Plier, déplier, étaler, repasser : un travail ouvrier féminin ? Non, une intervention.
Les plis restent visibles comme ceux de la reine de Saba sur la fresque de Piero della Francesca. Sur une terrasse qui touche le ciel, dans une cité contemporaine, une femme solitaire est à genoux. Elle ne prie pas mais manipule un objet rond, blanc, de taille modeste, fait de toile plastique aux coutures qu’elle a vraisemblablement conçues.
Elle n’a pas invité de spectateurs. Elle ne danse pas. Ce n’est pas une actrice de cinéma mais une plasticienne qui a demandé à être photographiée pendant son action.
Les huit photographies de format identique nous permettent de suivre l’effectuation dans le temps. Les gestes sont mesurés, délicats et maîtrisés. Revenir sur son ouvrage. La chrysalide est ouverte avec lenteur, dépliée, déployée. La tâche requiert du calme, de la méthode, un rythme approprié.
D’autres « oursins » de Marie-Ange Guilleminot sont plus grands. Elle peut s’y cacher, s’y lover. Étrange, cet oursin est lisse. Point d’animal bleu-violet, point de piquants agressifs.
La complexité n’est pas dans les volumes extérieurs, dans la carapace, mais dans le pliage interne afin de ne rien perdre de la cohérence constructive.
À la fin de son action, Marie-Ange Guilleminot peut se revêtir de cette enveloppe virginale qu’elle a su « défaire ». Elle a pu en découdre et s’y cacher. La femme objet s’exhibe, la femme objet d’art montre sa dissimulation.
Passants ou passantes de hasard pourraient constater que cette artiste nous propose un autre regard sur le corps féminin en créant un temps d’émotion fugace où la vulnérabilité de l’être est égale à celle du tissu qui peut se froisser, se déchirer. Sans doute les images de ce développement et de cet enveloppement sont-elles frustrantes, nous n’étions pas présents.