Spécial Claude Lévi-Strauss

Sommaire
 
Éditorial
 
Portrait
Un portrait intellectuel
 
Articles
Lévi-Strauss, la vie de la pensée
Une lecture historique
Et je dis avec Poussin...
 
Présentation d'ouvrages
Claude Lévi-Strauss : Œuvres
Claude Lévi-Strauss, l'homme au regard éloigné
 
Sélection de références
Bibliographie
DVD : Penser avec Lévi-Strauss
Revues / Blogs
Sites
 
L'entretien
Frédéric Keck
 
Éditorial
Dans le courant de l’année 2008, de nombreux ouvrages viennent d’être dédiés et une kyrielle de manifestations organisées en vue de commémorer le centenaire de Claude Lévi-Strauss. L‘équipe du Mag se devait elle aussi de se replonger dans l’œuvre foisonnante de cet étrange explorateur de formes de pensée à la fois si éloignées et si proches, si jeunes et si ancestrales… En conséquence de quoi nous avons rouvert et redécouvert les passages émouvants de Tristes Tropiques que nous avions lus jeunes étudiants, ainsi que quelques extraits des chapitres majeurs des Structures et des Mythologiques qui ont tenu en haleine et fait appréhender à toute une génération intellectuelle – même si c’était parfois d’assez loin – un peu du structuralisme naissant et triomphant du milieu du XXe siècle. Voilà donc qu’à ce jour une bonne partie de l’immense œuvre de cet anthropologue – qui déclarait par ailleurs « haïr les exlorateurs et les voyages » – devient accessible et regroupée notamment dans un volume de la prestigieuse édition de la Pléiade, modestement intitulé Œuvres plutôt qu’Œuvre complète (la totalité de la production de Lévi-Strauss ne figurant pas – loin de là – dans ce seul volume). De même nous découvrions une actualité éditoriale riche de nombreux ouvrages critiques sur Lévi-Strauss, mettant particulièrement l’accent sur les apports novateurs et l’originalité de cette pensée à la fois érudite et « naïve ». Certains même clarifient de façon décisive les relations nombreuses et fondatrices de Lévi-Strauss avec sa formation philosophique d‘origine ainsi qu’avec quelques-uns de ses principaux contemporains (Barthes, Lacan, Althusser, bref un certain carré magique du structuralisme même si la place de Sartre reste grande). Au total les publications et manifestations ont été en si grand nombre qu’il nous a paru vain de vouloir les recenser et visiter de façon exhaustive. Nous avons donc pris le parti dans ce numéro de privilégier quelques angles d’approche thématique de cette pensée ambivalente, aussi friande de curiosités et de singularité qu’avide de rationalité et d’universel. Nous avons mis en perspective le parcours de la pensée de Lévi-Strauss par rapport à son siècle. Son itinéraire personnel d’intellectuel nous a été restitué dans un témoignage intellectuel et réflexif émouvant par Catherine Clément qui a bien connu et travaillé aux côtés de l’homme et du savant. De même nous avons grâce à Jean-Jacques Sarfati, philosophe et juriste à la fois, pu suivre les méandres de la façon singulière dont Claude Lévi-Strauss pense la question du droit dans son œuvre. Sylvie Taussig s’est attelée à la relecture du Lévi-Strauss esthète et fin lettré dix-septiémiste, celui notamment qui cheminait avec le Nicolas Poussin des Bergers d’Arcadie. Notre portrait intellectuel de Lévi-Strauss s’est voulu délibéremment un tant soit peu polémique pour rompre avec le regard consensuel médusé sur la grandeur de l’œuvre. Il a donc pris le parti d’en retracer aussi une certaine nostalgie et d’en montrer les hésitations, ou si l’on peut dire les fragilités. C’est que l’œuvre de Lévi-Strauss, tout immense qu’elle est, demande à être saisie comme représentante d’un symptôme à la fois historique et civilisationnel, ligne de fracture qui court entre les si célèbres oppositions tout entières à l’œuvre dans le corpus lévi-straussien : l’enfant et l’adulte, le cru et le cuit, le chaud et le froid, l’archaïque et l’avancé, le proche et le lointain. Il y a une proximité de plus à relever avec Jean-Jacques Rousseau, c’est celle d’un commun dilemme au sujet d’un bon sauvage, revisité chez Lévi-Strauss à l’aune de la linguistique et du structuralisme, du marxisme, de la psychanalyse. Il y a une tension qui traverse l’œuvre de part en part qui est celle d’un regard dépressif de tendresse, d’une lucidité qui en effet aura su – non sans souffrance – relativiser l’aura qu’un certain occident ayant pourtant perdu ses marques n’a toujours de cesse de vouloir continuer à s’attribuer. En plus de ce portrait intellectuel et polémique et des éléments bibliographiques, des sites et de la revue des revues que nous proposons dans ce dossier, nous complétons ce numéro 23 par une interview de Frédéric Keck, philosophe, chargé de recherche au Groupe de sociologie politique et morale (CNRS-EHESS), auteur notamment de Claude Lévi-Strauss, une introduction et un des principaux collaborateurs du volume de la Pléiade.
Avec un peu de retard mais en toute sincérité et dans un mélange d’admiration, de respect et de gratitude, tout le Mag Philo et nous l’espérons tous ses lecteurs s’unissent pour vous souhaiter, cher Claude Lévi-Strauss, un très heureux anniversaire pour vos cent ans et au-delà !
 
Gilles Behnam, pour le Mag philo
 
Portrait
Un portrait intellectuel
En reprenant une opposition dressée par Lévi-Strauss lui-même à propos des « sociétés chaudes » et des « sociétés froides », nous pourrions dire que parmi les couples d’opposés qui structurent son œuvre se trouve justement celui entre le froid du structuralisme qu’il fonde, positivité, impersonnalité, désir d’invariant, et le chaud de Tristes Tropiques, confession personnelle désenchantée. Or, la célébrité de Lévi-Strauss vient justement du fait que son œuvre souffle le chaud et le froid, célébrité fondée tout autant sur le concept ou slogan de structuralisme que sur Tristes Tropiques, et c’est aux deux pôles qu’il faut tenter de figurer sa personnalité intellectuelle, comme si elle était affectée d’un certain déséquilibre, entre le froid voulu et prétendu et le chaud qui l’anime, que le froid voudrait glacer et anéantir sans jamais y parvenir.
On sait que cette opposition, dans la théorie de Lévi-Strauss, concerne les sociétés qui, tout en étant dans l’histoire, ont une sagesse propre qui consiste à éviter, par des procédés divers, l’irruption de l’histoire en elles, à conjurer les sortilèges de l’histoire, alors que nos sociétés sont livrées au paradoxe de l’histoire, à ce cauchemar dont Joyce disait qu’il essayait de s’en éveiller. Or, la volonté froide de dégager des structures cherche, au niveau de nos sociétés, en les ramenant à de plus primitives, à se lancer dans la même tentative de conjuration contre l’histoire, et exprime sur le plan intellectuel ce qu’exprime la sympathie chaude pour les sociétés anti-historiques. Au fond, il s’agit là d’une tentative exactement contraire à celle de Marx, ou de Nietzsche : constatant que nous sommes irrémédiablement dans l’histoire, et qu’ainsi, malgré tout ce que prétendent les sociétés modernes depuis les Lumières, nous avons perdu le contrôle – même illusoire – des sociétés traditionnelles, il s’agit, sans nier l’histoire, mais à travers elle, de retrouver la possibilité d’une direction – on peut certes ensuite s’interroger encore plus radicalement sur ce souci de direction de l’histoire. Chez Lévi-Strauss, c’est bel et bien une fuite, exprimée dans le brûlant de l’aveu, ou dans le froid de la structure – fuite des catastrophes historiques du XXe siècle qui se fonde sur la volonté de reprendre à son compte le cours de l’histoire.
Comme si la volonté de structure était une tentative de maîtrise de l’affect d’angoisse devant l’histoire, la modernité ou le XXe siècle, et comme si cette trop forte tension affective était condamnée à la rechute dans l’aveu qui ponctue la carrière de Lévi-Strauss, jusque très récemment. Il y a ainsi un certain côté, ni enfant ni adulte, mais plutôt adolescent, ou virginal, dans cette volonté théorique farouche de dominer un problème qui est d’ordre affectif, et ne pourrait se dominer qu’en étant d’abord ramené à ses causes : pourquoi le sentiment d’étrangeté à la société occidentale moderne, pourquoi l’angoisse devant l’histoire, d’où vient tout cela ? Il est possible que cet affect soit le point de départ des philosophies les plus riches, mais on ne peut nous ôter le sentiment tenace que, chez Lévi-Strauss, ce problème ou ces questions sont fuis, travestis dans une philosophie plutôt qu’interrogés dans leur causalité. Reste la plainte ou l’élégie qui n’ajoutent rien à ce problème et ne font que lui donner une expression poétique. Il n’est même pas sûr que la tentative théorique de Lévi-Strauss soit plus réussie, comme tentative de fuite, que la tentative religieuse, plus experte dans cette stratégie. Au moins celle de Lévi-Strauss a-t-elle le mérite d’être personnelle, d’être sa vertu à lui, mais cela ne semble rien enlever à sa mauvaise foi essentielle.
Il n’est pas sûr que les tentatives de réappropriation de l’histoire soient une réussite, mais il semble assez certain que la tentative de fuite est vouée à l’échec. Les oppositions entre nature et culture, mythe et histoire, cru et cuit, froid et chaud, comme celle entre enfant et adulte pourraient ainsi être considérées, au niveau intellectuel, comme la pensée mythique de Lévi-Strauss lui-même, dont le but est de conjurer intellectuellement la présence massive et angoissante de l’histoire. Il n’est pas jusqu’à la dernière opposition, entre universalité de la structure – par exemple de la prohibition de l’inceste qui fait basculer la nature dans la culture –, et relativisme culturel, qui demande de considérer chaque culture dans son égale dignité avec les autres, qui ne trahisse quelque chose de cela : car ce qui manque ici, c’est justement la pensée de ce que fait l’histoire, c’est-à-dire les mille et un passages d’une culture à l’autre qui produisent des monstres, des hybrides, mais aussi les conditions parfois impériales de l’universalité. Si, selon Lévi-Strauss, toutes les cultures se valent parce qu’elles expriment des facettes différentes d’un même principe, cela n’est que peu de choses face au fait qu’impose l’histoire de leur rencontre et de leur croisement. L’universel de la nature et le relatif de la culture se lient ici dans une vision qui veut ignorer les conditions cruelles du métissage et du mélange des cultures, en quoi apparaît parfois l’universel. Dans le domaine de la culture, restera encore longtemps peut-être à réfléchir à ce que Nietzsche a vu : la complicité de l’universel des cultures ou des grandes œuvres – que revendique Lévi-Strauss – avec la domination, la guerre, l’Empire, et parfois ce que nous appelons aujourd’hui le racisme.
Pour nous, et de manière polémique, l’œuvre de Lévi-Strauss nous apprend que la prétention de scientificité, et la réelle forme scientifique d’une œuvre, peuvent se faire simple expression d’un affect mal dominé, alors qu’à l’inverse des formes d’expression moins scientifiques ou plus directement poétiques peuvent parfois trouver à exprimer avec une précision confondante ce qui est et qui nous advient dans et depuis l’histoire.
 
Philippe Quesne, professeur de philosophie
 
Articles
Lévi-Strauss, la vie de la pensée
Comme je m'étonnais un jour de la violence des querelles théoriques entre ethnologues travaillant sur le même terrain, il me répondit en riant que c'était inévitable : un ethnologue arrive, il travaille et décrit, quand un autre lui succède, il n'a guère le choix. S'installer dans un contexte matériel difficile épuise l'esprit et déconcerte la vue ; puis on a le regard encombré de souvenirs de lectures. Pour décrire autre chose que son prédécesseur, l'ethnologue doit s'opposer. Claude Lévi-Strauss n'y voyait pas malice. N'a-t-il pas lui-même, dans Tristes Tropiques, superposé deux témoignages sur les Nambikwara ? Celui de missionnaires qui lui succédèrent au Brésil décrit des êtres sales, hargneux, désespérés ; à cette vision d'horreur, Lévi-Strauss préfère ses propres notes, célèbres lignes témoignant de la vérité de la tendresse humaine et décrivant, à la lueur des feux, des gestes amoureux et des étreintes heureuses. À quelques années de distance, le regard missionnaire et le regard ethnologue étaient diamétralement opposés. De même, dans une récente émission de France Culture le 29 novembre 2008, le lendemain des cent ans de Lévi-Strauss, l'ethno-musicologue canadien Jean-Jacques Nattiez lui reprochait avec vivacité de n'avoir pas su écouter avec l'émotion nécessaire un chant funèbre bororo ; mais en relisant Tristes Tropiques, on voit qu'il se plaint lui-même d'avoir, ce soir-là, succombé à une trop grande fatigue. On ne voit ni n'entend la même chose en étudiant les faits de société ; la question de l'héritage d'une œuvre d'ethnologue est donc particulièrement sensible, aussi sensible que la lecture d'une de ces photographies controversées qui faisaient il y a peu l'objet d'une exposition à la Bibliothèque nationale, rue de Richelieu1.
En 2000, revenant de séjours à l'étranger qui m'avaient tenue éloignée de la France pendant douze ans, j'étais fort étonnée de découvrir que dans certaines universités où on enseigne l'anthropologie, il n'y avait aucune œuvre de Lévi-Strauss dans les bibliographies données aux étudiants. Pas une seule. Plus à la mode, me fut-il répondu ; arriéré, en somme. Et puis, si peu de terrain... Les jeunes maîtres en ethnologie qui l'avaient rayé des bibliographies affrontaient des terrains autrement difficiles que des expéditions chez des Amérindiens qui n'avaient jamais vus de blancs – en banlieue parisienne, dans des villages français, où l'on dort dans un lit, où l'on mange comme chez soi. Je les trouve effrontés. Mais ce n'était pas le problème. Rayer Lévi-Strauss, c'était faire de la place.
Comme tout anthropologue, Lévi-Strauss a été contesté dès la publication des Structures élémentaires de la parenté en 1949, son premier livre d'importance ; il y a d'ailleurs répondu avant d'en tenir compte. N'étant pas ethnologue de formation, si je n'ai pas suivi le détail de toutes les controverses, je me souviens des maladresses de son ami Sartre dans la Critique de la raison dialectique, publiée en 1960 : outre que Sartre y orthographie son nom « Lévy-Strauss », il affuble les peuples autochtones d'adjectifs ethnocentriques méprisants : une « humanité rabougrie », par exemple. Deux ans plus tard, Lévi-Strauss consacrait le dernier chapitre de La Pensée sauvage à l'idée directrice de l'ouvrage de Sartre avec une critique radicale du sens de l'histoire, pour lui relatif – aux idéologies, au raconteur d'histoires, au style de récit, aux engagements des historiens. Comme tous les intellectuels des années d'après-guerre, Lévi-Strauss ne répugnait pas à ces grandes polémiques longuement argumentées, soigneusement écrites, loin des micros et des caméras de télévision, sans le moindre rapport avec les « débats » qu'on nous sert chaque semaine dans les magazines. Lisez la conclusion de L'Homme nu, le dernier tome des Mythologiques : vous y trouverez de la belle polémique dans un style acerbe, cocasse, irrésistible, clouant au pilori chacun de ses adversaires, enfumant dans un nuage de fumée de cigarette les existentialistes comme aux plus beaux jours.
À l'automne 1968, Mikel Dufrenne, professeur d'esthétique, critiqua dans Le Monde l'idée structuraliste, et Lévi-Strauss en tête. Un temps mis au rebut par le structuralisme, Sartre était revenu, juché sur un tonneau ; avec Sartre revenaient la révolte et l'idée anarchiste. Dufrenne trouvait le structuralisme « insensible » et les structures, froides ; le spontanéisme des événements de mai autorisait une condamnation morale au nom de la liberté, du désir et de la rébellion. Les structuralistes – on entendait alors un quatuor composé de Foucault, Lacan, Lévi-Strauss, Barthes et parfois, en accompagnement, Althusser – n'avaient tout simplement pas de cœur. Comme je n'avais jamais vu un tel mépris de l'idée, un tel oubli du bon sens spinoziste selon lequel le concept de chien ne mord pas, j'écrivis une réplique titrée « Mort d'un fantôme », car ce qui venait de mourir n'était pas le structuralisme, mais sa figure mondaine arbitrairement regroupée. Ce n'était pas plus mal. Après mai 68, chacun des titulaires du regroupement mondain reprit le cours de sa pensée. Barthes vacilla du côté des « fragments amoureux » – lisez ses notes de voyage en Chine dans les années Mao, il s'y plaint de l'absence de corps, de l'absence de sexe –, Lacan se coltina le discours du maître face à des étudiants qui ne voulaient rien entendre, Foucault s'engagea aux côtés des prisonniers en réfléchissant sur la répression, et Lévi-Strauss poursuivit la rédaction des Mythologiques, commencée en 1964. En 1972, la publication de l'Anti-Œdipe, de Gilles Deleuze et Félix Guattari, consacra la fin d'une époque intellectuelle dominée par l'idée des structures, bannissant l'inconscient du champ de la pensée.
J'y repense souvent et j'en ai l'occasion. Chaque fois que l'on attaque la psychanalyse au nom des théories du comportement ou du cognitivisme, chaque fois qu'en politique, on veut fliquer des mômes, enfermer des délinquants qui ont purgé leur peine, contrôler les professeurs, évaluer les recherches scien-ti-fi-que-ment, chaque fois qu'on s'en prend à la liberté de pensée, je songe à toutes ces critiques du structuralisme, je repense à Claude Lévi-Strauss. Dans Tristes Tropiques, il l'écrit clairement : l'idée des structures, c'est l'idée d'inconscient. Ses maîtres sont Freud, Marx et la géologie (le maître de Freud, c'est l'archéologie). Son anthropologie consiste à débusquer, avec une méthode heuristique complexe, le caché derrière les apparences, comme Freud avec les symptômes du langage, qu'ils s'exposent dans la chair ou bien dans les mots. Le structuralisme n'est autre que cette méthode qui relie un fait de parenté à un rite funèbre, un instrument de musique religieuse à une cartographie des étoiles, un bouton sur le nez à un rêve de loup, un meurtre à une histoire d'enfance. C'est ce que le bon Dufrenne trouvait « froid », comme les bourgeois de Vienne trouvaient Freud « obscène ».
Quand il alla à Vienne rencontrer Sigmund Freud, André Breton le trouva trop rangé. Sans doute attendait-il un shaman à grelots, mais il vit un vieil homme bien vêtu, bien digne et il s'y laissa prendre. De la même façon, pendant longtemps, vit-on en Lévi-Strauss un homme « insensible » et c'est extravagant. Puisqu'il a constamment refusé d'être considéré comme un philosophe, il est difficile de définir maintenant l'héritage philosophique de Claude Lévi-Strauss, mais ce qu'on peut souligner, c'est sa sensualité. Constamment présente, constamment exaltée, elle a la même force que dans l'œuvre de Rousseau, sur lequel il a écrit un texte magistral, Jean-Jacques Rousseau, fondateur des sciences de l'homme. Comme chez Rousseau, ce sensualisme se trouve dans une théorie de la musique, thème de l'ouverture et du finale des Mythologiques, et « suprême mystère des sciences de l'homme ». C'est le point de sa pensée le plus frémissant, le plus fragile, le plus audacieux, le plus risqué – allant jusqu'à poser que la joie musicale, c'est l'âme appelée pour une fois à se reconnaître dans le corps. Lorsqu'il pense la musique, Lévi-Strauss n'est plus anthropologue, mais il est philosophe – il n'aimera pas cela.
Ce sensualisme amoureux de la Nature est, comme souvent chez d'autres, empreint d'un désespoir. La surpopulation mondiale obsède Lévi-Strauss qui y voit un facteur de destruction certain. Mais la destruction, chez lui, est obsédante, qu'elle soit celle du langage en proie à l'entropie, celle des cultures massacrées, celle des arbres abattus, celle d'une humanité qui un jour finira – ce thème fait l'objet de toutes les conclusions de chaque tome des Mythologiques. Pour trouver de l'espoir, il faut chercher. Dans la découverte prodigieuse qu'il fit au cours d'un de ses derniers livres, Histoires de Lynx : dans le système d'oppositions binaires qui structure la pensée amérindienne se trouve, opposé à l'Indien, le non-Indien, le Blanc, bien avant l'arrivée des caravelles de Christophe Colomb. Dans les langues menacées qu'il arrive à sauver, comme la langue des amérindiens Kwakwaka'wak récemment. Dans la proximité avec l'animal – l'œil du chat à la fin de Tristes Tropiques. Dans la passion qu'il mit à collectionner. Dans le jeu de la pensée et dans la polémique. Dans le goût de la vie – car c'est un grand vivant. Désormais centenaire, disant souvent « Je ne suis plus de ce monde », mais vivant, absolument vivant.
 
Catherine Clément
 
Catherine Clément, ancienne élève de l’École normale supérieure, agrégée de philosophie, a été successivement maître de conférence, journaliste puis diplomate. Elle a écrit une cinquantaine de livres, tantôt romans, tantôt essais, notamment deux ouvrages sur Claude Lévi-Strauss : Lévi-Strauss ou la structure et le malheur (Paris, Seghers, 1970) et Claude Lévi-Strauss (PUF, « Que sais-je ? », 2003).
Elle est actuellement chroniqueuse aux « Matins de France Culture » et chargée de l'Université populaire du musée du quai Branly.
Site personnel de Catherine Clément
www.catherine-clement.com/
 

Une lecture historique
La question du droit occupe une place importante dans l’œuvre de Claude Lévi-Strauss. Comme le rappelle à juste titre Catherine Clément, l’auteur des Structures élémentaires de la parenté considère que la culture se présente comme « un enchevêtrement de codes réglementant l’ensemble de la vie quotidienne, psychisme compris »1.

La réflexion sur la prohibition de l’inceste, constitue le « fer de lance » de cette philosophie de la normativité. Je voudrais ici proposer une lecture « historique » de ce travail, c’est-à-dire le comprendre en l’inscrivant dans une évolution de la pensée du droit.

Avant d’exposer cette hypothèse de lecture, je rappellerai, dans un premier temps, les pensées du droit dominantes lorsque Lévi-Strauss présenta ses conclusions sur ce sujet majeur. J’évoquerai ensuite la thèse de l’auteur de Tristes tropiques avant de proposer l’herméneutique que je souhaite présenter.
La pensée dominante sur le droit avant la parution des « Structures élémentaires de la parenté »
La thèse de Lévi-Strauss sur l’inceste paraît en 1949 dans les Structures élémentaires de la parenté. Lorsque ce texte est publié, la France sort d’une guerre éprouvante et l’ethnologue a connu l’exil, l’humiliation et la haine. Lévi-Strauss a pu mesurer les ravages du patriotisme et de l’enfermement sur soi.
Le monde de la pensée du droit a, pour sa part, connu un débat, dont rien n’indique que Lévi-Strauss, licencié en droit et agrégé de philosophie, n’ait pas été informé : il s’agit de la controverse qui, en Europe continentale, a opposé Carl Schmitt à Hans Kelsen.
Hans Kelsen est l’auteur de la Théorie pure du droit (1934). Il est à cette époque le représentant le plus brillant de la mouvance dite du « positivisme juridique », dominante outre-Rhin (dans le monde de la pensée juridique) et qui s’apprête à devenir la philosophie centrale des juristes d’Europe continentale.
Sous une « apparence kantienne », cette théorie entend remettre en cause une grande partie de la pensée du droit de l’auteur de la Critique de la raison pure sur de nombreux points, en proposant une théorie distinguant la justice (considérée comme notion relative) et le droit positif.
Le but poursuivi par Kelsen est de lutter contre les idéologies « extrémistes » en mettant en place un droit technique censé limiter les différents abus de pouvoir et promouvoir une démocratie sociale.
À l’opposé, Carl Schmitt se situe dans la lignée des penseurs réactionnaires tels Donoso Cortés, Hobbes et Joseph de Maistre.
Comme Kelsen, Schmitt ne croit pas qu’il soit possible de mettre les hommes d’accord sur un idéal universel de justice. Toutefois, à l’opposé de son rival, il méprise le droit positif  qu‘il tient pour un habile maquillage destiné à masquer sa réalité qui n’est autre que celle d’être l’alibi du pouvoir, le reflet des luttes d’intérêts et la résultante de la domination de l’homme par l’homme.
Lorsque Lévi-Strauss publie son texte, les atrocités de la guerre ont montré aux penseurs avertis de ces questions que cette opposition devait être dépassée. Chacun sait que le droit technique n’a pas pu contrer les totalitarismes. D’aucuns pensent même que la philosophie légaliste a permis – et peut-être favorisé – l’autoritarisme. À cette époque, Léo Strauss n’a pas encore fait paraître son Droit naturel et histoire (qui sera publié en 1953 à Chicago).
Lorsqu’il publie les Structures élémentaires, Lévi-Strauss doit donc naviguer entre deux écueils :
– d’un côté, disciple affirmé de Rousseau, de Marx et de Freud, il ne veut pas d’un retour à l’ancien jusnaturalisme associé (encore dans les esprits) à l’Ancien Régime mais lié (par Kelsen) à la pensée primitive ;
– de l’autre, défenseur de la « pensée sauvage », il ne peut pas pour autant faire siennes ces condamnations positivistes et il entend revenir sur ce qui sous-tend le légalisme progressiste des Lumières (à savoir l’idée selon laquelle l’Occident aurait été le nec plus ultra de la civilisation mondiale et qui a causé tant de dégâts) ainsi que sur l’idée kantienne suivant laquelle « l’acte par lequel le peuple se constitue lui-même en un État est le contrat originaire »2, mais il ne veut pas pour autant déjuger son « maître » Rousseau qui croit également à une possible (mais il est vrai plus hypothétique) genèse contractuelle de l’État3.
Il est donc tendu sur différentes questions et l’étude qu’il proposera de la prohibition de l’inceste sera, en quelque sorte, son « coup de génie ». Celle-ci va, en effet, lui permettre de concilier les contraires et – dans le même temps – de proposer de nouvelles interprétations de la réalité du droit tout en défendant le pluriculturalisme sans tomber dans les outrances du relativisme. Avant de comprendre cette position et d’expliquer notre propos, il importe de rappeler, en son détail, la thèse de Lévi-Strauss sur cette question.
La thèse de Claude Lévi-Strauss sur la prohibition de l’inceste
Tout le chapitre II des Structures élémentaires de la parenté est consacré à l’inceste. Sa thèse doit, pour se comprendre historiquement, être présentée en trois étapes :

– En premier lieu, s’il assigne à la culture la mission d’organiser la nature et s’il revendique une position « culturaliste » (donc positiviste en un sens)4 , il note, influencé en cela par Rousseau, à quel point la culture primitive a un effet purement négatif, au sens où elle a tendance à fixer « les frontières de l’humanité aux limites du groupe tribal »5. Comme il le rappelle, dans Race et histoire :
« Ainsi l’Antiquité confondait-elle tout ce qui ne participait pas de la culture grecque sous le même nom de barbare[…]. L’humanité cesse aux frontières de la tribu, du groupe linguistique, parfois même du village6… »
Cette position lui permet ainsi de se positionner dans son entre-deux, proche des Modernes. En effet, il admet l’existence de droits positifs « relatifs » sans nier l‘importance d’une nature universelle de laquelle il convient donc de se rapprocher pour réunir les hommes7.

– En deuxième lieu, ce naturalisme est modéré. Il ne le conduit pas à admettre l’existence d’un certain darwinisme culturel. Cependant, rejetant l’ethnocentrisme occidental, il ne rejette par pour autant le progrès8. Pour ce penseur, favorable au multiculturalisme :
« Tout progrès culturel est fonction d’une coalition entre les cultures. Cette coalition consiste dans la mise en commun […] des chances que chaque culture rencontre dans son développement historique9… »
Ces deux positions préparent ainsi sa thèse, que nous considérons médiane en ce qu’elle va permettre de concilier différentes pensées du droit opposées (jusnaturalisme, positivisme et pensée psychanalytique du droit).

– En effet, en troisième lieu, pour cet auteur, la nature est universelle mais ne doit pas s’entendre en un sens trop restreint. Quant à la culture, elle est le propre de chaque société et elle ne doit pas être ignorée. En conséquence, c’est de la nature qu’il va extraire sa norme fondatrice du droit, celle de l’interdiction de l’inceste dont il note le caractère universel10. Toutefois, ce caractère ne doit pas s’entendre en n’importe quel sens car Lévi-Strauss note qu’une telle prohibition n’existe pas chez les animaux et notamment chez les singes11.
L’interdiction de l’inceste est donc bien un pont :
« Elle n’est ni purement d’origine culturelle, ni purement d‘origine naturelle ; et elle n’est pas non plus un dosage d’éléments composites empruntés partiellement à la nature et partiellement à la culture. Elle constitue la démarche fondamentale grâce à laquelle, par laquelle mais surtout en laquelle s’accomplit le passage de la nature à la culture12[…]. »
Elle est « le processus par lequel la nature se dépasse elle-même ; elle allume l’étincelle sous l’action de laquelle une structure d’un nouveau type, et plus complexe, se forme et se superpose en les intégrant, aux structures les plus simples de la vie psychique, comme ces dernières se superposent en les intégrant aux structures les plus simples qu’elles-mêmes de la vie animale. Elle opère, et par elle-même, constitue l’avènement d’un ordre nouveau13. »
Certes, il existe des exceptions à cette universalité mais de telles exceptions ne remettent jamais en cause le caractère universel de la règle. Elles ont uniquement pour objectif d’adapter celle-ci aux exigences de la société considérée. Dans toutes les cultures, en effet, persiste l’interdiction pour un enfant d’épouser le parent de sexe opposé14.
La thèse de Lévi-Strauss part d’une observation qui se veut empirique. Partant d’une enquête – ayant l’autorité de l’analyse scientifique – il démontre ainsi qu’il existe bien des règles universelles (au moins une qui est fondatrice) et il note que les exceptions à cette règle ne sont qu’une manière d’adapter l’universel à la singularité de chaque situation. L’exception permet au droit de pénétrer dans la culture. Toutefois, elle n’est jamais remise en cause du caractère universel de la norme fondatrice.
Comment interpréter cette thèse ?
Généralement, il nous est expliqué que Lévi-Strauss a mis en évidence l’importance de l’inceste pour montrer que :
« la règle contractuelle, à l’origine de la société de droit vise l’alliance intergroupale et régit en même temps le politique intergroupal en établissant un rapport de réciprocité entre les membres du groupe et entre le chef et le reste du groupe15[…]. En effet, de petites unités humaines souffrent toujours potentiellement d’un déséquilibre démographique : d’où l’intérêt à s’allier – par mariage d’ouverture de quelques individus – à d’autres groupes, pour échanger, pour avoir accès à des partenaires économiques dans un système de production primitif16. »
L’importance accordée par Lévi-Strauss à l’abolition de l’inceste est donc souvent vue comme ayant été, d’une part, un moyen pour cet auteur, à la fois de répondre à ceux de ses prédécesseurs et inspirateurs (Durkheim, Lévi-Bruhl, Freud) qui avaient réfléchi sur cette question en reprenant certaines de leurs thèses et d’autre part, une manière d’appuyer son combat pour la communication entre les cultures et contre les différentes formes de l'ethnocentrisme.
Sans vouloir remettre en cause une telle herméneutique, il nous semble que la thèse défendue par Lévi-Strauss concernant la prohibition de l’inceste peut également se lire sous un angle plus historique. Nous pensons, en effet, qu’elle a également eu pour objectif de déterminer une position nouvelle sur le sens du droit et c’est cette interprétation que nous voudrions ici proposer.
Pour une lecture historique de cette thèse
Pour Lévi-Strauss, l’histoire est toujours inévitablement partielle et partiale, mais cependant, il estime que :
« c’est l’histoire qui sert de point de départ pour toute quête de l’intelligibilité. Ainsi qu’on le dit de certaines carrières, l’histoire mène à tout à condition d’en sortir17. »
Nous devons donc suivre son conseil, et pour le comprendre, il nous faut également partir de l’histoire, pour en sortir ensuite.
Celle-ci permet non seulement de mieux comprendre la pensée d’un auteur, les stratégies qu’il a pu mettre en œuvre pour contredire des positions dominantes, mais cette interprétation historique permet surtout, selon nous, de dégager l’inconscient (au sens de Lévi-Strauss) qui est à l’œuvre dans le travail de tout auteur.
L’inconscient pouvant ainsi être assimilé à :
« un organe commun à tous les êtres humains, rendant ainsi possible la communication entre les hommes et la compréhension des cultures18. »
En replaçant la doctrine de Lévi-Strauss sur la question dans la perspective de l‘histoire de la pensée du droit présentée plus avant, nous pouvons alors comprendre sur quel inconscient cette doctrine a pu jouer :

– En premier lieu, elle a peut-être eu quelque effet sur l’inconscient des lecteurs contemporains de l’auteur des Structures élémentaires de la parenté qui ont ainsi provisoirement pu lire une doctrine qui réunissait les contraires et qui flattait le goût contemporain pour le normativisme culturel et le positivisme sans pour autant sacrifier à celui-ci, en le « teintant » quelque peu de jusnaturalisme.

– En second lieu, cette doctrine a également permis d’introduire – sans la nommer – une idée, celle de subsidiarité, qui (par un nouvel usage du concept d’exception tel que Lévi-Strauss le développe) permettait d’admettre l’existence d’un universel sans nier les différences culturelles, celles-ci étant appelées à « adapter » la norme générale aux singularités régionales. Elle a ainsi permis d’introduire progressivement – et sans brutalité – de manière « inconsciente », l’idée d’un droit international qui devenait subitement moins agressif.

– En troisième lieu, cette doctrine a « rassuré » l’inconscient des positivistes tout en ne fermant pas la porte à un jusnaturalisme qui allait se développer par la suite sous l‘influence de Michel Villey. En effet, interprétée telle quelle, la prohibition de l’inceste devenait bien une manière d’assigner à la norme un objectif stratégique indépendant de toute idée de justice, ce qui était de nature à rassurer les positivistes (en effet, la prohibition de l’inceste n’est pas condamnée officiellement parce qu’elle est injuste mais à des fins stratégiques pour permettre l’ouverture du groupe) tout en permettant une ouverture vers les naturalistes (l'abrogation de l’inceste est tenue pour une règle naturelle puisque universelle).

– En quatrième lieu, grâce à cette doctrine, était posée pourtant – et dans le même temps – une autre relation à un droit qui n’était plus seulement envisagé sous l’angle du soupçon (comme il pouvait l’être avec Freud) mais comme étant la marque de limites nécessaires qu’il ne fallait pas ignorer, ces limites étant au contraire une manière de réintroduire des idées d’amitié et d’égalité entre les individus (la prohibition de l’inceste rend en effet par certains côtés à chacun ce qui lui revient puisque le fils n’est pas destiné à être l’amant de la mère du fait de la relation inégale existant naturellement entre l’enfant et le parent). De plus, cette idée de faire de l’inceste la pierre angulaire et fondatrice du droit a montré qu’il convenait certainement d’approfondir les liens existant entre la recherche purement juridique sur les sources du droit et la démarche psychanalytique. En effet, dire que le droit se fonde lorsque les parents cessent de considérer leurs enfants comme des objets sexuels est d’une grande portée. Toutefois, dans la thèse de Lévi-Strauss, la libération de l’enfant du joug des parents reste incomplète car le mariage ne semble pas avoir pour autre but que l’union entre des groupes distincts.
En conclusion
Consciemment ou non, en développant sa thèse sur la prohibition de l’inceste, Claude Lévi-Strauss a introduit une logique de compromis dans la pensée du droit en atténuant les tensions qui devenaient de plus en plus fortes entre les tenants du positivisme juridique, les auteurs favorables à une lecture psychosociologique du droit et les partisans du jusnaturalisme. Il a ainsi certainement contribué à apaiser les esprits et à permettre des évolutions.
Désormais de telles évolutions se sont produites et les écoles n’ont plus la position dominante qu’elles avaient autrefois. Les impératifs sont plus exactement d‘ordre pratique, social et politique et il importe de trouver les moyens de relier un concept de justice redéfini et devenu acceptable par le plus grand nombre à celui de droit positif.
 
Jean-Jacques Sarfati
 
Jean-Jacques Sarfati est professeur certifié de philosophie et ancien avocat à la Cour d'appel de Paris.
Il a récemment soutenu une thèse de philosophie politique et juridique sur le rôle créateur de l’exception en droit dans laquelle il développe plus amplement certaines des analyses proposées dans cet article.
 

Et je dis avec Poussin...
Cette réflexion part d’une expérience de lecture, d’une intuition : lisant, dans Regarder, écouter, lire1, le chapitre consacré à Poussin, qui ne pouvait qu’intriguer la dix-septiémiste que je suis, j’ai découvert la manière dont Claude Lévi-Strauss résout pour sa part l’énigme des Bergers d’Arcadie2, proposant un déchiffrement du tableau et de son historia, tel que le sens s’en dévoile soudain. Cette aventure dans l’histoire de l’art est d’autant plus séduisante qu’elle s’accompagne d’autres essais apparemment étrangers à l’ethnologie3, consacrés à la tradition culturelle du Vieux Continent, et aborde des grandes œuvres classiques, introduisant certes de petits éléments de comparatisme (ici Kyôsai, maître de l’ukiyo-e, de ce Japon où il a fait aussi tant de voyages), mais de façon très limitée. Pourtant cette lecture a suscité chez moi un sentiment d’étrangeté et, tout en méditant profondément sur les réflexions originales et vibrantes, tout à fait rigoureuses mais très personnelles aussi, que Lévi-Strauss délivre dans ces textes de très haute tenue littéraire, je me suis demandé d’où il écrivait – de quelle discipline ? de quelle méthode ? Ces essais venaient-ils de la plume de l’homme cultivé qu’il est, qui avait aussi écrit un texte sur Céline à l’aube de sa carrière4, ou encore une description de New York remarquable5, ou bien étaient-ils de l’anthropologue intervenant à partir de sa discipline ? De la part de tout autre auteur, on pourrait se dire qu’il profite de sa notoriété pour écrire sur des sujets extérieurs à son domaine, ainsi de tel prix Nobel de physique commentant sa fascination pour telle actrice, mais il ne semble pas que Lévi-Strauss ait été un champion de la course de la vanité, et sa bibliographie est un modèle de concentration sur ses sujets propres : nous sommes loin du polygraphe impénitent. Pour autant, il est difficile de discerner les traits distinctifs de l’anthropologie structurale dans son approche des Classiques. Cela veut-il dire que sa méthode serait impuissante à s’appliquer aux productions culturelles de la culture qui l’a suscitée, en dépit du fait qu’il revendique lui-même le privilège de l’ethnologue de pouvoir poser son regard sur tout changement, et pas seulement sur ceux qui prennent place dans les cultures très éloignées, dès lors que le changement n’est pas minime, mais massif6 ? Mais que reste-t-il cependant de l’ethnologie dans son analyse de Poussin, qui paraît relever de l’histoire de l’art, et contester sa propre affirmation, puisque son étude ne met pas en évidence un changement massif ? Faut-il limiter sa discipline à l’analyse des civilisations étrangères à la nôtre, en tant qu’elle est une manière de renoncer à notre ethnocentrisme7, autrement dit de dépasser les apparences d’hétérogénéité radicale des autres cultures pour atteindre les invariants, lesquels nous sauteraient au contraire aux yeux dans notre culture propre ? Comment nous sautent-elles aux yeux ? Si ce n’est dans les choses, qui sont désormais assez loin de nous, à l’âge moderne, elles s’imposeraient du moins dans la langue qui les transmet comme un inconscient collectif (j’emploie ce terme sans aucune référence à Jung, par pure commodité), de telle sorte que Claude Lévi-Strauss a pu les cueillir dans notre langue pour élaborer les grandes oppositions structurelles qui caractérisent son approche (cru et cuit, etc.).
Pour revenir à notre Poussin, deux possibilités : soit il ne parle pas en anthropologue, soit il parle en anthropologue. La première hypothèse n’est pas très intéressante, car elle cliverait une personnalité, et surtout elle est inféconde. La seconde est plus excitante : mais faut-il traquer dans son approche de Poussin ses méthodologies appliquées aux cultures d’Amérique (notamment), ou bien chercher une autre unité ? Assurément il y a celle de la langue, et la langue de Lévi-Strauss est à ce point remarquable que, quand il écrit sur les peuples lointains, il ne parle pas en anthropologue, c’est-à-dire qu’il proscrit tout jargon et ne crée pas un lexique particulier et ésotérique, si bien qu’il faut trouver des caractères scientifiques dans son travail ailleurs que dans les apparences scientifiques de la langue – je ne veux pas dire par là que le jargon scientifique ne serait jamais qu’une posture, une apparence, une poudre aux yeux, seulement dire que Lévi-Strauss fait autrement. De fait sa langue est si classique que, non content de défendre les études classiques, le latin, la mémoire, etc., presque un programme d’enseignement des collèges jésuites classiques ou de l’école de la IIIe République dans ce qu’elle a de plus épinalesque8, il a pu entrer dans la Pléiade, comme auteur et non pas comme savant – il paraît que c’est la volonté des éditeurs, puisqu’ils ont exclu des œuvres ce qui est strictement savant, c’est-à-dire témoin d’une étape dans le savoir, et caduc, pour ne conserver que ce dont ils ont pensé que cela était universel et non périssable. Bref ce serait la langue qui ferait l’unité des deux approches, de son regard esthétique et de son regard d’anthropologue, la langue comme unique chose qui nous reste à nous autres Occidentaux pour interroger les structures profondes.
Car de fait l’image ne le peut plus, et cela depuis Léonard de Vinci et le choix qui fut fait par les hommes de son temps de préférer le clair-obscur au contour, ce qui signe la « fausse route » de l’art occidental9, la fausse route de la peinture après Léonard. Sans doute « sauve »-t-il Max Ernst de cette déroute10, ou encore Anita Albus11, dont il décrit le travail comme des « images empruntées à la nature », disposées dans des « arrangements imprévus qui enrichissent notre connaissance des choses en faisant percevoir de nouveaux rapports ». Mais sinon il est un critique des plus redoutables de l’art contemporain, à commencer par les propos d’une virulence extrême qu’il tient contre Picasso12. La peinture, explique-t-il, si elle doit mériter d’accéder au nom « d’analyse structurale de la réalité » doit être un moyen de savoir (p. 326) : mais avec Picasso, elle n’est que trituration du code de la peinture, alors que l’artiste prétend à découvrir une image plus vraie du monde derrière le monde, à un niveau profond, en faisant l’économie du réel. L’image postmoderne, qui repose sur le diallèle et s’y meurt, ne peut plus interroger les structures profondes ni les révéler, alors que sa mission est d’être « au service de la connaissance et faire de l’émotion esthétique un effet de la coalescence, rendue instantanée par l’œuvre, des propriétés sensibles des choses et de leurs propriétés intellectuelles »13. Avec Picasso et ses épigones, enfermés dans leur cul-de-sac, elle ne fait plus rentrer le monde extérieur, mais devient pure élucubration de l’artiste.
Alors que l’art, chez nous, se referme sur lui-même en trois cercles concentriques et devient un monde à part14, il s’en tient « à un certain point d’activité volontaire et consciente, à un niveau plus superficiel […] de l’activité de l’esprit »15. Au-delà de ses prétentions affichées, dès lors que l’art ne fait plus entrer la nature des choses, il est un emprisonnement, un tête-à-tête avec soi, une « prison idéale. Et plutôt morne »16. Or l’art, comme moyen de connaissance, est par définition incapable de penser d’avance son résultat ; dans les sociétés primitives, il se caractérise par deux traits qui font qu’il est précisément moyen de connaissance, à savoir qu’il plonge dans l’inconscient individuel profond et recourt à des canons qui assurent le collectif, « mêlant de façon presque inextricable les conditions les plus individuelles de la production artistique, et de l’autre ses conditions les plus sociologiques et collectives »17. D’où la conclusion imparable, au rebours des prétentions de la psychanalyse dont il juge qu’elle procède à des « exercices de voltige où, au prix d’une certaine agilité dialectique, on est assuré de retomber toujours sur ses pieds »18 : les primitifs « reconnaissent avec plus d’objectivité le rôle de l’activité inconsciente dans la création esthétique et manipulent avec une étonnante clairvoyance cette vie obscure de l’esprit »19. L’art contemporain est le dernier acte d’hybris de l’homme, maître et possesseur, et cela est presque suicidaire. Ici Lévi-Strauss déroge, semble-t-il, à la règle de l’ethnologie qui interdit de poser un jugement de valeur, car il n’existe pas de critères de moralité universels. Il le fait cependant, parce qu’il est personnellement atteint par ce changement massif de l’art dans notre Occident contemporain, qui permet à Lévi-Strauss de se sentir, comme ethnologue, avec sa formation, avec le structuralisme, comme un Huron par rapport à sa propre culture et de poser ce regard critique. Mais comme il se sent lui-même saisi et concerné20, il déploie des propos d’une violence extrême, comme quelqu’un qui lutterait pour sa survie : il n’est « pas évident que la crise se dénoue »21, dès lors que le culte de l’art prend la forme d’une contemplation béate ou d’une dévoration avide, « faisant de la culture un objet transcendantal », dont « l’homme tire collectivement une gloriole d’autant plus sotte que, comme individu, il confesse son impuissance à l’engendrer », pour ne rien dire de l’« abêtissement de l’homme devant les prix faramineux » qu’atteignent les œuvres, inaccessibles à l’homme du commun, de telle sorte que ce dernier n’a plus accès qu’à des reproductions, alors que « l’élément de possession, qui relève de la sensualité, est un aspect essentiel de notre relation au beau »22. Aussi notre civilisation est-elle comme un virus, et sa « boulimie » engloutit toutes les formes d’art passées et présentes », excluant les choses de la nature et polluant les sources.
Si l’ethnologue nous apprend qu’il n’est pas possible de parler globalement de progrès, que celui-ci existe sous tel aspect, indéniable, mais pas sous tel autre, il semble cependant que cette boulimie doive dévorer le reste du monde. Dans ces circonstances, on ne s’étonne guère que l’article sur « l’art en 1985 » soit suivi par un autre sur la « santé mentale »23. On comprend la passion de Lévi-Strauss, devant la progression apparemment inéluctable de la civilisation urbaine qui dissocie la consommation de la production exacerbant la première et vidant l’autre de tout sentiment créateur… Comment ne pas rappeler ici la conclusion de Verzotti : Lavier « invente une autre [essence aux objets] qu’il sépare d’une façon ou d’une autre du flux continu de la production, et il la restitue au monde comme expérience d’authenticité »24. Qu’aurait-il pensé avec la délocalisation, déjà l’homme des villes est un « déraciné » ?
Cette perspective, assurément, il ne la regarde pas d’un bon œil ; car l’homme, entré entièrement dans la sphère de l’artificiel, se coupe du monde. Pourquoi ne pas se couper du monde ? Parce que la culture est « concrétion de techniques, de coutumes, d’idées et de croyances, sans doute engendrées par des individus, mais plus durables qu’aucun d’eux » ; elle est ce « récif corallien continuellement sécrété par les individus qu’il abrite »25. L’homme occidental oublie que la société est « décomposition de la nature » et non pas son développement, écrit Lévi-Strauss citant Chamfort26. Aussi faut-il s’incliner « devant l’ordre intangible des choses » pour que la peinture ait la « dignité d’un métier » : la culture n’est ni naturelle ni artificielle.
L’artificiel, ce n’est pas les artefacts, qui sont indifférents, c’est l’impossibilité de laisser entrer les choses du monde dans le domaine du symbolique. C’est l’art moderne qui, au lieu de ratisser sur la plage galets et mirabilia, se consacre à l’expression de l’ego de l’artiste : ce peut être son ego psychologique ou émotionnel, ou ce peut être son ego intellectuel, en tout cas c’est une tendance qui le mène vers la mort de la culture. À l’inverse, on n’a pu accuser le structuralisme d’être formel et abstrait ; mais, au contraire, affirme Lévi-Strauss, il fait rentrer la nature dans son discours, il ne fait jamais l’économie de la nature, il est au premier degré. Et c’est cette immédiateté de la nature qu’il retrouve dans les collections, alors que dans l’art post-picassien tout est au second degré.
Donc l’image ne peut plus faire rentrer le monde. Que nous reste-t-il ? C’est là que je reviens enfin à Poussin, et à l’unité profonde de sa pensée. Il me paraît que seuls les mots pourraient faire entrer l’extérieur, le monde, cela qu’il est parti chercher ailleurs, désespéré sans doute de l’évolution de l’art27. C’est un itinéraire romantique d’une certaine manière que son premier voyage « dehors », loin d’une Europe « emprisonnée », et qui lui fait apprécier la première partie du Voyage28, plus que la seconde. Romantisme qui lui fait aimer Breton, parce que le poète ramasse des objets aux puces. Il n’y a plus guère aujourd’hui que les mots pour ramasser les choses ; et quant à nos choses occidentales, il n’y en a plus « dehors », seulement des objets laids, artefacts, puisque l’homme occidental a tout changé en plastique. Les seules choses qui restent sont dans les mots29. Ce seront donc les mots qui lui serviront à ratisser les choses amérindiennes, ou bien Poussin. Regarder Poussin, c’est d’abord transformer par les mots les mots en objets, puis ratisser les objets transformés en choses avec les mots. D’où évidemment le fameux Et in Arcadia ego qui est exemplaire, puisque de fait ce sont des mots posés sur une toile, donc transformés en objet. Mais Lévi-Strauss le fait une seconde fois.
Sa méthode anthropologique consiste à arracher les objets de leur usage manifeste pour les désigner comme structure quoiqu’ils soient objets, et ces structures30, à les saisir par la langue de sa propre culture ; car, dans sa propre culture les objets disparus ne sont plus déposés que dans les mots. On comprend mieux sa lutte pour la belle langue : notre culture, qui a détruit les objets et, avec eux et avec son hybris, le regard sur les objets, ne conserve de ses bases anthropologiques que sa langue. Alors, si la langue se perd, irons-nous vers un homme nouveau, anthropologiquement nouveau, plus encore qu’il ne le serait, nouveau, par le génie génétique ou la transformation des structures socio-économiques ?
Donc à l’avenir quand tous nos cerveaux ne seront plus que des mots déracinés des choses, c’est-à-dire fonctionnant en cercle fermé, tel que la vérité ne se trouve plus par retrait sur le tissu des choses, mais entièrement à partir de l’homme qui se croit démiurge, la seule issue pour l’humanité ce sera de faire ce qu’il fait avec Poussin. La lecture de ce chapitre sur Poussin a quelque chose d’optimiste donc : quand les ethnies ne seront plus là, dévorées par la mondialisation et surtout par l’esprit nouveau, il y aura encore une possibilité à l’anthropologie, c’est-à-dire de reprendre les mots anciens tels qu’ils ont figuré dans des œuvres construites (Et in Arcadia, où l'on ne s’étonne pas qu’il soit question de la vie et de la mort, même en Arcardie), pour les refaire objets au titre des autres objets, donc désignant les autres objets comme pas tout à fait seulement des objets, mais eux aussi des éléments de structure, et pour ensuite les ressaisir par le langage.
Pourtant Lévi-Strauss est connu pour sa critique de l’écriture : il juge de fait qu’assurément elle fut un progrès, mais ne fut pas indispensable ; des progrès essentiels les plus essentiels de l’humanité (agriculture, domestication des animaux, poterie, tissage) se sont faits sans elle. Car l’écriture est liée à l'exploitation de l’homme par l’homme, étant née comme « contrôle de la puissance et moyen de ce contrôle » et permettant la constitution de sociétés hiérarchisées, de sociétés qui se trouvent composées de maîtres et d’esclaves. Si les premiers usages de l’écriture furent ceux du pouvoir31, il n’en est plus de même aujourd’hui, où c’est l’image qui est devenue le plus fort instrument de pouvoir, universel, c’est dans une pratique poétique (ou ethnologique) de l’écriture que l’homme commun peut, gratuitement, se ressaisir des choses, de son inconscient personnel et de son histoire collective, sans savoir où il aboutit quand il commence son exploration.
Les mots et le bon usage de la langue, dont Claude Lévi-Strauss se fait le gardien, comme Immortel, ne sont pas une question de mémoire, c’est une question de faire entrer le monde dans le tissu de nos vies.
 
Sylvie Taussig
 
Sylvie Taussig est ancienne élève de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, agrégée de lettres classiques. Dix-septiémiste, elle travaille  sur Pierre Gassendi et le « premier » XVIIe siècle.
 

Présentation d'ouvrages
Claude Lévi-Strauss : Œuvres
Préface par Vincent Debaene. Édition établie par Vincent Debaene, Frédéric Keck, Marie Mauzé et Martin Rueff, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 2008.

À titre exceptionnel, c’est un auteur vivant qui est « entré » dans la prestigieuse collection de La Pléiade, et cette consécration est d’autant plus étonnante que Lévi-Strauss n’est pas un homme de lettres au sens classique du terme, romancier, poète ou philosophe, dont les écrits eussent été comme naturellement appelés à y être rassemblés un jour. Il est fait justice du reste à cette étonnante situation dans le volume même car, outre les réflexions que Vincent Debaene consacre à cette question dans sa préface, il faut noter le titre ambigu que reçoit cet ensemble de près de deux mille pages, Œuvres, habile en ce qu’il laisse penser au lecteur que ce seront les œuvres « complètes », en omettant l’épithète qui l’aurait d’emblée désigné pour ce dont il s’agit – sinon un florilège, du moins des œuvres « choisies ». Les textes qui sont retenus pour faire œuvre l’ont été par l’auteur lui-même, présentés dans l’ordre chronologique : Tristes tropiques (1955), Le Totémisme aujourd’hui et La Pensée sauvage (1962), La Voie des masques (1975), La Potière jalouse (1985), Histoire de Lynx (1991) et Regarder, écouter, lire (1993). Le volume propose de riches notes et annexes, mais également de nombreuses illustrations (cartes, graphiques, photographies), qui doivent donner, selon l’éditeur, « une forme visuelle à la pensée ». Si différents arguments et raisonnements sont avancés pour justifier cette sélection – et l’on pourrait en inventer d’autres –, le lecteur n’en est pas moins malheureux de ne pas trouver là rassemblées toutes les œuvres, et surtout celles qui ont fait de Lévi-Strauss un pionnier de sa discipline, puisque sont exclus les ouvrages les plus savants, comme les Structures élémentaires de la parenté, c’est-à-dire sa thèse, mais aussi les trois recueils d’articles que sont Anthropologie structurale I et II et Le Regard éloigné, les quatre volumes des Mythologiques, les Entretiens (avec Georges Charbonnier ou Didier Éribon), et l’on regrette aussi qu’il n’y ait pas une bibliographie exhaustive de Lévi-Strauss, les éditeurs se contentant (p. 1971) de renvoyer à d’autres ouvrages qui les recensent. Ainsi le lecteur, qui aimerait aussi découvrir ou redécouvrir les articles de sa jeunesse, se trouve-t-il devant un Claude Lévi-Strauss minimal, voire amputé ; et peut-être perturbé par la double absence de Race et histoire, ce classique de l’antiracisme, et de Race et culture, auquel fut reproché son présumé racisme culturaliste ; il sera éventuellement tenté de lui donner un sens politique. Pourquoi, pense-t-il généralement, pourquoi ne pas me donner la totalité des œuvres dans lesquelles je pourrais faire mes propres choix de lecture et d’interprétation, quitte à interroger par moi-même l’éventuel basculement dans le genre littéraire ou philosophique d’un discours qui fut d’abord scientifique – ou bien le basculement, en ce tournant du siècle, de la collection de la Pléiade dans une autre conception de la chose littéraire que celle qui avait présidé à sa création ? Les questions ne manquent pas d’affluer : la panthéonisation de Lévi-Strauss ne risque-t-elle pas d’écarter la dimension scientifique de ses ouvrages, voire de la remiser définitivement, de même que la « glande pinéale » de Descartes, elle aussi pléiadisée ? Ainsi ses travaux deviendraient-ils, pour le public non spécialiste tout du moins, des récits de voyages, des enregistrements de cultures perdues, hantés de nostalgie, les aventures d’un homme comme son ami Breton collectant dans Nadja des fragments comme autant d’aiguillons dans les allées du marché aux Puces, et surtout de la matière livresque, joliment tournée du reste, arrachée de son contact avec les choses ? Cela est d’autant plus tentant que le rassemblement des œuvres permet de voir à quel point l’écriture de Lévi-Strauss est exigeante, précise et riche, nuancée, mais sans concession au jargon. Mais de ce danger de scinder deux lectures de Claude Lévi-Strauss, deux publics, presque deux œuvres, l’auteur et les éditeurs ont été assurément conscients, puisque le volume présente aussi des textes dont la lecture, plus ardue, demande des outils conceptuels et méthodologiques relevant de la discipline que Lévi-Strauss a contribué à forger, alors que les notes, notices et introductions diverses permettent de replacer ces écrits dans leur contexte, dans leur champ disciplinaire, en écho avec les autres grands noms et grands textes de la discipline. Les textes de Lévi-Strauss semblent ainsi interroger la chose littéraire telle qu’elle a évolué au fil des siècles, pour se réduire progressivement à des mots dépourvus de choses, des textes qui existent pour et par une intertextualité, et moins dans ce dialogue avec le monde que furent en leur temps les grands textes de l’âge classique, ou les grandes œuvres d’art. La figure de Jean-Jacques Rousseau, « notre maître », « notre frère » accompagne les différentes trajectoires géographiques et intellectuelles, et l’on pense à la description que Lévi-Strauss fait de la collerette1 en dentelle d’Elizabeth d’Autriche par François Clouet (La Pensée sauvage, pp. 583-585), reproduite « fil par fil ». Il y a donc une certaine ironie dans ce choix d’œuvre et assurément une fonction critique et sans doute malicieuse de sa part. Ce volume, qui va du plus accessible, à la limite du roman d’apprentissage, au plus ardu, rappelle diablement ce « bricolage » qui est, pour lui, une des dernières formes – sinon la dernière – d’activité première qui reste à notre Occident (La Pensée sauvage, p. 576). Le bricolage est au cœur de sa pensée, comme l’art lui-même, et comme la littérature, et en cela c’est bien une grande pensée littéraire du XXe siècle, qui adhère maladroitement à ce cloisonnement des genres pour en mieux remettre en question l’absurdité dangereuse – sclérose, solipsisme, vertige de la pensée éprise d’elle-même. Assurément la composition de ces Œuvres, de Tristes tropiques à Regarder, écouter, lire, pourrait donner l’impression d’un grand retour à la maison2, sinon d’un retour ethnocentrique, fort paradoxal, de l’auteur, « heureux comme Ulysse » de revenir à Poussin ou à Proust, maison que dans le fond ce fils prodigue n’aurait quittée pendant les quelques décennies qu’il consacra aux Indiens et à leurs mythes que pour se ré-enraciner enfin, et peut-être ré-enchanter la tradition, laissant l’anthropologie pour l’histoire de l’art au moment où il ceint l’épée de l’académicien, si ce n’est que les différents textes qui s’échelonnent sur presque cinquante années d’écriture et de recherches révèlent à chaque page à quel point le regard fut un perpétuel aller-retour entre l’ici et l’ailleurs, de telle sorte que les frontières se brouillent – non pas que la pensée devienne confuse, mais parce que le même questionnement sur l’humanité et sur l’universel et le particulier, impliquant la recherche d’une méthode pour approcher l’unité et la diversité et pour en rendre compte, trouve des réponses et surtout les moyens de l’aborder dans les « artefacts » de là-bas ou d’ici, qu’il s’agisse d’œuvres ou de structures sociales : chaque fois, c’est un dialogue entre les choses et leur symbolisation, entre la volonté ou le métier de l’individu et la force collective, y compris dans ses dimensions les plus inconscientes. Bricolage encore que ce dernier texte, Regarder, écouter, lire, dans le choix des œuvres et des références, mais aussi des chemins théoriques pour les envisager, dans les rapprochements avec les productions d’ailleurs, dans le subtil entrecroisement des concepts et des « choses », et l’on n’ose pas dire que son dernier chapitre, « Regard sur les objets », pourrait servir de sésame au triptyque des activités du dernier (comme du premier) Lévi-Strauss (« regarder écouter lire », sans ponctuation), car déjà il manque l’écrire et le dessiner. Aussi est-on ramené à Rousseau, puisque c’est à lui que « nous devons de savoir comment, après avoir anéanti tous les ordres, on peut encore découvrir les principes qui permettent d’en édifier un nouveau » (p. 418).

En un mot, richesse magnifique de ce livre, avec sa stratégie de la frustration et ses compensations : de multiples illustrations, des excursions, des graphes, rappelant que la représentation est une « voie » – La Voie des masques – et, ultime récompense, ses « marges » (pp. 1963 sqq.), qui d’une certain façon donnent au lecteur des fragments comme sauvages, échappés au bel ordonnancement des œuvres. Aussi bien est-il impossible de rendre compte de la fécondité de cette aventure intellectuelle, du mythe au « totémisme du dedans », de Montaigne au « dénicheur d’oiseaux », dont on peut juste dire que si l’œuvre n’est point complète, c’est que la vie n’est pas achevée et qu’elle promet peut-être encore quelques écrits.
 
Sylvie Taussig
 
Sylvie Taussig est ancienne élève de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, agrégée de lettres classiques. Dix-septiémiste, elle travaille  sur Pierre Gassendi et le « premier » XVIIe siècle.
 

Claude Lévi-Strauss, l'homme au regard éloigné
Vincent Debaene et Frédéric Keck, Gallimard, « Découvertes », 2009.
 
Jamais en lisant ce court livre, merveilleusement illustré, on n’aura l’idée de se dire, comme Pascal morigénant Montaigne, dont Lévi-Strauss est un lecteur de toujours (voir p. 99), « quelle sotte idée ils ont eue de le peindre ». Et pourtant, l’entreprise tient de la gageure, puisque l’auteur de Tristes tropiques place au cœur de son ouvrage une réflexion sur le moi qui n’est pas seulement celle d’un moraliste : « Le moi n’est pas seulement haïssable, il n’a pas de place entre un nous et un rien ». Les auteurs se sont glissés dans cette absence de place, mieux encore ils l’ont creusée, proposant au lecteur un parcours de mots et d’images à travers la vie et l’œuvre de Lévi-Strauss : les nombreuses personnalités qu’il a croisées et contre lesquelles il a parfois bataillé, en qui il a trouvé des complices d’un temps ou de toujours, dans le théâtre du monde hanté de ses mythes et de ses masques, que le lecteur est invité à découvrir dans leur profusion parfois étrange et inquiétante. À laquelle d'entre elles Lévi-Strauss ressemble-t-il le plus ? J’ai envie de dire qu’il ressemble à une double page (pp. 94-95) où l’on voit à gauche un visage de bois africain, sourcils de crin, oreilles en chou-fleur, lèvres fardées, grand ouvertes, émettant dans une police de caractères plus importante leur propre légende « quand les masques parlent », et envoyant cette phrase à la page de droite où le vieux Lévi-Strauss, sur une photo en noir et blanc, regarde l’exquise féminité d’une marionnette de kabuki qui baisse les yeux, à la fois coquette et modeste, maquillée de blanc et que pourtant l’on sent presque rosir de l’amour que l’homme lui porte. Dans le texte des deux pages, les auteurs de ce petit livre racontent la publication de la Voie des masques, testant la méthode structurale appliquée aux mythes, et la découverte du Japon comme une société qui réussit ce défi de conserver sa tradition en intégrant la modernité scientifique et politique, et en alliant ville et nature. Selon les exigences de la collection « Découvertes », l’ordre chronologique est strictement respecté, pour une vie forcément monumentale, puisqu’elle couvre un siècle et rencontre les principaux penseurs du temps de par le monde – dont il serait vain d’établir la liste –, l’essentiel des renouvellements artistiques, toutes les thématiques et problématiques dont est pétri ce début de troisième millénaire. Ce qui frappe d’abord et que dissimule, par un faux effet de perspective, la longévité exceptionnelle de Lévi-Strauss, ainsi que sa consécration au panthéon des grands hommes de lettres, avec d’une part l’édition des Œuvres dans la prestigieuse collection de la Pléiade et, d’autre part, l’ouverture du musée des arts premiers du quai Branly, c’est le caractère éminemment tourmenté de cette vie, et plus encore – car après tout, tourmentée, elle l’est pour avoir traversé les heures les plus poignantes du siècle, les deux guerres mondiales, puis les grands clivages de la guerre froide ou de la décolonisation, enfin la perte de prestige du Vieux Continent et l’effacement progressif des singularités culturelles dans le flux de la mondialisation – l’intensité des polémiques et des combats intellectuels qui la marquent d’un bout à l’autre. L’homme est ardent et passionné : cela se lit aussi dans la fermeté de son visage, dans l’intransigeance d’un regard, qui contient parfois difficilement son exaspération (p. 80), et l’on devine, à la malice qui pétille derrière des lunettes austères, que ses adversaires ont eu fort à faire face à ses sentences, qui s’énoncent avec le rythme implacable de la grande tradition française de l’aphorisme – « le but dernier des sciences humaines n’est pas de constituer l’homme, mais de le dissoudre » (ibid.). En vérité, une des grandes grâces de ce petit livre tient à l’iconographie somptueuse, qui permet au lecteur de sonder un visage toujours aux aguets – qu'il s'agisse de la magnifique photo de couverture d’un Lévi-Strauss barbu, jeune, tendre rêveur, un singe sur l’épaule droite, dont les yeux semblent sonder un paradis perdu qui revit pour lui soudain dans cette Amazonie qu’il découvre, ou du pessimisme prophétique de cette Cassandre qu’il devient dans sa vieillesse, une corneille sur l’épaule gauche (p. 98), voire de l’amertume d’un homme vilipendé comme « penseur de droite » parce qu’il a osé s’inquiéter des apories et dérives de l’air du temps. Ces photos dialoguent avec d’autres images, souvenirs d’enfance, portraits de ses contemporains, fragments de son écriture, portées musicales, couvertures de ses ouvrages, dessins et croquis, graphes, et surtout avec des représentations de ces « autres » qu’il a passionnément aimés et étudiés, non point par goût de l’exotisme, mais par amour de la vérité, pour sonder dans l’homme « l’humain » : parce qu’ils étaient autres, parce qu’ils étaient moi, semble-t-il dire à chaque page. Les auteurs du petit livre restituent parfaitement la force d’une pensée qui va de l’observation à l’abstraction, en quête à la fois de structures invariantes et de l’éblouissante diversité, avide, comme Montaigne, de saisir le tout et ne se contentant jamais de ne le saisir pas : « Je cherchais une société, écrit-il (p. 39), je trouvais seulement des hommes ». Scandales et polémiques donc ; car, s’il rencontre des systèmes, s’il contribue à en créer (le structuralisme, une branche spécifique de l’anthropologie, etc.), il n’est pas de ceux qui peuvent s’y arrêter, allant d’ouest en est, des Amériques au Japon, des frondaisons de sa maison de campagne solitaire aux salles de cours, où ses disciples, mais aussi ses détracteurs et plus tard un plus large public, viennent recueillir sa parole, déjà riche d’une belle prospérité. Sa parole est, elle aussi, mise en scène, par exemple dans les clichés en couleur saisis lors de deux entretiens qu’il donna en 1972 et 1988 (p. 104), où l’on a l’impression d’entendre la très belle et toute classique éloquence de sa plume que l’on peut lire dans les nombreuses citations. Nous découvrons presque l’intimité de sa pensée, tiraillé qu’il dut être entre une volonté d’engagement politique, à la SFIO, dans ses jeunes années, qui se poursuit dans son engagement pour la France libre, depuis New York où, juif laïc, il put échapper à la barbarie nazie, et une nécessité de la rupture quand elle devient nécessaire, et peu importe si elle le voue à une solitude quasi orgueilleuse dont ses divorces conjugaux et ses prises de distance intellectuelles sont deux marques caractéristiques. Conjunctio oppositorum encore dans son écriture : si Tristes tropiques se vit refuser un prix Goncourt au motif que ce n’était point un roman, il renonça au titre d’Anthropologie structurale trois pour un recueil d’articles qui eût dû s’intituler ainsi, et lui préféra celui de Regard éloigné (retenu par les auteurs de ce subtil petit livre) de manière à ainsi s’extraire d’un contenu doctrinal qui, proclamant la mort de l’homme, ne rend pas justice à l’humanisme généralisé à toutes les sociétés dont il avait voulu au contraire l’investir. En réalité, ce livre accompagne à merveille le volume de la Pléiade et répond à nos interrogations critiques. Les anecdotes n’y sont jamais gratuites. De cette vie, le goût des choses collectionnées est bien un emblème : le lecteur découvre que ce fut dans son enfance, précocement, que lui fut inculqué le virus de la collection, qui ne fit que croître, et qu’il sut cueillir des « choses » à Paris, au marché aux Puces, à New York pendant la guerre ou dans les îles Kyushu, jusqu’à ce musée parisien dont l’amphithéâtre porte son nom et qui, par là, semble faire de sa personne sinon une pièce de musée, du moins une pièce de collection parmi les pièces de sa propre collection qu’il a offertes et dont des reproductions – masques, totems – envahissent les pages du livre comme pour bousculer les lignes d’une biographie raisonnable. Ce qui conduit les auteurs à s’interroger sur son héritage et, au-delà, sur la muséification de la « pensée sauvage » : sur l’emprisonnement de l’art dont le livre rappelle aussi la place qu’il occupe dans son cheminement (littérature, musique et beaux-arts) – jusqu’à la sienne. Les extraits qui figurent en fin d'ouvrage, de même que l’insolence de son discours d’académicien, comparant son intronisation aux cérémonies d’initiation des sociétés primitives, devraient, espérons-le, être de nature à éviter qu’il ne reçoive lui aussi le statut de « parc national », et lui permettre de « vivre et lutter, penser et croire, garder surtout courage, sans que jamais le quitte la certitude adverse qu’il n’était pas présent sur la terre et qu’il ne le sera pas toujours ». À bien juste titre, le livre s’achève sur cette phrase qui reflète bien la tension féconde d’une pensée : car tout en disant l’engagement passionné dans le temps présent, elle opère aussi une sortie du temps ; et, si Lévi-Strauss devient un mythe, alors il sera à son tour une « machine à supprimer le temps », selon la définition qu’il donne à ce terme (p. 87), si bien qu’il suffira de se pencher sur ses écrits pour retrouver la « pensée sauvage », qu’il ne cessa jamais de chercher aussi dans les formes si classiques d’un Poussin, dans la « texture criblée de trous » du tissu urbain de New York, dans la collerette d’Elisabeth d’Autriche, dans les structures de la parenté, et dans les structures inconscientes mais objectives des phénomènes langagiers étudiés par la linguistique structurale.

 
Sylvie Taussig
 
Sylvie Taussig est ancienne élève de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, agrégée de lettres classiques. Dix-septiémiste, elle travaille  sur Pierre Gassendi et le « premier » XVIIe siècle.
 
Sélection de références
Bibliographie
Le 28 novembre 2008, Claude Lévi-Strauss a eu cent ans. La BNF a fêté l’anniversaire de cette figure majeure de l’anthropologie mondiale et de l’univers intellectuel français en regroupant dans la salle J de l’exposition qu’elle lui a consacrée ses œuvres complètes et parmi les plus importantes études sur ses textes et sa personne. Nous avons retenu une sélection des titres majeurs en français de cette œuvre immense et des échos si nombreux et si variés qu’elle a suscités dans le monde entier.
Œuvres de Claude Lévi-Strauss
LÉVI-STRAUSS, Claude, La Vie familiale et sociale des Indiens Nambikwara. Paris, Musée de l'homme, 1948.
L’édition de base des recherches de Lévi-Strauss sur les Indiens Nambikwara suite à ses enquêtes menées lors de son séjour au Brésil.

LÉVI-STRAUSS, Claude, Anthropologie structurale. Paris, Plon, 1990 et Anthropologie structurale deux. Paris, Plon, 1996.
Le texte scientifique majeur du Lévi-Strauss structuraliste. Lecture ardue et patiente recommandée, pour saisir les tenants et aboutissants d’une des approches anthropologiques les mieux systématisées et les plus originales du XXe siècle.

LÉVI-STRAUSS, Claude, Histoire de lynx. Paris, Plon, 1991.
Étude du conte perdu du Lynx et de nombreux mythes recueillis chez les Indiens d'Amérique sur fond de jeu d’opposition entre des termes proches par nature - par exemple deux frères ou deux jumeaux. Texte célèbre souvent étudié en cours de philosophie sur la rencontre entre l’Occident et le monde des Indiens d'Amérique.

LÉVI-STRAUSS, Claude, Mythologiques. Paris, Plon, 1964-1971. 4 vol. (Comprend 1, Le cru et le cuit ; 2, Du miel aux cendres ; 3, L’Origine des matières de table ; 4, L’Homme nu).
Une des autres œuvres monumentales de Lévi-Strauss qui comprend une série de textes lumineux en forme de récits et où se retrouvent certains des plus célèbres jeux d’opposition qu’il ait développés.

LÉVI-STRAUSS, Claude, Nature, culture et société : les structures élémentaires de la parenté, chapitres I et II. Paris, Flammarion, 2008 (GF, 1381) ; Les Structures élémentaires de la parenté. Paris, La Haye, Mouton, 1981 (« Collection de rééditions », 2).
L’édition complète et celle « choisie »   et sélective au format de poche d’un des autres ouvrages les plus ardus et scientifiques de Lévi-Strauss établissant les règles de fonctionnement « structuraux » de la famille.

LÉVI-STRAUSS, Claude, Paroles données. Paris, Plon, 1984.
Texte où est établi qu’il ne saurait y avoir de relation duelle pure, fermée sur soi et coupée de toute attache extérieure : la relation entre membres du même groupe, ou de concitoyen à concitoyen, devant passer par les ennemis, comme la relation d’homme à homme passe par les femmes…

LÉVI-STRAUSS, Claude, La Pensée sauvage. Paris, Plon, 1990.
Un ouvrage intense quoique assez court élaborant l’organisation intellectuelle des sociétés primitives qui, loin d’être dépourvues de « science » disposent notamment en matière classificatoire de la flore et faune de systèmes n’ayant rien à envier en complexité et efficacité à celles de Buffon ou Linné.

LÉVI-STRAUSS, Claude, La Potière jalouse. Paris, Plon, 1985.
Analyse d’un ensemble de mythes des deux Amériques, confrontés aux catégories de la pensée sauvage ou scientifique. Nombre de parallèles inattendus entre la nature et le langage, les sentiments et affects divers et les structures de la pensée.

LÉVI-STRAUSS, Claude, Race et histoire ; race et culture. Paris, Albin Michel, Éd. UNESCO, 2001 (« Bibliothèque Albin Michel. Idées »).
Un des textes célèbres les plus lus – souvent assez mal – et contestés. Ouvrage qui a suscité notamment discussions et débats autour de la notion de race, de multiculturalisme, etc.

LÉVI-STRAUSS, Claude, Tristes tropiques. Paris, Plon, 1993 (« Terre humaine »).
Disons le, le best-seller de Lévi-Strauss. Vendu à un nombre impressionnant d’exemplaires pour un ouvrage d’anthropologie, ce livre devenu à lui tout seul symbole de la collection « Terre Humaine » se lit et émeut précisément comme le roman de l’homme.

LÉVI-STRAUSS, Claude, Regarder, écouter, lire. Paris, Plon, 1994.
Un recueil de textes d’une fulgurante intelligence et d’une passionnante acuité de la part d’un anthropologue disséquant les grands moments de sa propre « culture ».

LÉVI-STRAUSS, Claude, Des symboles et leurs doubles. Paris, Plon, 1989.
Comment les mises en opposition signifiantes doivent être repensées autrement qu’au travers d’un manichéisme immédiat et d’une pensée tentée par une rationalité toute binaire.

LÉVI-STRAUSS, Claude, De près et de loin. Paris, Odile Jacob, 1988.
En se confiant à Didier Eribon, Lévi-Strauss parle de lui-même et de son itinéraire intellectuel, de ses voyages et de ses rencontres avec Fernand Braudel, Jacques Lacan et bien d’autres, et donne un éclairage nouveau sur notre époque.

LÉVI-STRAUSS, Claude, Le Totémisme aujourd'hui. Paris, Presses universitaires de France, 1985 (« Mythes et religions »).
Une relecture de Freud, entre autre celui de Totem et tabou, par quoi l’anthropologie Lévi-Straussienne accorde, précise et approfondit ses relations de complémentarité et ses divergences avec la psychanalyse.

LÉVI-STRAUSS, Claude, La Voie des masques. Paris, Presses pocket, 1988 (« Agora », 25).
Il était inévitable que l’anthropologue et ethnologue s’arrête devant les masques, qui ne sont pas que de simples « objets » ni mêmes des « œuvres » d’art, mais des récits, des passages et cheminements initiatiques.

LÉVI-STRAUSS, Claude, Œuvres. Paris, Gallimard, 2008. LXII-2063 p. (Réunit : Tristes Tropiques ; Le Totémisme aujourd'hui ; La Pensée sauvage ; La Voie des masques ; La Potière jalouse ; Histoire de lynx ; Regarder écouter lire) (« Bibliothèque de la Pléiade », 543). Voir à ce sujet la critique de Sylvie Taussig que nous proposons dans le présent numéro du Mag Philo.
Entretiens
CHARBONNIER, Georges, Entretiens avec Claude Lévi-Strauss. Paris, Presses-Pocket, 1989 (« Agora », 48).
Un des textes les plus célèbres et étudiés notamment en classe de philosophie. Clarté des propos et de la pensée, un exemple du genre.

LÉVI-STRAUSS, Claude, MASSENZIO, Marcello, Claude Lévi-Strauss, un itinéraire : entretien avec Marcello Massenzio, 26 juin 2000. Paris, L'Échoppe, 2002 ; LÉVI-STRAUSS, Claude, Loin du Brésil : entretien avec Véronique Mortaigne. Paris, Chandeigne, 2005.
Parmi les derniers entretiens qu’ait donné le penseur en ce début de XXIe siècle, passionnants l’un comme l’autre ne serait-ce qu’au titre de regard d’un témoin venant de traverser tout le XXe siècle et disons le guère optimiste sur le devenir humain.
Œuvres et critiques sur Claude Lévi-Strauss
BERTHOLET, Denis, Claude Lévi-Strauss. Paris, Plon, 2003.
Denis Bertholet a consacré à Claude Lévi-Strauss une biographie, genre dont il est adepte, ayant également publié deux livres sur Jean-Paul Sartre.

CAZIER, Philippe, Abécédaire de Claude Lévi-Strauss. Mons, Sils Maria, 2008 (« Abécédaire », 4).
Ce numéro de la collection « Abécédaire » offre une approche synthétique et néanmoins assez approfondie de la pensée de Claude Lévi-Strauss. Idéal pour des étudiants partant à la découverte de son système de pensée.

CHEMOUNI, Jacquy, Psychanalyse et anthropologie : Lévi-Strauss et Freud. Paris, Montréal, L’Harmattan, 1997 (« Culture et cosmologie »).
On connaissait paradoxalement davantage le rapport de la pensée de Lévi-Strauss avec celle de Lacan qu’avec celle de Freud. Ce texte depuis longtemps attendu vise à faire le point et clarifier à partir des textes eux-mêmes les relations étroites quoique complexes que Lévi-Strauss a pu entretenir avec la pensée du fondateur de la psychanalyse.

CLÉMENT, Catherine, Claude Lévi-Strauss. Paris, Presses universitaires de France, 2002 (« Que sais-je ? », 3651).
Un livre-clé incontournable pour un abord d’ensemble éclairant de la pensée de Lévi-Strauss, par une philosophe qui a connu et travaillé avec lui (voir notre article de Catherine Clément). Arnaud Spire écrivait élogieusement dans L’Humanité du 15 mai 2003 « Le " Que sais-je ? " de Catherine Clément ne se contente pas de suivre le fil chronologique de la pensée de Lévi-Strauss, il en cerne à chaque instant l’essence historiquement changeante avec une inlassable émotion, qui ouvre l’intelligence de son lecteur ».

CLÉMENT, Catherine, Claude Lévi-Strauss ou la structure et le malheur. Paris, Librairie générale française, 1985 (« Livre de poche. Biblio essais », 3).
Un ouvrage classique du même auteur qui plus jeune avait pris le pessimisme de Lévi-Strauss au pied de la lettre et découvrait plus tard q’il n’y avait ni malheur ni bonheur chez lui…

CURAT, Hervé, Lévi-Strauss mot à mot. Essai d'idiographie linguistique. Genève, Librairie Droz, 2007 (« Langue et cultures », 39).
Un idiographe constitue l'ensemble des particularités d'écriture d'un individu donné. Cet essai est une brillante tentative d'analyser les particularités qui constituent la façon d'écrire de Lévi-Strauss.

DELIÈGE, Robert, Introduction à l'anthropologie structurale : Lévi-Strauss aujourd'hui. Paris, Éd. du Seuil, 2001 (« Points Essais »).
Un ouvrage dans lequel le lecteur ethnologue trouvera à peu près toutes les principales informations et mises au point dont il pourrait avoir besoin.

DELRIEU, Alain, Lévi-Strauss, lecteur de Freud : le droit, l'inceste, le père et l'échange des femmes. Paris, Anthropos, diff. Economica, 1999 (« Psychanalyse et pratiques sociales »).
Partant de la critique que Lévi-Strauss mène à l'encontre de Freud, ce texte entremêle les disciplines constitutives du champ de l'anthropologie et les questions du droit, de l'inceste, du père et de l'échange des femmes.

DELRUELLE, Édouard, Claude Lévi-Strauss et la philosophie : essai. Paris, Éd. Universitaires, Bruxelles, De Boek, 1989 (« Le Point philosophique »).
Le livre classique de référence de sa relation étroite et continue avec la philosophie et les philosophes.

DERRIDA, Jacques, MOSCONI, Jean, Lévi-Strauss dans le XVIIIe siècle. Paris, Éd. du Seuil, 1966 (« Cahiers pour l’analyse », 4).
Textes de Jacques DERRIDA : « Nature, culture, écriture - La violence de la lettre de Lévi-Strauss à Rousseau » et de Jean MOSCONI : « Analyse et genèse : regards sur la théorie du devenir de l'entendement au XVIIIe siècle » ; suivis des 11 premiers chapitres de l' Essai sur l'origine des langues de Jean-Jacques Rousseau, dont on sait quelle empreinte décisive ce texte aura laissé à la fois sur Lévi-Strauss et sur Derrida.

DÉSVEAUX, Emmanuel, Au-delà du structuralisme. Six méditations sur Claude Lévi-Strauss. Bruxelles, Éditions Complexe, 2008 (« Ethnos »).
Ce quatrième ouvrage de Désveaux revient notamment sur le paradigme lévi-straussien du dénicheur d’oiseaux qui, dans Le cru et le cuit, ouvrait l’investigation vertigineuse des Mythologiques.
Voir par exemple l’article de Gilles Harvard sur cet ouvrage, intégralement consultable en PDF (http://nuevomundo.revues.org/)

DÉSVEAUX, Emmanuel, Quadratura Americana : essai d'anthropologie lévi-straussienne. Genève, Paris, Georg, 2001 (« Ethnos »).
Relecture des Mythologiques à partir de laquelle l’auteur montre que la notion de transformation s'applique au-delà e la mythologie, et repousse ainsi les limites entre mythes, rites et organisations sociales.

DUBUISSON, Daniel, Mythologies du XXe siècle : Dumézil, Lévi-Strauss, Eliade. Lille, Presses universitaires de Lille, 1993 (« Racines et modèles »).
Confrontation des travaux du célèbre historien des religions avec ceux de ses deux contemporains majeurs, Georges Dumézil et Claude Lévi-Strauss.

HENAFF, Marcel, Claude Lévi-Strauss. Paris, P. Belfond, 1991 (« Les dossiers Belfond »).
Comment Lévi-Strauss en a-t-il renouvelé l'approche anthropologique de la question de la parenté en partant de la question de la prohibition de l'inceste ? Que peut nous apprendre l’anthropologie de Lévi-Strauss sur l'art et son rapport à la société ?

HENAFF, Marcel, Claude Lévi-Strauss, le passeur de sens. Paris, Perrin, 2008 (« Tempus », 231).
Mytes, rites, systèmes de parenté, ensembles symboliques comme les formes plastiques, les masques, les décors, les lieux habités, etc., autant de dispositifs qui selon Henaff « font sens ».

KECK, Frédéric, Claude Lévi-Strauss, une introduction. Paris, Pocket-La Découverte, 2005 (« Agora »).
L'unité de pensée de Lévi-Strauss par-delà la diversité des objets (littéraires, esthétiques, politiques ou moraux) sur lesquels elle s'est éprouvée, et des controverses philosophiques et scientifiques qu'elle a suscitées.

THUILLEAUX, Michel, Autour du structuralisme et de Lévi-Strauss. Paris, Connaissances et savoirs, 2006.
« Claude Lévi-Strauss a montré qu'il existait une grande aire culturelle, celle des deux Amériques, à l'intérieur de laquelle les mythologies étaient liées entre elles par des transformations systématiques, procédant par analogies, oppositions et inversion », déclarait l’auteur de ce récent ouvrage en guise de synthèse du parcours structuraliste de Lévi-Strauss.
DVD : Penser avec Lévi-Strauss
En complément de notre présent dossier sur Claude Lévi-Strauss, un DVD a été produit et réalisé par le SCÉRÉN - CNDP en novembre 2008 à l’occasion du centenaire de l’auteur.
Penser avec Lévi-Strauss se veut un DVD initiatique invitant à une découverte par paliers successifs d’une œuvre immense et fourmillante en matière tant philosophique qu’esthétique et anthropologique.
L’ouverture sur fond de chants d’oiseaux et de danses donne la mesure de la part qui revient à la pensée « sauvage » dans cette œuvre.
Une jeune professeure de philosophie de 28 ans, Samia Salah, enseignante à Meaux, est sur les bords d’un canal. Elle lit à haute voix une lettre qu’elle a envoyée à Claude Lévi-Strauss, rappelant au passage quelles œuvres de lui elle a lues, et celles qu’elle s’apprête à découvrir… « Avec Nietzsche et Spinoza, vous êtes parmi les auteurs qui ont le plus contribué à modifier la façon de poser les problèmes philosophiques » . Après avoir rappelé à Lévi-Strauss la vertu pédagogique de ses textes, notamment devant des élèves rétifs à la spéculation, et fait valoir que sa manière concrète de penser représente aux yeux de nombre d’entre eux les vertus somme toute guerrières du courage, elle déclare ce que nombre d’entre nous tous, professeurs de philosophie, aurions pu et aimé écrire à ce grand penseur centenaire : « Tristes tropiques est un des plus beaux livres que j’aie lu de ma vie ». Lévi-Strauss a répondu « cette lettre m’a beaucoup touché, j’aurais aimé répondre plus longuement, comme elle le mérite… ».
Suivent des archives de la Sept, de l’INA, des Films du village époustouflantes. Un documentaire, À propos de Tristes tropiques, film en intégralité de 47 minutes où Lévi-Strauss témoigne de son entrée dans sa carrière d’ethnographe et d’anthropologue, des archives d’entretiens divers avec Claude Lévi-Strauss (dont un étonnant témoignage de Pierre Bourdieu), un « Abécédaire » filmé des notions (Mythe et science, Totémisme, etc.) et des auteurs (Freud, Marx, Durkheim, Jakobson), très bien conçu et réalisé par Frédéric Keck (voir notre interview dans le présent numéro du Mag philo), Marie Mauzé et Laurent Barry, les deux premiers d’entre eux ayant centralement contribué au volume Œuvres de la « Bibliothèque de la Pléiade » ainsi qu’au numéro de la collection « Découvertes » (voir nos deux critiques) chez Gallimard.
Enfin, un portfolio regroupant quelques clichés profondément émouvants des missions Claude et Dinéa Lévi-Strauss au Paraguay et au Brésil en 1935 et 1936, où l’on retrouvera les splendides photos devenues célèbres et emblématiques de Tristes tropiques.
 
Gilles Behnam, pour le Mag philo
 
Revues / Blogs
Sur Claude Lévi-Strauss
L'Homme. Revue française d'anthropologie est une revue trimestrielle fondée en 1961 par Émile Benveniste, Pierre Gourou et Claude Lévi-Strauss.
Webhttp://lhomme.revues.org/

Dans la revue Gradhiva citée infra, signalons un remarquable article d’Eduardo Viveiros de Castro, « Claude Lévi-Strauss, Œuvres », mis en ligne le 10 décembre 2008 et qui contient de magnifiques photos de l’expédition dans le sud du Mato Grosso au Brésil en 1935-36.
Webhttp://gradhiva.revues.org/

Un texte de Roland Barthes intéressant sur « Les sciences humaines et l’œuvre de Lévi-Strauss » est mis en ligne sur le site de la revue Persée (également téléchargeable en PDF).
Webwww.persee.fr/

Toujours sur le site de la revue Persée, un texte de Lévi-Strauss lui-même : « Histoire et ethnologie ».
Webwww.persee.fr/

Les éditions PUF ont publié un excellent Dictionnaire des sciences humaines, sous la dir. de Sylvie Mesure et Patrick Savidan, dans la collection « Quadrige/Dicos poche » en 2006. Sur le site de l’éditeur, un extrait de l’article de Marcel Hénaff présente succinctement mais intelligemment Lévi-Strauss et son œuvre.
Webwww.puf.com/
Anthropologie, ethnologie, sociologie culturelle
Fondée en 1986 par Michel Leiris et Jean Jamin, la revue Gradhiva est publiée par le musée du quai Branly pour sa nouvelle série. Ouverte à de multiples disciplines : l'ethnologie, l'esthétique, l'histoire, la sociologie, la littérature ou encore la musique, elle s'attache à développer, par une iconographie souvent inédite et singulière, une interaction entre le texte et l'image.
Webhttp://gradhiva.revues.org/

La revue en ligne Socio-Anthropologie suit une démarche originale à la croisée interdisciplinaire et s'inscrit dans les débats actuels. Chaque numéro est construit autour de trois éléments : textes classiques, réflexions méthodologiques et études sur des pratiques et des représentations contemporaines. On trouvera en ligne plusieurs numéros en texte intégral, dont certains passionnants comme « Cultures-Esthétiques » (8 | 2000).
Webhttp://socio-anthropologie.revues.org/

Ethnologies comparées est une revue électronique d'accès libre et gratuit ayant pour vocation de proposer une approche comparative de la construction sociale des identités culturelles et d'encourager une réflexion critique sur les théories et pratiques de l'ethnologie.
Webhttp://alor.univ-montp3.fr/

La revue Ethnologie française interroge la façon dont est pensé notre rapport au monde. Par une mise en perspective d'analyses de terrain, elle éprouve les outils dont on use pour parler de nos sociétés. Ses comptes rendus d'ouvrages visent en outre à une confrontation sans concessions avec l'histoire, la philosophie ou la linguistique.
Webwww.puf.com/

La revue Anthropologie et Sociétés vise à diffuser la recherche anthropologique effectuée par les chercheurs du Québec et d’ailleurs, dans tous les champs de la discipline et dans tous les courants. Les numéros de la revue sont en ligne sur le site Érudit (www.erudit.org/), le portail des revues québécoises en sciences humaines et sociales. Seuls les abonnés ont accès aux numéros récents.
Webwww.ant.ulaval.ca/

L'Art du comprendre est une publication de la Société d'études et de recherches philosophiques et historiques (SERAPHIS). L'articulation de l'anthropologie philosophique avec l'anthropologie historique des communautés humaines, dans leurs différences autant que leurs mutations, constitue un champ privilégié de recherches.
Webwww.artducomprendre.org/

Enquête est un périodique qui a débuté en avril 1985 à partir des Cahiers du CERCOM (direction Jean-Claude Passeron) : huit numéros ont ainsi été publiés, jusqu’en septembre 1993, par le Centre d’enquêtes et de recherches sur la culture, la communication, les modes de vie et la socialisation. De 1995 à 1999, une nouvelle série de sept numéros a été publiée, sous le titre Enquête. Anthropologie, histoire, sociologie, par les éditions Parenthèses à Marseille. De nombreux textes sont intégralement en ligne, par exemple sur Weber, Passeron, Boutry…
Webhttp://enquete.revues.org/

Esquisse(s) est une jeune revue traitant de psychanalyse, d’anthropologie et de société qui a publié trois numéros et annonce la perspective de son travail en le mettant sous l’égide à la fois de Yves Bonnefoy et de Sandor Ferenczi.
Webwww.revue-esquisses.com/

Le site Michel Leiris donne accès à de nombreuses pages sur l’ethnologie et les voyages, avec par exemple des questions d’esthétique (« la sculpture nègre est-elle un art ? »), l’« Afrique fantôme » ou les rapports de Leiris avec Alfred Métraux.
Webwww.michel-leiris.fr/

La revue Études Inuit de l’université de Laval s’inscrit davantage dans les traces de Boas ou de Rasmussen que dans celles de Lévi-Strauss. Elle n’en ouvre pas moins des perspectives anthropologiques passionnantes sur le mythe et le symbolisme, la linguistique et la société…
Webwww.fss.ulaval.ca/

La revue Études rurales explore les nombreux aspects de la « ruralité » à travers les territoires, les activités, les genres de vie, les organisations politiques, les représentations, les croyances, les héritages et les perspectives.
Webhttp://etudesrurales.revues.org/

La revue Nouveau Monde - Mondes nouveaux porte en priorité sur deux champs de recherche : l'Amérique ibérique et la Méditerranée occidentale.
Webhttp://nuevomundo.revues.org/

Techniques & culture est une revue semestrielle d’anthropologie spécialisée dans l’ethnologie des techniques étudiées comme productions sociales à part entière. Ses articles sont en ligne en « texte intégral » à partir du numéro 38 inclus (juillet – décembre 2001). Les livraisons antérieures apparaissent sous la forme de sommaires.
Webhttp://tc.revues.org/
Sites
On commencera par le site du musée du quai Branly, le musée où dialoguent les cultures, dont le théâtre porte emblématiquement le nom de Claude Lévi-Strauss et où Catherine Clément, qui nous a fait l’honneur et le plaisir d’un article pour ce numéro du Mag philo, dirige l’Université populaire du quai Branly.
Webwww.quaibranly.fr/

Pour un bref portrait de l’académicien, on pourra se reporter aux pages du site de l’Académie française présentant Lévi-Strauss, ainsi qu’une bibliographie restreinte et quelques rapports et travaux académiques.
Webwww.academie-francaise.fr/

Sur le site Mémo consacré tant à des lieux qu’à des événements ou personnages historiques notables, on consultera avec profit le dossier bref mais assez bien fait consacré à Claude Lévi-Strauss.
Webwww.memo.fr/

 
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