La démondialisation
Walden Bello
 
À l’origine, pour critiquer la mondialisation, on se rangeait sous le terme d’antimondialisation, puis le vocable plus juste d’altermondialisation s’est imposé. Depuis 2011, on a pu assister en France à une nouvelle évolution sémantique avec l’introduction du terme « démondialisation ». En témoignent plusieurs publications, dont le livre de Jacques Sapir, La Démondialisation (Seuil, 2011) ou le petit opuscule diffusé par Arnaud Montebourg lors de la campagne des primaires socialistes, Votez pour la démondialisation (Flammarion, 2011). Pourtant, le concept n’est pas nouveau. Il a été introduit par le sociologue de formation Walter Bello, aujourd’hui président-fondateur de l’ONG « Focus on the Global South », dans un livre publié aux États-Unis en 2002. C’est ce livre que l’éditeur Le serpent à plume publie en français. Le livre propose une critique en règle du mode de gouvernance du capitalisme mondial. Font tour à tour figure d’accusés, le G8, l’OMC et les institutions de Bretton Woods dont le démantèlement est réclamé. De l’aveu même de l’auteur, l’objectif est « de faire dérailler la poussée du libre-échange » au profit « d’une réorientation de la production pour le marché local » et l’encouragement de formes alternatives d’échanges commerciaux et monétaires, comme les accords de commerce équitable, les mécanismes de microcrédit ou les systèmes d’échanges locaux. Certes, on pourra gloser sur le retour de cette vieille lune qu’est la promotion du développement économique autocentré revisité par un Hugo Chavez au Venezuela, on pourra aussi s’inquiéter des conséquences sur le niveau de vie du protectionnisme commercial. D’autres n’ont pas manqué de le faire et sans doute avec justesse. Toutefois, il ne faut pas sous-estimer l’accueil positif que peut rencontrer aujourd’hui la volonté de multiplier la vente en circuit court, notamment pour les produits alimentaires. Cet intérêt de la population repose sur la préoccupation par l’impact sur le climat du transport de la nourriture sur de longues distances et sur la volonté de disposer de produits frais à l’origine connue. Ceux qui parviendront à maîtriser efficacement ces circuits courts de distribution se feront une place sur le marché. Mais de là à créer une véritable alternative à la mondialisation, il y a un pas immense à franchir.


 
Note de lecture de Frédéric Larchevêque

Walden Bello
Le serpent à plumes, 2011, 283 pages
ISBN : 978-2-268-07168-8


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