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La collection « Mag »
 

L'hétérogénéité en arts plastiques

La « légitimité » de l’enseignement ne résout pas tous les problèmes de cohérence. Les programmes que nous étudions avec les élèves sont, par définition, des « classiques », au plein sens du terme : « ceux qu’il est utile d’étudier dans les classes ». En revanche, pour les élèves, ce sont des produits inconnus qui n’appartiennent pas à leurs habitudes, qui sont engendrés par d’autres, qui leur demandent des efforts d’assimilation d’autant plus grands qu’ils s’expriment dans une langue difficile à comprendre. Combien d’élèves butent sur des énoncés trop abstraits, des mots inconnus, et perdent un temps considérable à douter du sens de la question posée. Comment être crédible et rendre vivantes, présentes et compréhensibles des œuvres complexes produites par des adultes et qui, perçues superficiellement, ont peu de points communs avec les préoccupations des adolescents ?

Ces adolescents ont leurs références favorites, puisées dans la culture dominante, la publicité, les valeurs des groupes qu’ils fréquentent sinon les expériences de vie très particulières qui sont les leurs. Comment peuvent-ils percevoir des liens entre ce qu’ils vivent et ce qu’ils ont à apprendre ? De son côté l’enseignant a rarement l’occasion de prendre conscience des écarts culturels qui filtrent leur perception tout autant que la sienne. Au collège, un collègue de sciences disait sa surprise de trouver dans les cahiers de ses élèves : « fourmi en fer » quand il avait écrit au tableau : « foraminifère »…

Par-delà ces écarts diversement sensibles, même s’il y a des gens qui passent mystérieusement inaperçus ou dont on ne parvient jamais à se souvenir, des personnes émergent qui focalisent l’attention, chacune à la fois unique et porteuse d’une part d’universalité.

Ce numéro 9 du Mag arts réunit des contributions d’enseignants qui font la part de l’hétérogénéité dans leurs pratiques disciplinaires, d’artistes pour lesquels le propos a une importance particulière et un apport documentaire avec des analyses d’œuvres modernes et contemporaines qui rompent avec les habitudes et conventions dominantes.

Inspecteur d’académie, inspecteur pédagogique régional des arts plastiques, Alain Domenech d’une part situe l’apparition de la notion d’hétérogénéité dans les programmes d’arts plastiques, d’autre part, dans son article « Enseigner l'hétérogénéité en arts plastiques, est-ce que cela a encore tout son sens ?» , introduit une réflexion très provocatrice.

Professeur d’histoire et géographie dans un collège de Gennevilliers situé en ZEP, Mireille Monfort, dont le parcours personnel est particulièrement riche, rappelle ses découvertes d’hétérogénéité sous des apparences de parfaite homogénéité alors qu’elle enseignait l’éducation civique dans une île de Nouvelle-Calédonie.

S’il ne dit rien de l’élan de vie qu’il donne à sa classe et de l’humour qu’il y apporte, Éric Joseph, professeur d’éducation musicale au collège du Loroux-Bottereau (Loire-Atlantique), quête des points d’appui sur les dénominateurs communs entre la culture de ses élèves et celle qu’il doit leur apporter.

Professeur de lettres au collège Marcellin-Berthelot de Nogent-sur-Oise qui accueille des élèves de multiples ethnies, Laurent Schmidt ouvre ses chantiers de métissage et reçoit toutes les expressions avec une égale considération positive : « Tu n’arrives pas à le dire en français mais comment le dirais-tu dans ta langue ? » et le texte commun s’enrichit de sons venus d’ailleurs comme l’ont fait déjà de grands auteurs.

Professeur de sciences de la vie et de la Terre au lycée La Martinière de Lyon, Karim Zahouani emprunte des exemples à la biologie, note le caractère très relatif de l’hétérogénéité selon l’échelle à laquelle sont faites les observations : ce qui paraît très différent à l’œil nu ne l’est pratiquement plus observé au microscope au niveau de la cellule et ne l’est plus du tout au niveau de la molécule d’ADN.

Sabÿn Soulard présente un cycle engagé dans une de ses classes de 6e dont elle souhaitait valoriser la richesse ethnique et le métissage alors qu’elle était professeur d’arts plastiques dans un collège de Gennevilliers.

Professeur d’arts plastiques en lycée, Odile Mary introduit à l’analyse de neuf œuvres modernes et contemporaines particulièrement hétérogènes.

Ce numéro accueille deux artistes qui vivent et travaillent en France. Ils ont tous les deux des liens avec l’Afrique mais des orientations très différentes.
Hamid Tibouchi garde vivants les souvenirs de son enfance dans un petit village de Kabylie, de sa grand-mère qui écartait les difficultés par des pratiques animistes venues du fond de l’histoire africaine. Sa production s’inscrit dans les démarches « universelles » de l’art « occidental » moderne et contemporain aperçu pendant son parcours scolaire en Algérie et dont il a fait une découverte éblouie en quittant son pays. Aujourd’hui il proteste contre les particularismes dans lesquels certains tentent parfois de l’enfermer.
A contrario, Do Mesrine, qui a partagé sa vie entre le Togo et la France, va littéralement vers l’Afrique. Il puise des ressources dans le vaudou en tant que culture pour fonder dans l’ancienneté de sa tradition une production aussi forte qu’originale. L’interview n’a pas la prétention d’éclairer le lecteur sur le vaudou auquel des chercheurs de différentes disciplines Mircéa Eliade et Alfred Métraux entre autres, ont consacré des travaux dignes de respect. Il rappelle l’existence d’autres dimensions parfois immenses auxquelles on accède tout simplement en ne méprisant pas les gens qui ont une autre histoire que la nôtre (il y a un très beau passage des Essais de Montaigne sur les « sauvages »…). Les productions de Do ne sont pas des objets du culte vaudou et, pour certains, ne sont pas « africaines », ce qui est à rapprocher du propos d’une élève de Laurent Schmidt devant un portrait peint par un Africain… mais en France.

Daniel Mary

 

Chef de projet : Daniel Mary
Remerciements à Alain Domenech, IA-IPR d'arts plastiques

 
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