
|
|
|
|
|
Antonio Ugidos, directeur du Crips (Centre régional d'information et de prévention du sida)
Le Crips s'est vu confier par le conseil régional d'Ile-de-France en 1992 la mission de faire de la prévention dans les lycées. En 2002, un lycée sur deux en Ile-de-France a reçu un intervenant du Crips pour une ou plusieurs séances de prévention, c'est-à-dire que 66 000 élèves ont pu être informés.
Un projet citoyen
Pourquoi introduire une prévention du sida dans les lycées ? Paradoxalement, parce qu'il faut aujourd'hui faire de la prévention ciblée vers les personnes les plus vulnérables au risque d'infection par le VIH : les homosexuels et les migrants. Or la prévention du VIH, au-delà d'une information sur les modes de transmission et de prévention, incite à une parole autour de la sexualité, favorise une réflexion sur la solidarité et l'acceptation de la différence. La prévention du VIH permet de façon décisive de réinscrire concrètement une éducation à la citoyenneté qui incarne les valeurs de la lutte contre toutes les discriminations et toutes les formes de précarité, pour un égal accès de tous à la prévention, aux stratégies d'auto-protection et à la prise en charge.
C'est en cela que Didier Jayle, fondateur du Crips, qualifiait la prévention du sida « d'instrument de changement social ».
Le Crips s'attache donc à mener son travail de prévention dans les établissements scolaires autour d'un projet citoyen dont les lycéens sont à l'évidence les premiers espoirs (voir « Propositions pédagogiques ») ; et s'il faut faire de la prévention dans les lycées, c'est bien parce qu'il s'agit, pour lutter contre l'épidémie, de promouvoir l'intelligence, la responsabilité mais aussi la solidarité.
Pourquoi faire de la prévention auprès des lycéens ? Parce que chaque année amène au lycée une nouvelle classe d'âge qu'il faut informer à son tour, parce que c'est vers 17 ans en moyenne que les jeunes ont leurs premières relations sexuelles et qu'il faut tout simplement qu'ils sachent qu'une protection contre le virus est indispensable.
Une nouvelle génération mal informée
Mais, s'il faut continuer la prévention du VIH, c'est essentiellement parce que l'enquête KABP (knowledge, attitudes, beliefs and practices) 2001 réalisée par l'Observatoire régional de santé d'Ile-de-France révèle que les plus jeunes, la « génération post-sida », semblent aujourd'hui se sentir moins concernés par le risque.
- Ils semblent craindre le risque de contamination de façon plus diffuse, moins précise que leurs aînés ; ils ont une connaissance des modes de transmission qui n'est pas meilleure que celle de leurs aînés, voire étonnamment moins bonne. Ils sont, par exemple, 24 % des 18-24 ans à croire en la transmission possible du VIH par piqûre de moustique.
- Les 18-24 ans sont moins nombreux qu'en 1998 à déclarer avoir utilisé un préservatif dans l'année. La proportion de Franciliens âgés de 18 à 24 ans ayant utilisé des préservatifs au cours des douze derniers mois a diminué de 11 points chez les hommes (de 80 % à 69 %) et de 4 points chez les femmes (de 66 % à 62 %). Cette baisse marque une rupture avec l'augmentation régulière observée depuis 1992.
- De fait, si l'épidémie reprend, les jeunes ne sont pas épargnés autant qu'on l'aurait voulu... Le bilan d'activité de dépistage du VIH des CDAG (Centres consultations de dépistage anonyme et gratuit) de Paris révèle par exemple que la proportion de filles de moins de 20 ans dépistées positives est passée de 1,4 en 1998 à 2,0 en 2001, soit 6 pour 1 000 de plus, ce qui est inacceptable.
Si les enquêtes contiennent des informations décourageantes, elles montrent aussi que les jeunes sont perméables à des actions de prévention : les 18-24 ans sont largement plus nombreux que leurs aînés à considérer « avoir un risque de transmission du VIH supérieur ou égal à la moyenne » (65,6 % contre 43 % des 25-34 ans et 35 % des 35-44 ans). Les plus jeunes semblent les plus réceptifs à la notion de risque, les plus nombreux à en être conscients ou, si l'on veut, les moins nombreux à être dans le déni : cette réceptivité et cette lucidité de la jeunesse sont des chances à saisir par les acteurs de prévention.
Enfin, la prévention du sida apparaît plus que jamais nécessaire, en tant qu'axe d'apprentissage de la citoyenneté, de la fraternité et du respect des différences, si l'on considère que les 18-24 ans sont en 2001, pour la première fois, les plus nombreux parmi la population à considérer qu'un médecin doit pouvoir refuser de prendre en charge une personne parce qu'elle est séropositive (plus de 12 % contre 7 % chez les plus de 25 ans).
Ainsi prévenir le sida, c'est d'abord apprendre aux jeunes à se protéger et à protéger l'autre, à se respecter et à respecter l'autre dans ses différences, c'est participer à une lutte plus globale contre toutes les discriminations sociales, racistes, sexistes ou homophobes, une lutte contre toutes les marginalisations et les prises de risque qu'elles entraînent irrévocablement.
« Le sida nous a aidés à percevoir que la solidarité est la conséquence obligée des conditions objectives de notre fin de siècle. » (Jonathan Mann, Rapport de la commission d'enquête sur l'état des connaissances scientifiques et les actions menées à l'égard de la transmission du sida, Assemblée nationale, 1992)
En savoir plus
L'enquête KABP 2001 (PDF, 122 ko) peut être consultée sur le site de l'Observatoire régional de santé d'Ile-de-France.
www.urcamif.fr/
|
|
|
|

|
|
|