. Comment ces éléments d'analyse sont-ils générateurs de forme architecturale et de choix constructifs ? Dans mon travail, l'apparition de la forme procède de trois moments. Le premier fait émerger une idée de l'impact général du volume à créer dans le lieu. C'est une conception, dans le pur sens du terme, c'est-à-dire une visualisation intérieure qui émerge avant même d'avoir dessiné quoique ce soit. Cette idée d'architecture tient compte du bâti voisin et donne du sens au lieu : public, privé, devant, derrière, ouvert ou fermé... Tous nos outils basiques sont convoqués pour rechercher le volume, la masse, qui pourra s'installer sur ce site sans l'altérer, en le révélant. Le second moment porte sur le programme et l'usage. Il s'agit de l'organisation du plan qui traite des relations entre les éléments du programme et de la relation que le programme entretient avec le site. Ce travail s'achève lorsque l'usager approuve ce que propose le plan. Le troisième temps est un retour aux volumes par la dimension plus tectonique du projet et l'étude de la construction. C'est grâce à la matière et à la lumière qui la révèle que s'opère le passage entre le plan et le volume, et que s'ouvrent les lieux à vivre.
Est-ce que les matériaux sont choisis par rapport au site ? Le choix de matériaux ne se fait pas dans l'abstraction. Il dépend du lieu où l'on œuvre. Pour caricaturer, on utilise plus volontiers l'ardoise en Bretagne et la tuile dans le Midi. Le choix s'effectue dans une catégorie de matériaux en cohérence avec le lieu. Toutefois, il y a une certaine universalité de quelques matériaux, comme le bois, le verre, la pierre... Ces matériaux peuvent être mis en œuvre partout ; il convient alors de se demander quel bois, quel verre, quelle pierre utiliser. Cette démarche s'applique-t-elle aussi au site naturel ? Fondamentalement, oui, parce qu'il n'y a plus de sites vraiment naturels. Même si l'on ne construit qu'une maison en pleine campagne, où le végétal domine, on reste face à quelqu'un ou à une communauté, confronté à l'État, à la réglementation... Même dans le grand paysage qui impose une perception différente nous sommes nourris de la culture d'une époque par laquelle on ne regarde plus la nature - ou ce qui reste de la nature - de la même manière. Je m'attache à comprendre un lieu à l'aune du temps et de la culture. Par exemple, la notion d'horizon qui ferme le lieu ne m'apparaît plus comme le bel horizon ; je préfère celui qui sert à passer au-delà, car on n'appartient pas seulement au terrain où l'on se dresse mais au monde dans lequel on vit. Le rapport à la nature est le même quand je suis en ville ou à la campagne ; seule ma situation diffère. Ce n'est pas parce qu'on est en ville qu'on se coupe de nos sens et de notre intuition et ce n'est pas parce qu'on est à la campagne qu'on se coupe de notre raison, sous prétexte qu'il serait plus aisé de se laisser aller. Le processus de conception est identique ; il n'est pas informé de la même manière. De nos jours, l'insertion ne peut pas seulement se comprendre à l'intérieur d'un lieu, dans les contours définis du lieu, mais dans la vaste dimension de l'environnement ; il ne s'agit plus seulement de s'inscrire en harmonie avec l'alentour mais bien de s'installer dans cette dimension commune qu'est ce monde d'échanges et d'interactions mis au jour par le développement durable. Bâtiment inscrit et édifié, vie installée, comment évaluer une juste insertion dans le site ? La justesse se mesure à plusieurs niveaux. En cours de conception vient un moment où l'on estime que les conditions de l'insertion sont atteintes, au sens où il se passe dans la relation entre les volumes, les formes, les matières, les usages, les échelles, quelque chose qui accorde ce qui était là avant à ce qui est projeté. Chacun trouve sa présence et se pose. Mais le moment crucial qui atteste de la justesse, c'est l'appropriation par les autres ; si l'architecture n'est pas juste, elle devient étrangère et s'affiche comme la propriété du seul concepteur, et non pas de la communauté. Seule une véritable appropriation est garante de la parfaite insertion. Propos recueillis par Nadia Hoyet Le site personnel de Philippe Madec présente ses textes et son architecture. www.madec.net/ |
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