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2. Défier la violence

Lutter contre la violence à l’écran est devenu une préoccupation mondiale. Comme la distribution des productions audiovisuelles et des produits multimédias a pris une ampleur internationale, elle requiert, de ce fait, une entente à l’échelle de toutes les nations.

2.1. L’œil brutalisé

La comparaison des indicateurs de violence mesurés sur les chaînes françaises, canadiennes et américaines montre que l’Europe n’est pas à l’abri. Sur les fictions diffusées aux horaires de grande écoute, les chaînes françaises avaient atteint un rythme de 8,9 séquences violentes à l’heure en 1995, très proche du taux américain qui était de 9. Responsables en partie de ce taux élevé : les programmes importés des États-Unis ! Le directeur de l’Organisation des Nations unies s’inquiète de l’accès trop facile des jeunes à des films et à des programmes comportant de nombreuses scènes de violence gratuite. À ses yeux, le point crucial à cet égard est de savoir comment sauvegarder la précieuse et fondamentale liberté de l’être humain, sa liberté d’expression, telle que la définit l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Pour Divina Frau-Meigs, maître de conférences à Paris III, la solution ne se trouve ni dans une violence « propre » telle que la conçoivent les Américains, ni dans une censure venant d’instances politiques ou morales. Elle relève d’une responsabilité de tous les acteurs impliqués dans l’institution télévisuelle.

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2.2. L’effet des jeux vidéos associés à des émissions T.V.

Une étude, conduite par Divina Frau-Meigs, maître de conférences à Paris III, et Sophie Jehel, agrégée en sciences sociales, établit que les goûts des jeunes sont conditionnés par les programmes télévisuels associés à des jeux vidéos dérivés. Cette analyse illustre, une fois de plus, le poids de la logique économique sur les contenus de fictions construits autour de modèles culturels manichéens.

Les nouvelles technologies mondialisantes, dans ce cas, ne semblent pas accroître la liberté d’expression ou de création pas plus qu’elles ne semblent libérer les nouveaux médias de la représentation à outrance de scènes de violence. Au contraire, leur logique consiste à accentuer les lignes de faille : la reproduction au centuple de programmes « prêts-à-consommer », avec une mise en image banalisée du combat et de l’agression.

Des études américaines montrent un changement de l’usage des jeux violents après la dérégulation aux États-Unis. Avant le développement des produits dérivés de programmes télévisés, les enfants contrôlaient leurs jeux et en déterminaient les modalités à partir de leurs propres thèmes, personnages et dénouement. Après la déréglementation, les jeux des enfants sont beaucoup plus liés au script télévisuel, ils deviennent répétitifs et leurs dénouements violents sont le calque de ceux vus à la télévision. Les capacités créatrices de l’enfant en seraient diminuées. Si les enfants apprennent par le jeu, alors les paramètres du contenu comptent, et ceux qui dominent, pour les garçons notamment, sont ceux de la violence, avec le marketing de la guerre et la peur de l’autre comme moteur de l’action. À cela s’ajoutent des identifications sexuelles stéréotypées.

Face à ces phénomènes et à leur incidence sur la culture des jeunes du monde entier, un certain nombre de conséquences paraissent préoccupantes : les enfants peuvent penser que consommer des jouets et jouer sont synonymes ; ils sont amenés à croire que la publicité et la fiction sont des programmes de divertissement, sans être conscients du projet commercial sous-jacent ; ils peuvent être acculturés à la violence, à la xénophobie et au sexisme.

Plusieurs pistes ont été explorées en guise de solution : certains pays ont interdit le marchandisage et les publicités de jouets guerriers à la télévision (c’est le cas de la Suède et de la Finlande) ; d’autres (comme le Canada) interdisent la publicité pour les produits dans les émissions pour enfants ou contrôlent le contenu des messages (par exemple, en ce qui concerne la représentation trop dramatisée des jouets, les fausses représentations — jouets qui semblent mobiles alors qu’ils ne le sont pas —, les suggestions sexistes et xénophobes).

Pour les auteurs de l’étude, il semble que des politiques de marketing alternatives pourraient être développées et encouragées, qui éviteraient l’association jouet-télé-violence-peur. Elles pourraient reposer sur des universels qui ne soient pas fondamentalement asociaux. Elles pourraient également s’attacher à favoriser la diversité des contenus et de l’origine des programmes et des jouets. Seule une éducation aux médias aidera l’enfant à choisir et à jouer en connaissance de cause.

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2.3. TROP (Travail de réflexion pour des ondes pacifiques)
organise le vote des jeunes pour une dépollution télévisuelle.

Depuis 1990, les élèves québécois du primaire et du secondaire peuvent voter pour identifier les émissions les plus pacifiques et les moins toxiques.

Chaque fois que, dans une école, on a compilé les résultats du vote, on les expédie aux télédiffuseurs et aux pouvoirs publics (éducation, santé, justice, communication, culture...) dans le but d’influencer les décideurs.

Au lieu de considérer les enfants consommateurs de violence comme des illettrés ou des analphabètes, TROP leur donne la parole : « Quelles émissions produisent le plus de dommage autour de toi et lesquelles ont les effets les plus positifs ? ».

Les critères d’évaluation ?

Une production toxique fait la promotion du sexisme, du racisme et de la violence. Une production pacifique valorise :

—la coopération,

—le respect des droits,

—l’égalité des hommes et des femmes,

—la solidarité internationale et la compréhension interculturelle,

— la protection de l’environnement.

TROP est convaincu que, partout à travers le monde, il faut outiller la jeunesse de façon à la rendre capable de résister à l’envahissement et à l’intoxication de la télévision NOCIVE. Les résultats de ce vote au Canada français sont probants. Plus de 100 000 votes sont compilés chaque année depuis 4 ans. Le vote annuel des jeunes fait changer des choses et pourra en changer de plus en plus en se propageant.

TROP produit aussi ses outils d’intervention en anglais depuis l’automne 1996 et est intéressé à établir des contacts avec des noyaux d’intervenants partout dans le monde.

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2.4. Puces anti-violence

Lady Howe, du Conseil des standards à la télévision britannique, et Hervé Bourges, du Conseil supérieur de l’audiovisuel français (CSA), ont décrit les premières mesures préventives prises contre les émissions télévisuelles violentes.

Hervé Bourges a livré en exclusivité aux participants du forum les résultats d’une étude, sur les trois premiers mois, de mise en œuvre de la signalétique française correspondant à l’acceptabilité par le jeune public (rond vert, triangle orange ou carré rouge affiché sur l’écran). Selon cette étude, la présence des enfants et des adolescents devant le petit écran en début de soirée a sensiblement diminué pour les émissions marquées. Sur TF1, alors que 6,5 % des téléspectateurs de 4 à 10 ans suivent les émissions non signalées, ils ne sont plus que 4,1 % quand le programme est classifié ; un écart comparable est constaté sur France 2 (2,3 % pour les émissions signalées contre 3,4 % pour les autres), France 3 (1,8 % contre 2,1 %) et M6 (2,7 % contre 4,4 %). Pour les enfants de 11 à 14 ans, le même phénomène se produit : 6,4 % contre 9,4 % sur TF1 ; 5,4 % contre 6,8 % sur France 2 et 5 % contre 7 % sur M6. En trois mois, un seul programme a infirmé cette règle : le film « Les Dents de la Mer » (sur France 3) a réalisé parmi les téléspectateurs de 11 à 14 ans une audience supérieure à la moyenne malgré la présence du signal.

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2.5. Au-delà de la lutte contre la violence

La plupart des observateurs remarquent un changement d’attitude. Si l’on n’en a pas tout à fait fini avec les hypothèses diabolisantes sur la télévision, on voit pointer une évolution. On est moins convaincu des effets directs de la violence des programmes sur les comportements des enfants. On semble attribuer davantage les troubles à d’autres facteurs. On a déplacé le débat en analysant mieux le contexte (rôle de la famille, de l’environnement ; l’enfant est-il seul ou en groupe face aux émissions ?, etc.)

Des associations de téléspectateurs se sont formées : parmi elles, l’AETEA (10 rue Jean-Goujon, 75008 Paris, tél. 01 45 63 44 74) aide les familles à prendre conscience de leur responsabilité auprès de leurs enfants. Les finalités de ces associations s’expriment à travers des programmes de sensibilisation et de formation qui s’adressent aux adultes :

— Ne pas se laisser envahir par la télévision et apprendre à choisir ses programmes.

— Faire la différence entre la réalité et la fiction, entre l’image virtuelle (informatique, effets spéciaux) et l’image filmée du réel, déceler les montages qui peuvent fausser la réalité.

— Garder une distance par rapport à ce que l’on voit sur l’écran.

— Développer une vigilance et un esprit critique (y compris en ce qui concerne la publicité).

— Décoder et approfondir une information.

— S’exprimer sur ce que l’on voit, dédramatiser.

— Comparer vraie(s) culture(s) et stéréotypes.

La télévision, remise à sa juste place avec rigueur et objectivité, devient une source d’éveil et de culture et non un objet d’aliénation. Mais il convient de ne pas méconnaître les effets de la mise en image de cette violence qui, dans les fictions et les dessins animés, prend les apparences du réel. Serge Tisseron, psychanalyste, explique que, pour assimiler une image, nous devons l’analyser, la décomposer en éléments puis relier ces éléments aux traces de nos expériences personnelles, sinon elle se fixe comme une « scorie », un corps étranger dans notre subconscient et devient dangereuse.

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