Comment évaluer l'apport des technologies de l'information et de la communication à l'enseignement ?
Bernard Le Vot
Inspecteur générale de l'Éducation nationale (sciances de la vie et de la terre)
 
Atelier E 1 : « Apports des TIC à l'innovation en éducation en termes de pratiques pédagogiques »

Introduction
Le présent exposé se fonde sur les pratiques pédagogiques qui sont celles des professeurs de sciences de la vie et de la Terre. Il est cependant évident que nombre d'entre elles ont valeur générale dans la formation de l'élève et qu'elles ont leurs équivalents dans les autres disciplines.
En science, la première question part de l'interaction entre les connaissances et des observations nouvelles et fixe un objectif de connaissance : « Comment expliquer ce phénomène, cet objet ? ». Elle est immédiatement suivie d'une deuxième question, à caractère méthodologique : « Comment faire pour savoir ? », sachant que la réponse doit être fondée sur des arguments vérifiables par tous. L'objectif de l'enseignement des sciences est donc de lier le savoir acquis - les résultats de la science - aux méthodes et techniques utilisées pour les obtenir. Comment les TIC peuvent-elles s'intégrer et innover dans ce schéma ?

Les changements inéluctables du rapport de l'élève au savoir
La consultation du Forum national, créé en même temps que le réseau des SVT sur la toile, est très instructive. On y observe :
  • de décembre 1996 à novembre 1997, une centaine de messages, essentiellement venus de professeurs (deux d'élèves cependant) ;
  • de novembre 1997 à novembre 1999, 452 messages, soit en moyenne par année, un doublement par rapport à la période précédente ;
  • de novembre 1999 à décembre 2000 : 580 messages (six fois plus que la première année) dont 60 dans les deux dernières semaines. Les demandes des professeurs sont extrêmement variées. Depuis 1997, l'augmentation des demandes issues des élèves est importante. Il est notable que celles-ci portent d'abord sur les innovations dans l'enseignement (TIPE, option sciences expérimentales puis TPE) mais qu'elles s'étendent aux programmes traditionnels et aux prises de notes sur ordinateur !

L'élève s'adresse, hors du cadre de la classe - y compris parfois pour avoir des recettes de réussite ! – à tout enseignant qui voudra bien répondre après avoir pris connaissance de sa demande.
À noter la forme très décontractée et la nature de la demande de Julien (obtenir un dossier concernant la fabrication du pain). À noter également la réponse faite à l'élève, réponse qui le renvoie à un travail : rechercher sur les sites du réseau des SVT, notamment sur les sites académiques en utilisant le moteur de recherche qui en recense les nombreuses ressources (106 affichées), par exemple, ici, dans les académies de Reims et de Créteil. À une attitude nouvelle de l'élève correspond une réponse pédagogique adaptée du professeur.
Les outils tels que forum et moteurs de recherche sont en eux-mêmes des innovations qui tout à la fois suscitent des besoins et y répondent. Sauf à la décrocher de l'évolution de la société, l'évolution de l'école intégrant la banalisation des techniques d'information et de communication, en modifiant de façon irréversible le rapport de l'élève au savoir et la relation élève-professeur, est inéluctable. Le système éducatif est, si l'on peut dire, condamné à développer de nouvelles pratiques pédagogiques. Ses acteurs ont tout à gagner à adopter dans ce domaine une attitude volontariste. Beaucoup l'ont compris et les innovations sont déjà nombreuses et variées.

L'utilisation du réseau dans l'enseignement des sciences de la vie et de la Terre
L'expression « pratiques pédagogiques » peut désigner tout à la fois la façon de préparer les leçons, individuellement ou en équipe, de rechercher et choisir les contenus, de les organiser suivant une stratégie de formation et d'utiliser, pour mener celle-ci à bien, les techniques variées de conduite de la classe. Toutes ces acceptions sont concernées par l'utilisation des TIC comme on l'a vu précédemment. L'accent sera mis ici sur la mise en scène effective des possibilités offertes par les TIC, au cours de leçons de sciences où l'élève participe à la construction de son savoir et où les pratiques pédagogiques scientifiques habituelles, telles que l'observation du réel à différentes échelles, l'expérimentation gardent leur valeur fondamentale. L'intégration des TIC doit donc se faire en terme de valeur ajoutée et passer par une réflexion sur la spécificité de leurs apports. Ceux-ci- n'ont de sens que dans le cadre des salles d'enseignement spécialisées, des salles de travaux pratiques surtout, dans lesquelles sont installés des réseaux de communication, connectés ou non à Internet.
Information et communication au sein de la classe
Tout poste du réseau - y compris, et c'est important, celui du professeur - devient distributeur d'images et d'autres documents qui deviennent ainsi de véritables objets de travaux pratiques. Parmi les nouvelles pratiques pédagogiques utilisant le réseau de la salle de TP, celles qui allient les vertus du travail individualisé et du travail collectif méritent particulièrement d'être retenues.

  • Le réseau permet la confrontation des observations et des résultats expérimentaux respectivement effectués et obtenus en classe, enregistrés sous forme numérique. Le professeur peut ainsi parvenir de façon rigoureuse aux concepts unificateurs à partir des exemples tirés du réel (échantillons, résultats expérimentaux), exemples semblables mais non identiques.
  • Le réseau permet d'appréhender la globalité d'un phénomène et d'analyser celui-ci de façon détaillée. Il autorise, à chaque poste, l'analyse de l'image statique extraite d'une série d'images animées.
  • Le réseau garde la mémoire, accessible en classe, au CDI, en salle polyvalente, des travaux effectués. Cela conduit l'équipe de professeurs à constituer une banque de données, d'exercices, de protocoles expérimentaux, propre au laboratoire. Ce site intranet, peut - et doit - s'enrichir également des apports extérieurs tels que sites Internet capturés.
  • Le réseau permet d'envisager le partage des tâches dans la perspective d'un travail coopératif. Se fondant sur la rapidité et la facilité de communiquer et d'enregistrer les résultats, le professeur peut envisager de confier à des groupes d'élèves différents une partie des observations, expérimentations, analyses de documents nécessaires à la construction d'un savoir, sans avoir à redouter que chacun sorte de classe en ayant seulement une connaissance partielle de l'étude effectuée.

Chacune des possibilités décrites ci-dessus - notamment l'arrêt sur image, la sélection d'informations pertinentes - permet d'envisager de nouvelles modalités d'évaluation, mieux, d'auto-évaluation, rapides, dont la mise en forme reste à fixer et à mettre en œuvre en tenant compte de la fonction et de la place assignées à l'évaluation dans le processus d'apprentissage.
Intégration du réseau de la classe au réseau d'établissement et à la toile (Web)
Le réseau du laboratoire prend une dimension pédagogique supplémentaire lorsqu'il est ouvert sur le réseau de l'établissement – le CDI, la salle polyvalente, etc. – et le réseau Internet afin de permettre la poursuite, l'approfondissement du travail effectué en classe ou le retour sur celui-ci, en dehors des locaux scientifiques (au CDI, dans la salle polyvalente, chez soi). De nouvelles pratiques liées à l'apparition d'Internet sont à signaler :

  • Le travail coopératif entre établissements, tel que celui organisé dans l'académie de Nice. Le dispositif permet le regroupement puis l'analyse comparée de mesures météorologiques ou d'enregistrements de séismes effectués dans divers établissements, parfois fort éloignés les uns des autres.
  • La recherche documentaire en classe :
    – soit directement en ligne, en suivant des « parcours balisés », selon l'heureuse expression de Michel Guérin, professeur à Poitiers, sur le site SVT de Poitiers. Cela évite d'inutiles pertes de temps tout en assurant une grande autonomie de recherche et de compréhension à l'élève ;     – soit à partir de sites capturés, comme il a été dit précédemment, sites libres de droits enregistrés sur cédérom ou sur le site intranet du laboratoire.

Les informations fournies aux élèves doivent être authentifiées. Le réseau SVT dont le site de coordination est au ministère respecte, à ce sujet, les termes d'une charte de fonctionnement. Pour les sites de la toile mondiale, le professeur doit être vigilant.

Une véritable pédagogie de la communication
Les comptes rendus des activités scientifiques sont désormais affichés par les élèves sur le site de l'établissement ou le site académique, par exemple, dans l'académie de Rennes. Il s'agit là d'un exercice hautement formateur pour celui qui s'y livre car il requiert des compétences qu'il contribue à développer : la maîtrise du contenu scientifique affiché, d'un minimum de connaissance des outils de l'informatique et surtout la compréhension du sens profond du langage hypertexte. L'élève, sous le regard du professeur, devient à son tour pédagogue.

Conclusions
De nouvelles pratiques pédagogiques sont rapidement apparues dans l'enseignement des sciences de la vie et de la Terre avec l'irruption des TIC. Au-delà des apports spécifiques à la discipline, recensés sur le site, elles ont une valeur formatrice générale. D'autres voient quotidiennement le jour en occupant le champ toujours grandissant des possibilités offertes par l'évolution des techniques. D'autres enfin, sont à inventer. Dans ces pratiques, c'est surtout la fonction de communication qui représente la véritable valeur ajoutée. Cela n'est pas sans importance à une époque dominée par les moyens d'information communément appelés « médias », notamment la radio et la télévision, d'ailleurs présents sur Internet. Avant tout acte d'enseignement à l'école, il convient désormais de considérer l'abondance d'informations d'origine extrascolaire, qui donnent à l'élève une certaine représentation du monde et constituent pour lui des acquis de qualité parfois discutable (voir sur le forum la question de l'élève sur la mort de Charles XI) ! L'évolution des pratiques pédagogiques et du rôle même de l'école doit être, dès à présent, d'aller vers une structuration et une authentification des informations de toute origine. C'est dans cette nécessaire formation à l'esprit critique que réside en grande partie la formation à la citoyenneté. C'est là que sont associées, comme il se doit dans un pays démocratique, l'instruction et l'éducation.

Soft qui peut 2000 au Futuroscope de Poitiers.
Assises internationales des 15 et 16 décembre 2000.


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Mis en ligne avec l'aimable autorisation de B. Le Vot
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