Travaux d’élèves : « une pièce = plusieurs pièces ! »
Dispositif
Incitation : proposer la maquette d’un bâtiment futuriste d’une pièce, labyrinthe de sensations.
Contrainte : la pièce = plusieurs pièces ! (Démultipliez l’espace en jouant avec les rhodoïds.)
Consigne : l’interprétation de la contrainte est à explorer du côté de la transparence et de l’opacité, en regard du cours sur la Fondation Cartier.
Techniques : mixtes.
Les élèves ont à leur disposition un support en carton mousse, de la colle forte, du scotch, divers papiers, du fil de fer, de la ficelle, du calque… Ils peuvent par ailleurs apporter tous les matériaux qu’ils jugeront pertinents.
Temps d’effectuation : 4 séances de 55 minutes (dont une consacrée à leur projet sous forme de croquis).

De nombreux échanges oraux, individualisés ou privilégiant le groupe classe ont eu lieu lors de l’effectuation du travail. Mais les élèves de 3e répugnent à une réelle participation orale lors de la verbalisation : ils ont donc dû répondre au questionnaire suivant, une fois leur maquette terminée.

Questionnaire
1. Comment as-tu répondu à la contrainte : « une pièce = plusieurs pièces ! » ?
2. Comment as-tu mis en œuvre les jeux de transparence et d’opacité ?
En quoi cela t’a-t-il aidé(e) à répondre à la contrainte ?
(Tu peux faire référence à la Fondation Cartier et à Minority Report.)
3. Où se situe ton bâtiment futuriste ? en quel futur ?
4. Quelle est la fonction de ton bâtiment futuriste ?
5. Quel est le nom de ton bâtiment futuriste ?
Objectifs et notions abordés à travers les travaux des élèves
La contrainte « une pièce = plusieurs pièces ! » est absurde d’un point de vue arithmétique. Cela ébranle le principe identitaire de non-contradiction, où prévaut une stricte définition des êtres et des choses1. Les élèves ont donc à se confronter à ce problème, antinomique aux préceptes mathématiques qui leur sont enseignés. Comment y répondre avec astuce et pertinence ? Cela peut impliquer un processus de démultiplication littérale ou symbolique de l’espace. Quelles solutions sont proposées ? Certaines optent pour un point de vue structurel (fondement, édification de l’édifice), d’autres s’appuient sur les matériaux.
Démultiplication de l’espace en jouant sur une répartition décalée des volumes
Le travail de Clément et celui de Guillaume proposent un loft « atmosphérique » où l’espace se démultiplie de deux façons : création d’une mezzanine et dissémination de divers matériaux réfléchissants (aluminium, morceaux de disque miroitants, rhodoïd) selon des inclinaisons variées. Mise en œuvre d’un labyrinthe erratique et blessant (dans la maquette de Clément), que l’on retrouve aussi dans le travail de Benjamin : divers fragments de plexiglas, « chutes déstructurées » (Clément dixit), accidentent l’étendue du sol, empêchant une circulation aisée que la transparence des matériaux piège. L’unité de la pièce dès lors se fragmente et invite à de multiples parcours labyrinthiques.

Clément Richonnier, Electrome.

Guillaume Robin.

Benjamin Vu, Oracles light (La Lumière des Oracles).

La transparence des matériaux utilisés dans la maquette de Léo suggère un espace unifié dans lequel cependant adviennent des ruptures déstructurantes : alcôve-gobelet inclinée obliquement, torsades de fil de fer entourée de film plastique transparent et volatile. Cela brouille les repères convenus et instaure une répartition des volumes contrastée animée de cloisons mobiles et réactives aux souffles de l’air.

Léo Cohen-Sabban, L’atelier transparent de Pierre Lavigne.

La serre ouverte d’Anne Catherine est un espace que rythment divers niveaux, proposant une alcôve-œil légèrement surélevée, un écrin végétal, et quelques objets minutieusement disposés. Le miroir collé sur la paroi en plexiglas réverbère cet espace qu’il diffracte et dynamise.

Anne Catherine Ribatto, La serre spatiale.

Volume déstructuré, fortement géométrisé où semble léviter l’alcôve bleutée de Pierre-Marc, étrange mezzanine futuriste : elle flotte, comme dématérialisée, perception que son assise inclinée renforce.

Pierre-Marc François, Mountain Refuge.

Cécile propose un bâtiment épuré aux volumes amples et subtilement décalés selon une alternance d’écrans en plexiglas aux orientations et inclinaisons diverses. Dématérialisation de l’ensemble rythmé par deux cloisons de calque semi-transparentes. Les reflets, l’absence d’opacité, contribuent à déréaliser l’espace, dès lors multiple, mouvant…

Cécile Delamarre, The little tower.

Dans la pièce démultipliée en plusieurs alcôves ouvertes et faites de rhodoïds colorés de Véronique, les couleurs se mêlent en reflets que la lumière module. Espace mouvant et expérimental, enjeu de perceptions multiples.

Véronique Héliot, Alpha 3000 (jeux pour Alphasiens).
La dynamique du sablier
Charlotte propose une maquette épurée en forme de sablier, le goulet d’étranglement suscitant une circulation contrainte, amenuisée, mais qui cependant ne scinde pas l’ensemble en deux pièces distinctes (pas de séparation au sens strict). Certaines parois des constructions pyramidales sont en plexiglas, alternant avec des miroirs encollés sur les surfaces internes et externes. Démultiplication de l’espace par mises en abyme, vertige des réverbérations infinies.

Charlotte Kwantes.

Dans le travail de Luc, deux cônes forment une pièce sans séparation stricte (porte, cloison) mais que leur matérialité opaque et transparente différencie. Cela peut être interprété comme un sablier inversé (négation du goulet d’étranglement).

Luc Surjous, Alliance Spatiale.
Démultiplication de l’espace par un jeu de cloisons mouvantes
Dans le travail de Thibault, nous avons un jeu de cloisons coulissantes, actionnées par des fils de cuivre, supposés interactifs à une gravité instable et des pouvoirs télépathes : « J’ai placé trois fils de cuivre qui permettent, quand on les tire un par un, de faire bouger deux plaques de PVC qui, grâce à leurs reflets, font complètement changer l’opacité et la transparence de mon bâtiment […]. Il se situe dans un futur proche mais sur une planète éloignée où la gravité serait instable, ce qui ferait bouger les plaques intérieures en fonction de sa puissance. Cela pourrait être un temple où les extraterrestres, avec leur esprit, feraient changer les reflets et bouger les plaques intérieures.2 » Ainsi la pièce est modulable ; son apparence résulte d’une action mécanique synergique à des jeux de reflets instables, environnement chromatique pouvant évoquer certaines perceptions ressenties dans les œuvres de James Turell.

Thibault Derousseaux, Templiuma.

Alexandra propose une serre futuriste, animée de nombreux reflets (deux disques miroitants de part et d’autres) et dont l’espace est traversé d’écrans transparents et mouvants (en rhodoïd), quasi invisibles. « J’ai répondu aux contraintes de différentes manières : 1. en jouant avec les reflets qui sont tous différents et offrent une infinie perspective selon l’angle de vue […] ; 2. en utilisant des cloisons translucides ou transparentes (papier plastique et cellophane) ; 3. grâce également à la végétation qui permet de délimiter des espaces sans les créer vraiment physiquement. »

Alexandre Bréant, Paradis écologique dans un univers technologique, Évasion, Éden.

Espace que des écrans transparents et un rideau de perles animent (référence aux œuvres d’Othoniel ?). Sensations et vertiges démultipliés par l’absence supposée de gravité et les reflets mouvants et colorés. C’est une discothèque sensée provoquer des perceptions variées et insolites : « La gravité n’est pas forcément de même nature que sur terre, ce qui permet de passer en hauteur sans problème […] les danseurs peuvent déambuler sur le fil de fer, la transparence des perles… »

Viviane Sourimant : « Discus Bibus 5000 »
Démultiplication des points de vue de la pièce à expérimenter
Démultiplication à travers les jeux de reflets et de couleurs qui se mélangent sous et sur l’arche mouvante (pochette transparente) conçue par Ludovic : « J’ai installé au milieu de mon bâtiment une petite arche, correspondant, si elle n’est pas fermée, à une pièce de fonction différente […]. Les couleurs jaunes et bleues [des protège-cahiers qui forment la toiture] se rassemblent sur l’arche placée au centre […] et qui devient verte. »

Ludovic Bastianelli, 28 439.


« C’est une pièce ouverte où passent deux grands tissus », dit Sylvain. Espace nomade proposant une relecture de la tente, que les jeux de voilages modifient.

Sylvain Boissière, Transpicale.
Une pièce = une salle ; plusieurs pièces = plusieurs matériaux !
« J’ai pensé que plusieurs pièces pouvaient représenter des matériaux comme des morceaux de carton, de l’aluminium… et une pièce pouvait signifier une salle. Mon igloo est composé d’une seule pièce. » Espace rond et primitif, ici abordé à l’aune de nouvelles technologies. Effet minimaliste. Jeu sur les transparences « floutées » qui confèrent au bâtiment un aspect nébuleux. Cela est renforcé par son possible recouvrement de film transparent.

Cédric Jourdain, Iglootech.

« Au début, je voulais jouer sur les mots en mettant une pièce qui serait la plaque de carton mousse, et plusieurs pièces représentées par des euros. Puis progressivement, j’ai positionné un grillage, cela m’a fait plusieurs pièces […]. J’imagine que le grillage a une texture transparente… »
L’édifice que propose donc Géraldine procède d’un concept initial qui motive progressivement l’ensemble. Elle revendique sa création comme cosa mentale3 : « Mon bâtiment est un rêve, un souvenir, tout est dans l’imagination »…
Géraldine Pampalone, Entre transparence, opacité et imagination.




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