 Odalisque. 1955-1958. 205 x 44 x 44 cm. Museum Ludwig de Cologne.
© Robert Rauschenberg |
Cette accumulation déroutante de signes, cet « objet composite » vertical ne laisse pas plus percevoir que chez Brancusi de différence entre le socle et la sculpture proprement dite. Entre une poule naturalisée et un vrai oreiller traversé par l’axe central du volume, une boîte parallélépipédique est composée d’une cage et d’un collage d’images de magazines. Quelques traces picturales sont repérables, lignes lyriques rapidement brossées. Une des photographies figurant une femme dévêtue a dû donner le titre de l’œuvre.
En 1961, Rauschenberg, dans un entretien avec André Parinaud 1, répondait ainsi à la question « Comment appelez-vous ce que vous faites ? » : « Combine painting, c’est-à-dire œuvres combinées, combinaisons. Je veux ainsi éviter les catégories. Si j’avais appelé peintures ce que je fais, on m’aurait dit que c’était des sculptures et si j’avais appelé cela des sculptures, on m’aurait dit qu’il s’agissait de bas-reliefs ou de peintures. »
Les éléments utilisés ici sont aussi hétéroclites qu’organisés dans ce totem énigmatique. La proximité des images, des objets, de l’animal, stimule notre envie d’associations. Ces dernières résistent cependant à toute symbolique. Cette chose de taille humaine apparaît récolte prosaïque, tout à fait signifiante. Mais le sens nous échappe. Seuls la liberté de l’artiste et notre questionnement sont évidents.
« J’essaie de contrôler mes habitudes de voir, de les contrarier à la recherche d’une grande fraîcheur. J’essaie de ne pas être familier avec ce que je fais 2 », dit Rauschenberg. Même si le temps est perceptible sur le manque d’éclat de l’oreiller et des plumes du volatile, Odalisque, dans son télescopage d’objets, garde sa fraîcheur décapante d’une idée d’art.
Comme son ami John Cage, Rauschenberg considérait que Dada n’était pas allé suffisamment loin dans la remise en cause de la notion d’œuvre d’art. « Je ne fais ni de l’Art pour l’Art, ni de l’Art contre l’Art. Je suis pour l’Art qui n’a rien à voir avec l’Art. L’Art a tout à voir avec la vie 3. »
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