
|
|
|
|
|
Interview : les voies de diffusion des nouveaux savoirs
Une majorité d’internautes estime « que les principaux freins à l’utilisation des nouvelles technologies en classe sont, en dehors de la pauvreté en matériel, le manque de formations pédagogique et informatique » (sondage La 5e et Le café pédagogique, www.cafepedagogique.net). Pour les SVT, Jean-Marc Moullet, membre du GIPTIC de l’académie de Lille, et Christian Courteille, membre du GIPTIC de l’académie de Paris, décrivent deux voies de diffusion des TIC : - la voie officielle, descendante, éventuellement optimisée par une voie montante, le stagiaire témoignant de ses essais et demandant conseil à son formateur ; - la voie horizontale, par relations : de nature affective, elle peut convaincre les plus réservés et, bien que plus lente, être plus efficace pour généraliser l’usage d’Internet/intranet en classe. À condition que les collègues déjà initiés acceptent de parrainer et de soutenir les débutants ! Rémi Boyer, technicien de laboratoire, décrit brièvement son rôle dans ce nouveau contexte.
Jean-Marc Moullet, vous faites partie d’un groupe de réflexion et de production requérant les TICE et en particulier l’usage d’Internet et de l’intranet en classe. Comment ce groupe fonctionne-t-il ?
J.-M. M. - Le groupe est ouvert, toute personne qui se manifeste peut participer aux réunions et apporter des productions pour le site ; l’an dernier, par exemple, des stagiaires ont proposé des pages. Le producteur présente son projet aux autres membres du groupe et nous testons les pages. Dans la grande majorité des cas, c’est le groupe qui décide ce qui va être mis sur le site, mais, en dernier recours, c’est l’IA-IPR qui prend la décision et il n’y a pas de « pression » de sa part.
Et qui dit test, dit critères d’évaluation ?
J.-M. M. - En fait, il s’agit de travailler dans deux grandes directions : - tester s’il n’y a pas de bogues : liens qui ne fonctionnent pas, images avec adresses absolues, c’est-à-dire ne prenant pas en compte les coordonnées de l’utilisateur, liens hors site, etc. ; - évaluer l’efficacité du produit proposé. Par exemple, un groupe travaille actuellement sur un progiciel permettant de reconstituer des paysages anciens en identifiant des fossiles (cycle central, partie C). Nous avons, au cours de la dernière réunion, essayé de jouer aux élèves, et noté tout ce qui semble ne pas convenir... sorte de test grandeur réelle avec dix postes et deux professeurs par poste. Nous n’avons pas de grille. En effet, il me paraît difficile, vu la diversité des produits, d’avoir un cadre de référence. Ce sont plus le bon sens et l’aspect pratique qui nous guident. Ainsi, nous préférons des pages avec le moins d’animations possible pour avoir un outil téléchargeable et affichable rapidement. Le problème reste les logiciels. Certains font plusieurs Mo et sont très longs à télécharger... mais ils sont gratuits, comme sur tous les sites du réseau.
Et quels avantages y avez-vous vus ?
J.-M. M. - Une autonomie de l’élève, une motivation certaine, une activité qui se substitue au livre ou à la photocopie.
Ces avantages suffisent-ils pour que les TICE s’installent spontanément dans les établissements ?
J.-M. M. - Je ne pense pas que l’introduction des TICE soit naturelle, il suffit pour s’en convaincre de voir la réticence des collègues en stage, mais, finalement, c’est dû à une peur de la machine, peur de ne pas être à la hauteur face aux élèves, peur de ne pas maîtriser la technologie... Une fois cette difficulté levée, je suis persuadé que les TICE se plient aux pratiques... justement par leur souplesse d’utilisation, sans jeu de mots ! Dans l’académie, des stages au PAF ont été mis en place pour l’utilisation des sites Internet dans les progressions. Ils permettent de toucher des collègues qui ont du mal avec ces nouvelles technologies ou qui veulent approfondir leurs pratiques.
Les stages seuls suffisent-ils à la diffusion des TICE ?
J.-M. M. - La rubrique « Retour de stages » du site officiel est également très consultée : elle présente en ligne les productions des collègues pour que tous aient accès à ces informations. Nous mettons uniquement les productions des stages ayant lieu une seule fois, comme l’initiation aux nouveaux programmes de première S. Pour les collègues enseignant à l’étranger, la consultation des retours de stage permet d’avoir connaissance des synthèses produites par les formés, par le formateur, de ce qui s’y est fait. Ainsi, j’ai un ami enseignant au Liban qui apprécie cette rubrique. Je suis resté en relation, via l’e-mail, avec des collègues du Moyen Orient qui avaient été réunis lors d’un stage au grand lycée français de Beyrouth. Les échanges sont nombreux : beaucoup de questions techniques, des questions sur les logiciels les plus adaptés, sur les activités et, finalement, très peu de questions sur les progressions.
Mais le temps n’est-il pas un facteur limitant ?
J.-M. M. - Ayant une formation en informatique, je ne suis certainement pas un bon exemple : j’ai un niveau programmeur-objet. La plupart du temps, je reconstruis les sites avant de les installer sur les PC en fonction de la démarche ou des activités que je souhaite faire réaliser à la classe. Je suis incapable de donner un temps moyen, cela peut être très long... Cela peut aussi aller très vite mais il faut connaître le site pour diriger les élèves, maîtriser le navigateur, noter les adresses pour récupérer rapidement la bonne page, si l’élève sort du site. Dans certains établissements, il est souhaitable de travailler avec des sites capturés (les élèves ne peuvent accéder qu’au site choisi par l’enseignant). Les expériences avec accès sur la toile mondiale montrent que, rapidement, les élèves vont sur d’autres sites. En lycée – je suis depuis quatre ans dans un bon lycée de la ville de Lille –, pas de problèmes.
Existe-t-il un autre système de diffusion des TICE ?
J.-M. M. - Au sein du labo, les productions sont mises en commun, elles sont disponibles pour tous. Évidemment, je ne peux parler que dans le cas de mon lycée… Par ailleurs, étant moi-même formateur associé en formation initiale et continue et responsable de la formation initiale pour l’académie de Lille, j’ai un vaste réseau d’échanges... Environ dix e-mails par jour pour les SVT... mais je ne suis pas sûr, là non plus, d’être une référence.
De votre côté, monsieur Christian Courteille, comment se passe l’introduction de ces nouvelles technologies en classe ?
C. C. - Dans un premier temps, l’introduction de ces technologies alourdit le travail du professeur puisqu’à la préparation du cours et des évaluations s’ajoute la mise en forme informatique. Cela demande une conception préalable du produit, puis la réalisation informatique proprement dite. Par sa nature, cette mise en forme exige une maîtrise de procédures qui ne sont pas immédiates et qui demandent au professeur de pratiquer beaucoup pour accéder à une routine efficace.
Cependant, il est proposé des stages d’initiation à ces pratiques...
C. C. - L’effet de cet apprentissage peut être le même que celui obtenu après un stage dans un autre domaine. De retour dans sa classe, le professeur, isolé, happé par les contraintes professionnelles, retrouve ses habitudes. Il lui est souvent difficile de s’imposer un changement dans sa réflexion pédagogique et dans la répartition de son temps de travail. Cependant, s’il témoigne de son nouvel apprentissage auprès des membres de l’équipe pédagogique et si ceux-ci y montrent quelque intérêt, cela peut créer une dynamique d’introduction de ces TICE dans les pratiques.
Pourtant, les incitations officielles sont fortes. Écrites par une équipe spécialisée dont vous faites partie, des propositions pédagogiques sont installées en ligne.
C. C. - Effectivement, une structure officielle est installée pour déclencher et faciliter l’introduction de ces TICE. Les sites académiques sont conçus comme des espaces d’échanges et de mutualisation du travail des enseignants. Paradoxalement, la publication abondante d’exemples de cours ou de TP « clés en main » est controversée, côté inspection. On redoute, semble-t-il, l’uniformisation des enseignements, chaque professeur n’appliquant plus que ce qui est proposé pour se trouver en parfaite coïncidence avec les instructions officielles, en cas d’inspection, par exemple. La réflexion et l’initiative personnelles, et donc l’appropriation des instructions, pourraient s’en trouver appauvries. Pourtant, cela pourrait aussi éviter des tâtonnements hasardeux dans la phase de réflexion, de préparation des cours et TP.
Dans ces conditions, doit-on être pessimiste quant à l’évolution des pratiques ?
C. C. - Non, d’abord à cause de la pression officielle déjà évoquée, mais aussi parce que les élèves sont, a priori, demandeurs et que chaque enseignant est inclus dans un réseau de relations amicales. On parle de son travail personnel, de ses essais et erreurs, d’une partie de son intimité donc, d’abord à des amis, par pudeur ou pour ne pas s’exposer à des remarques désagréables : être jugé, par exemple. Beaucoup n’hésiteront pas alors à prêter un CD sur lequel est gravée une séquence utilisant, même modestement, l’intra ou l’Internet, pour en attendre des réactions et une discussion qui feront évoluer le produit. Pour l’instant, les propositions d’exemples soumis au groupe GIPTIC sont assez rares. C’est encore modeste mais la nature de ce phénomène est telle qu’il peut s’amplifier de lui-même, ce n’est qu’une question de temps. Et la présence d’une assistance technique dans l’établissement participe à cette accélération.
Et vous, monsieur Rémi Boyer, comment comprenez-vous votre place dans cette diffusion, en tant que technicien au laboratoire de SVT du lycée Claude-Monet, dans le treizième arrondissement de Paris ?
R. B. - Avec le professeur chargé du laboratoire, j’ai largement participé aux séances préparant la rénovation du lycée. Par goût et pour m’ouvrir une porte vers l’avenir, j’ai cherché à m’initier aux aspects purement techniques des TICE. C’est pourquoi j’ai participé à des stages de formation destinés au personnel de l’Éducation nationale et à des cours d’informatique du CNAM. Je pense avoir contribué, au laboratoire, à favoriser l’introduction et l’usage des TICE, et pas seulement en EXAO. Par exemple, je suis présent, en salle, quand un professeur anime une séance demandant de l’informatique que j’ai préparée et je suis prêt à intervenir, au cas où... C’est peut-être un peu immodeste, mais je crois que je participe réellement à la diffusion de ces nouvelles technologies. Je me sens faire véritablement partie de l’équipe pédagogique en SVT parce que je lui apporte aussi quelque chose.
|
|

|
|
|