Kurt Schwitters est né à Hanovre en 1887. Il est mort à Ambleside (Westmorland) en 1948.
 Merzbau, reconstruction, 1980-1983. 393 x 580 x 460 cm.
© Sprengel Museum, Hanovre |
 Merzbau, original, de la maison de Schwitters à Hanovre, 1919-1933. Assemblage : morceaux de bois, papiers divers (journaux, étiquettes), métaux (pièces de monnaie, gonds...), objets les plus variés collés et peints. Photo d’archives de 1930. |
Il y a beaucoup de choses dans les points de suspension qui suivent la parenthèse « métaux ». Le titre, révélateur de cette cueillette hétérogène, fait songer à ce qu’en 1905, le psychanalyste Sigmund Freud écrivait à propos de l’inconscient : « Il excelle à rassembler pêle-mêle des éléments hétéroclites 1. » Hétéroclites ou hétérogènes, les composants de ce Merzbau 2 ?
Les deux, car ces objets de rebut ne sont pas considérés comme artistiques en 1919. Schwitters – comme Picabia – choisit volontairement d’intégrer, dans sa pratique picturale et sculpturale, des objets ramassés au sol dans l’espace urbain. Ces déchets sont de nature et d’origine très différentes.
Mais ces éléments incongrus, l’artiste les utilise pour leurs propriétés plastiques. Leurs formes, leurs couleurs, leurs volumes… permettent de composer. Ce champion du recyclage, non seulement détourne ces fragments du réel, mais il bouleverse l’espace dans lequel il va dresser leur accumulation.
Dada, en Allemagne, est très engagé politiquement, en tous cas beaucoup plus qu’à Zurich. Schwitters ne fut pas admis au Club Dada Hanovre car son travail n’avait pas suffisamment de « portée politique ». Il fait sa révolution esthétique en inventant le mot Merz. Lors d’une de ses collectes, au hasard de ses déambulations urbaines, il trouve un imprimé : Kommerz und Privat Bank, le découpe et ne garde que Merz qu’il déclinera. Un Merzbild est un tableau Merz, des Merzzeichnungen : des dessins Merz… Le Merzbau, quant à lui, est une sculpture protéïforme, une accumulation où se cachent des niches individuelles consacrées à ses amis artistes. Cette colonne de débris et de formes rigoureuses s’élève jusqu’au plafond. Dans les cavités, on trouve, non détournés, la cravate de Théo Van Dœsburg, un crayon de Mies Van der Rohe. Cette construction-support à reliques où l’on peut voir une mèche de cheveux, un dentier, jusqu’à un flacon d’urine, étouffe dans cet appartement de Hanovre. L’artiste veut poursuivre sa « cathédrale érotique », découpe le plafond de la maison familiale, traverse trois étages et occupe au final quatre pièces.
« Ce que nous préparons est une œuvre d’art totale qui se propulse largement au-dessus de toutes les affiches publicitaires 3. » Schwitters se qualifie de Merz tant il se sent habité par son œuvre. Mais quatre de ses Merzbilder font partie de l’exposition de « l’art dégénéré » de 1937. Il fuit l’Allemagne, commence un autre Merzbau en Norvège qu’il est obligé de quitter pour rejoindre l’Angleterre où il entreprendra son troisième Merzbau interrompu par sa mort en 1948. Celui de Hanovre fut bombardé par les armées alliées. Celui de Norvège fut détruit par un incendie accidentel provoqué par des enfants. Celui d’Angleterre, inachevé, fut déplacé, enchâssé. Il est visible au musée de l’université de Newcastle. En 1994, on a pu voir lors de la rétrospective que le musée national d’Art moderne (Paris) lui consacra, la reconstruction de cette œuvre insolente qui accorde à l’artiste tous les droits de tout faire, où il le souhaite, avec les matériaux rencontrés au hasard comme vocabulaire libérateur.
|
|

|
© SCÉRÉN - CNDP Créé en octobre 2005
- Tous droits réservés. Limitation à l'usage
non commercial, privé ou scolaire.
|
|