Les jeunes de moins de 24 ans sont moins sensibilisés à l'épidémie du sida que leurs aînés car ils constituent la « génération des multithérapies » (depuis 1996), aux yeux de laquelle les remèdes semblent pouvoir réparer les dégâts consécutifs aux risques encourus. Pourtant, à Paris, de 2000 à 2002, les cas de syphilis ont été multipliés par cinq, conséquence d'une évolution des comportements, ce qui laisse craindre une reprise des cas de sida, les MST étant liées les unes aux autres. Nul ne peut être insensible à ces faits. Et Jean-Luc Roméro, conseiller de la région Ile-de-France (auteur de Virus de vie et président de l'association Élus contre le sida) en appelle, dans l'entretien, aux acteurs de l'Éducation nationale.
Différentes structures de prévention des conduites à risques chez les jeunes existent. Alors pourquoi, et corrélativement comment, aborder la question du sida en classe ? Antonio Ugidos, directeur du Crips Ile-de-France (Centre régional d'information et de prévention du sida) dresse ici un « état des lieux » de la question.
En contact avec les adolescents, les enseignants ont la possibilité d'aborder le sida en classe. C'est ainsi que, conformément aux programmes de SVT des classes de terminale S, ils traitent désormais les réactions immunitaires à partir de l'agression par le VIH. Béatrice Desbeaux-Salviat et Jean-Claude Hervé, membres du groupe d'experts sur les programmes du secondaire de sciences de la vie et de la Terre (GEPS-SVT) retracent, entre autres, les étapes de la délicate construction de ce point du programme.
Mais, le problème de prévention est difficile - il s'agit davantage d'affect que d'intellect - et demande d'éclairer la relation entre éducation et instruction. C'est pour cela que les informations scientifiques sur le sida ont été écartées de ce Mag, en faveur de données plus psychosociologiques et pédagogiques : dans « Approche théorique », Brigitte Marco, professeur de SVT, fait le bilan des acquis sur les représentations des adolescents concernant la maladie. De son côté, Grégory Abramowitch, animateur au Crips, nous montre, dans « Pratiques de terrain », comment on peut prendre en compte ces représentations pour organiser une animation de classe ou une formation d'animateur. Et c'est encore en s'appuyant sur ces représentations que des « Propositions pédagogiques » sont ouvertes.
Si les enseignants de SVT peuvent engager des actions de prévention dans leur établissement, ainsi qu'en témoignent deux collègues (« Pratiques de terrain »), il est possible et nécessaire de mobiliser toutes les disciplines : Gilles Behnam, professeur de philosophie, expose sa réflexion dans « Parler du sida en classe de philosophie ».
S'attaquer à la maladie du sida revient désormais à aborder ensemble tous les comportements liés à la sexualité, à la prise de drogues... sans pour autant les interdire aveuglément par le levier de la peur au risque d'augmenter les sources de frustrations. Il en ressort qu'une formation particulière doit être donnée à l'enseignant de SVT, ou de toute autre discipline, qui souhaite apporter une aide à ses élèves, quelles que soient ses motivations et capacités spontanées. La rubrique « Ressources » désigne également les multiples possibilités d'information et de réflexion.
Le sida est encore et plus que jamais l'affaire de tous. Encore faut-il, pour que les enseignants qui le souhaitent agissent, qu'ils connaissent l'éventail des actions possibles pour une prévention du sida ou une éducation à la santé et plus précisément à la sexualité. Nous espérons leur avoir apporté une aide utile.
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