Théorie et expérience
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Toute manipulation est-elle expérience ?


Depuis quelques années, on pratique une manipulation en classe de sciences de la Vie et de la Terre qui consiste à récupérer l'ADN d'une cellule et à l'isoler pour le rendre visible. À l'issue de ces travaux pratiques, on distingue effectivement, baignant dans un liquide, une mince poussière. Cette manipulation est appelée « mise en évidence de l'ADN » et elle peut parfois être comprise, de la part des élèves, comme une expérience.

Il peut être intéressant de revenir sur ce moment de travaux pratiques avec les élèves (de section S, les autres n'ont pas forcément vu cette manipulation), d'une part parce qu'il s'agit d'une étape du cours de biologie qui aura la plupart du temps marqué les esprits et d'autre part  et surtout  parce que les élèves risquent de l'avoir pris pour une expérience scientifique. Or, il n'en rien, et ce peut être l'occasion d'analyser le sens d'une expérience scientifique.

Ici, en effet, rien n'est expérimenté. Il suffit, pour s'en convaincre de se poser la question suivante : qu'est-ce qui est mis en évidence dans ce procédé ? À proprement parler, rien. Il ne s'agit que de donner à voir une macromolécule. Le résultat de ladite « expérience » ne permet ni d'infirmer ni de confirmer une quelconque hypothèse.
  • Soit, en effet, nous apercevons ce que nous cherchions de toute manière à voir.
  • Soit nous ne distinguons rien et, dans ce cas, il nous faut conclure que la manipulation a échoué et que nous n'avons pas été assez précautionneux.
En aucun cas on ne vérifie une théorie ou l'élément d'une théorie, pas plus que l'on ne montre l'existence d'une propriété.

On pourra ainsi mieux cerner les critères de scientificité de l'expérience. D'une part elle se doit d'être construite à partir d'une série d'hypothèses ou d'une théorie complète, d'autre part elle doit pouvoir, en fonction de son issue, permettre l'énoncé d'un verdict au sujet de ces hypothèses.

En outre, pour mettre en évidence l'ADN, vérifier la présence de la molécule à l'intérieur des cellules vivantes ne sert à rien. Ce qui intéresse le biologiste, ce n'est pas la présence de ce corps, mais sa fonction, sa structure, son mode de réplication en tant que support de l'hérédité de l'individu.

Pour en savoir plus
On pourra, à titre d'exemple de construction d'expérience en biologie, étudier le récit des travaux d'Ignace Semmelweis sur la transmission de la fièvre puerpérale que donne C. G. Hempel dans Éléments d'épistémologie, A. Colin, 1972, p. 5 sq. On y trouvera l'exposé du jeu d'infirmations et de confirmations successives qui mène à l'élaboration d'une théorie. Et on pourra, ce faisant, constater que l'élaboration de la connaissance scientifique est le produit d'un incessant va-et-vient et d'une coopération étroite entre théorie et expérience.

On peut aussi étudier l'exposé du raisonnement de Harvey qui l'a mené à la description et à l'explication de la circulation sanguine : Harvey, « Considérations anatomiques sur le mouvement du cœur et du sang chez les animaux » (1628) dans Introduction à l'histoire des sciences, tome I, Hachette, 1970, p. 149.

 
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Créé en Octobre 2001. Actualisé en février 2007 - Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire.