Frontières du thème Aujourd'hui au cœur des préoccupations culturelles, politiques, sociales autant qu'artistiques, le paysage occidental a pourtant vécu un long purgatoire pendant l'époque moderne. Il a suscité un regain d’intérêt dans les années soixante, tandis qu’artistes et architectes s'affranchissaient des théories modernistes. Le paysage occidental fut d'abord un genre pictural au XVe siècle, à l’instar de la perspective. C'est donc la peinture de paysage qui nous a appris à voir les paysages. Comme la perspective, le paysage met le spectateur au centre et à distance de sa construction : sans regard, pas de tableau, pas de paysage. Le géographe Augustin Berque1 parle même d'une forme symbolique du paysage tout comme l'historien de l'art Erwin Panofsky2 pour la perspective, en ce sens où le paysage est le fruit d'une élaboration culturelle. C'est ainsi que la montagne n'est devenue paysage qu'au XVIIIe siècle grâce aux écrivains et aux peintres. Il est donc fondamental pour l'élève de prendre conscience que tout morceau de nature vu et nommé paysage n'est pas seulement objet de nature mais aussi construction culturelle, invention. Paysage inventé devient paysage fabriqué quand il est mis en scène par une société dans un but esthétique. Paysage, jardin, aménagement paysager, espace vert, parc : ces lieux ont-ils des points communs ? Jardinier, architecte, paysagiste, peintre, sculpteur : il serait intéressant pour l'élève de mettre en parallèle les pratiques contemporaines des acteurs du paysage et de s'apercevoir parfois de la parenté de leurs approches plastiques.
Plasticien et paysagiste Parenté graphique d'un jeu de signes entre une droite et des courbes : l'œuvre d'un artiste américain du Land Art, Dennis Oppenheim, et celle d'un paysagiste français, Bernard Lassus. Toutes deux traitent d'un problème de temps : celui très lent de la croissance végétale transposé graphiquement sur le temps conventionnel du fuseau horaire et celui très rapide du déplacement des voitures dans le paysage.
Oeuvre de Dennis Oppenheim Annual rings 1968, 100 x 75 cm collection privée, Legnano Italie (http://territoiresinoccupes.free.fr). L'œuvre conservée : documents, photographies, cartes... témoins considérés pour leurs intérêts plastiques. L'œuvre in situ : le dessin agrandi des anneaux de croissance d'un arbre est creusé dans la neige de part et d'autre d'une rivière qui se trouve à la frontière des deux fuseaux horaires États-Unis / Canada. Dimension : 46 x 60 m, heure : 13h 30 aux États-Unis / 14h 30 au Canada.
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Traitement paysager, Bernard Lassus Paysagement de l'autoroute A 85 Angers-Tours Cofiroute, Socaso, Scao, 1996. Traitement des reliefs et des plantations, Bernard Lassus, paysagiste (Grand prix du paysage, 1996) (www.bernard-lassus.com). L'autoroute, comme le TGV génère de nouvelles perceptions, de nouveaux paysages. Pour inventer le paysage de notre temps, il faut abandonner la vision honteuse de l'autoroute et « transformer la balafre en visage et la plaie en paysage », écrit le philosophe Alain Roger3 qui rappelle que, déjà, en 1914, Fernand Léger s'insurgeait contre les défenseurs d'une campagne sans poteaux télégraphiques.
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