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Martine Marcuzzi, professeur d'arts plastiques
La séquence se situe en début d'année scolaire dans une classe de seconde de détermination, au lycée de Villepreux (91). Elle fait suite à une réflexion sur l'image qui introduit le programme « L'œuvre et l'image ».
Intentions
Analyser une œuvre. Être capable de faire des choix dans une œuvre donnée, d'en pointer l'essentiel, de s'en emparer et de le communiquer au travers d'une production et d'une démarche personnelle et argumentée.
Dispositif et contenu
Sur deux séances de trois heures, la séquence se découpe en quatre phases : recherche, effectuation, présentation de références et retour sur la pratique.
Comme dans un jeu de cartes, les élèves piochent la reproduction d'une œuvre sous forme de carte postale. Il s'agit de peintures de toutes les époques assez peu connues des élèves, afin d'éviter le statut d'icône intouchable qui pourrait brider la créativité. Ces œuvres ont pour point commun de comporter des éléments immédiatement repérables, comme par exemple dans la Pietà d'Avignon, la force des couleurs, la tension de la composition et la dramaturgie des gestes presque « expressionnistes » des personnages, ou dans le Ten Lizes d'Andy Warhol, la répétition, l'effacement, les débordements et l'idée de la perte de l'identité du personnage.
Pendant vingt minutes, les élèves doivent, par des croquis ou des notes, repérer individuellement ce qui est « le plus important » dans l'œuvre tirée au hasard ; ma demande est volontairement ouverte. Puis, en groupes, entre élèves et avec moi, le choix de chacun est affiné et le projet naissant est amplifié.
La phrase et les consignes suivantes sont écrites au tableau :
« "Malraux se demande pourquoi, comment, un peintre apprend d'un autre, dont il fait des copies, à être lui-même, s'apprend dans l'autre, avec et contre lui", Maurice Merleau Ponty, Le Visible et l'Invisible. Répondez à l'œuvre choisie en vous emparant de l'élément essentiel que vous avez retenu. Technique, format, support et moyens au choix. »
Aussitôt, les élèves s'engagent dans une pratique qui conclut cette première séance.
Au début du cours suivant, un affichage de dix minutes permet de relancer et de dynamiser les projets qui seront terminés dans la séance.
Pour alimenter les échanges, des œuvres significatives sont présentées et un ensemble de problématiques dégagé :
- les filiations et les ruptures dans les représentations du thème de la crucifixion chez Mantegna, dans le Retable de Mathias Grünewald, chez Pablo Picasso, Antonio Saura, Keith Haring et Robert Combas ;
- les « copies » de Millet par Van Gogh mettant précisément en évidence la notion d'écart ;
- le détournement d'une reproduction de La Joconde chapardée par Marcel Duchamp dans L.H.O.O.Q. ;
- l'interrogation sur la notion de chef-d'œuvre unique proposée par les répétions sur un même support de La Joconde par Andy Warhol ;
- les « multiples » dans l'art cinétique des années soixante, œuvres d'art à bon marché tirées en de très nombreux exemplaires, qui se caractérisent par l'absence d'un original ;
- la question du maniérisme, où le modèle des maîtres succède au modèle de la nature de la Renaissance.
Ces questions sont reprises dans un débat autour des productions des élèves, ce qui leur permet de dégager verbalement la particularité de leur démarche et le statut de la référence dans leur production.
Par exemple, à partir d'un détail représentant un autoportrait de Botticelli, un élève qui a retenu le regard en coin du personnage, prélève et reproduit uniquement les yeux, qu'il met en scène dans une installation : les deux yeux sont séparés et disposés de telle sorte qu'ils ne constituent un seul regard que de loin. Le travail sur le détail et l'amplification du regard relève d'une appropriation qui s'inscrit à la fois dans la rupture du dispositif de représentation, par le passage de la peinture à l'installation, et dans la continuité, par la force récurrente du regard qui fixe intensément le spectateur, tant chez Botticelli que chez l'élève.
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