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Brigitte Marco, professeur de sciences de la vie et de la Terre
Quel dialogue ?
Les plus jeunes forment la population la moins touchée et pourtant la plus inquiète car, dépourvue de références, elle n'est pas encore capable de « relativiser ». Il faut donc transmettre des informations claires et objectives, c'est-à-dire des messages à teneur positive, des données sur la maladie par exemple. Aborder le problème de la prévention ne semble pas nécessaire, car ces jeunes ne se sentent pas encore concernés par la maladie. Il serait plus judicieux de les sensibiliser à la solidarité, plutôt que de nourrir l'inquiétude spontanément ressentie face aux personnes concernées ou potentiellement à risque.
Chez les adolescents, il est plus efficace de prévenir sans inquiéter, et encore moins interdire, par un dialogue ouvert qui les implique dans la prévention.
Il semblerait bon également d'engager avec les adolescents une réflexion sur les attitudes à adopter envers les personnes séropositives, par une discussion avec des personnes de leur âge concernées, de près ou de loin, par le sida. Cet type d'activité permet souvent de participer à la réduction du mystère, voire du « mythe sida ».
À quel moment et comment ?
Parler du sida avec les jeunes implique qu'ils soient en possession d'un minimum de connaissances sur le fonctionnement du corps humain. C'est toute l'image de leur corps et de celui de l'autre sexe qu'il faut rectifier et achever de construire. En effet, les adolescents ne connaissent pas souvent l'essentiel : anatomie, sexualité, toilette intime... Par exemple, certaines filles ne savent pas comment est fait leur vagin. Le sens du mot « muqueuses », fréquemment utilisé dans les informations communes, est presque toujours ignoré... En outre, la famille attend souvent de l'école la transmission d'une information pertinente alors que l'école considère que tout ce qui relève de l'intime concerne les parents.
L'acte sexuel est évidemment encore une énigme pour un grand nombre d'adolescents. Il est donc nécessaire de préparer des actions de prévention en sachant que seule une minorité d'entre eux a une connaissance autre que fantasmatique de la sexualité adulte. Ce constat rend nécessaire une éducation à la sexualité précédant toute évocation du sida. De plus, l'approche de la sexualité ne peut se faire auprès des jeunes qu'avec d'autres perspectives que celles de la maladie et de la mort... Parler d'amour ? Cela semble difficile ! Plutôt que de donner de la sexualité l'image d'une expérience anodine, on peut au moins veiller à aider les jeunes à expliciter leurs interrogations concernant la relation à l'autre, l'amour, les pratiques sexuelles. Il sera également opportun d'insister sur l'existence de moments où les jeunes sont vulnérables : la rencontre imprévue, la baisse de vigilance liée à un contexte festif, les premiers rapports avec un partenaire plus âgé... (La rubrique « Pratiques de terrain » de ce numéro du Mag développe toutes ces questions.)
Si les connaissances sur les modes de transmission et la nature de la maladie sont généralement acquises, la capacité des adolescents à transposer ces informations dans leur vie quotidienne, à les intégrer dans leur mode de relation à autrui est souvent défaillante. Mais comment faire le transfert du niveau des connaissances théoriques à celui des comportements ?
L'enjeu est de taille : il s'agit d'essayer de déclencher, chez chacun des adolescents, le réexamen de la conception du risque, mais sans interdire et donc sans bloquer l'accès à une sexualité légitime. Qu'est-ce donc que se protéger, sinon agir sur sa vie pour quitter la position de victime potentielle et prendre du pouvoir sur soi ? Pour que la maladie ne soit plus perçue comme inéluctable, tous les acteurs de l'éducation doivent réunir les conditions pour mettre l'adolescent en état de s'engager et être acteur dans la mise en place de sa propre protection.
En savoir plus
- GOSME-SEGURET S. et NORY-GUILLOU F., Connaissances et représentations du sida (PDF, 178 ko) : évaluation auprès des jeunes adolescents et pré-adolescents du Nord-Pas-de-Calais, novembre 1997, étude qualitative commandée par la DDASS du Nord-Pas-de-Calais. Sur le site du ministère de la Santé. http://npcprev.sante.gouv.fr/
- Se reporter également à la bibliographie de l'article « Connaître l'adolescent ».
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