En 2001-2002, Michelle Cohadier et Annabelle Fornari ont mené, dans leur établissement d'enseignement, le collège Léon-Blum de Villepreux (Yvelines), une action de prévention des pratiques sexuelles à risques en faisant appel à des intervenants extérieurs. Elles nous font partager leurs constats.
Des clés pour une action réussie (Michelle Cohadier et Annabelle Fornari)
Solliciter des intervenants extérieurs
Nous pensons que les enseignants n'ont pas a être informés des questionnements de nature intime de leurs élèves. D'une part, ces questionnements sont souvent difficiles à exprimer à un professeur ; d'autre part, les infirmières sont formées pour faire face à ce type de situation. Solliciter ces dernières est d'autant plus nécessaire que parfois les questions de quelques élèves, mieux informés (ou expérimentés) que d'autres, se révèlent plutôt provocatrices.
Collaborer avec les intervenants
La collaboration entre animatrices et enseignants donne lieu à une action plus enrichissante que celle menée par le professeur de SVT seul. De plus, les infirmières savent inclure leur intervention dans le travail du professeur. Par exemple, elles demandent que certains chapitres soient traités scientifiquement (anatomie, physiologie, contraception...) et que quelques questions soient préparées avec les élèves préalablement à leur intervention. Cette coordination permet de créer une continuité dans la diversité des spécialisations de chacun des intervenants. En effet, la réceptivité des élèves dépend largement de la cohérence de ces actions, surtout dans les classes un peu difficiles.
Adapter les conditions d'intervention
Un sondage opéré chez les élèves a révélé que, dans une première séance d'animation, les garçons préféraient être ensemble, avec le collègue masculin, et les filles entre elles, avec le collègue féminin, pendant une heure. Une heure supplémentaire a ensuite été demandée à l'administration pour réunir tous les élèves ; en fait, en demi-classe, pour réduire le nombre d'élèves (15) et ménager à chacun un temps de parole. Mais pour cela, il a fallu que les élèves acceptent d'être réunis entre 17 et 18 heures (et que leurs parents les y autorisent), ce qui n'a pas posé de problème car l'adhésion des élèves à cette initiative était acquise d'emblée. En écho aux interventions extérieures, quelques élèves ont fait part aux enseignants de sujets de préoccupations personnelles qu'ils souhaitaient partager individuellement avec un spécialiste des SVT (la contraception, par exemple).
C'est ainsi que s'est créée une structure de type « club de santé », ouverte à la mi-journée, pour répondre aux questions des élèves liées aux conduites à risques, concernant aussi bien les adolescents que les parents.
Des spécialistes des drogues sont aussi intervenus (natures, consommations, difficultés psychologiques...) parce que la seringue peut être un agent de contamination du sida.
Toutes les actions entreprises l'ont été avec l'autorisation de madame le Principal et des parents, et après s'être assuré que les intervenants étaient agréés.
Faire évoluer ses pratiques (Annabelle Fornari)
Il y a deux ans, en 1re ES, j'ai été frappée par le fait que beaucoup d'élèves croyaient que le sida était une maladie que la médecine pouvait guérir. J'ai craint que cela ne conduise les élèves à adopter un comportement de relâchement vis-à-vis de cette maladie et j'ai essayé de corriger cette représentation.
L'année dernière, j'étais nommée dans le collège Léon-Blum. Des infirmières d'hôpital sont venues en janvier pour parler de la sexualité, en évoquant rapidement le sida, hors contexte des programmes de troisième (sexualité, contraception, protection au cours d'un rapport).
Deux mois après, pour clore le chapitre Immunologie et faire le lien avec l'intervention des infirmières, j'ai demandé aux élèves de produire un dossier écrit sur le sida (caractères de la maladie, relation avec l'immunologie - les étapes de la maladie depuis la séropositivité, le sida dans le monde). Ce travail a été fait à la maison.
Il s'est agi d'un investissement personnel, à partir de documents scientifiques que je leur ai distribués : articles, graphiques (variation du taux d'anti-corps...), et d'une recherche individuelle d'informations complémentaires (épidémie, formes de transmission) à partir de brochures d'associations de prévention, d'une recherche sur l'Internet. Un plan général a été donné et le travail a dû être réalisé pendant les vacances de Pâques.
Malgré la charge de travail supplémentaire, l'investissement des élèves a été très satisfaisant : il y eut de bons dossiers. J'ai noté leurs travaux mais ce fut un très gros travail ! Ce travail était pourtant nécessaire pour que chacun s'implique réellement.
Cependant, aucun élève n'est intervenu devant les autres (je n'y avais pas pensé). Cette année, je vais donc leur demander de présenter oralement leur dossier.
Beaucoup de mes camarades d'IUFM initient des actions semblables dans leurs établissements respectifs. Jeunes, ils se sentent tous très impliqués aussi bien par l'éveil des adolescents à la sexualité que par l'épidémie du sida.
Propos recueillis par Alain Monchamp
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