Théorie et expérience
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Une conception, largement partagée, fait de la théorie une simple copie de la réalité, un discours qui redit, certes dans un cadre plus formel, ce que l'expérience commune avait déjà perçu. Réduire ainsi la notion de théorie à sa seule dimension descriptive tout comme si la théorie ne faisait que mettre de l'ordre dans ce qui s'offre originairement, simplement et immédiatement à la sensibilité  c'est en faire un rapport, un procès-verbal de l'expérience, laquelle emporte ainsi tout le mérite de l'accroissement de la connaissance.

Cette acception, limitée et certainement erronée, de la théorie est très souvent celle qui est retenue par les élèves. On peut y voir plusieurs raisons.

D'abord, dans le cadre d'une pensée réaliste naïve, la chose elle-même et en elle-même est perçue, la présence de la chose est immédiate. La théorie ne peut donc qu'être le discours décrivant et formalisant l'expérience sensible qui est pure réception, ou intuition, du réel. Il convient donc, au préalable ou à l'occasion de ce chapitre du cours, d'introduire à la notion de phénomène, en tant que ce qui apparaît dans les cadres a priori de l'intuition sensible, et par ce biais à la distinction entre réalisme et idéalisme1.

De plus, la position d'élève conforte cette vision de la théorie dans la mesure où la science telle qu'elle se présente dans les manuels, et dans toute présentation pédagogique, ne fait pas de cas des tâtonnements, des échecs, des modélisations successives pour rendre raison du même phénomène. La théorie est déjà présente et ce n'est pas l'élève qui la construit. De la même manière l'expérience qui lui est proposée dans les travaux pratiques n'est pas à proprement parler une expérience scientifique (pour vérifier ou falsifier une théorie), elle n'est qu'une manière de visualiser, de constater ce que la théorie a enseigné2.

Enfin, la théorie est souvent comprise comme pure abstraction l'acception péjorative de l'adjectif « théorique » le rapproche même d'« utopique » ou « farfelu » tandis que l'expérience relèverait du concret (qui resterait bien sûr à définir mais le propre de ce genre de partage opérée par la pensée commune est d'éviter de donner les définitions nécessaires à une bonne compréhension du propos et le terme « concret » renvoie le plus souvent à ce qui est simple, véridique, voire rassurant). Dès lors, théorie et expérience sont pensées comme radicalement séparées, parfois même indépendantes. Ce partage empêche de penser la coopération étroite entre théorie et expérience dans la constitution de la connaissance.

Il est donc important de montrer que l'expérience scientifique qu'il faudra différencier de l'expérience immédiate, de l'expérience telle qu'on l'entend habituellement, c'est-à-dire comme vécue est aussi une construction théorique, qu'elle est a priori déterminée, non seulement par les cadres formels de la sensibilité et de l'entendement, mais aussi par la culture scientifique de celui qui la mène, que la notion de fait brut est problématique et parfaitement critiquable, que la théorie peut aller à l'encontre de l'expérience immédiate et qu'elle seule peut contribuer, au-delà de l'opinion et du constat, à l'élaboration d'une connaissance scientifique.

Précisons enfin que le nouveau programme (en vigueur à la rentrée 2001) devrait remplacer cette entrée dans la liste de notions par les couples suivants :
la raison et l'expérience (pour les sections ES et S) ;
la raison et le sensible (pour la section L).

Cette reformulation souligne les enjeux généraux de cette partie du cours. À travers l'étude de la formation des concepts scientifiques, l'examen des critères de validité des théories, l'appréciation du rôle de l'expérimentation dans le travail scientifique, ce chapitre permettra d'introduire aux différentes théories de la connaissance et à leur examen critique. Il s'agira en définitive d'éclaircir les conditions de possibilité d'appréhension, de formalisation et de compréhension du réel tout en interrogeant l'intelligibilité en droit du réel.

Les activités interdisciplinaires proposées ont pour but d'aider, en mettant à contribution les savoirs acquis dans d'autres disciplines, à la mise en place des problématiques énoncées.


 
© SCÉRÉN - CNDP
Créé en Octobre 2001. Actualisé en février 2007 - Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire.