Mag SVT : Aborder en classe la question du sida
Approche théorique  >  > Les obstacles à l'approche du sida en classe 
Brigitte Marco, professeur de sciences de la vie et de la Terre

Sur la question si délicate du sida, le premier problème qui se pose à l'enseignant est plus que jamais celui de la communication, problème d'autant plus délicat que le sida est porteur de représentations négatives liées à l'idée de mort et donc d'angoisse. Afin de mieux aider à la construction progressive de l'identité sociale et individuelle de l'adolescent, il est donc essentiel pour l'adulte de contourner cette difficulté en trouvant les approches capables de briser cette barrière. Cependant, à quelque niveau que ce soit, le temps manque toujours à l'enseignant pour boucler le programme. Au collège, des heures sont prévues pour l'éducation à la santé et la prévention sida. Pour ce qui est du lycée, rien n'est aussi clair : l'enseignant doit trouver le temps de satisfaire à la fois les impératifs du programme, surtout l'année du Bac, mais aussi les impératifs d'éducation préconisés par les textes officiels.

La seconde difficulté réside dans les aspects mêmes du thème du sida. Aux yeux des jeunes, la santé n'est pas un sujet de préoccupation immédiate. Leur orientation scolaire, leur avenir professionnel ou encore leur insertion sociale les préoccupent bien davantage. En outre, ils expriment pudeur et réserve pour tout ce qui touche à l'intime, forme particulière du sentiment de soi qu'ils viennent de découvrir. Pourquoi et comment dépasser cette seconde barrière ?
Pour se construire, l'adolescent doit ressentir ce qui le distingue des autres, percevoir en quoi il est différent. Dans ces conditions, le rôle du professeur n'est pas de détruire cette barrière mais de l'aider à prendre conscience qu'elle existe, qu'elle lui permet d'être un parmi les autres, et que c'est ainsi qu'il interagit avec les autres. Cette délimitation des espaces et frontières corporelles est nécessairement source de conflits, mais c'est précisément sur cette base d'affrontement que l'adolescent peut se reconnaître en tant qu'individu particulier responsable et qu'il peut aller de l'avant.
En acceptant ce principe même d'opposition qui conduit les élèves, et plus globalement les autres, à la différence, au contraste et qui pourtant fournit les bases d'un véritable échange, l'enseignant peut aider à passer la barrière de la pudeur. Pour cela, il lui faut d'abord prendre conscience de l'existence de ses propres barrières, et probablement accepter de remettre en question ses propres représentations sur la maladie précisément, et sur le thème du sida en général. Cela exige de l'enseignant qu'il comprenne qu'enseigner n'est pas seulement transmettre des savoirs et des apprentissages techniques à mémoriser et à appliquer passivement. C'est, au contraire, une ouverture au monde, une réflexion que l'on engage avec la classe, un encouragement à la mise en pratique de son esprit critique. Et cela demande d'accepter que l'école soit un lieu de confrontation dans la mesure où les modalités de l'échange sont équilibrées. Bref, il s'agit d'instaurer le dialogue nécessaire à l'implication et à l'épanouissement des élèves.

L'élaboration d'une stratégie de prévention exige de connaître chez les adolescents les modes d'intégration des informations diffusées sur le thème à traiter ainsi que les productions imaginaires issues de cette intégration. Or, les informations médiatiques concernant le sida sont globales et diffusées pour le plus grand nombre : il manque aux jeunes les moyens d'ordonner leurs idées et leurs réflexions et de se situer personnellement face à ce problème.
C'est par le dialogue qu'on peut répondre à leurs attentes et ainsi leur permettre d'évoluer. Se pose alors le problème de leur mise en activité pour qu'ils s'impliquent de façon plus personnelle.
Pour commencer, il s'agit d'abord de cerner au mieux les réalités adolescentes, les représentations que les adolescents ont du sida, et de tenter d'adapter notre enseignement à ces réalités.

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