Laurent Schmidt, professeur de lettres
Laurent Schmidt enseigne les lettres mais parle du dessin en connaissance de cause. Il est aussi plasticien, très attentif aux travaux de François Morellet et de Martin Barré. Il est également la cheville ouvrière de l’association « Les étonnés » qui lui permet de faire présenter par ses élèves du collège des plasticiens contemporains dont il accueille les œuvres dans la salle d’exposition qu’il vient de réussir à obtenir pour l’établissement scolaire.
Comme on dit « prendre la parole », on devrait dire « prendre le dessin ».
Car le dessin est aventure, au sens propre : participe futur du verbe advenir. C’est même une aventure primale, qui décolle les alvéoles de nos imaginaires.
Dessiner, c’est donc s’embarquer dans une énergie de génération, par le risque, par le lâcher, par la décision.
Donc apprendre à dessiner, c’est creuser en soi un abri pour l’audace.
Mais les enfants dessinent comme les fous, sans savoir, pour dire qu’on vient au monde, et tout ce qui s’ensuit. Ça leur prend du temps, énormément de temps, et d’attention, et de travail. Une véritable discipline. Or, incontestablement, qui a dessiné et continué à dessiner après six ans est entré en écriture avec une incomparable aisance. Car cette impérieuse discipline, de l’audace donc, doit préparer à la parole et à l’écriture. Plus exactement à l’invention continue de la parole que l’écriture rend possible.
Le dessin est flux. Infiniment divers. Doux et droit, jaillissant parfois, fluet, peut-être sensuel… Apprendre à dessiner, c’est aussi se donner les moyens de ne pas laisser se tarir ce flux. D’abord parce qu’il ne nous appartient pas. Il est antérieur aux traces de notre protohistoire, et il nous survivra. Si nous apprenons. Ensuite, parce que ce flux nous porte, il nous maintient en vie.
Le dessin est, bien entendu, composition. Il met en ordre masses et équilibres. Il monte les phrases en texte.
Cela suffirait à montrer l’intérêt d’apprendre à dessiner.
Reste la question pédagogique. Que faut-il apprendre à qui veut savoir dessiner ?
Reprenons :
1. Le goût du risque. Utiliser, par exemple, un médium indélébile.
2. Une énergie. Se fatiguer à dessiner, dessiner, dessiner.
3. Une fluidité, une souplesse identitaire.
4. Une méthode de bâtisseur. Savoir mesurer et ordonner.
Ce travail n’appartient donc pas qu’à la pratique, il est dans le regard, dans la conversation, dans la méditation… C’est pourquoi, apprendre à dessiner apprend aussi à parler, à chanter, à compter, à marcher, à manger, à rire…
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