Où va le journal scolaire ?
Alex LAFOSSE
Responsable du secteur télématique de l’ICEM (24)
 
Journal scolaire : technique vieillie ? Ou, au contraire, pratique en pleine évolution ? Quelle place pour la production d’écrits socialisés à l’heure des « multisupports » ?
Télématique, PAO, télécopie, affiches murales, etc., au service de la lecture.

Communication interne ou externe
Le journal scolaire peut paraître en perte de vitesse si l’on se borne à considérer les chiffres actuels de publications, rapportés à ceux d’il y a vingt ou trente ans.
Mais serait-ce tenter de se dérober que de se demander si le problème, en ces termes, est bien posé ?
Au siècle du marketing et du management rois, à l’ère de la « pub » et de la « communication » tous azimuts, ne devrait-on pas plutôt parler en termes de « communication d’entreprise » ?
Je veux, bien entendu, parler de l’entreprise-classe (chez nous, à forme coopérative).
Laissons de côté les problèmes de communication interne entre travailleurs de ladite entreprise (conseil de coopérative, conférence d’élèves, tableaux d’affichages, expositions de classe, musée scolaire, etc.), dont certains aspects, tel le « livre de vie » par exemple, recoupent d’ailleurs des pratiques du monde industriel (bulletin d’entreprise ou de secteur, ou encore main courante d’atelier...).
Dans sa forme traditionnelle, le journal scolaire s’apparente en effet beaucoup plus à un outil au service d’une communication vers l’extérieur. Une de ses missions essentielles étant bien de diffuser une image, la plus positive possible, de l’entreprise-classe, de ses travailleurs et de son « management », ainsi que de leurs diverses productions ou services...
Pour ce faire, une politique de relative transparence est nécessaire avec diffusion d’informations présentant le climat d’entreprise et le style de management — la pédagogie utilisée — sous son jour (c’est bien naturel...) le plus favorable.
Le journal scolaire, sans négliger les voyages, sorties ou enquêtes, réunions de parents, fêtes et expositions de fin d’année, a ainsi été le vecteur essentiel de cette politique de communication externe de nos entreprises coopératives et de leurs travailleurs.
Tout ceci pour souligner que si le journal scolaire s’est longtemps identifié à ce type de communication, il serait temps de les distinguer l’un de l’autre, sous peine de courir le risque de quiproquos.
De cette ambiguïté, Bernard Collot, vivante illustration de ces « Adrien aux doigts magiques » évoqués par Freinet dans Les Dits de Mathieu, rend aussi parfaitement compte :
« Le journal ? Un moment fort de ma vie pédagogique.
1978 : depuis deux ans en classe unique, nous sortons (je fais sortir), presque par habitude ou tradition, tous les mois environ, un journal scolaire en direction des parents, du village et d’un circuit de journaux scolaires...
Au cours d’une séance mémorable où les enfants se plaignent violemment de réflexions de leurs “clients” (achat comme pour une bonne œuvre, pour faire le feu...), de la non-lecture de leurs écrits — y compris par leurs parents —, il est décidé de ne plus faire le journal pour ces parents ou pour le vendre à des clients, mais uniquement pour les classes du circuit...
Ah, mes enfants, quel événement, et quel plaisir a suivi ! On pouvait même dire des choses sur le curé, le cathé, parfois sa mère... et même sur le maître !
Le passage à l’hebdo date de cette période. Et, pour la première fois, il y avait des réactions à ce journal...
Avec des hauts et des bas, le plaisir de faire le journal n’a jamais cessé depuis...
Et les parents se sont mis alors à le réclamer !
Je leur ai expliqué pourquoi nous ne leur en faisions plus le service.
Alors, est née la compilation, environ trimestrielle : celle pour les parents, ou pour vendre, et d’où était éliminé ce qui aurait été incompréhensible... ou dangereux ! »
Nouveaux outils, nouveaux supports
Si la PAO (publication assistée par ordinateur) n’a pas encore fait d’apparition sérieuse au niveau du tirage des publications, c’est surtout une question de prix de revient.
Un peu partout, pourtant, la machine électronique à polices de caractères interchangeables (lycée de Lormont) ou, plus souvent, le traitement de texte (école de Moussac, des Plans, journaux-affiches au collège de Vergt, etc.) ont relégué aux oubliettes imprimerie, limographe et duplicateur à alcool. Offset et photocopie prennent déjà, par ailleurs, le relais du duplicateur à encre. Exemple du copieur embarqué dans le Bordeaux–Paris par notre ami Jacques Brunet et ses lycéens de Lormont pour réalisation, à très grande vitesse, d’un journal distribué aux passagers avant l’arrivée gare d’Austerlitz.
Mais déjà, ce ne sont plus ni le copieur, ni le papier qui voyagent, avec les expériences de télécopie interscolaire pilotées par l’ICEM.
Depuis quelques années, grâce aux avancées télématiques du mouvement, ce n’était déjà plus le papier qui transitait, mais l’information elle-même. Elle ne retrouvait ce support que sur l’imprimante d’arrivée pour se transformer alors en affiche, album, magazine papier, ou être simplement archivée dans le fonds documentaire de la classe.
Quand elle n’était pas retraitée dans une base de données ou un magazine télématique, exploitée lors d’une émission radiophonique (collège de Vedène, lycée de Lormont), vidéo (collège de Vedène) ou de télévision (école de Moussac, collège de Vergt sur FR3)... 1.
Journal-affiche et journal mural
Le journal-affiche
La filiation du journal-affiche est double :
  • l’expérience menée il y a une dizaine d’années, à l’ICEM, de « correspondance naturelle » (c’est-à-dire « en réseau ») 2, d’une part ;
  • l’expérience du « journal-affiche » réalisée un peu plus tard par Réginald Barcik, d’autre part 3.
À l’université d’été « Communication » de Limoges, début août 1988, j’en proposais donc l’idée et une vingtaine de collègues se déclaraient intéressés. Il se trouve qu’ils étaient tous professeurs soit en collège, soit en lycée.
Les affiches qui furent par la suite échangées sur le réseau permirent de dégager une sorte de typologie : de l’affiche-texte libre à l’affiche « projective » en passant par l’affiche-affiche, l’affiche-gag, l’affiche-défi, l’affiche-témoignage, l’affiche-poème illustré, l’affiche-concours, l’affiche-questionnement, l’affiche-enquête...
L’affiche-journal ne représentait qu’une de ces créations par les jeunes et fut surtout le fait des élèves d’Annie Dhenin, Monique Chichet, Annie Bellot, Colette Hourtolle, Claudine Adam et Maîté Rey, toutes six professeurs de français.
Seule exception, Françoise Kernets-Cabioch, professeur d’anglais, dont les élèves réalisèrent un journal-affiche entièrement en bandes dessinées : une édition en français, une en anglais, dont les exemplaires furent finalement réunis pour faire un magazine de très belle tenue.
À la différence de l’ancienne expérience de Réginald Barcik, ces affiches n’étaient ni tirées à l’imprimerie ni collées ensuite dans la ville, mais réalisées au photocopieur et en PAO puis échangées en réseau.
La formule, efficacement coordonnée entre enseignants par la télémessagerie professionnelle sur le serveur ACTI de la ville de Châtellerault, se poursuit toujours, prise en charge désormais par la commission second degré de l’ICEM (Catherine Mazurie) 4. Elle est d’ailleurs fort envisageable aussi dans le premier degré. Roger Beaumont témoigne en effet d’une expérience similaire par ses élèves de l’école de Pollionnay avec expédition en réseau et affichage hebdomadaire à la porte de l’école à l’intention des parents.
L’affichage mural ou sur écrans
Le journal électronique mural est plus, au sein d’un établissement, un outil au service d’une communication purement interne :
– que ce soit, comme dans le hall du lycée hôtelier de Cavaillon, par affichage sur un tableau lumineux type « Junior » de sept lignes de huit lettres, avec Minitel gérant « en interne » la composition, le clignotement, la durée, les heures, voire les dates, d’affichage des textes ;
– que ce soit, comme au collège de Parthenay, à partir toujours d’un Minitel interne, mais relié à une interface relativement bon marché et assurant un affichage sur écrans de télévision ;
– que ce soit, comme Bernadette Sauzée de Grenoble, autour du logiciel GESPAVID (Gestion de pages vidéotex) du CRDP, pour obtenir un journal cyclique également sur écrans de télévision ;
– que ce soit comme au lycée Amiral-Ronarc’h de Brest ou au collège André-Doucet dans les Hauts-de-Seine, qui proposent — mais cette fois déjà sur micro-serveurs télématiques — emplois du temps, absences des professeurs, menus du self, compte rendu des réunions de l’APE, mur à écrire, tribunes libres, jeux et bases de données locales... ;
– que ce soit, enfin, comme au collège Colbert de Reims, avec une optique de prestation de services pour des affichages électroniques extérieurs ;
nous sommes toujours bien dans une logique de journal, même si le support n’en est plus le papier.
Avec, en tout cas, autant d’enthousiasmantes et très formatrices aventures de communication proposées aux jeunes en vraie grandeur.
Magazines et journaux télématiques
La différence entre les deux ? Elle est assez mince, le terme de magazine servant plutôt à désigner le résultat d’un travail collectif, d’une collaboration de plusieurs classes ou de plusieurs établissements ; celui de journal désignant plutôt un contenu propre à un établissement ou à une classe. Ces journaux peuvent être soit supportés par un petit serveur local souvent « monovoie » (c’est-à-dire consultable par un seul Minitel à la fois), soit hébergés sur un serveur plus important, éventuellement en compagnie d’autres journaux, voire d’un magazine, comme dans le cas du serveur de Châtellerault.
Magazine télématique
Comme pour les journaux sur papier, c’est dans la mise en valeur des écrits de jeunes, sélectionnés souvent ici parmi ceux circulant sur les télémessageries interscolaires, que les magazines télématiques trouvent l’essentiel de leur alimentation comme de leur justification.
Certes, il ne faut pas s’illusionner sur le nombre de connexions qu’ils peuvent entraîner sur un serveur, surtout rapporté à celles que peut drainer une télémessagerie.
L’expérience a cependant prouvé qu’enfants et parents — jeunes ou moins jeunes — prenaient un plaisir très réel à les explorer ensemble lorsque l’existence leur en était révélée, l’occasion offerte et le processus mis en mains 5.
Les statistiques des serveurs montrent toutefois que leur consultation spontanée est plutôt faible.
Mais l’essentiel n’est-il pas que les jeunes puissent l’imaginer plus importante et se satisfassent de voir ainsi leurs écrits et leurs dessins placés en majesté, disponibles même très loin du serveur, pour une consultation par Minitel en compagnie de parents ou d’amis ?
C’est vrai que beaucoup ont pu, sur certains magazines de ce type, être découragés par le fait de retrouver, inchangé, un même contenu à chaque connexion. C’est vrai aussi que c’est un véritable crève-cœur pour tout le monde, grands et petits, que d’envoyer au pilon des productions « périmées ».
La solution est sûrement dans ces « archives », dont l’exploration n’est certainement pas, depuis 1986, un des moindres charmes de la consultation d’ACTIMAG.
Journaux télématiques
Une typologie sommaire pourrait aussi en être esquissée :
  • Le serveur classique comme celui de l’école de Bollene dans le Vaucluse, ou ceux déjà évoqués plus haut et plus importants du collège Doucet ou du lycée Amiral-Ronarc’h.
À Bollene, on note un peu les mêmes contenus mais avec une partie école et une partie foyer rural bien distinctes. Et, ici, la possibilité de voir les photos numérisées de chaque élève avec, en plus, une messagerie en direct et en différé permettant :
  • aux parents et aux membres du foyer rural de laisser un message ;
  • à un élève absent pour maladie d’être renseigné en direct par ses camarades sur les travaux en cours ;
  • à n’importe qui d’intervenir de l’autre bout de la France ou de laisser un message...
Imaginez le tableau :
« Tiens, quelqu’un s’est connecté. Il regarde les poèmes, mon texte sur les oiseaux, maintenant les envois des correspondants, nos photos, celle de Nathalie, de Bernard... »
Situation paradoxale des auteurs observant la démarche de leur lecteur :
« Attention, il veut laisser un message : qu’est-ce qu’il écrit ? Je vais avertir le maître pour savoir qui va répondre... »
  • Les échos du canton : c’est par exemple le cas du serveur du collège de Vedene, dans la banlieue d’Avignon.
Ici, l’équipe des jeunes volontaires se positionne nettement en prestataire de services. Elle recueille des informations communiquées par des personnes morales du secteur de recrutement (associations locales, municipalités, etc.), les travaille pour les mettre en pages vidéotext et les charger sur le M05 du collège.
Il devient aussi possible à tel supporter de tel club sportif de connecter son Minitel pour connaître les dates et lieux des prochaines rencontres, à tel habitant de telle commune de se renseigner sur l’ordre du jour de la prochaine réunion du conseil municipal ou à tout parent d’élève de lire le compte rendu des décisions prises lors de la dernière réunion de telle association de parents.
  • Le livre de vie télématique de la classe
L’accent est mis ici sur la communication interne, mais y associe les parents. C’est une sorte de livre de vie (outil Freinet un peu oublié de nos jours) sur lequel seraient systématiquement mis au net, par les enfants eux-mêmes, les écrits des uns et des autres ainsi que la relation des événements intéressant la vie de la classe et de l’école.
L’illustration en étant le petit serveur de l’école de Jonzac, en Charentes, mis en place par Christian Bertet.
  • Les journaux hébergés
Ici, il ne s’agit pas d’une différence quant au contenu mais quant au support technique. Celui-ci n’est plus une petite machine fragile, au logiciel capricieux, au chevet duquel des enseignants obligatoirement initiés doivent passer de longues heures. C’est une machine professionnelle qui accueille les journaux des établissements qui le souhaitent et les débarrassent de l’essentiel des soucis d’ordre technique.
Sur le serveur de la ville de Châtellerault, ils sont même regroupés au cœur du magazine ACTIMAG.
Les pages écrans demeurent composées dans l’établissement considéré, mais sont ensuite transmises au serveur selon différents procédés 6.
Journal télécopié et « story-board »
Le journal télécopié
Le secteur télématique de l’ICEM a été le promoteur, au cours de l’année 1989/1990, de la première utilisation pédagogique du télécopieur ou fax 7.
Cette première mondiale a valu à l’expérience le premier prix 1990 des professionnels de l’éducation.
En ce qui concerne plus particulièrement notre propos, on a pu assister à cette occasion à un véritable avènement : celui du quotidien scolaire !
Un certain nombre d’écoles élémentaires ont en effet décidé de créer de petits réseaux d’échanges de quatre à six classes élémentaires de même niveau.
Chaque jour, chaque classe envoyait en fin de journée sa feuille d’informations à chacune des autres classes et recevait les leurs en retour.
Que ce soit Les Petits Mariots Infos, Hebdo Fleury, Pollionnay Info, Aspet Info, Le Moulin qui parle, La Fourmilière, Les Infos de Saint-Antoine ou L’Écho du p’tit Buton, tous ces quotidiens étaient rédigés avec amour, attendus impatiemment et lus avec passion. De quelle plus merveilleuse situation d’écriture-lecture pourrait-on rêver ?
Sale coup en tout cas pour ces manuels de lecture si chers aux Freinétiques !
Le montage diapos sur ordinateur
Nouvelle technique dont l’essentiel des possibilités reste encore à découvrir.
Alain Bar, qui l’a expérimentée avec ses élèves, la décrit techniquement ainsi :
« Prenez un ordinateur compatible, un bon logiciel de dessin, si vous pouvez un scanner et l’utilitaire “slide”.
Les gamins font des pages-écrans (recherches, BD, histoire...), on les chaîne dans un fichier ASCII en automatique ou en manuel, et voici un montage diapos sur PC...
Ça peut se copier et s’échanger sans problème... »
Par-delà des références techniques un peu abstruses, nos lecteurs auront reconnu un nouvel avatar du bon vieux journal scolaire !
Cette technique a été explorée de façon plus approfondie à la première université d’été « Ces médias électroniques au service de l’écrit... » de l’École nationale supérieure des Télécommunications de Brest en juillet 1991 8.
Implosion ou explosion ?
Une précision est devenue, à ce stade, de plus en plus indispensable à l’intention de ceux qui seraient tentés de proposer la correspondance interscolaire comme vecteur plus significatif que le journal de la communication de nos classes.
Qu’on veuille bien nous autoriser ici à confondre, rétrospectivement, ce que la tendance actuelle mélange de plus en plus, et à proposer une acception la plus large possible du « journal scolaire ».
Y avait-il d’ailleurs si grande différence de nature ou de contenu entre les lettres collectives et les journaux échangés par nos classes, entre textes libres, lettres individuelles et rubriques de ces mêmes journaux ? Ceux-ci étaient-ils souvent autre chose qu’un recueil de textes libres ?
Et les contenus des magazines télématiques, par exemple, ne proviennent-ils pas essentiellement — nous l’avons vu — des échanges sur la télémessagerie ?
Tout cela se résolvant finalement en dessins ou écrits d’enfants ou de jeunes, plus ou moins longs, informations véhiculées à intervalles relativement réguliers jusqu’à un destinataire extérieur, plus ou moins précisément identifié.
Le schéma est seulement en train de se trouver modifié, au niveau non seulement de la variété des supports utilisés, comme nous venons de le voir, mais aussi :
  • de l’importance de l’image par rapport à l’écrit ;
  • de la technique d’impression du support papier ;
  • de la technique de transmission ;
  • de la longueur des messages émis ;
  • de la fréquence de ces émissions ;
  • du ciblage des destinataires.
Il est bon de préciser que la trop rapide analyse prospective ici présentée s’appuie sur l’observation de tendances repérables chez quelques entreprises phares de notre mouvement, et qu’elle n’en représente en fait que l’extrapolation.
Ces « leaders communicationnels » sont bien connus : écoles de Bollene, de Pollionnay, de Moussac-sur-Vienne, d’Aizenay ou de Ploërdut par exemple, collèges de Vedene, de Bordeaux (Édouard-Vaillant) ou de Realmont, lycées de Lormont ou de Tarbes, LP Flocon à Paris ou Bineau à Neuilly, etc.
Il est devenu banal de constater que notre époque voit le « poids des mots » subir de plein fouet le fameux « choc des photos », ce phénomène culturel étant d’ailleurs celui qui se vérifie peut-être le moins nettement dans nos échanges scolaires.
De tout temps, ils ont ménagé en effet bonne place aux dessins d’enfants, linogravés ou non, et cette place ne semble en notable augmentation que dans des journaux lycéens qui font plus massivement appel à des BD de jeunes. On voit même des journaux-affiches entièrement réalisés ainsi.
L’image réalisée sur ordinateur demeure encore exceptionnelle (école des Plans sur Apple, par exemple...), et la couleur absente du fait de son coût prohibitif.
C’est aussi, on l’a vu, dans l’éclatement des supports utilisés pour la circulation de l’information que réside certainement le plus grand bouleversement enregistré par le journal scolaire.
Autrefois, on échangeait des lettres et des journaux, voire des colis ; un point, c’est tout. Aujourd’hui, on échange des cassettes audio, vidéo, des disquettes, des messages ou des images sur écran, des affiches, des télécopies, voire de la musique électronique créée par les jeunes (collège de Vergt), etc.
Avec, corrélativement, une multiplication des émissions et un raccourcissement des messages.
Des envois plus brefs : le journal papier fait place au journal-affiche, l’album ou la page-écran à l’affiche, la simple lettre à la conversation en direct par Minitel.
Mais des envois plus fréquents : à la place du courrier ou du colis des correspondants, au mieux deux fois par mois, c’est deux fois par semaine, voire tous les jours, que les classes relèvent leurs boîtes à lettres télématiques ; tous les jours aussi que s’échangent en mini-réseaux les journaux-fax des écoles élémentaires.
C’était d’ailleurs, en 1926, la fréquence déjà rêvée par Freinet qui préconisait un échange journalier d’imprimés entre deux écoles de même niveau, et un échange mensuel et automatique, entre toutes les écoles travaillant avec l’imprimerie.
Avec l’imprimante, c’est chaque semaine que l’école de Moussac envoie son Fourmilière Hebdo.
Au niveau des contenus, on s’éloigne aussi d’échanges qui relevaient parfois plus d’une documentation mutuelle ou de l’inter-information, pour entrer nettement dans une sorte de conversation poursuivie en léger différé, avec seulement un décalage temporel très supportable, parfois même bienvenu car laissant du temps pour la réflexion et l’exploitation avant réponse.
Et c’est peut-être le deuxième phénomène le plus remarquable : une information qui cesse d’être échangée « point à point », limitée à deux classes correspondant entre elles, pour devenir une correspondance de réseaux, une conversation à plusieurs. Retour ainsi à la tradition de la correspondance « naturelle » pour les messageries télématiques, les circuits d’échanges vidéos, les réseaux d’échanges de journaux scolaires, d’affiches, de télécopies comme pour le magazine télématique en création collective...
Grâce à cette multiplicité de supports et cette stratégie délibérément multimédia, la politique informationnelle de nos « junior-entreprises » peut s’affiner, se faire plus précise, plus pertinente et, de ce fait, plus efficace.
Nous voici, par exemple, à l’école de Moussac-sur-Vienne :
  • soit une information sur la prochaine kermesse de l’école : on l’installe sur le magazine télématique que nous avons sur le serveur du canton (si nous étions à Bollene ou à Jonzac, nous la mettrions sur notre nano-serveur) et, bien sûr, sur la Fourmilière distribuée dans les familles. On tirera aussi, bien entendu, des affiches... ;
  • soit un appel à information introuvable sur place : si ça peut attendre, Fourmilière Hebdo — envoyée à cinquante correspondants —, sinon sur la messagerie ACTI, mais seulement à la liste (préétablie) de ceux qui s’intéressent aux questions relatives à ce sujet, ici un programme LOGO. Si c’est une information sur les animaux : interroger la boîte aux lettres que nous avons décidé le journal La Hulotte à ouvrir sur ACTI. Si c’est sur les océans, de même, boîte CALYPSO ! ;
  • soit le résultat d’une enquête menée à plusieurs classes sur la longueur de l’ombre portée d’un bâton d’un mètre, mesurée en plusieurs écoles de France : magazine collectif ACTIMAG sur serveur national ;
  • des nouvelles de nos correspondants de la Réunion ? : notre magazine télématique cantonal et notre journal télématique hébergé sur ACTI. Ne pas oublier Fourmilière Hebdo, voire le quotidien télécopié ;
  • nos nouveaux correspondants de Dordogne à Douville nous demandent par télématique l’album — hélas, épuisé — où se trouve le compte rendu de nos échanges avec notre ami le marin de La Calypso. On les renvoie par le même canal aux archives d’ACTIMAG ;
  • les élèves du collège de Vergt (Dordogne), qui animent une émission sur FR3 que nous regardons chaque mercredi, nous demandent de leur servir de compères et de préparer des réponses à leurs jeux en direct : télécopie et téléphone. Nous serons cités à l’antenne et gagnerons des cadeaux ! Si on leur envoyait une lettre-affiche qu’ils liraient sur le plateau télé ? ;
  • nos correspondants du Sud-Dordogne, à Saint-Antoine-de-Breuilh, nous adressent une cassette vidéo : pourrait-on l’utiliser dans l’émission dont nous rêvons, via le satellite Olympus ? ;
  • nos correspondants roumains apprennent le français sur notre Fourmilière qu’ils lisent avec une attention étonnante. Ils nous demandent un renseignement : courrier papier. Pas d’autre solution pour eux, hélas !
  • Nous avons visité le « Carrefour Média-jeunesse » à Niort, l’an dernier ; cette année nous devons participer à l’animation du salon via le télécopieur de la classe relié à cinquante autres, en France et en Europe. Voici un « fax » de Catalogne. Où est-ce ? Que répondre ? Mais ça peut intéresser nos correspondants italiens... Le mieux est de leur raconter tout cela dans une cassette audio. Avec eux, on utilise, en effet, l’espéranto...
Peut-on imaginer qu’une telle explosion des véhicules de la pensée humaine puisse être sans incidence sur la manière dont celle-ci se forme ? Et finalement sur cette pensée même ?
Mais ceci serait déjà un autre débat 9...



© SCÉRÉN - CNDP
Créé en juin 2003  - Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire.