Mag SVT : Aborder en classe la question du sida
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Béatrice Desbeaux-Salviat et Jean-Claude Hervé, membres du groupe d'experts sur les programmes du secondaire de sciences de la vie et de la Terre (GEPS-SVT)

Fort de son impact en matière de santé publique, le thème du sida a récemment confirmé son implantation dans les programmes du second degré. Envisagé au collège sous l'angle de la contamination et de la prévention, il constitue, au lycée, un support privilégié pour étudier le fonctionnement du système immunitaire. Dès 2002-2003, première année de mise en application du nouveau programme, les 152 843 élèves de terminale S (dont 36 % sont inscrits en spécialité SVT) étudient les réactions immunitaires à partir de l'agression par le VIH. L'approche préconisée se situe essentiellement à l'échelle cellulaire et moléculaire. On découvre les particularités structurales et fonctionnelles des virus. On aborde la présentation des effecteurs (lymphocytes et anticorps) lors de la description des différentes phases de l'infection. Il ne s'agit toutefois pas d'effectuer une étude complète descriptive ou épidémiologique du sida. Quelles sont les raisons de ces choix et leurs limites ? Quelles conséquences et prolongements sont à prévoir ?

Pour un large enseignement de l'immunologie en terminale S
Dans un premier temps, le groupe d'experts avait fait le choix d'introduire l'immunologie uniquement en spécialité SVT des classes de terminale S. Mais cette suggestion ne résista pas à la consultation sur les projets de programmes effectuée au début de l'année 2001. En effet, la majorité des professeurs estimait nécessaire d'enseigner l'immunologie à tous les élèves de la série scientifique sans exception. Il semblait inconcevable que les données scientifiques liées à tous les aspects sociologiques, éthiques des grands problèmes de notre temps que ce domaine comporte et qui se posent aux citoyens, puissent être absentes du cursus de lycée en série scientifique. Un certain nombre d'arguments furent avancés pour défendre ce point de vue :
  • l'égalité d'éducation et de formation de tous les lycéens de la série scientifique,
  • la réponse à une forte demande faite par les jeunes et les personnels de santé publique,
  • le réinvestissement de l'effort du personnel enseignant en formation continue depuis neuf ans.
Prenant acte de ces demandes, le groupe d'experts a finalement introduit un enseignement d'immunologie étalé sur quatre semaines dans le tronc commun, malgré les inconvénients qui en résultaient pour la cohérence du programme. Apparue tardivement dans l'évolution des espèces, l'immunité (au sens strict) ne représente pas une propriété du vivant conceptuellement aussi fondamentale que le métabolisme ou la reproduction. En prise directe avec la science en train de se faire, moléculariste et descriptive, l'immunologie n'est guère propice aux « vrais travaux pratiques » sur la paillasse.

La difficulté essentielle consistait à élaborer un cadre pour une durée d'enseignement assez brève, mais permettant d'assurer un bagage culturel en immunologie au-delà de l'apport du collège, sans aller trop loin dans l'analyse des mécanismes en jeu. Dans cette perspective, il a été décidé d'abandonner l'axe « reconnaissance du soi et du non-soi » de l'ancien programme pour privilégier une approche plus concrète centrée sur les réponses de l'organisme à l'infection par le VIH.

L'agression par le VIH, axe de l'enseignement d'immunologie
La décision d'envisager les réactions immunitaires à partir de l'agression par le VIH paraissait susceptible de remettre en cause les représentations héritées de l'enseignement au collège et issues des informations divulguées par les médias. Elle donnait surtout l'occasion de faire appréhender un nombre limité de concepts majeurs en immunologie.

Il pourrait sembler paradoxal d'aborder les réactions immunitaires par un exemple où le système immunitaire se montre défaillant. Cependant, cela permet :
1) de discuter de la signification particulière de la séropositivité dans le cas de l'infection par le VIH, en relation avec les particularités de la biologie du virus et de son dépistage ;
2) de remettre en cause la représentation des anticorps comme éléments « miracle » assurant une protection à coup sûr ;
3) de sensibiliser à l'idée de la production de plusieurs sortes d'anticorps d'efficacités différentes contre le virus ;
4) de modifier la représentation du sida en tant que maladie pour laquelle l'organisme ne présenterait aucune réaction immunitaire ;
5) de faire saisir la notion de phénotype immunitaire différent d'un individu à l'autre et en constante évolution au sein d'un même individu ;
6) de pointer l'importance des mécanismes impliquant les lymphocytes T sans pour cela entrer dans l'étude complexe de la communication entre cellules du système immunitaire.

Est-il utile de rappeler cette évidence : tout nouveau programme scolaire déclenche (dans un premier temps, au moins !) allergie et parfois rejet de la part du corps enseignant. Une réaction bien facile à comprendre, dans la mesure où les habitudes de pensée sont bousculées. Chacun doit fournir un surcroît de travail pour maîtriser de nouvelles informations et réorganiser son réseau conceptuel. Le programme ne dicte pas comment enseigner l'immunologie à partir du sida. Il donne des repères et des limites, mais laisse aux enseignants la liberté d'inventer leurs propres stratégies.
N'oublions pas les réalités sociales et humaines de cette pandémie, guerre silencieuse qui fait actuellement six victimes par minute. N'hésitons pas à combiner les approches individuelles et collectives, historiques et épistémologiques. Pour faire avancer la réflexion didactique, le chantier reste toujours ouvert...


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