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Marie Ducrocq, graphiste
Je suis graphiste. J’ai obtenu, au mois de juin 2003, le diplôme des carrières d’arts graphiques et je vais tenter de trouver du travail.
Depuis la maternelle, j’ai toujours dessiné. Après avoir obtenu le baccalauréat littéraire L3 Arts plastiques, j’ai fait une année de préparation aux Ateliers de Sèvres. J’ai tenté ma chance pour entrer aux Arts décoratifs, mais je me suis plantée en architecture. Armée d’un livre-dossier de travaux, je me suis présentée devant un jury des Beaux-Arts qui m’a accueillie très grossièrement : je n’étais apparemment pas assez « déstructurée ». J’ai eu plus de chances à l’école supérieure d’Art et de Design d’Amiens où j’ai passé trois ans et obtenu le diplôme national des arts plastiques (DNAP).
L’ÉSAD a été un temps qui me convenait complètement. Une super ambiance et de super profs m’ont permis d’apprendre plein de choses en relation avec tout ce qui a rapport à l’art, la musique, le dessin… J’ai besoin de tous ces éléments pour arriver à créer. Le dessin, le mien ou celui des autres, m’aide à développer mon imagination. Un professeur particulièrement, en troisième année, nous a conduits à trouver un développement personnel à travers notre regard porté à la réalité, qu’il s’agisse d’un simple objet ou d’un ensemble naturel. Pour lui, dessiner trait pour trait, couleur pour couleur, la copie…, ce n’était pas important. Il nous proposait des exercices très différents, sans répétition et, chaque fois que je dessine, c’est différent. Par exemple, il nous a proposé de dessiner à plusieurs un grand plâtre en nous le partageant ; chacun en a fait un morceau vu de sa place et selon son caractère. Ensuite nous avons recollé les morceaux et le tout a permis de mettre en évidence l’écriture de chacun, son style. Le seul problème à l’issue de ce temps, c’est que dans la vie tous les gens ne sont pas beaux, gentils et que tous ne nous aiment pas.
En allant à Nantes à l’école de graphisme SÉPIA, j’ai choisi de faire une expérience radicalement opposée pour reprendre contact avec la réalité tout court et particulièrement la réalité publicitaire. Apprendre à faire des choses plus pratiques sinon bien banales pour pouvoir trouver des boulots : des techniques d’infographie, une spécialisation Web, beaucoup de stages pour ne plus buter sur les difficultés concrètes, développer un projet, mettre en scène…
Par rapport à l’ÉSAD, c’est un temps de prison, le fric, l’anticommunication, le tirage dans les pattes, je suis revenue sur terre. Le développement, ce n’était plus le mien mais celui du directeur dans chaque élève avec des bases pour avoir une facilité avec le dessin : par exemple, les proportions du corps humain (pas l’anatomie), seulement placer correctement des repères.
Ce n’est pas d’apprendre à faire des choses proportionnées qui m’intéresse, ni de faire des images bien plates et bien banales…
J’ai toujours besoin de matière, du contact physique avec le papier. Je ne peux pas dessiner directement avec l’ordinateur et surtout pas avec la souris, mais j’apprécie le crayon électronique et la tablette graphique. Je suis le plus souvent frustrée s’il n’y a pas quelque chose qui se passe avant l’ordinateur. Avec des photos, des crayons, de la peinture, il me faut de la matière, j’ai besoin d’un support. J’ai besoin de créer moi-même mes propres visuels. Après, je scanne. Tout mon travail, c’est le hasard et l’accident. Maintenant je sais très bien faire du hasard avec l’ordinateur. Je sais comment le pervertir. Mais les débuts ont été difficiles et ce passage obligé, ça m’énerve. Par rapport à mes impulsions vers la matière, l’ordinateur, c’est une trousse, une palette, un outil. J’ai toujours un besoin physique de prendre le crayon et de dessiner.
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