Mag arts : La question du dessin (2) - De l’intérêt d’apprendre à dessiner ?
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Karim Zahouani, professeur de sciences de la vie et de la Terre


C’est sous la forme du dessin d’observation que le dessin existe en sciences de la vie et de la Terre. Son apprentissage est constant depuis le collège jusqu’à l’université et son utilisation est quotidienne pour le professeur.

Le dessin d’observation occupe une place fondamentale dans les sciences expérimentales biologiques. Il est un outil de transmission d’un savoir entre l’initié et le non-initié. Il permet au scientifique de représenter de manière rigoureuse et précise l’objet observé en vue de sa diffusion.
Le dessin d’observation rend compte d’une réalité à un instant précis en oubliant les contraintes de l’outil d’observation – microscope optique, microscope électronique ou loupe binoculaire – qui permet de dépasser l’objet lui-même.
Il ne faut surtout pas confondre le dessin d’observation avec un schéma d’observation auquel on peut même l’opposer. Le schéma n’obéit pas aux mêmes exigences et ne possède pas les mêmes qualités de rigueur. Le schéma met en évidence les points que l’auteur estime essentiels en faisant appel à un certain niveau d’abstraction par l’utilisation de couleurs qui soulignent ce qu’il veut montrer de manière conventionnelle.

Dans le cadre d’un enseignement, le but du dessin d’observation est double :
– il permet au professeur de constater le degré de compréhension de l’étudiant et à celui-ci de restituer ses connaissances ;
– il permet d’appréhender le complexe, c’est-à-dire, dans l’observation, de distinguer le nécessaire de l’accessoire.

La réalisation d’un dessin d’observation en sciences de la vie et de la Terre est un exercice très difficile, car il reprend la forme et la taille de l’objet et doit être la reproduction fidèle de l’objet observé : on ne dessine que ce que l’on voit.
Cela suppose l’utilisation de règles précises et un codage identique pour tous afin que cet outil de transmission du savoir soit efficace tant au niveau de sa réalisation que de sa présentation : un dessin d’observation se réalise toujours à main levée, sur une feuille blanche, toujours avec un crayon (HB) bien taillé, car toute trace sur le dessin a une signification précise et les traits définitifs doivent être nets. Il faut avoir au préalable fait une mise en page afin que le dessin soit centré, occupant toute la place disponible : il doit donc être de grande taille, posséder une légende et un titre complet.
Sa présentation doit être propre, le titre souligné, les traits de rappels horizontaux tracés à la règle, ne se croisant jamais, des traits nets et des écrits exécutés avec soin.
Il est important de souligner que toute la surface du dessin rend compte d’une réalité et que tout trait sur le dessin est observé.
Il faut indiquer un ordre de grandeur de la dimension réelle de l’objet, c’est-à-dire une échelle.
Ainsi, il apparaît que le dessin d’observation est un guide car il va permettre de reconnaître et de nommer de manière directe et le plus fidèlement possible les structures après les avoir repérées sur le vivant.

Dans cette quête de rigueur et de précision, il n’en demeure pas moins qu’il subsiste une part d’ambiguïté aux sources multiples :
– l’expérimentation, qui peut provoquer l’apparition de faits accidentels ou artificiels qui n’existent pas sur l’objet à observer lui-même ; ils apparaîtront sur le dessin alors qu’ils sont seulement le fait du support expérimental (inclusions de bulles d’eau ou d’air, mauvaise diffusion du colorant…) ;
– l’angle d’observation, qui va déterminer une interprétation du dessin plus ou moins nette, d’où la nécessité de définir au préalable ce que l’on veut montrer et de choisir un dispositif d’observation adapté (les ombrages n’apparaissent pas sur le dessin) ;
– la réalisation d’un contour net d’un objet sur le dessin alors qu’il ne l’est pas vraiment sur le vivant ;
– la simplification nécessaire de la forme pour repérer les éléments importants de l’objet observé ;
– l’observateur enfin qui, par une mauvaise maîtrise de son savoir, peut s’auto-induire en erreur.

Un exemple d’étude : l’appareil uro-génital de la souris
Dans le cadre d’une démarche scientifique expérimentale, la dissection ouvre un cours habituel pour ce sujet. Les élèves repèrent les différentes structures et dessinent ce qu’ils voient. Le dessin d’observation donnera lieu à l’élaboration de problématiques dont les réponses permettront de relier les structures et la fonction.

Les documents présentés ci-dessous mettent en parallèle les photographies de deux objets soumis à l’observation (une dissection de l’appareil uro-génital d’une souris mâle et une autre d’une souris femelle) et les deux dessins d’observation correspondants. On se rend compte que quantité d’éléments sont visibles sur la dissection, par exemple les vaisseaux sanguins, les replis des membranes… alors que sur le dessin d’observation ils n’apparaissent pas. De même, certains contours observables sur la dissection ne sont pas aussi nets que ceux représentés. De plus, ne sont indiquées sur le dessin que les structures intéressantes pour la pédagogie. Alors que tous les traits du dessin se doivent d’être particulièrement nets et continus, les pointillés désignent des suppositions.

Observation à l'œil nu de l'appareil uro-génital de la souris mâle.

Observation à l'œil nu de l'appareil uro-génital de la souris femelle.


L’intérêt d’apprendre à dessiner dans le domaine des sciences de la vie et de la Terre est donc d’accroître l’exactitude du message scientifique transmis en conjuguant l’enrichissement des connaissances tant pour repérer ce qu’il est utile d’observer que pour noter efficacement ces observations. Cette pratique du dessin demande des qualités de rigueur, d’exactitude et de précision pour être efficace. L’apprentissage du dessin d’observation apparaît fondamental et ce n’est que par sa répétition que l’on arrive à lever les ambiguïtés liées à son élaboration pour atteindre les objectifs fixés.



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