Mag arts : Paysages fabriqués
Conçu pour les enseignants d'arts plastiques, ce dossier du « Mag arts » propose des informations sélectionnées sur le thème « Paysages fabriqués » : place dans les programmes, pratiques contemporaines de plasticiens et paysagistes, activités au collège et au lycée, lecture du paysage en 6e et sa description littéraire en 1re, sélection commentée d'ouvrages et de sites. Une interview d'Hélène Izembart, paysagiste, Atelier Traverses à Paris, complète le dossier.

Sommaire
 
Éditorial
 
Programmes
 
Parti pris
 
Activités
 
Interdisciplinarité
Collège
Lycée
 
Sélection de références
 
Entretien
 
Éditorial
Dans ce dossier consacré aux « paysages fabriqués », nous avons choisi de traiter la période contemporaine en privilégiant les artistes dont les textes ou œuvres sont consultables en ligne, et surtout en prenant le parti - et c'est un vrai pari - de mettre en parallèle les démarches et les pratiques de plasticiens et de paysagistes.
Outre la place du thème dans les programmes scolaires, vous trouverez dans ce dossier :
• des exemples de réalisations en collège et de pistes pour le lycée dans « Activités » ;
• des suggestions interdisciplinaires : la lecture de paysage en 6e et sa description littéraire en 1re ;
• une liste commentée d'ouvrages et de sites recommandés dans « Sélection de références ».
Puisse ce numéro vous ouvrir de nouvelles perspectives et favoriser les échanges avec vos
élèves.
Programmes
Au collège
Le paysage s'insère dans la problématique plus générale de l'appréhension et de la représentation de l'espace. Le collégien aborde progressivement ces notions, la classe de 4e constituant une étape importante avec, notamment :
– l'espace à deux dimensions avec ses différents codes de représentation ; 
– l'espace à trois dimensions avec l'étude de l'espace architectural et l'intervention sur des sites réels.
Plus globalement, une réflexion sur le paysage et l'environnement peut participer à une éducation à la citoyenneté.
Au lycée
Le thème du paysage s'inscrit particulièrement bien dans la problématique « L’œuvre et le lieu » de la classe de 1re.
En pratique, avec : 
– le lieu figuré et ses représentations bidimensionnelles ou tridimensionnelles de paysage et d'architecture ;
– le lieu comme espace à investir et l'espace réel à transformer par une production ; 
– le lieu imaginé ou construit et la conception de décor, d'espace scénographique et d'image de synthèse.
En théorie, lors de l'approche culturelle fondée sur la pratique artistique : 
– le lieu figuré et l'étude des systèmes perspectifs occidentaux ; 
– le lieu comme espace à investir avec la découverte de l'art des jardins et des pratiques artistiques contemporaines.


Parti pris
Frontières du thème
Aujourd'hui au cœur des préoccupations culturelles, politiques, sociales autant qu'artistiques, le paysage occidental a pourtant vécu un long purgatoire pendant l'époque moderne. Il a suscité un regain d’intérêt dans les années soixante, tandis qu’artistes et architectes s'affranchissaient des théories modernistes. Le paysage occidental fut d'abord un genre pictural au XVe siècle, à l’instar de la perspective. C'est donc la peinture de paysage qui nous a appris à voir les paysages. Comme la perspective, le paysage met le spectateur au centre et à distance de sa construction : sans regard, pas de tableau, pas de paysage. Le géographe Augustin Berque1 parle même d'une forme symbolique du paysage tout comme l'historien de l'art Erwin Panofsky2 pour la perspective, en ce sens où le paysage est le fruit d'une élaboration culturelle. C'est ainsi que la montagne n'est devenue paysage qu'au XVIIIe siècle grâce aux écrivains et aux peintres.
Il est donc fondamental pour l'élève de prendre conscience que tout morceau de nature vu et nommé paysage n'est pas seulement objet de nature mais aussi construction culturelle, invention.
Paysage inventé devient paysage fabriqué quand il est mis en scène par une société dans un but esthétique. Paysage, jardin, aménagement paysager, espace vert, parc : ces lieux ont-ils des points communs ? Jardinier, architecte, paysagiste, peintre, sculpteur : il serait intéressant pour l'élève de mettre en parallèle les pratiques contemporaines des acteurs du paysage et de s'apercevoir parfois de la parenté de leurs approches plastiques.
Plasticien et paysagiste
Parenté graphique d'un jeu de signes entre une droite et des courbes : l'œuvre d'un artiste américain du Land Art, Dennis Oppenheim, et celle d'un paysagiste français, Bernard Lassus. Toutes deux traitent d'un problème de temps : celui très lent de la croissance végétale transposé graphiquement sur le temps conventionnel du fuseau horaire et celui très rapide du déplacement des voitures dans le paysage.

Oeuvre de Dennis Oppenheim
Annual rings 1968, 100 x 75 cm collection privée, Legnano Italie (http://territoiresinoccupes.free.fr).
L'œuvre conservée : documents, photographies, cartes... témoins considérés pour leurs intérêts plastiques.
L'œuvre in situ : le dessin agrandi des anneaux de croissance d'un arbre est creusé dans la neige de part et d'autre d'une rivière qui se trouve à la frontière des deux fuseaux horaires États-Unis / Canada.
Dimension : 46 x 60 m, heure : 13h 30 aux États-Unis / 14h 30 au Canada.

Traitement paysager, Bernard Lassus
Paysagement de l'autoroute A 85 Angers-Tours Cofiroute, Socaso, Scao, 1996. Traitement des reliefs et des plantations, Bernard Lassus, paysagiste (Grand prix du paysage, 1996) (www.bernard-lassus.com).
L'autoroute, comme le TGV génère de nouvelles perceptions, de nouveaux paysages. Pour inventer le paysage de notre temps, il faut abandonner la vision honteuse de l'autoroute et « transformer la balafre en visage et la plaie en paysage », écrit le philosophe Alain Roger3 qui rappelle que, déjà, en 1914, Fernand Léger s'insurgeait contre les défenseurs d'une campagne sans poteaux télégraphiques.


Activités
Un exemple de travail en collège
Au collège Guy-Môquet de Villejuif (94), dans le cadre d'un projet interdisciplinaire, une classe de 4e a travaillé sur les paysages de l'île de Tatihou (Manche). Dans le site, les élèves ont d'abord constitué un relevé du paysage en jouant aux arpenteurs, en dessinant sur le motif et en prenant des photographies. Ils ont senti l'écart entre le paysage mesuré où le corps se meut (l'arpentage) et le paysage représenté (les dessins et les photographies).
Puis, les élèves ont projeté la transformation du site sur des maquettes. Cinq incitations de départ – catastrophe naturelle, période glacière, surpopulation, œuvre d'art, paradis perdu – ont amené les élèves à réfléchir sur la disposition de signes dans le paysage. La taille des maquettes – 100 x 80 cm – a non seulement imposé aux élèves de changer leurs outils habituels et de s'impliquer avec leur corps, mais les a aussi confrontés au problème d'échelle des différents éléments qu'ils disposaient dans le paysage.


Intervention des élèves sur les maquettes préparées par leur professeur d'arts plastiques Bernard Mechtouh

Projet d'intervention sur site réel au lycée
Quel est l'intérêt de travailler à partir d'un site existant plutôt qu'à partir d'une fiction ? Sur le site, l'élève est confronté en vraie grandeur à la complexité du réel et à son enregistrement ; en classe, il se frotte à la représentation de ses idées, au projet. L'élève découvre également la situation de l'artiste qui ne réalise pas lui-même l'œuvre, mais en fournit le projet détaillé :
– soit l'élève choisit un site ; son choix est signifiant et fait déjà partie du travail ;
– soit l'enseignant impose à tous le même site ; on pourra comparer ensuite les différentes approches du même lieu.
Dans son projet, l'élève sera forcément amené à envisager certaines notions et attitudes.

Le point de vue
Comment l'élève a-t-il pris en compte le spectateur ? Il peut lui avoir assigné une vue particulière : cadrage dans la tradition de la veduta ou observatoire dans la tradition du belvédère comme les Observatory de Robert Morris (http://territoiresinoccupes.free.fr/). Beaucoup d'artistes et de paysagistes jouent avec ces deux notions venues de la peinture, comme Robert Smithson qui imposait des lieux particuliers pour voir Spiral Jetty (www.robertsmithson.com/).
Quel point de vue a-t-il choisi pour représenter son projet ? On peut comparer les choix de représentation d'un artiste (http://territoiresinoccupes.free.fr/) avec ceux d'un paysagiste.
L'ordre et le désordre
Quel est le parti pris formel du projet ? Cela peut être un système plus ou moins géométrique comme la trame que l'architecte Bernard Tschumi (www.tschumi.com/) (cliquer sur Bernard Tschumi, puis sur Projects, puis sur Parc de la Villette) a mise en place dans le parc urbain du XXIe siècle à La Villette (www.la-villette.com/). Il peut aussi s'agir de construire un désordre, comme par exemple le projet du paysagiste Gilles Clément (www.nouvellescles.com/) au parc André-Citroën.


Jardin en mouvement de Gilles Clément au parc
André-Citroën (Paris)

Le degré d'intervention
En comparant les différents projets d'élèves, on peut mesurer les écarts d'intervention sur un site, de la transformation radicale comme par exemple avec Double Negative(http://lamar.colostate.edu) de Michael Heizer (deux tranchées de 457 x 15 x 9 m, en 1971, dans le Nevada), à l'œuvre éphémère mais visible depuis la lune avec Running Fence(www.christojeanneclaude.net) de Christo et Jeanne-Claude (40 km de long et 5,40 m de haut installé pendant quinze jours de 1976 en Californie), jusqu'à l'intervention minimale qui révèle les potentialités du site avec l'interview de Michel Corajoud, paysagiste par Philippe Madec (www.madec.net).
Le temps
Comment l'élève prend-il en compte la durée ? Il peut jouer avec la nature éphémère des éléments et l'œuvre a alors une durée de vie limitée comme Gallery Transplant de Dennis Oppenheim (territoiresinoccupes.free.fr).
À l'extrême, la durée peut faire œuvre et correspondre à l'enregistrement d'un processus, ainsi avec A Line Made by Walking de Richard Long (www.richardlong.org).

Vu sur les sites académiques
– Sur le site de l'académie de Strasbourg, vous trouverez une proposition de cours sur « Lieu / paysage / espace bâti » pour le lycée (http://sirius.ac-strasbourg.fr).

1 Interview publiée in Techniques & architecture, n° 40, août-septembre 1992.

Interdisciplinarité
Collège
Géographie : lecture de paysage en classe de 6e
Depuis 1995, l'étude des paysages en classe de 6e remplace l'étude des milieux. Certaines compétences demandées en géographie sont les mêmes qu'en arts plastiques : savoir observer et décrire, maîtriser un vocabulaire de base : premier plan, vues, rythme, texture (les mots se souviennent que l'art a précédé le paysage), maîtriser la représentation de l'espace.
En ligne
- Le site de l'académie d'Aix-Marseille(http://pedagogie.ac-aix-marseille.fr) donne des repères pédagogiques concernant l'enseignement des paysages en classe de 6e.
- Le site imagesmag(www.imagesmag.net) propose un jeu qui consiste à trouver de quelle région provient le paysage de la carte postale mystère envoyée par une classe. Pour jouer, l'enseignant d'école élémentaire ou de collège doit inscrire sa classe.

Pour l'élève, il est aussi essentiel de comprendre que la lecture se fait par son regard et le filtre de sa culture ; il lit le paysage avec ses références et le danger du stéréotype le guette (de nombreux collégiens représentent le bonheur paradisiaque sous la forme de l'île au palmier médiatisée par la publicité). La question préliminaire « qu'est-ce qu'un beau paysage ? » peut lui révéler toute la subjectivité de sa perception et les références implicites faites à la peinture, la photographie, le tourisme, les médias. Il s'agit aussi d'aider l'élève citoyen à savoir penser l'espace dans lequel il vit.


Planche concours, Atelier Traverses (Paris)

Recette pour un beau paysage selon le soldat

L'esthétique rencontre encore la géographie quand on apprend avec le géographe Yves Lacoste l'équivalence entre beau paysage et paysage adapté à la guerre. Étrangement, un bon champ de manœuvres et un paysage digne de figurer dans un guide touristique ont des caractéristiques communes : une hauteur pour voir loin et des espaces masqués pour se cacher.

Yves Lacoste, La géographie, ça sert d'abord à faire la guerre, Paris, Maspéro, 1976.
Lycée
Français : description littéraire, peinture et paysage en classe de 1re
Au lycée, la mise en relation de peintures, de textes et de créations de paysages permettrait à l'élève de saisir d'une part qu'il existe des correspondances entre les arts et, d'autre part que l'homme révèle son rapport à la nature par ses productions artistiques.

En ligne
– Le site du CRDP (www.ac-montpellier.fr) de l'académie de Montpellier propose des études de paysages à faire en classe à partir d’œuvres littéraires (les textes ne sont pas proposés en ligne) : Frankenstein de Mary Shelley, la campagne romaine vue par de Brosses et Chateaubriand, les soleils de Hugo à Ponge, Une partie de campagne de Guy de Maupassant... Vous trouverez aussi des analyses pertinentes sur le paysage en peinture (Cézanne) et au cinéma (le western).
– La revue Balise (www.ac-poitiers.fr) du site de l'académie de Poitiers offre un intéressant panorama sur l'histoire de la représentation du paysage.
– Le site de la Fondation Berger (www.bergerfoundation.ch) propose une brève histoire des jardins de la Renaissance.

À notre époque où l'interdisciplinarité est de mise, il est bon de pointer avec les élève les échanges fructueux qu'ont entretenus les arts fondés sur la représentation au XVIIIe siècle : les sœurs jumelles poésie et peinture et leur petit frère oublié, l'art des jardins. Souvent, c'est la nature qui imite l'art.
– Textes à l'origine de création de paysages (Le Paradis perdu de Milton, traduit par Chateaubriand, modèle pour les paysagistes français).
– Textes inspirés par des paysages nouvellement inventés (le paysage montagneux du Valais décrit dans la Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau).
– Paysages réaménagés d'après des peintures (la campagne anglaise recréée par le paysagiste Capability Brown inspiré par Claude Gellée).
– Paysages créés par l'homme, propres à inspirer les peintres (dédié au philosophe Jean-Jacques Rousseau, Ermenonville, peint par Hubert Robert et Fragonard).


Planche concours, Atelier Traverses (Paris)


Recette pour un beau paysage à la Claude Gellée selon Kenneth Clark

– 1 coulisse sombre dont l'ombre s'étend au premier plan,
– 1 plan intermédiaire avec un long motif central comme par exemple un groupe d'arbres,
– 2 autres plans s'étageant l'un derrière l'autre,
– 1 dernier plan lointain et lumineux.
Ponts, rivières, troupeaux doivent permettre à l'œil de passer d'un plan à l'autre.

D’après Kenneth Clark, Le paysage dans l'art, Paris, rééd. Gérard Monfort, 1988.

Sélection de références
Bibliographie
Des nombreux ouvrages traitant du paysage, cette sélection succincte a retenu surtout ceux faisant état de pratiques d'artistes et de paysagistes : en fait, trois livres avec photographies – ceux de Colette Garraud et Gilles A. Tiberghien - abordent surtout le travail de plasticiens ; les trois autres livres, recueils de textes théoriques, mêlent différents champs disciplinaires dont « l'artistique et le non-artistique » pour le bonheur d'une réflexion foisonnante sur le paysage.
GARRAUD Colette, L’idée de nature dans l’art contemporain, Paris, éd. Flammarion, 1994.
L’auteur aborde des thématiques - l’observatoire, la disparition, l’éphémère, etc. - puis propose de courtes monographies de différents artistes dont Walter De Maria, Ian Hamilton Finlay, Hamish Fulton, Paul-Armand Gette, Richard Long.

LE DANTEC Jean-Pierre, Jardins et paysages, éd. Larousse, 1996.
Cent textes essentiels de l’Antiquité à nos jours sur la question du jardin et du paysage. Des textes synthétiques de l’auteur introduisent sept grandes époques : Antiquité, Renaissance, Baroque, Lumières, XIXe siècle, Modernité, époque contemporaine.

MOSSER Monique, NYS Philippe, Le jardin, art et lieu de mémoire, éd. L’imprimeur, 1995.
Regards croisés entre philosophes, artistes et historiens de l’art et des techniques, ces textes sont le fruit de la réflexion d’un colloque qui a eu lieu au centre d’Art de Vassivière-en-Limousin. Le chapitre traitant de l’époque contemporaine, avec, entre autres, des communications de Stephan Bann sur la carte et de Guy Tortosa sur les jardins minimaux, est particulièrement riche parce qu’il envisage globalement les démarches d’artistes et de paysagistes.

ROGER Alain, La théorie du paysage en France (1974-1994), éd. Champ Vallon, 1995.
Véritable bible, cette anthologie rassemble une trentaine de textes de géographes, sociologues, paysagistes, plasticiens, philosophes qui, depuis vingt ans, nourrissent une réflexion sur le paysage. Homogène, cet ouvrage a aussi l’avantage de rendre accessibles des textes parus dans des revues spécialisées et disciplinaires.

TIBERGHIEN Gilles A., Land Art, éd. Carré, 1993.
Le livre de référence sur le Land Art, commenté sur le site de l’INRA cité plus loin.

TIBERGHIEN Gilles A., Nature, Art, Paysage, éd. Actes Sud / École nationale supérieure du Paysage / Centre du Paysage, 2001.
Dans cet essai d’esthétique et d’histoire de l’art à l’iconographie fort belle, l’auteur poursuit sa réflexion menée précédemment sur le Land Art et l’élargit aux pratiques contemporaines d’artistes dans la nature. Parmi les thèmes abordés : le Land Art et les cartes, Robert Smithson et le pittoresque, le sentiment anglais du paysage, écologie et art.

Documents édités par le CNDP
Collection « Actualités des arts plastiques » :
- Métamorphoses de la sculpture au XX siècle.
- Jardins et peinture.
- Jardins de Chine et du Japon, conception et organisation de l'espace.
Revue Textes et documents pour la classe (TDC) :
- n° 816 : La sculpture dans la ville au XXe siècle : création et citoyenneté.
- n° 738 : Le paysage, décor ou enjeu.
Sites recommandés
Territoires inoccupés(http://territoiresinoccupes.free.fr) est un site dédié aux artistes du Land Art. A consulter pour son iconographie, il offre aussi des textes de qualité et notamment une interview de Michael Heizer, de Dennis Oppenheim et de Robert Smithson.

Le courrier de l'environnement de l'INRA(www.inra.fr) a consacré, à l'occasion de la sortie du livre de Gilles A. Tiberghien sur le Land Art douze pages à l'analyse du contexte d'apparition de ce mouvement américain autour de la question de la fin de la théorie moderniste et de la réaction postmoderne.

Colloque « Le jardin et la nature dans la cité »(http://patrimoine.saline.free.fr), organisé en juin 2001 par la mission architecture du centre culturel de la Saline Royale. Pour chacune des trois tables rondes (le jardin comme enjeu public, usages sociaux et citoyenneté du jardin, politiques vertes urbaines), un résumé succinct des interventions est proposé. La publication des actes est en cours d’élaboration.

Les Jardins de Valloires(www.jardins-de-valloires.com) ont été réalisés autour d'une abbaye en 1987 par le paysagiste Gilles Clément. Le site propose une visite virtuelle des jardins conçus dans les contraintes administratives et esthétiques d'un lieu historique fort.

Les Jardins de Le Nôtre(www.lenotre.culture.gouv.fr) sont présentés sur ce beau site qui propose plans et photos de sept jardins du paysagiste.

École du Paysage de Versailles(www.versailles.ecole-paysage.fr) présente une formation aux métiers du paysage, décrit les thématiques abordés dans les ateliers des étudiants de 4e année. On peut interroger le fonds documentaire spécialisé dans le paysage.
Entretien
Une interview d’Hélène Izembart, paysagiste, Atelier Traverses (Paris)
Le jardin de Tatihou a été conçu par Hélène Izembart, paysagiste, et Bertrand Le Boudec, architecte, assistés de Véronique Pellissier, Dick Kerckvliet, et Arnaud Behiels. Il est ouvert au public depuis juin 1997.

Pouvez-vous nous présenter la commande de ce projet ?
La commande émanait du conseil général de la Manche par voie de concours. Nous étions mis en concurrence avec quatre autres équipes choisies au préalable par le maître d’ouvrage. Le programme, on ne peut plus succinct, tenait en quelques lignes : créer un jardin maritime sur un terrain de trois hectares situé sur l’île de Tatihou, y prévoir une aire pour installer un chapiteau de concert en été, un tennis et surtout « paysager » les 5 000 m2 de gravats présents sur le site. On savait que l’île recevait du public et que l’enveloppe globale du projet tournait autour de trois millions de francs pour trois hectares, soit 100 francs le m2, un budget trois à cinq fois inférieur à celui d’ordinaire accordé à ce type de programme.
Voilà pour la demande. C’était l’été 1995 ; nous étions une jeune équipe. Nous sommes allés sur le site, l’île nous a plu. C’est un site magnifique, sauvage et riche de plusieurs patrimoines. Face aux équipes concurrentes, des agences connues et reconnues, notre seule chance était de nous investir sans limite pour saisir cette opportunité. Mi-novembre, nous avons appris que le maître d’ouvrage nous avait choisis.

Quelles ont été les grandes étapes ?
Les étapes du projet correspondent aux grandes questions que nous nous sommes posées afin de répondre au site : des questions de forme et de tracés du jardin, des questions de fond sur les usages de ce jardin.
Tout d’abord, le jardin s’inscrit dans l’enclos d’un lazaret (hôpital de mise en quarantaine pour les équipages de bateaux). Il a ensuite servi de caserne, d’aérium, puis de centre de rééducation pour enfants délinquants. Ce lazaret, succession de cours et de murs, était rectangulaire à l’origine mais comme un réglement du XIXe siècle a imposé à tous les lazarets une forme carrée, celui-ci a été entouré d’une muraille de granit afin de lui donner la forme conventionnelle. C’est dans la moitié vide de ce carré, devenue une décharge de gravats, que s’inscrivait notre intervention.
Le lieu est donc historiquement marqué par l’aspect sanitaire du lazaret et par le caractère militaire de l’île avec ses vestiges de fort et ses réserves de poudrières. Visuellement, c’est un sentiment d’horizontalité, de volonté de géométrie, d’orthogonalité qui domine, accentué par l’unité des matériaux.
La caserne, l’hôpital de mise en quarantaine, le centre de rééducation sont des lieux d’enfermement. Cette idée prégnante, associée à l’aspect nu de l’île, nous a impressionnés et nous tenions à la conserver dans notre projet.
Les trois questions qui ont jalonné notre réflexion étaient les suivantes :
- « Sur quels tracés peut-on s’appuyer pour composer le jardin ? »
Nous avons repris la tradition maritime des amers (points remarquables de la côte qui aident les marins à se diriger, notamment par un système d’alignement) en envisageant de nous servir de la tour Vauban ou de l’église de Réville comme points de repère pour orienter les perspectives. Nous avons finalement décidé de poursuivre les tracés du lazaret pour recréer un entre-deux avec des talus : de cette façon, nous conservions l’idée d’enfermement. En créant ces talus, en continuité avec les murs du lazaret, nous utilisions la plupart des gravats, comme autant d’abris pour la végétation à venir. Pour relier les deux parties essentielles de l’île, l’enclos civil et l’enclos militaire, nous nous sommes servis de la tour Vauban comme point de repère pour tracer une vue perspective depuis l’entrée, établissant un lien entre l’horizontalité du lazaret et la ponctuation verticale de la tour au loin. Pour traduire cette perspective, un fossé de roseaux dessine l’unique diagonale dans le tracé orthogonal du jardin.
- « Conserve-t-on la silhouette plate de l’île vue de loin ? »
Nous avons pris le parti de conserver la silhouette de l’île et les talus créés ne dépassent pas les murs d’enceinte du lazaret.
- « Y a-t-il une tradition du jardin sur l’île ? »
Dans une logique insulaire autarcique, renforcée par la présence du lazaret, on entretenait des potagers à Tatihou, ce qui nous a incités à nous inscrire aussi dans cette tradition. Nous avons donc retenu le thème du potager et des simples.
À la commande de jardin maritime utilisant la flore spécifique de la Manche, nous tenions aussi, dans notre réponse au programme, à communiquer au public les caractères spécifiques de cette flore. Dans ce but, nous avons cherché à composer le jardin en suivant des itinéraires, comme le passage de la plante sauvage à la plante cultivée, la défense de la végétation par rapport au milieu particulier qu’est le littoral. Chacune des différentes adaptations des plantes face à la sécheresse a fait l’objet d’un petit jardin. Neuf jardins thématiques au total ont été proposés : le jardin des racines profondes, le jardin des plantes tapissantes, le jardin des plantes duveteuses, etc.
Toujours dans l’idée de communiquer les caractères spécifiques de cette flore, nous avons voulu montrer l’étagement de la végétation par rapport à la mer. Nous avons recréé des dunes et recomposé à petite échelle les étapes de végétation du bord de mer. En aucun cas, il ne s’est agi de refaire ce qui existe déjà à l’état naturel, mais plutôt d’un exercice de style, que l’on pourrait dire pédagogique. La roselière, au centre du jardin, a également été conçue en tenant compte de cette logique d’étagement de la végétation : elle sert à recueillir l’eau du terrain assurant ainsi une fonction d’assainissement.
La demande d’une aire pour chapiteaux était contraignante car cet espace devait être accessible à des semi-remorques : elle a donc imposé une voirie très large. De plus, l’aire appelée « jardin mobile » stérilisait tout un espace, sans végétation ni même gazon. Nous avons proposé au maître d’ouvrage un revêtement en coquillages brisés s’harmonisant avec le site.
Finalement, il nous a paru essentiel de ne pas saturer l’espace du jardin maritime et de laisser place à des respirations : une succession de « Chambres vides », bloquées entre le talus et le mur d’enceinte. Le respect pour la logique d’enfermement de ces espaces ne nous a pas privés de possibilités d’innovation, d’échange et d’expérimentation. Nous aurions aimé qu’y naissent des petits jardins éphémères et périodiquement renouvelés à l’occasion d’un festival, comme celui de Chaumont-sur-Loire par exemple. Malheureusement cela ne s’est pas fait…


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Planches de concours et photo du jardin


Justement, à propos du hiatus entre projet et réalisation, le jardin tel qu’il est actuellement correspond-il à ce que vous aviez imaginé ?
Jusqu’à maintenant, nous avons surtout parlé d’idées, de projet. Le chantier et ses aléas ramènent vite à la réalité du terrain. Il faut bien être conscient que tout projet est le fruit du travail de trois types d’acteurs :
- le maître d’ouvrage, qui définit le programme et fixe les budgets. Il doit bien préciser la demande et évaluer les coûts de la réalisation et d’entretien futur du jardin ;
- le maître d’œuvre, paysagiste ou architecte qui conçoit le projet ;
- les entreprises qui réalisent le chantier et auxquelles le maître d’œuvre remet un dossier d’exécution très précis.
Si l’un de ces trois maillons est défaillant, le projet peut déraper. Quatre entreprises sur cinq ont fait un travail remarquable. Nous sommes beaucoup plus réservés sur l’attitude du maître d’ouvrage et sur le comportement de la dernière entreprise.
Les aléas « naturels » sont tout aussi redoutables : à peine commencé, le chantier a été interrompu pour fouilles archéologiques pendant six mois. Notre jardin s’inscrivait dans des tracés datant du XVIIe et du XIXe siècles, eux-mêmes inscrits dans des tracés beaucoup plus anciens : des traces d’occupation humaine de l’âge de fer et de l’âge du bronze ont en effet été retrouvées.
Quand le feu vert a été donné pour enfin reprendre le chantier, il a été aussitôt stoppé pour cause d’intempéries !
Ensuite, ce furent les dégâts provoqués par les animaux de l’île : les mouettes ont dévasté les plantes de la roselière que nous avions créée car elles y trouvaient le seul point d’eau douce de l’île. Les lapins, malgré nos précautions, ont fini par réinvestir le lieu et par y creuser leurs galeries. Même les moutons du conseil général, laissés sans surveillance, nous ont perturbés.
Bien sûr, une fois le chantier terminé, le jardin n’est pas pour autant fini, au contraire d’un bâtiment livré : il faut plusieurs années pour qu’il se mette véritablement en place. Même si nous avons pensé à regrouper les plantations, le jardin nécessite beaucoup d’entretien, ce qui constitue une difficulté pour le maître d’ouvrage.
Mais la plus grande déception concernant ce projet, c’est que nous avions travaillé à la communication des thématiques des plantes maritimes afin de mener un véritable travail de sensibilisation, ce qui était un des objectifs de ce jardin. Malheureusement, la signalétique mise en place ultérieurement n’est qu’une caricature de nos propositions.
J’aimerais conclure en insistant sur le fait que, lorsqu’on élabore un projet de jardin, il ne s’agit pas d’un objet posé sur le site et qui se suffit à lui-même. C’est un projet vivant, qui entre en relation avec tout l’environnement. Un jardin, c’est un équilibre en mouvement.

 
© SCÉRÉN - CNDP
Créé en octobre 2001 - Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire.