Le français utile est tiré du latin utilis, « qui peut servir ». Le dérivé utensilia était un pluriel désignant l’ensemble des objets nécessaires au train d’une maison. C’est dans cette acception que le français l’emprunta au XIVe sous la forme utensile qui, sous l’influence du verbe user de, aboutit à ustensile.
Le participe d’uti (*ut-tus), sur quoi le latin fit un nom usus, « action de se servir » ou « manière de se servir », qui subsiste en français sous la forme us dans l’expression figée « les us et coutumes ». D’usus fut dérivé l’adjectif usualis, d’où usuel. Sur usus, le latin vulgaire avait fait un verbe *usare, « se servir de », qui a donné user. À force d’user d’un objet, on l’use : c’est cette acception défavorable du verbe qui domine aujourd’hui. Une fois uti disparu au profit d’*usare, utilis paraissait aberrant. Le latin vulgaire refit donc un adjectif usitilis, d’où un nom *usitilium, devenu ostil, puis outil.
Tout à fait correct, en revanche, était le fréquentatif usitari, « se servir souvent de ». De son participe usitatus nous est resté usité, et de son contraire inusitatus, inusité.
Le composé abuti, « se servir de quelque chose en s’écartant de la norme » (avec ab-, « en s’éloignant »), a fait place à *abusare, comme uti à usare. Il en est resté abuser. Abus correspond à abusus, dérivé d’abuti.
Le mot usine est étranger à cette famille : son étymologie n’est pas claire, même si certains linguistes le rapprochent du latin officina, « lieu où l’on travaille ».
René Garrus, Étymologies du français, 3e volume : Curiosités étymologiques,
Paris, 1996, Belin.
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