Odile Mary
Le musée Guggenheim de Bilbao, Frank O. Gehry, 1997
Les plans horizontaux superposés des galeries d’exposition disparaissent sous un immense bouquet de formes courbes complexes. Dans la ville espagnole, le repère visuel, différent de tout l’environnement, est impossible à manquer. L’extérieur du musée est d’abord une gigantesque sculpture dont la structure reste mystérieuse sous la mosaïque de grandes plaques d’acier revêtues de titane, découpées et collées avec un soin scrupuleux.
 La juxtaposition des plaques. |
Immeuble de logements rue Pelleport à Paris, Frédéric Borel, 2000
Beaucoup plus haute que les immeubles traditionnels de la rue Pelleport, et surtout très différente de l’orthogonalité des barres parallélépipédiques qui sont derrière, cette poignée de fins trapèzes de béton est aussi un signal sculptural fort à l’échelle de la rue et un repère difficile à ne pas voir. Les matériaux et les techniques n’ont pourtant rien d’original par rapport aux barres fonctionnelles de béton toutes proches.
Abribus à Casar de Cascres (Espagne), par Justo Garcia Rubio, 2004
Avec un ruban de béton blanc de 34 mètres de long, l’architecte dessine une double boucle dont la partie la plus basse abrite les voyageurs qui attendent, et la plus haute, le bus qui arrive. Le geste paraît démesuré en regard de la fonction… seulement pour désigner l’arrêt de bus ? Cette sculpture rappelle les coniques de Pevsner (« Surface développable », 1938) ou « La surface infinie » de Max Bill (1953-1956). Elle implique un travail de coffrage complexe mais, à terme, donne une telle sensation de liberté qu’on a l’impression de pouvoir tout faire tant est grande la maîtrise des matériaux.
Utopix de Joseph Pillet, 1980-2000 (?)
La maison de l’artiste est aussi une sculpture mais ni un repère ni un signal urbain – c’en est l’inverse. Sans doute le baroque donné par la continuité des lignes courbes de pierres juxtaposées est-il différent des constructions habituelles même si, en ce lieu, on connaît bien les bories. Les huit coupoles s’associent selon des impulsions qui avaient déjà inspiré Gaudi, à l’énorme différence près qu’on ne les voit pas lorsqu’on est hors de l’espace privé. L’ensemble s’intègre parfaitement bien à son environnement naturel, le causse de Sauveterre, par le rythme de ses ondulations extérieures et par les pierres qui affleurent partout autour.
La maison de bois de Pierre Ginouvès, à partir de 1990
Inspirée par les techniques de construction de bois des pays scandinaves, la maison, située au cœur de la forêt limousine, utilise des troncs écorcés de pin de Douglas qui poussent en grand nombre dans les bois proches. L’aspect inhabituel vient de l’importante taille des diamètres des troncs et de l’importante variation de taille entre eux, de 25 à 40 cm. En dépit de ces gros écarts de tailles, l’ajustement des extrémités est parfait. Ces extrémités sciées plus ou moins long, les « dépassés », s’imbriquent avec une forte présence décorative comme on peut le constater sur la photographie. Si la répétition est la forme la plus simple de décor, l’éviter chasse l’ennui : chaque tronc se distingue fortement des autres par sa place, sa longueur et sa taille.
Sources
Les références et les photographies sont tirées de deux ouvrages : Francis Rambert, Architecture tomorrow, Edigroup/Terrail, Paris; 2005 (Gehry, Borel, Rubio) Olivier Darmon et Éric Tourneret, Du côté de chez vous, des maisons pleines d’idées, éditions Hoëbeke, 2002 (Pillet, Ginouvès)
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