Une visite au CyberCrips
   
Alain Monchamp, professeur de sciences de la vie et de la Terre

Ouvrir, à Paris, un centre d'information Santé dédié aux jeunes, c'est bien, à la condition qu'il corresponde à leurs attentes et qu'il se fasse connaître ! C'est le cas du CyberCrips : deux mois après son ouverture, en septembre 2001, la population des adolescents constituait déjà plus de la moitié des visiteurs. Quelques autres chiffres donnent une idée de la fréquentation et du succès du centre :

18 % des visiteurs en mars 2002 avaient été informés par leur établissement scolaire.
82,7 % des moins de 19 ans viennent avec un(e) ou des ami(e)(s).
Enfin, la majorité des adolescents quittent cet espace avec l'intention :
  • de revenir bientôt (96 %). 25 % des jeunes interrogés étaient d'ailleurs déjà venus au moins une fois ;
  • d'informer ses proches de l'existence du centre (97 %).
75 % des adolescents reconnaissent avoir appris quelque chose sur la sexualité au cours de leur visite et 80 % ont le sentiment d'avoir appris à mieux se préserver de certains risques.
Source : V. Mazeau, F. Lert, D. Jayle, Évaluation de l'activité du CyberCrips au premier trimestre 2002, Profil des usagers, utilisation du service et impact de l'action de prévention.

D'où vient un tel succès ? La préoccupation première des concepteurs fut de partir des interrogations de la population cible. Au cours de nombreuses actions de formation en Ile-de-France, les membres du Crips ont rencontré des jeunes qui ont accepté de poser, anonymement, chacun une question personnelle. 75 000 questions ont ainsi été collectées et conservées. Elles ont donné lieu à des réponses élaborées par des professionnels de la santé, des psychologues et des formateurs. Rédigées en un langage simple, utilisant un vocabulaire accessible et donc sans tabou, ces réponses sont accessibles à tous.
Le CyberCrips offre aux jeunes de 13 à 25 ans des conditions d'accès à l'information particulièrement attrayantes :
  • les sujets traités sont multiples : découverte de son corps, hygiène intime, sexualité, infections sexuellement transmissibles dont le sida, drogues... ;
  • seul, ou avec un copain ou une copine, le visiteur est assis, bien isolé, devant un écran d'ordinateur qui offre de multiples propositions et réponses ;
  • mise en scène de l'information et des activités, couleurs, humour, activités ludiques, tout est mis en œuvre pour une interactivité intégrale.
Ces conditions de consultation créent un spectacle fascinant pour l'observateur enseignant, tant le degré d'attention dans la lecture et la compréhension y est élevé, même si, parfois, on fait partager sa réaction à son (sa) voisin(e), à voix basse... Il est évident que l'adolescent est à l'aise, la communication avec la machine étant plus simple qu'avec un parent ou un enseignant : pas de jugement à craindre, de secret à avouer ni de sentiment d'infériorité à masquer.
L'obtention de réponses apporte un première satisfaction, mais le contexte étant nécessairement réducteur, de nouvelles interrogations jaillissent. On s'enhardit pour interpeller un des animateurs disponible - un jeune ! C'est alors l'image animée, une vidéo, qui est utilement mobilisée pour avancer dans la construction d'une représentation personnelle, en réponse à un problème intime : une automobile - présence incongrue qui accroche - avec sièges pour le confort, portières et vitres pour l'isolation phonique, magnétoscope dans la malle et écran télé sous le tableau de bord, transforment l'interrogateur en enquêteur.
Ici, on parle vrai ! Le premier contact avec l'animateur encourage souvent à le rejoindre, dans un espace réservé, à l'écart - confidentialité oblige - assis en cercle. D'autres questions - plus intimes - peuvent être posées. Des objets sont proposés en démonstration : revues, préservatifs... qu'on peut toucher et apprendre à mettre en place sur un sexe en plastique. La mise à l'aise de l'adolescent y est réelle et l'attention qu'il prête aux explications et conseils surprennent l'observateur discret.

C'est donc la motivation du jeune visiteur - recueillir des informations sur son développement, sur ses comportements à venir ou présents - mais aussi la pertinence des moyens utilisés pour apporter sans décevoir l'information attendue qui font le succès du CyberCrips auprès des jeunes.

Le CyberCrips est en outre la vitrine de toutes les associations impliquées dans des actions de prévention. Informations directes, brochures et matériels sont mis à la disposition des enseignants et de tous les acteurs de la vie associative et/ou de mouvements qui se sentent concernés. Si la documentation exposée dans l'espace accueil ne répond pas à la curiosité du visiteur adulte, celui-ci peut utilement se rendre quelques étages au-dessus, dans le centre de documentation.

Les provinciaux de passage à Paris pour la journée ne sont pas oubliés : les groupes sont accueillis en salle adaptée aux débats et/ou à la projection de films. À quand un autre CyberCrips, extra-muros ?

En savoir plus
Le CyberCRIPS est supporté par des fonds de la région Ile-de-France.
Félix Benoît, coordinateur, et son équipe sont installés à Paris, tour Maine-Montparnasse, au rez-de-chaussée, côté rue du Départ.
Ouverture : de 13 h à 19 h du mardi au vendredi, et de 11 h à 18 h le samedi.
www.cybercrips.net/


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