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La collection « Mag »
 

Martine Terville Colboc, professeur d'arts plastiques


L'artiste et la référence
L'accès aux œuvres originales ou reproduites constitue depuis toujours un moyen d'apprentissage et de confrontation dans des domaines aussi différents que la littérature, la peinture, le dessin, la sculpture ou l'architecture. La ville de Rome, et depuis deux siècles, le musée du Louvre, qui avait pour première fonction d'être un musée pédagogique, proposèrent aux apprentis ainsi qu'aux artistes confirmés des sources inépuisables de modèle et d'inspiration (cf. l'exposition « Copier Créer » présentée au Louvre en 1993). A partir d'un travail sur les œuvres, souvent au départ par l'imitation, « copier pour mieux voir » dit Alberto Giacometti, les artistes se saisissent des thèmes, des compositions, des détails, de l'esprit des œuvres. Cependant, ils empruntent plus qu'ils ne citent intégralement, tel une phrase entre guillemets, au sens d'une reproduction à l'identique,  comme Jasper Johns le fait en intégrant dans ses œuvres la reproduction de La Joconde de Léonard de Vinci. Les œuvres de référence sont prétextes à des interprétations personnelles et si l'œuvre source peut être immédiatement identifiable, elle conduit aussi à de forts déplacements, comme David empruntant la posture du Christ de la Pietà de Michel-Ange dans La Mort de Marat. Dans certains cas, le sens de l'œuvre n'est accessible au spectateur que par la connaissance qu'il a de l'œuvre source : par exemple, les productions qui relèvent de l'hommage, hommage à la Joconde dans La Femme à la perle de Camille Corot, de la parodie comme le traitement de cette même Joconde par Marcel Duchamp dans L.H.O.O.Q. ou le Balcon d'Édouard Manet par Magritte ou encore du pastiche avec Bertrand Lavier qui utilise la « touche Van Gogh ». Puisant au cœur des œuvres les éléments qui nourrissent leur travail et récréant,  les artistes modernes s'en saisissent jusqu'à la transgression : Le Déjeuner sur l'herbe d'Édouard Manet d'après Le Jugement de Pâris de Raphaël, les séries de Pablo Picasso à partir des œuvres de Vélasquez ou d'Eugène Delacroix, les œuvres de Francis Bacon à partir de Vélasquez ou Vincent Van Gogh, etc.

Du cours de dessin à celui d'arts plastiques
On retrouve, dans l'enseignement des « arts plastiques », a contrario de celui du « dessin » des relations entre les productions des élèves et le champ référentiel sous ces différentes formes : interprétation, pastiche, hommage, etc. Il revient à l'enseignant de s'en saisir, de les mettre à jour et de les faire travailler. Le bouleversement introduit par la modernité, qui a mis à mal l'académisme, aura dans les pratiques pédagogiques des rebondissements bien tardifs avec la création de l'enseignement des « arts plastiques » : le statut des références constitue précisément un élément déterminant de la rupture entre le dessin et les arts plastiques.
Ainsi, en cours de « dessin », les apprentissages passaient surtout par l'assimilation de codes culturels et de savoir-faire. Cet enseignement s'appuyait en particulier sur la copie (de dessins ou de gravures) et sur la représentation bidimensionnelle d'après des natures mortes, des modèles vivants ou des moulages d'œuvres désignées par l'institution : les collections des « plâtres » moulages suivant l'Antique, l'art roman ou la Renaissance, qui se trouvent encore dans la réserve des anciens établissements en sont la trace. Parallèlement, des exercices sur la couleur, la composition, le rythme, etc., conduisaient les élèves à appliquer des consignes qui déterminaient a priori la forme de la production, le résultat étant susceptible de correspondre aux critères esthétiques de l'enseignant. Dans cette situation, les notions de citation et d'emprunt sont associées à celles de modèle et d'histoire de l'art.

Références et enseignement
A la fin des années soixante la prise en compte de « l'art vivant » modifie radicalement les relations entre les domaines de référence et l'enseignement, que l'on se situe aux Beaux-Arts, puis à l'Université, et à l'École. Cette actualisation, revendiquée par le colloque d'Amiens sur l'éducation en 1968, conduit à la mise en place de l'enseignement des arts plastiques, en remplacement de celui du dessin, et de l'ouverture des facultés correspondantes. L'appui sur un champ référentiel élargi, prenant en compte l'art contemporain et soutenu par l'introduction d'images et de reproductions d'œuvres de couleur de qualité, contribue désormais à un travail d'ouverture, de questionnement et d'analyse critique. En cours d'arts plastiques, la « pratique » au sens de praxis est le lieu d'une articulation entre action et réflexion, pratique et théorie, dans lequel la référence déborde les dimensions modélisantes et d'apprentissages factuels qui étaient précédemment les siennes. Les situations de cours, introduisant des propositions incitatives et s'appuyant sur le projet de l'élève, conduisent à des productions divergentes et à une relation questionnante au champ disciplinaire, passé et présent. La référence au champ disciplinaire, sous forme iconique ou théorique, est omniprésente et constitue le point d'appui du cours. Au-delà des visées ludiques ou créatives qui sont dans certaines situations incitatives et pertinentes, les références implicites ou explicites sont la caution d'un réel enseignement des arts plastiques.

Pour en savoir plus
  • Sur le site du Louvre, il est encore possible de parcourir l'exposition « 2000 ans de création... d'après l'Antique » qui a eu lieu en 2001 www.louvre.fr/ .


 
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